LA "BOMBE SALE", un thème qui semblait indépendant du racisme orthodoxe

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11/10/2004
  Récemment, un ami m'a demandé de réfléchir sur un sujet grave : "la bombe sale existe-t-elle, dès aujourd'hui (annonçant des attentats monstrueux pour demain) ?", très loin du sujet ici traité (pour un être sain d'esprit). J'ai entrevu 3 pistes historiques:
1/ A la suite de la première guerre du Golfe, certains soldats vainqueurs ont eu des troubles et séquelles inexpliqués, et une des hypothèses envisagées porta sur l'emploi par l'armée américaine de "bombes un peu sales": les ingénieurs avaient durci la tête perforante des bombes et missiles de proximité avec de l'uranium appauvri, faiblement radio-actif, et on envisageait après-coup que le stockage ou l'occupation du terrain après explosion n'était pas sans danger. Personnellement, je tousse devant l'argumentaire implicite : tuer les ennemis irakiens, et leurs bébés futurs soldats du camp du Mal, était propre, mais abîmer nos propres soldats, héroïques et servant le Bien, était regrettable... C'est peut-être très patriote comme point de vue, mais je trouve ça moche, "moralement sale".
2/ Quand a été inventée en Occident la bombe propre à neutrons, il a été reconnu implicitement que les autres bombes nucléaires de nos arsenaux n'étaient pas très propres : les militaires étaient émerveillés par les radiations tueuses que procurait la fission de l'uranium enrichi ou du plutonium, mais la radio-activité résiduelle demandait d'inconfortables protections pour l'occupation victorieuse. Toutefois, hors des contextes tactiques locaux, c'était jugé parfait: les villes du pays visé étaient rasées, les survivants mourraient une semaine après sous l'effet des radiations, les sauveteurs attrapaient le cancer - succès total ! On aurait pu parler de "bombes victorieusement sales" mais ç'eut été péjoratif, et l'éducation civique au patriotisme (avant service militaire obligatoire) ne l'autorisait pas. Les méchants Soviets étaient terrorisés avec succès : on pointait les missiles prêts à l'emploi sur leurs cités civiles innocentes - mais un angéliste parlant à ce sujet de terrorisme ou d'arme sale aurait été interné, le pauvre, ne comprenant pas que c'était un louable instrument de paix.
3/ Il était formellement interdit à tout pays autre que les gentils chrétiens (USA et France en tête), et ces maudits athées communistes hélas, de mettre le doigt dans le nucléaire militaire, ce qui fut appelé le crime de prolifération. Israël passa outre, avec peut-être une aide française puis américaine. Le gouvernement israélien pouvait expliquer que c'était pour protéger le pays préféré de Dieu, une nouvelle fois menacé par les méchants envahisseurs arabes (au vingtième siècle, la pacifique Palestine a certes été envahie par les Juifs-orthodoxes sionistes, mais ceux qui respectent davantage l'Ancien Testament sacré que les détails frivoles de l'actualité ne voient pas les choses ainsi...) Après avoir acquis la bombe atomique, l'armée israélienne bombarda le réacteur nucléaire (officiellement civil) de l'Irak, avec la bénédiction américaine : vus de New York, ces maudits arabes n'avaient absolument pas le droit moral de développer des armes de destruction massive comme les nôtres, pouvant menacer les Israéliens. Entre leurs mains, l'arme radio-active serait une "bombe impure", criminelle. La Guerre du Golfe 2 fut lancée pour ce même crime (potentiel) - en plus de motivations financières pour s'approprier la richesse pétrolière semble-t-il. Aujourd'hui, les médias et services occidentaux craignent que des terroristes arabes, nous haïssant sans aucun doute pour notre générosité, fabriquent ailleurs cette bombe radio-active, interdite pour eux, "sale", atroce, crime contre l'Humanité! - excusez-moi si je vomis en entendant ce langage de propagande outrancier. Où est le crime de copier nos propres bombes radio-actives, mises en service actif pour éviter le partage communiste des richesses, et maintenant tournées (comme l'étaient déjà les bombes radio-actives israéliennes) contre le monde musulman, écrasé...? Dans un conflit, la saleté est certes dans le camp de l'autre, mais c'est valable des deux côtés. Et si le terrorisme du faible était remplacé par un nouvel Equilibre de la Terreur dissuadant de la domination et des tueries au Moyen-Orient, ce serait presque moral - du moins pas plus sale que la situation en Europe au temps du rideau de fer. Mais puisque cela conduirait au partage de la terre d'Israël, c'est classé immoral (par ceux qui font les leçons publiques, et par les intellectuels autorisés)...
