Analyse (1998) supprimée dans la version publiée (2000) du livre "Fantômes Fourchus"
31 Mai 2005 par X.Toff/Tophe

Contexte
(Auto-)Débat supprimé
ENGLISH foreword

    Contexte
Sujet du livre : Les PROJETS d'avions BIPOUTRES nés de 1939 à 1945
Extrait de l'Avant-propos : (...) Ainsi, c'est une logique tout à fait inusuelle qui a conduit à centrer le sujet sur des années de guerre. (...) Une telle approche soulève de multiples questions, mais ces divagations cérébrales autour du sujet offrent sans doute peu d'intérêt pour le commun des aérophiles, et il convient de laisser place aux avions eux-mêmes. Leur mode de présentation, tout à fait anormal, pourra dans un second temps prêter à discussion - voir les débats en annexes.
Extrait du sommaire : (...)
Annexes..... Débat 1: terminologie ; 2: datations ; 3: classification ; 4: bombes et svastikas ; 5: présentation de silhouettes ; 6: crédibilité bibliographique
Complément..... Dessiner en perspective
Disparition du débat n°4 : Après impression à compte d'auteur en 1998, des avis de lecteurs ont été reçus, l'un d'eux disant "c'est bien, mais l'annexe 4 n'a RIEN à faire dans un tel ouvrage". Lors de sa publication en 2000, l'éditeur a classé ce livre dans sa collection Histoire, et a voulu supprimer (avec mon accord) cette annexe 4 qui analysait mon profond malaise vis à vis de l'Histoire militaire (le Complément devenant Annexe 4). A sa demande également, le dessin d'introduction/dédicace fut redressé (voir ci-dessous) : il s'agissait d'un avion en voie de crash suicidaire ; c'était psychiatriquement prémonitoire mais totalement incompréhensible d'un point de vue lecteur, et ce fut rendu davantage présentable également pour ce qui n'était plus un "livre d'auteur".
Présentation ici : Ayant relu plusieurs années après ce texte de 1998, et n'y trouvant aucun défaut, il m'a même paru utile de le rendre disponible séparément. Sans prétendre son impact colossal, il fait un lien simple entre mon premier ouvrage (1993, Philosophie), mes derniers livres (2004, Aéronautique imaginaire), mes sites Internet (2005, Aviation-et-Religion, Antiracisme politiquement incorrect, etc.).


    ("Débat n°4") : Bombes et svastikas

    Plusieurs critiques étaient à craindre, au sujet du caractère semi-historique de ce livre. Tout d'abord, une grimace féminine, écoeurée au vu du titre de l'ouvrage : "je ne savais pas que tu étais passionné par les machines à tuer". Inversement, un ancien combattant serait choqué par la démilitarisation des textes et dessins : "tu le juges donc indigne, mon combat, tu aurais été pétainiste pantouflard, toi, petit con ?". Et, dans une direction encore différente, le coup fatal serait asséné par un avocat chasseur de nazi : "les Messerschmitt destinés à protéger les fours crématoires, vous les trouvez admirables ? monstre !".
    Tenter de lever ces malentendus, dans la mesure du possible, paraissait indispensable.

* Fleur bleue
    Quand on a la chance de vivre en situation de paix, il est évidemment malsain de choisir comme centre d'intérêt une guerre passée, c'est à dire des violences meurtrières. L'évocation historique pourrait être un alibi au voyeurisme morbide, celui qui fait le succès des magazines illustrant les tremblements de terre ou incendies meurtriers, avec des photos-choc de ruines fumantes et de grands brûlés. La guerre est une atrocité.
    Mais le présent ouvrage ne s'oppose pas à ces remarques... Dans un livre aéronautique se cantonnant à des projets restés virtuels, ou à l'état de prototypes, on parle exclusivement d'avions n'ayant massacré personne. Décrire, sans une once de connotation guerrière, des avions de 1939-45 relève plus d'un pacifisme hardi que du classique militarisme commémoratif.

* Superman
    L'auteur, né plusieurs décennies après 1945, n'a pas connu les terribles expériences du passé local, mais il n'en apparaît pas moins clairement que la non-violence a des limites : face à des commandos d'assassins, il faudrait certainement protéger les innocents, livrer combat. Reconnaître cette forme d'héroïsme individuel, suicidaire, tout en étant hostile aux embrigadements nationalistes, n'est aucunement suspect de sympathie envers les totalitarismes nazi ou stalinien, envers le culte pétainiste de la patrie.
    Sans antimilitarisme primaire, on peut reconnaître que les armées actuelles ont un prestige certain, mais celui-ci est lié à leurs missions "secondaires", non nationalistes - secours en haute mer ou actions humanitaires lointaines, portant assistance à des victimes souvent étrangères, et participations aux forces d'interposition apatrides de l'ONU, composées de volontaires s'élevant contre les violences entre pays ou communautés.