  D'après ce que j'ai compris de l'éducation laïque, et cru comprendre des paroles du Christ, "bombe sale" est presque un pléonasme (les bombes anti-stocks de bombes adverses ne sont pas choquantes, les bombes tueuses le sont), et plus pour raison morale qu'à cause de la putréfaction des corps. Par ailleurs, les bombes qui font bien plus de mal qu'une explosion n'ont rien de nouveau ou de spécifiquement scandaleux (tuer cinq corps déchirés et cinq par cancer ne semble pas pire que mille par explosion/incendie et mille par infection des plaies à l'air libre). Et si on nous dit que les bébés d'Hiroshima, vitrifiés au centre ville, brûlés vifs dans la banlieue, et cancérisés aux alentours, ont été "proprement" purifiés des crimes de leurs parents, je trouve malhonnête de déclarer "sale" la similaire tentative de Ben Laden d'envoyer au Paradis les petits enfants de Sharon-Bush. "Tu ne tueras point", "Aimez vos ennemis"... Si George Bush, maître du Monde, est réélu, il va peut-être se croire investi d'une mission prophétique - je cauchemarde : "Si Jésus-Christ était né après Mahomet, il aurait clairement expliqué ce que Dieu est venu me dire : George, tout change avec le Mal absolu qui n'existait pas il y a 2000 ans: le Monde doit tuer l'Islam, même ses bébés, incarnation de Satan, pour servir Dieu et le peuple élu de Dieu..." Cela nous conduirait à la guerre mondiale, directement, le seul coupable étant évidemment l'antisémitisme, le racisme abject dans le coeur mauvais des arabes - sale race... (C'est un cauchemar, je délire, mais le monde extérieur ressemble à cela, j'aurais voulu que l'on me corrige avec des arguments convainquants.)
  Ma conclusion, finalement : La "bombe sale" existe, depuis longtemps, dans nos arsenaux, prête à l'emploi. (Pour la tenir vraiment prête, son test répété a un peu sali, pour quelques milliers d'années à peine, un océan lointain, sans inquiéter la majorité des électeurs ici, certaines populations pacifiques appréciant moins bien ce minuscule détail, qui n'a jusqu'ici tué qu'un méchant contestataire, de manière très propre, dans le Rainbow Warrior). On nous expliquait qu'il fallait bien menacer d'horreur radio-active les (populations civiles des) dirigeants dont nous craignions la puissance militaire, pour avoir la paix et chasser le danger (du partage). Déclarer "sale" uniquement la bombe des ennemis du sionisme ne paraît pas honnête... mais très révélateur du lavage de cerveau généralisé en Occident. "Est-ce que Ben Laden a vraiment cette bombe?" est une autre question, hors-sujet ici.
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12/10/2004 : ça empire...
  Repensant à tout ça, au lien entre les sujets, j'essaye de faire le point, et cela débouche sur des idées effrayantes :
- Dissocier la condamnation de l'antisémitisme de celle du racisme semblant auto-contradictoire, car raciste, une explication serait que la distinction porterait sur la gravité, la sévérité dans le jugement officiel : "haïr les électeurs de Sharon est très suspect de vouloir un nouvel Auschwitz, ce qui mérite une condamnation absolue voire une juste punition de bombes radio-actives ; les autres racismes seraient en théorie un problème également, mais écraser sévèrement tous les arabes (en les menaçant de bombes radio-actives) peut se comprendre pour désarmer les futurs kamikazes tueurs d'innocents". C'est ce que je crois entendre. Si l'on me dit que c'est assez sage, je voudrais objecter ceci : le racisme théorique peut vous paraître bénin, mais essayez de vous imaginer en victime de racisme, avec les arabes. Scénario démentiel : un candidat à l'élection américaine, débordant George Bush sur son terrain à succès, présente le programme de venir punir par le feu nucléaire ces criminels français qui ont choisi le camp de Saddam donc BenLaden contre l'Amérique blessée donc contre Dieu. Présentation à l'ONU: "Saddam a payé les campagnes électorales de Chirac (qui a tenté de faire interdire la Guerre du Golfe 2) et Chevènement (qui a refusé la Guerre du Golfe 1), les missiles que tiraient les Mirages français de l'Irak en guerre dans les années 80 étaient prêtés gratuitement par l'armée française, le réacteur nucléaire irakien qui allait déboucher sur la bombe atomique arabe pour le nouvel Holocauste antisémite a été construit par les français... Et ce n'était pas qu'une affaire de dirigeants criminels, tous les Français étaient d'accord : quand Jacques Chirac l'ami de Saddam a été opposé à Le Pen qui voulait chasser les arabes, presque 90% des électeurs ont triomphalement élu ce Chirac pourtant connu pour avoir volé leur argent, et les 10% des Français restants ne votèrent Le Pen que parce que ce néo-nazi envisageait sérieusement de pourchasser les juifs. Cela prouve formellement que, pro-arabes et antisémites, 100% des français sont clairement dans le camp du Mal, jeunes et vieux ; la sanction de mille missiles radio-actifs s'impose, et si l'Allemagne s'oppose encore à l'Amérique en étant une nouvelle fois dans le camp franco-irakien, elle sera rasée aussi - en veillant bien à exterminer les bébés, le sang franco-allemand étant clairement nazi, le naïf démocrate Roosevelt ne l'ayant pas compris en 1945 ; sous notre menace, les Juifs nés en France sous la contrainte ont enfin été autorisés à rejoindre Israël, en emmenant l'argent des français pour lui trouver un emploi plus moral, mais il fallait faire beaucoup plus pour protéger vraiment les innocents des nouvelles menaces identifiées. Rassembler soixante millions de ces maudits franco-arabes sur l'île de Mururoa, entourée d'un grand mur anti-terroriste, serait bien sûr possible, mais il ne faut pas être angéliste, il faut détruire le Mal. Les missiles abominablement sales de ces monstres français sont pointés sur New York et Jérusalem, nos photos satellites le prouvent, il n'y avait pas le temps de discutailler ici interminablement, l'explosion de nos engins salvateurs qui sont en route aura lieu dans trois minutes. Et ce n'est pas une fantaisie isolée de notre président : les têtes nucléaires de nos amis britanniques se joignent aux nôtres - ils nous avaient prévenu que les enfants de Napoléon, qu'ils n'avaient pas osé euthanasier, étaient des monstres et le monde l'a maintenant compris." Cela vous plaît comme scénario ? ce serait bénin puisque cette haine raciste américaine à notre encontre ne serait pas antisémite? Personnellement, ce scénario imaginaire me choque, et une telle logique me fait peur pour autrui avant d'être moi-même effectivement menacé.
- L'éducation humaniste que j'ai reçue m'a enseigné cette morale : "ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'il te fassent". Au volant, je laisse ainsi passer les piétons sur les passages cloutés, conscient que je voudrais que les voitures me laissent passer si j'étais à leur place. Nous échangeons un sourire amical, et c'est très bien (Jésus, Mahomet, Moïse, Bouddha et Marx en conviendraient, je pense). Mais si un individu refuse de laisser passer les piétons quand il est au volant, et exige le passage quand il devient piéton, je suis choqué. S'il argue comme explication: "je suis l'élu de Dieu et les autres sont méprisés de Dieu", cela accroît mon sentiment que c'est un être détestable. Toutefois, il y a un contre-argument que je comprends : "tu ne voudrais pas être enfermé à vie ni condamné à mort, pourtant tu admets qu'un tueur tortionnaire d'enfants mérite ce traitement". Certes, certains humains ne méritent pas le respect, mais le principe de la justice morale est je crois de ne pas condamner les innocents, et la culpabilité ou l'innocence est une conséquence des actes, non de la généalogie, m'a-t-on appris... Et si on traite un innocent en coupable, cela génère automatiquement ses protestations ; si on le fait taire par la force et la menace nucléaire, cela peut se transmuter en haine. Et si tout cela vient démocratiquement d'une volonté populaire, la haine est généralisée. Le terrorisme vient de là. Ceci dit, s'il y a un jugement supérieur post-mortem (que ce soit par Dieu, God, Yahveh ou Allah), la place de Ben Laden est à mon avis en enfer, avec Hitler, Staline, Sharon, Saddam, Bush, Marcos, Pinochet, tandis que je crois sincèrement que la place de certains individus juifs, arabes, américains, irakiens, est au Paradis. Cette opinion est anti-raciste, mais en imaginant Sharon en enfer et des arabes au Paradis, elle sera déclarée antisémite par les ultra-orthodoxes... Donc punissable par la loi. Sans Internet, ce serait censuré, et "moraliser" Internet est déclaré urgent, la liberté d'expression n'allant pas jusqu'à laisser la parole aux criminels Hitler, BenLaden, et autres antisémites.