* La question antisémite
    Si la seconde guerre mondiale semble fondée sur des combats impérialistes et patriotiques, elle est aussi présentée comme une guerre humaniste contre le racisme, contre la notion de sous-hommes. Pourtant, si l'on recoupe les leçons d'Histoire portant sur les années 1940 et 1960, il s'avère que les vainqueurs de 1945 n'ont aucunement aboli l'apartheid aux USA, ni adopté la loi "un homme une voix" en Algérie, par exemple. Quoi qu'il en soit, les livres et les anciens racontent qu'au cours des années 39-45, seuls les nazis et leurs alliés se sont lancés dans l'extermination des peuples méprisés ; ceci justifierait de présenter, face à un régime haïssable, des armées "relativement" gentilles - larguant sur les habitantes terrifiées de Dresde ou Tokyo des milliers de tonnes de bombes incendiaires pour la bonne cause : l'amour du prochain...
    Ce n'est pas la voie qui a été ici retenue. L'auteur préfère imaginer que de jolis et ingénieux aéronefs auraient été dessinés quelque soient les circonstances, et leur emploi militaire dans un contexte de tueries massives fait alors figure d'idée non nécessaire et franchement déplaisante. D'où le choix spontané de ne pas s'attacher à ce point de vue douloureusement réaliste.
    Mais dans un livre centré sur 39-45, il n'est pas permis de refuser les réalités : la position est très sévèrement condamnée, via l'accusation de négationnisme. En particulier, passer sous silence la Shoah est assimilé à une incitation à la haine raciale, rien de moins. Il était donc obligatoire d'aborder ici le sujet.
    L'auteur éprouve une totale aversion vis à vis des thèses révisionnistes néo-nazies, qui déclarent objectivement prouvés l'inexistence des chambres à gaz et le caractère adorable de Adolf Hitler ; une fois clairement ceci posé, il devrait toutefois être permis de choisir entre la mémoire et l'oubli, à titre individuel. Quelqu'un dont l'opinion paisible et timorée se résume à : "je préfère personnellement ne pas croire à ces horreurs" fait certes preuve d'un négationnisme d'autruche, mais l 'assimiler à un personnage haineux et prosélyte ("les négationnistes sont les assassins de la mémoire"), c'est faire preuve de simplisme manichéiste. Paradoxalement, certains antira-cistes "se trompent de colère", eux aussi.

* Analyse d'une injustice
    La lourde condamnation morale subie par les "autruches" s'explique peut-être par le principe de "générosité intolérante" : les personnes qui entrevoient un chemin lumineux, conduisant à un avenir harmonieux pour tous, ont naturellement tendance à condamner les opinions divergentes. "Si vous n'adhérez pas à ma voie vers le Bien, vous êtes dans le camp du Mal". A ce sujet, on raconte que le nommé Galilée, en envisageant paisiblement que la Terre tourne, avait osé résister à l'enseignement religieux, et s'était vu, de fait, traité en abominable complice d'assassins (enfreignant eux le commandement de ne pas tuer son prochain). De la même façon, une angélique religieuse émettant l'idée que l'enfer ne peut exister puisque Dieu est Amour, aurait été brûlée vive au nom du Bien de tous, puisque de tels propos annihilant la menace de sanctions divines tendent à déshiniber les monstres potentiels. Le dogme et l'amalgame diabolisateur sont injustes, mais pas incompréhensibles.
    Autre élément d'explication : souhaiter une fraternité universelle, un monde d'individus sans "noblesse" ni "culpabilité" innées, où la signification des mots race et nationalité aurait été simplement oubliée, conduit à rejeter conjointement les concepts discriminatoires tels que "race des Seigneurs" et "peuple élu". A partir de là, cet humanisme généreux peut être accusé d'être antisémite, et donc raciste et génocidaire...

* Imperfection des lois
    Loin des jeux de mots frôlant la malhonnêteté intellectuelle et des extrapolations rhétoriques vertigineuses, assimilant tout contradicteur à un exterminateur en puissance, les législateurs ont émis un avis relativement modéré, en interdisant simplement la mise en doute de la véracité historique des crimes contre l'Humanité (loi Fabius-Gayssot). Hélas, c'est là encore taper beaucoup trop large, en condamnant des innocents, mis dans le même sac que les néo-nazis révisionnistes. Il se trouve que toute une branche de la philosophie (le scepticisme), ainsi qu'une religion particulièrement pacifiste (le bouddhisme indien), se fondent sur la pratique généralisée du doute et sur un sentiment de non-savoir universel - et il n'y a aucun mal à cela : si l'on s'abstient d'égorger ses voisins à coups de dents, cela n'a absolument rien à voir avec le fait que les loups-garous aient ou non existé "réellement"...
    Par ailleurs, les philosophies agnostiques demeurent parfaitement valides en termes de rationalité. Elles ne sont aucunement frappées d'absurdité par les "vérités scientifiquement démontrées", celles-ci ne traduisant qu'une lecture scientiste vis-à-vis de modèles par principe révisables, et de toute façon secondaires au choix de croire en l'expérience pratique. L'agnosticisme historique est une forme de pensée, bizarre, et l'interdire revient à restaurer le délit d'opinion. Beaucoup de gens ont des certitudes absolues, et des preuves en béton selon leurs critères de valeur, mais ce n'est en rien une raison pour taper sur les sceptiques. Décréter que l'incroyance cons-titue une insulte diffamatoire ou un symptôme pathologique n'y change rien - c'est simplement le signe qu'une dérive totalitaire est en marche.