- J'ai été très marqué par un passage du Nouveau Testament, étonnant dans la traduction française, qui semblait dire ceci en langage moderne : "attention : un bon juif vaut mieux qu'un mauvais arabe, mais pareillement un bon arabe vaut mieux qu'un mauvais juif". C'est la parabole du Bon Samaritain, dans la parole de Jésus-Christ. C'est autant (ou aussi peu) "antisémite" que ma position... George Bush classe-t-il le Christ dans le Camp du Mal ?... Libre à lui de le penser, mais l'honnêteté voudrait je crois qu'il le signale à ses électeurs.
- On peut me répondre aussi ceci : ce qui force à distinguer le très propre Hiroshima et la bombe sale de Ben Laden tient en un mot : kamikaze. "Les Japonais sont les inventeurs de ce concept odieux et ce peuple méritait totalement le feu atomique cancérigène qui est maintenant dirigé vers les arabes et leurs nouveaux kamikazes. La même arme est par contre, bien sûr, abominablement sale et moralement inadmissible en sens inverse, vers les gentils que nous sommes, totalement opposés au concept kamikaze." J'objecte : on m'a appris à l'école élémentaire, et c'est pareil en Amérique, que "le soldat qui sacrifie sa propre vie pour la gloire de son pays est un héros absolu, un surhomme à vénérer. Par l'impôt et le Ministère des anciens combattants, il faut remercier sa famille en deuil de tant de grandeur et d'abnégation". Mais... les kamikazes japonais d'hier et les kamikazes palestiniens d'aujourd'hui n'aspirent-ils pas à la même chose, sacrifiant leur vie pour leur famille ? "Ne mélangez pas, idiot", me dira-t-on : "les inhumains fous dangereux que sont les kamikazes assassinent des innocents, des enfants, des pompiers !" Euh, les kamikazes japonais visaient exclusivement des militaires... et les aviateurs anglo-saxons morts en bombardant les femmes et enfants de Dresde sont classés héros... Seule réponse que j'entrevois : "ce n'est pas pareil, ces héros ont été victimes de canons nazis, donc antisémites, et le peuple japonais était allié des nazis, donc se battait pour d'autres Auschwitz !" Ce serait cohérent, mais c'est dur à digérer : "on peut tuer des milliers d'innocents, l'important étant seulement de combattre l'antisémitisme... pas le racisme, ce n'est pas le même sujet. Ne pas confondre."
  Non, ce serait trop horrible, que quelqu'un me dise où est l'erreur, s'il vous plaît... Si l'argumentaire peut convaincre, on pourrait l'exposer aux Palestiniens et à leurs partisans arabes et musulmans, pour dissiper les malentendus gravissimes qui nous conduisent tous à la guerre nucléaire...
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13/10/2004 : crise d'illumination
  Je crois avoir tout compris aujourd'hui... et cela signifie simplement que je trouve une explication plausible à tout, même si elle est probablement erronée - il faut l'espérer.