* Logiques préventives
    Méditer dans l'abstrait, loin des réalités pratiques et des témoignages dramatiques, est considéré comme irresponsable, dans nos pays. Vu que l'on présente le "devoir de mémoire" comme le seul moyen de prévenir la réédition d'un génocide antisémite, il faut donc faire l'effort de reconsidérer l'approche amnésique, non plus en termes de liberté nébuleuse, mais sur le plan de l'efficacité réaliste.
    Avant de clamer universellement que le silence est l'ennemi de la prévention, il faudrait songer au débat de conscience des journalistes, constatant que des terroristes fondent leur principe d'action (massacrer des innocents) sur la caisse de résonance médiatique. Il est également notoire que les annonces météo de risques d'incendie titillent dangereusement les pyromanes... En Ulster, les commémorations solennelles de violences passées débouchent souvent sur des batailles de rue, et en Bosnie, les petits-enfants de communautés s'étant entre-massacrées en 1939-45 se sont lancés dans des exterminations vengeant les crimes qui leur avaient été racontés... Le "devoir de mémoire", fondement de la tribalité, peut au moins autant être suspecté d'incitation à la haine raciale que le droit à l'oubli.
    Par ailleurs, des historiens racontent que, jusqu'au rapatriement des ghettos séfarades dans les années 1960, toute la communauté israélite de France souhaitait passer inaperçue, sans invoquer publiquement la fracture de la Shoah, car se présenter ostensiblement et durablement comme un groupe à part, c'est susciter la ségrégation. Il y avait une grande sagesse dans ce point de vue, et même s'il est aujourd'hui masqué par les vociférations de quelques excités, il reste respectable - et nullement suspect d'antisémitisme.
    Les tenants de la rancune héréditaire feraient bien de songer au précédent monstrueux que constitue l'accusation antisémite de "peuple déicide", perpétuée pendant des siècles. Autre point majeur : si vers 1890 l'éducation civique avait renoncé à répéter durement que l'Alsace et la Lorraine avaient été arrachées à la France, il n'y aurait peut-être pas eu l'esprit de revanche qui conduisit droit à la guerre de 1914, au Traité de Versailles sanctionnant durement l'Allemagne, à la colère du peuple allemand, à l'élection de Hitler. L'attitude d'oubli aurait donc bien pu générer un siècle sans l'horreur de Verdun et d'Auschwitz...
    Que les historiens présentent des mécanismes dangereux et fassent appel à l'intelligence de chaque individu, c'est une bonne chose, mais ils ont peut-être tort d'exiger la soumission populaire à des vérités passées, et d'imposer une scission du monde entre familles de victimes et familles de bourreaux.

* Eduquer au discernement ?
    Il est prudent et utile de garder à l'esprit que des abominations absolues sont humainement possibles, mais la sacralisation spécifique des crimes contre l'Humanité aboutit à des discriminations étranges : il n'est pas juste que le massacre des enfants d'Oradour soit absout sous prétexte qu'il s'agissait de victimes "quelconques" et non de victimes juives, dont le meurtre serait lui imprescriptible. Modifier la formule "contre le racisme" en lui ajoutant l'expression "et contre l'antisémitisme" est également choquant, puisque le premier terme contient déjà ce qu'exprime le second, et que toutes les victimes de racisme devraient obligatoirement susciter une compassion indifférenciée, si l'on n'était en rien raciste. Il est déconcertant d'entendre ainsi déclamé un slogan ressemblant à "je hais les racistes, surtout s'ils sont noirs".
    Pour que tous les racismes s'éteignent, le mieux serait sans doute de ne plus raisonner en termes de groupes et de communautés. Face à des gens persuadés, par l'expérience ponctuelle ou la rumeur, que "les gitans sont de sales voleurs, les arabes de sales voyous, les noirs de sales fainéants, les juifs de sales pistonnés, les goyim de sales antisémites", il serait utile d'inciter tout un chacun à comprendre en quoi le principe raciste est injuste, à percevoir les attraits trompeurs de la généralisation, source du problème : même si une classe comptait beaucoup de méchants, il n'y aurait aucune raison de taper sur les gentils (et les neutres) qu'elle compte aussi. Si cette approche personnaliste était considérée comme relevant du bon sens, le racisme de masse s'éteindrait.
    Curieusement, l'intelligentsia pousse dans un sens exactement contraire. A nier les spécificités individuelles, au nom d'explications psycho-sociologiques (inspirées par la théorie marxiste ou l'outil statistique, mal compris), les "penseurs" disséminent les ferments du racisme : le discours "excusez tel méchant - ce n'est pas de sa faute, il vient de telle classe" conduit, indirectement, à soupçonner de tendances criminelles latentes la classe en question, toute entière.