- La re-création d'Israël n'a pas été un envahissement par la force mais une haute décision internationale cherchant à réparer l'abomination de l'Holocauste, ayant meurtri tout un peuple, je le comprends. Tout comme la loi peut favoriser positivement les handicapés sur le marché du travail, les quelques survivants juifs voulant rejoindre la Terre Promise de leur religion se sont vus alors accorder un droit à la migration qui est refusé aux Africains voulant connaître le confort européen, aux Mexicains voulant connaître le confort états-unien. Entendu. Toutefois, il y a un fossé de taille entre l'accueil un peu forcé et l'expulsion des anciens occupants... Encore aujourd'hui, le retour des arabes exilés de force est fermement refusé, puisqu'il ferait pencher la balance démocratique dans le mauvais sens (mauvais aux yeux de Dieu, parait-il)... Je comprends moralement le droit à la libre migration et à la coexistence, mais pas la discrimination sioniste. Le principe démocratique est aussi très compréhensible : il se fonde précisément sur une morale anti-aristocratique reniant l'idée de classe supérieure, et honnêtement elle devrait conduire à une démocratie mondiale à président chinois, un moyen-orient à dirigeant arabe, et pas du tout à la domination américano-israélienne. On nous ment quelque part. Ça ne veut pas dire que Ben Laden a raison, pas du tout, mais la situation ressemble à un combat du Mal contre le Mal, pas du Bien contre le Mal.
- Etre rendu malade par l'incohérence n'est parait-il pas justifié, c'est pathologique. Dire quelque chose et faire un peu le contraire est normal dans un monde complexe, où la sagesse est dans le juste compromis entre les inévitables imperfections qui sont partout, qui font la vie sur Terre. Je l'entends bien, mais j'ai des rêves peu confortables, et me réveiller ne me rassure pas. J'entends quelque chose comme "en ce grand jour de Libération de 1944, j'ai approché ce sale boche blessé, qui me regardait sans tirer, je lui ai arraché son arme - sans doute vide - et je lui ai explosé la tête en 20 coups de crosse ; j'ai bien sûr été décoré, vive la France !"... Reportage suivant : "l'assiociation des étudiants juifs de France porte plainte contre des propos du Front National laissant à penser que ce parti qui hurle "Vive la France" veut en fait faire réquisitionner les biens légaux de l'élite juive qui apporte tant à se pays, pour les distribuer à leur camp de la haine." Réveillé de ce cauchemar, j'allume la télévison, et je n'y trouve pas du tout quelqu'un exprimant l'idée que les communautaristes, qu'ils soient anti-boches ou anti-juifs ou anti-palestiniens, vont dans une même direction contestable... Ce mélange anti-raciste serait hors-la-loi, car classé officiellement antisémite...
- Comme les historiens renvoyés de l'Université pour avoir osé envisager que les chambres à gaz d'Auschwitz n'ont pas existé, je suis passible d'emprisonnement au titre de la loi Fabius-Gayssot puisque j'envisage que ce monde est un mauvais rêve, sans aucunement ajouter que les crimes nazis sont la seule certitude de l'Univers. Si le doute cartésien du Discours de la Méthode est encore présenté en cours de Philosophie, c'est sans doute avec la réserve suivante : "au 17e siècle, on avait le droit d'imaginer que le monde ne soit qu'un rêve, aujourd'hui on n'a plus le droit de contester ainsi l'existence des chambres à gaz, en insultant la mémoire des victimes". Le texte actuel de la loi Gayssot n'envisage aucune excuse, ne prend aucune précaution pour dissocier l'affirmation "il est prouvé que les gentils nazis n'ont jamais tué personne" (néo-nazisme choquant) du doute mettant en question les affirmations : "je ne crois pas vraiment à l'existence du soleil, du passé, de ce monde" (interrogation paisible, forme de bouddhisme), condamnés pareillement comme criminels. Le scepticisme ne respectant pas l'Histoire sacrée est maintenant hors-la-loi, avec l'approbation unanime des "penseurs". Poussons la logique jusqu'au bout : "Puisqu'il est interdit de douter de ce qui est sacré pour quelqu'un, Descartes n'avait même pas le droit de mettre en question l'existence de Dieu avant de (croire) la redémontrer. Il est interdit de douter que Dieu existe et qu'il a choisi le peuple hébreu. Athéisme et darwinisme seront interdits par les leaders américains du monde libre&responsable". Mais puisqu'il n'est pas permis de douter de ce qui est sacré pour quelqu'un, est-il interdit de douter que le Coran exprime la seule Vérité ? "Non, non pas du tout : ce n'est pas un principe général, le seul sacré vraiment sacré est le sacré judaïque, tout le reste conduit à Auschwitz !" Je ne trouve pas ça honnête, désolé.