* Un paradoxe suicidaire ?
    En quoi est-il bénéfique de traiter les jeunes goyim d'assassins en puissance s'ils expriment leur lassitude vis-à-vis des spectacles quotidiens rappelant l'Holocauste nazi ? N'y a-t-il pas là un risque évident de susciter quelque exaspération, et donc inimitié, pour le moins ?
    Une explication à cette prise de risque insensée serait un mécanisme de provocation sciemment orchestré par quelques activistes surmédiatisés, se prétendant abusivement représentatifs de la communauté israélite. Ni inconscients ni insensibles, ces extrémistes souhaiteraient peut-être revivre une injuste persécution dans la plus grande tradition, ou sauver l'identité du groupe en amenant la population environnante à le rejeter. L'auteur, lui-même d'origine israélite vraisemblable, partage la tendance psychologique à la tristesse et au martyr (qui se retrouve par exemple dans la fidélité éternelle envers une jeune fille qui ne vous a jamais aimé), mais la tentation inconsciente de partager ce malheur avec quelqu'un que l'on aime constitue une dérive condamnable (comme le suicide culpabilisateur d'un amoureux rejeté). Espérons que cette sombre hypothèse soit infondée.

* Frontières et cocardes : en route pour la prochaine guerre
    En matière de provocation à la haine, le problème essentiel de notre époque réside sans doute plutôt dans la disparité de richesse considérable entre l'Occident et le Tiers-Monde. Selon que l'on soit né ici ou là, dans telle ou telle famille, on peut vivre oisif le ventre plein, ou au contraire être condamné à travailler vingt heures par jour contre un demi bol de riz. La justification de cette situation, de ces frontières ? Des mariages princiers au Moyen-Age, des campagnes de pillage entre lointains ancêtres... L'Histoire et la Tradition semblent servir d'alibis, masquant les deux puissantes motivations du nationalisme (comme de tout autre communautarisme) : la solidarité restreinte (autrement dit : l'appréciable liberté de ne pas devoir partager tout ce que l'on a avec des milliards de pauvres), et le valorisant sentiment d'avoir une supériorité sur l'étranger, même si l'on est moche et socialement dominé. Une véritable justice en ce monde, qu'elle soit fondée sur l'égalité ou sur le mérite, ne correspond hélas pas aux aspirations profondes du plus grand nombre, si l'on en juge par l'engouement populaire pour le loto ou pour les princesses...
    Même si l'on admet un principe d'égoïsme plus ou moins universel (garder ou donner, c'est se faire plaisir), il s'avére difficile de comprendre la préférence nationale : comment peut-on trouver foi en des généralités qui paraissent très franchement contredites par la vision de certains compatriotes détestables (violeurs d'enfants etc.) et de quelques étrangères adorables ? Et pourquoi la nationalité d'un sportif déterminerait-elle son caractère sympathique et intéressant, comme le présupposent et le rabâchent les médias unanimes, avec la bénédiction des érudits qui monopolisent le titre de philosophes ? Pourquoi les chantres de l'humanisme démocratique ("un homme une voix") considèrent-ils à l'ONU qu'un suisse vaut 200 indiens, par exemple, permettant d'éviter la prise en compte effective des opinions partagées par la majorité des êtres humains (notamment le droit à une totale liberté migratoire vers les régions riches)...?
    Le nationalisme est certes combattu dans sa forme la plus dure ("épuratrice"), avec force envolées lyriques la main sur le coeur, mais les donneurs de leçon ne sont pas crédibles tant qu'ils ne renoncent pas à l'opulence accumulée à l'abri de frontières armées (la transmission familiale du patrimoine, garantie par la police, appelle les mêmes remarques). Dans ce paysage, les diatribes de quelques stars millionnaires, pourfendant les néo-nazis supposés, ressemblent fort à un gage de vertu à bon compte.
    Devant ces dérisoires gesticulations de convenance, il y a fort à craindre qu'une très violente gifle vienne nous remettre de l'ordre dans les idées, sous forme d'une révolte des miséreux du Tiers-Monde. Tentative d'envahissement massif de l'Europe et des USA, missiles plein Sud en retour, et finalement massacre vengeur de blonds bébés à la machette... Désamorcer cette bombe planétaire serait théoriquement possible en abolissant les frontières, en instaurant une démocratie mondiale, mais c'est impensable, compte tenu des mentalités présentes. Il conviendrait simplement d'imaginer comment les générations du vingt-deuxième siècle nous regarderont, si la notion de nationalité a disparu d'ici là - nous aurons l'air aussi immoraux à leurs yeux que les esclavagistes et colonisateurs le sont de notre point de vue... En attendant, les cocardes ont encore de beaux jours devant elles.