- Je plains infiniment les juifs non-orthodoxes et sang-mêlés humanistes qui ont été massacrés à Auschwitz, et je n'aime pas Sharon et les ultra-orthodoxes modernes - c'est ma façon de rejeter l'antisémitisme comme un racisme parmi d'autres, ne méritant aucune faveur par principe (de cohérence). Je pense que la Shoah devrait être vue comme un grand malheur, passé ou possible, et non comme une référence obligatoire, aubaine justifiant toutes les immoralités des familles de victimes en prétendant oeuvrer pour prévenir sa dramatique répétition.
- Si Sharon fait impunément ce qu'il fait, c'est en un sens GRACE A Auschwitz, dont le spectre abominable impose le silence à tous les adversaires des Juifs ultra-orthodoxes. Et... et si Hitler lui-même était, secrètement, un juif ultra-orthodoxe?!?! En quelques décennies, son Holocauste a conduit à redonner la Terre Promise au peuple de Moïse dispersé depuis des millénaires, chasser une partie des arabes qui étaient nés là, et brimer ceux qui restent sans aucune sanction internationale. Un kamikaze ou héros-suicidaire aurait pu faire cela pour le triomphe éternel du peuple qu'il aimait. Il aurait simplement entraîné dans son sacrifice personnel des millions de martyrs pour aboutir par réaction (posthume) au privilège dominateur du peuple élu de Dieu... NON, non ce n'est pas possible, je ne veux pas le croire, on m'a tant appris qu'Hitler incarnait le mal absolu, oublions cette idée horrible, atroce car devenant presque plausible maintenant.
- Parait-il, le jeune Hitler était amoureux d'une juive, qui l'a rejeté, et il en a développé une haine monstrueuse pour tout le peuple juif. Mais alors... si Sharon triomphant et raciste, et tous ses électeurs, ne sont pas admis au Paradis, ce serait aussi une terrible punition post mortem, une forme de victoire d'Hitler... Cet abominable Adolf aurait pu faire le calcul suivant : "je vais essayer d'exterminer les Juifs, abominablement, et si je n'y arrive pas, ce sera encore plus réussi, parce qu'en réparation, ils seront odieusement favorisés, impunissables sur Terre, et ils seront conduits sans plus de retenue à tous les mauvais penchants qui menacent l'être humain (goût du privilège, de l'impunité dans la violence), ils se croiront victorieux (sur Terre) mais iront tous brûler en Enfer (dans l'au-delà)..." Pour sauver des personnes juives estimables de ce cruel projet, il faudrait que naisse un judaïsme humaniste combattant le mauvais enseignement des ultra-orthodoxes : "Yahveh, autrefois, s'est penché sur les malheurs du peuple hébreu, et l'étude de tous les détails de cette vieille histoire achevée constitue notre tradition ; maintenant, pour les nouvelles générations, et comme l'a entrevu un homme parmi nous nommé Jésus, le paradis se gagne en aimant simplement autrui, quel que soit son peuple d'origine ; les tueurs, juifs ou arabes, seront punis, et les gentils, juifs ou arabes, seront remerciés, encouragés". Les juifs pratiquant ce chemin gagneraient le Paradis et mettraient en échec le plan diabolique d'Hitler, qui croyait racistement que tous les juifs sont foncièrement mauvais, incapables de résister à la tentation de la domination communautariste impunie. Pour sauver ainsi un maximum d'individus, il faudrait que soit autorisée la dénonciation des ultra-orthodoxes taxant de racisme (absolu) la condamnation de leur propre racisme (ordinaire) - évidemment ils ne sont pas d'accord, mais il est infiniment regrettable que les gens ayant le pouvoir en Occident soient de leur côté, reniant le droit à la contestation, à la liberté d'opinion non-violente.
- Pourquoi personne n'ouvre-t-il les yeux, en Israël ou France ou Amérique, pour proposer ce judaïsme semi-chrétien qui pourrait sauver le monde du terrorisme ? Ce que je disais sur l'extermination oubliée des Indiens d'Amérique pourrait faire réfléchir : les dirigeants américains, se déclarant très fiers de leur Histoire, ont la solution contre le terrorisme - "Geronimo et ses tueurs de colons pacifiques ont été exécutés, leurs familles parquées, et celles-ci ont disparu gentiment, victoire totale"... Et on se demande pourquoi les Palestiniens luttent à mort contre le sort qui leur est assigné par les dirigeants américains ? En Israël, sous protection américaine, on tue les tueurs évidemment (comme dans presque tous les peuples du Monde) mais on punit aussi les familles, les parents et les cousins, comme pour les Indiens - dont le génocide fut jugé bénin, les Indiens étant "totalement méprisés par Dieu, sous-humains, puisque jamais cités dans la Bible". Mon coeur anti-raciste vomit en entendant cette logique dite sacrée...
- Si j'étais né américain, et avais à affronter des terroristes indiens, je crois que j'irais voir des indiens modérés, en disant "messieurs-dames, je suis comme vous né ici, sans avoir tué ni chassé personne, essayons de nous aimer les uns les autres". Et je suis persuadé que de jeunes Israéliens sont capables de ce même mouvement d'amitié, qui leur vaudra - à la différence des sionistes selon moi - le Paradis post-mortem dont parle leur livre sacré.
- Objection potentielle à mes réflexions d'hier : "les Français n'ont armé Saddam que contre les ayatollahs iraniens qui étaient pire encore, et ils ont finalement combattu ce Saddam quand il a envahi et occupé le Koweit pour en prendre le pétrole" (oui, Mr Bush, faire une telle chose était classée criminel par l'Occident). Je l'entends bien, et je n'ai rien d'anti-français spécifiquement, j'ai cru comprendre que les dirigeants Britanniques n'étaient pas très propres dans cette histoire de la frontière Koweit/Irak, décision arbitraire dans le découpage de leur Empire passé. Ils auraient parait-il choisi astucieusement de séparer les puits de pétrole d'alors de la population ; les quelques privilègiés du petit pays ultra-riche seraient naturellement menacés de réquisition et partage, ils auraient besoin d'armes efficaces et protection pour sauver leur extrême confort, donnant le pétrole en échange aux Occidentaux, sous les applaudissements des électeurs ici, très heureux d'avoir une essence pas trop chère. Face aux palaces Koweitiens, les irakiens furent longtemps armés par les Soviétiques, le communisme étant précisément fondé sur le partage obligatoire des richesses (les décideurs apparatchik s'en dispensant, évidemment, c'est humain - chrétienté ou communisme n'y change rien : nous sommes tentés par l'extrême confort...). Le "camp de la liberté" signifiait (sans le dire) "liberté d'être plus riche sans partager", avec l'approbation démocratique des joueurs de loto, espérant avoir cette chance eux aussi. Quoi qu'il en soit, même si rien n'est parfait, envahir un pays étranger était déclaré "odieusement criminel, maudit Saddam - et si les Britanniques/Français/Espagnols ont construit des empires en allant écraser les faibles, c'était totalement différent : c'était pour apporter la Civilisation Biblique..." Moi, ça me fait tousser d'entendre tout cela, ou de l'imaginer pour boucher les trous qui manquent à ma compréhension... Pourquoi les douze ans de leçons d'Histoire obligatoire ne visent-ils pas à comprendre la violence du monde actuel, la malhonnêteté possible des discours (cachant des contradictions totales qui discréditent leur revendication de grands principes moraux) ?