* Cataclysme alternatif
    On peut imaginer une autre solution aux déséquilibres du monde : l'Asie pourrait pacifiquement achever de nous ruiner, en retournant contre nous le jeu du Marché et du monétarisme. On ne peut pas éternellement pratiquer les enchères décroissantes (acheter au moins cher) au niveau des importations, sans que la même logique - génératrice de misère pour les pays producteurs - touche notre propre production. Si l'on accepte la concurrence, nos revenus plongent, et si on l'abolit, les prix flambent ; dans tous les cas, on se dirige vers un effondrement du pouvoir d'achat. Et soit il faut sacrifier une part de son bien-être (approche anglo-saxonne), soit la moyenne baisse par un processus excluant une part de la population : le chômage.
    Pour redevenir concurrentiel, il faudrait sans doute dévaluer massivement notre monnaie. Schématiquement : au lieu d'acheter 10 produits dont 9 venus de pays pauvres, on ne serait plus en mesure, après un effondrement monétaire, d'acheter que 2 produits - locaux car sans frais de transport - d'où restauration simultanée de l'emploi (fabrication locale doublée) et de la misère (consommation locale divisée par cinq)...
    Clamer que ce serait là un inadmissible retour au Moyen-Age évoque le sacro-saint maintien des avantages acquis. Sachant que de tels arguments "historiques" auraient empêché l'abolition de l'esclavage, il conviendrait de se demander si notre niveau de vie occidental est humainement mérité, ou bien s'il est lié au sous-paiement de matières premières et main d'oeuvre dans les anciennes colonies. Sacraliser l'Histoire ne suffit pas à légitimer les privilèges, les dominations héréditaires.

* Sombre conclusion
    Il faut reconnaître que l'absence de cocarde dans ce livre traduisait une sensibilité mêlant mondialisme et individualisme, en franc désaccord avec les opinions "communautaristes" usuelles, qu'elles soient patriotiques ou européennes, antisémites ou sionistes, etc. Ce regard incongru, qu'il pouvait être intéressant de découvrir, ne serait-ce qu'en tant qu'anomalie, relève d'une vision ultra-pessimiste du monde : l'hypothèse qu'une troisième "grande guerre" ne serait évitable qu'au prix d'un abandon des héritages (frontières, fortunes familiales etc.), perçus comme sources d'injustice, de révolte. L'acceptation d'un tel sacrifice étant illusoire, nous sommes peut-être en train de foncer, tête baissée, droit dans le mur. Dans ce tableau, l'auteur ne prétend pas stopper le mouvement en hurlant, il cesse simplement de marcher, et sera sans doute piétiné. Avec quelques crachats en prime...

English foreword June 1998
put in line, September 25th 2005, by X.Toff/Tophe

(letter of mine, published in the mail appendix of a US cartoon leaflet, “Altered Wars” /”Project Saucer #11”,
dealing with the subject “what-if World War II had not ended?”)

Your collection is very interesting for dreamer air enthusiasts and especially for us Europeans. Discovering this fantasy and freedom about history is like a bowl of fresh air. Here, we cannot escape strict historical seriousness if we want to be published, and texts like [yours], regretting excessive calls for Holocaust centering, would be solidly condemned by all TV stations and magazines as racist words insulting Jewish people. I agree this would be completely unfair, but contrary to the classical speech of one of your readers, most historians are unfairly preparing new slaughters instead of discarding old subjects of hate between communities. Of course, to get resources, they claim the opposite: their precious jobs will bring peace and love, knowledge and comfort to everyone. All scientists, politicians and religious leaders promise just the same, but this is not a reason to trust and applaud anyone. Please, think over the Bosnian affair, in which friendly children decided to murder one another in the name of old war facts tearing their families apart. Think over the "Israel rebuilt" principle and imagine a similar (but nuclear) war between the United Nations and America to get you to give your continent back to the Indians, all in the name of "historical justice." Universal friendship and respect may be impossible without forgetting the darkest sides of the past, the guilts and borders inherited from grandfathers. In France, such opinion is, alas, punished by law. Incredibly, the hope of an "amnesic universal friendship among the young people of the world" is labeled as a call for racial hate, because it insults the memory of the slaughtered people of Auschwitz and does not respect the Zionist claim that newborn goyim must be suspected of having natural tendencies to Holocausts. So let us eat all this historical stuff, silently waiting for the next world war... Just understand, you Americans, the chance you have to choose, as a matter of personal freedom, between "history altering" and "history truth”. However, the U.S. cannot be regarded as the champion of freedom so long as its Mexican (historical) border is cIosed. But this is another story, maybe another forthcoming war related to history...

English appendix April 1998
put in line, November 04th 2005, by X.Toff/Tophe

(Historical appendix to my book "Forked Ghosts. Twin-boom aircraft projects designed in 1939-1945"
printed in 1998, translated in English in 2005)


Debate n°4 : Bombs and svastikas

Several criticisms were feared, concerning the half-historic character of this book. First of all, a feminine frown, disgusted by the book title: "so you are enthusiast about killing machines!". Oppositely, a retired WW2 soldier would be shocked by the removal of guns and roundels: "this is insulting my heroic fight for peace and liberty, young bastard!" – and the fatal blow would come from a Nazi-hunter: "you admire some Messerschmitt that would have prevented Auschwitz liberation, you criminal monster!".
This is so severe and contradictory that such misunderstandings must be answered, step by step.

* Romantic
While being lucky to live in peace (this book was written in France 1997), having a passion for war may seem disgusting: the History pretext could hide an unhealthy pleasure in watching murders (while taking commonly secret pleasure through photo-magazines featuring burnt or bloody victims, of earth-quake or else). War is an atrocity, loving war is kind of a guilt.
But this book is not at all guilty in this direction: excluding the mass-produced planes that have killed, no matter the pleasant thrill of most potential readers for warbirds, is not trying to please the dark sides of humanity. In a book about those years, seeing poetry in aircraft designs, not mentioning war events nor even weapons is courageous, pacifist up to reach absurdity and receive much spittle.

* Superman
Non-violence has clear limits: facing murder squads, one must protect the innocent, fight back. Approving this kind of heroism – individual, suicidal – while remaining hostile to the nationalist enrolments, is not suspect at all of sympathy towards totalitarianism, national-socialism (Nazism) nor French Petainist patriotic spirit that fought the British and American.
Without raw antimilitarism, it is obvious that the armies nowadays (it was in 1998…) deserve some prestige, but this is related to their "secondary" missions, not nationalist – sea rescue helping victims, including foreign ones, and interposition decided by the UNO, with volunteers preventing violence between countries or communities.

* The anti-Semitic issue
While the second world war seems based on imperialist and patriotic combat, it is also presented as a humanistic war against racism, against the concept of submen. However, the 1960s’ events proved that the winners of 1945 did not abolish at all apartheid in the USA, nor adopted the law "one man one vote" in French Algeria, for example. Admittedly, the History books and former generations tell that, during the years 1939-45, only the Nazis and their allies exterminated the scorned people; this would justify to present, against an awfully bad side, rather-nice armies – dropping on the terrified Dresden/Tokyo civilians millions of incendiary bombs for the good cause: love for everyone...
There is a huge distance between admitting alas and celebrating with clapping hands. This author prefers imagining that pretty and clever aircraft would have been designed whatever the circumstances, and their military use in massive slaughters seemed unpleasant.
But in a book centered on 1939-45, it is not allowed to refuse realities: this is very severely condemned, via the charge of negationism. Mostly, neglecting the Shoah is assimilated to promoting racial hate…! It was thus obligatory to answer, to argue, to deny.
This author has no sympathy at all for the half-Nazi revisionists, who pretend objectively proven that Auschwitz was not a death camp and Adolf Hitler was an angel; then it should be allowed to choose between remembering and forgetting, on a purely individual basis. Somebody whose peaceful and shy opinion is "I personally prefer not to believe in these horrors" wants to be blind like an ostrich, but prosecutors pretending he is proven heinous and proselyte ("negationnists are murdering the Memory of Humanity") are absolutely dishonest, or blind differently. It is famously true that “racism is anger in the wrong direction” but through manicheist over-simplification, many antiracists display just another “anger in the wrong direction".

* Analyze of an injustice
The hard moral condemnation undergone by "ostriches" is perhaps related to the principle of "intolerant generosity": the people foreseeing a luminous way, leading to some harmonious future for all, naturally tend to condemn the divergent opinions. "If you do not follow my way towards the Good, you are on the Evil side". We have been told that Galileo, by considering peacefully that the Earth is rotating, had dared to resist the religious Law, and was thus treated as an awful accomplice of murderers (resisting the command not to kill); in the same way, an angelic nun saying that Hell cannot exist since God is Love, would have been burned alive as satanic because she would have removed the threat of divine punition against potential monsters; dogma and amalgam are fully unjust, while not incomprehensible. Other explanation: wishing universal fraternity, a world of individuals without innate "nobility" nor "culpability", forgetting the meaning of words like race and nationality, would suppress the discriminatory concepts such as "Lords race" but also… "God’s Elected people", so this generous humanism is declared anti-Semitic, thus racist and leading to genocide...

* Imperfect laws
Far from dishonest puns and from vertiginous rhetoric extrapolations, assimilating any contradictor to a forthcoming exterminator, French legislators have simply prohibited any doubt concerning the veracity of the Shoah (Fabius-Gayssot law); alas, this is still far too wide and condemns innocents, put in the same dirty bag as the Nazi revisionists: a whole branch of philosophy (skepticism), as well as a particularly pacifist religion (Indian Buddhism), are based on the generalized practice of doubt and a feeling of no-knowledge anywhere – and there is no evil involved: if one does not cut the throat of his neighbors with his teeth, there is no relation at all between this quiet wisdom and the fact that werewolves have actually existed...
In addition, agnostic philosophies remain perfectly valid as far as rationality is concerned; they are not at all destroyed by the "scientifically proven truths", those ones representing only one possible faithful reading of revisable models, formulated after a free choice to believe in apparent facts (arbitrary refusal of the dream hypothesis)… Historical agnosticism is simply a weird philosophy and prohibiting it was abrogating freedom of thought. Many people have absolute certainty, and concrete evidence according to their criteria, but this faith does not justify to throw in jail people having doubts. Decreeing that unbelief is a defamatory insult or a pathological symptom provides no explanation but proves that a totalitarian drift has started. Freedom has been officially killed, in France – as starting point in the Western World?

* Preventive logics
Pure theoretical thinking, far from practice and testimony, is regarded as irresponsible, in our countries. The holy "memory duty" (towards the Jewish Holocaust) is prescribed as the only way preventing another genocide, so an amnesic approach should be judged, not only through freedom right, but in matter of actual effectiveness.
Before claiming that silence is the very enemy of prevention, please think of the rare journalists feeling uncomfortable considering (or understanding…) that terrorism is murdering innocents to raise much audience, to frighten and concern electors through the news – silence and secret may suppress terrorism logic more efficiently than all armies; it is also notorious that the weather forecasts announcing wind and fire hazards are pleasing pyromaniacs and leading them into action; in Ulster, the solemn commemorations of past violence often leaded to street battles; in Bosnia, the grandchildren of communities having slaughtered one another in 1939-45 made new slaughters to avenge the crimes that had been told to them... The "memory duty", base of tribal spirit, can be suspected of leading to community hate at least as much as the right to forget.
In addition, French historians told that, until the repatriation of the Jewish Algerian ghettos in the 1960s, all the Jewish French community tried to be unobtrusive, without reminding publicly the Shoah drama and French complicity, because insisting ever and ever on the community frontiers causes segregation; there was a great wisdom in this point of view, and even if it is masked today by the shouts of some excited, there remains a respectable opinion – quiet Semitism, completely away from anti-Semitism. Moreover, requiring hereditary resentment reminds the very bad charge for “Christ-killing people" shouted against innocent Jewish generations; if lessons of the past should be remembered, why committing the same mistakes?
Other major point: if in the 1890s, the French civic education had given up repeating hardly that Alsace and Lorraine had been stolen from France, there perhaps would not have been the revenge spirit which led to the 1914 war, the Versailles Treaty sanctioning Germany, the anger of the German people, the election of Hitler; the forgetting attitude could thus have generated a 20th century without the horror of Verdun and Auschwitz...
Historians presenting dangerous mechanisms, and calling upon the intelligence of each individual, are helping peace, but they may be completely wrong when they pretend to say the Very Truth to obey, when they separate the World forever into victim families and torturer families.

* Educate in understanding?
It is careful and useful to keep in mind that absolute abominations are humanly possible, but to consider specifically holy the “crimes against Humanity” (defined especially for the Jewish, not considering the very similar genocide of Native Americans…) leads to strange discriminations: the slaughter of Oradour children may be forgotten-because they were "unspecified" victims and not Jewish victims, whose murder would be unforgettable…
To modify the formula "against racism" by adding "and against anti-Semitism" is also shocking, since the first part contains already what expresses the second, and all the victims of racism should cause an undifferentiated compassion, to be simply coherent. It is disconcerting to hear shouted a slogan resembling "I hate the racists, mainly the black-skin ones". For all racisms to die out, the best would be forgetting groups and communities, to consider each individual by itself. Facing people that are persuaded, by a few events or rumour, that "the Gipsy is a robber, the Arabic is a terrorist, the Black is lazy, the Jew is selfish, the non-Jew is anti-Semite", it would be useful to encourage understanding the misleading attraction of generalization: even if a class counted many bad ones, it would be wrong to spit on the nice ones (and neutrals) that are included also. If this individualist approach were regarded as the good direction, popular racism would disappear. Curiously, the (French) intelligentsia pushes in an exactly opposite direction: denying individual specificity, for pretended psycho-sociological reasons (inspired by Marx theory or a misunderstood statistical tool), the "thinkers" claim "excuse this malicious individual – he is not guilty, his behavior is explained by his coming from such class", this is considering latent criminal tendencies for the whole class, which is disseminating the roots of racism.

* A suicidal paradox?
Is it right to treat the young non-Jewish as forthcoming murderers if they express their lassitude with the daily reports and movies pointing out the Nazi Holocaust? Is not there an obvious risk to cause some exasperation, and thus un-friendship, or even more?
An explanation to this foolish risk would be a provocation by some activists, claiming wrongly to represent the Jewish community, and wishing to revive an unjust persecution in the greatest tradition, or to save the identity of the Jewish group by leading the surrounding population to reject it. This author, himself of probable Jewish ascent, shares the psychological tendency to sadness and martyr, but wanting to share this misfortune with beloved ones is a bad drift. Let us hope this hypothesis is wrong.

* Borders and roundels: on the way towards the next war
The main problem of our time (1998…) may be the huge wealth difference between the West and the Third World. It is not right to be condemned to work twenty hours per day for a half bowl of rice just because of your birth location. Kings’ wedding in the Middle Age or war conquests of forefathers bring absolutely no moral justification to borders... History and Tradition seem to be used as alibis, hiding the two powerful motivations of nationalism (and other communitarism): restricted solidarity (freedom to feel good not sharing with billions of poor), and superiority over the foreigner (even if one is ugly and socially dominated). A true justice in this world, that would be based on merit (or equality), would not at all reach majority in votes, seeing the tremendous popularity of lotto and princesses...
Even if we admit a principle of universal selfishness (keeping or giving provides self pleasure), it is difficult to understand national preference: why refusing to see that some compatriots are awful (rapist-killers of children etc.) and some foreigners are nice or even lovely? Why the nationality of a sportsman would prove he is more sympathetic and interesting than his opponents? Why do the proudest democratic humanists ("1 man 1 vote") consider in UNO that 1 Swiss is 200 times more important than 1 Indian, avoiding to take into account the opinion shared by the majority of human beings (in particular concerning the full right of migration towards the rich areas)? While, in France, nationalism is fought in its hardest form ("purifying"), with much lyric force, these speeches seem to be lies while keeping the opulence accumulated inside armed borders. A very violent World revolution of the poor could happen: attempt at massive invasion of Europe and USA, nuclear missiles in return, and finally avenging slaughter of babies...
This horror could be prevented by abolishing borders, founding 1 World democracy, but Westerners refuse completely to loose their aristocratic privileges. The generations of the 22nd century could be disgusted by our selfish attitude if the concept of nationality has disappeared by then – they will judge us as immoral as we judge the past slavers and colonizers.
That is why there is no flag nor country name in this book, as a shy step towards a better world.

* Alternative cataclysm
Another solution could cure World imbalance: Asia would peacefully complete ruining us, through the Market law and monetarist logic. We cannot forever use decreasing auctions (buying the cheapest) for import without seeing the same logic – that provides misery to the producer countries – touching our own production. If loyal competition is accepted, our incomes will fall down completely, and if it is refused, the prices will grow up awfully; in both ways, misery is coming.
To become again good competitors, our money needs perhaps to be devaluated massively. Then, instead of buying 10 products with 9 of them from poor countries, we would only be able to buy 2 products – local without transport costs – restoring local employment (doubled manufacture here) and misery (local purchasing divided by five)...
Protesting that it would be an inadmissible return to Middle Age poverty is part of the refusal to loose privileges; such "historical" arguments would have prevented the abolition of slavery, and our Western current richness came from the under-payment of raw materials and labour in the old colonies (for Europe), from the legal property over stolen land (for America and Australia). While recent History seems holy to justify hereditary domination, this author prefers honesty somehow.

* Dark conclusion
It is necessary to admit that the intentional absence of roundel and country name in this book is linked to an abnormal sensitivity, mixing mondialism and individualism, opposite to the usual "communitarist" opinions – patriotic or European, familial or communist, anti-Semite or Zionist.
This incongruity is related to a very pessimist imagination, considering that “World war 3" would be avoidable only by giving up heirs (historical, national, familial…), seen as injustice, root for revolution. This will be refused for sure, and the race goes on right ahead, till we crush on the wall. This author does not hope to stop it all, as another saver/leader, he has simply stopped running, and will be crushed, trampled. With some spittles as bonus...