- Pour moi, ce qui fait que le racisme est mal et que le non-racisme est bon, c'est que j'apprécie l'amitié sans préjugé entre gens d'origine différente, le sourire mutuel et le mariage inter-ethnique, et cet état d'esprit peut faire passer des tribus hostiles de l'Antiquité à une humanité mélangée et fraternelle dans deux cents ans peut-être. Si cet espoir est dit antisémite, ne respectant pas l'identité juive, je réponds que je n'aime pas ce sentiment ultra-orthodoxe de certains juifs mais que je suis convaincu que celui-ci n'est pas automatique chez tous les individus de sang juif, certains pouvant être infiniment estimables à mes yeux. Ne pas aimer certains juifs extrémistes et haïr tous les juifs devrait porter deux noms différents (comme "détester l'islamisme-intégriste" ne signifie pas du tout "condamner tous les musulmans", ne pas aimer les franchouillards nationalistes ne signifie pas détester tous les français). L'amalgame est malhonnête, c'est un total contresens, bien pratique pour que les ultra-orthodoxes échappent à tout procès et condamnent sans procès les opinions comme la mienne. Interdire le discernement est très efficace pour ceux qui voudraient faire triompher les judéo-chrétiens, même méchants (et les leaders sont généralement des méchants, agressifs et dominateurs, chez les humains comme chez les loups), en faisant disparaître les musulmans, même gentils, et cet appel à la généralisation aveugle est le principe même du racisme. C'est ce projet que je crains à l'oeuvre, débouchant sur la révolte hyper-violente et la haine aveugle, raciste en retour, et c'est hélas compréhensible.
- Ma femme adorée, catholique et asiatique, m'a dit avoir été très étonnée que je sois honnête et gentil alors que je ne crois pas vraiment en Dieu, elle pense que ma non-croyance sera pardonnée quand je déboucherai au Ciel, et j'admettrai simplement alors l'évidence qui ne m'était pas spontanément apparue sur Terre. Son éducation l'avait elle dirigée dans la voie fraternelle sous la menace d'un Seigneur ayant vue sur tout. Elle a par contre été choquée quand un de ses frères, gentil garçon converti à l'Islam (non violent), lui a dit qu'elle n'irait certainement pas au Paradis puisqu'elle n'était pas musulmane. J'ai entendu des collègues dire aussi que le Paradis était exclusivement réservé aux baptisés de l'église catholique n'ayant pas trop fauté (ou s'étant bien confessés via l'Eglise institutionnelle ?). Et c'est simplement dans cette même ligne que les juifs ultra-orthodoxes semblent considérer que seuls les membres du peuple élu, et tous parmi eux quoi qu'ils fassent, auront la vie éternelle. Cela ne s'appelle pas racisme mais le principe est le même : "vive nous, maudits soient les autres". Personnellement je préfère et admire Mère Thérèsa aidant au péril de sa vie des hindouïstes pauvres, ou le Médecin sans Frontière athée qui se dévoue loin de chez lui pour des étrangers inconnus et sans escompter en paiement de billet personnel pour le Paradis. Je ne suis pas sûr que Jésus Christ ait existé mais je trouve magnifique la parabole du bon Samaritain qu'on lui prête, disant quelque chose comme "soyez gentils, ne soyez pas méchant, la classe d'appartenance n'a aucune importance pour le jugement de votre âme individuelle." Les religions, même chrétiennes, prêchent exclusivement pour leur chapelle, promettant une récompense éternelle pour leurs seules troupes, évidemment enthousiastes d'avoir cette chance rare. Au contraire, je pense qu'il y a de bons athées/agnostiques/catholiques/protestants/musulmans/juifs pratiquants, et des mauvais correspondants. C'est une opinion anti-communautariste, et la classer raciste me choque : loin de haïr une race, je voudrais que soit oubliée la notion de race (supérieure ou inférieure). Enfin, comme je suis de morale tolérante, j'admets l'avis communautariste en le considérant seulement regrettable, ce qui est beaucoup plus choquant est que cet avis ait le pouvoir d'interdire le mien, et de conduire à la violence et la guerre avec ceux qui sont encore plus "mal nés" que moi...
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15/10/2004 : pas angéliste du tout
  Quand je souhaite que les nouveaux nés soient tous respectés à l'identique, même palestiniens, je dois faire face à l'accusation d'idéalisme naïf et dangereux.
- Un scénario imaginable me trouble effectivement : je serais né à Tel Aviv de parents juifs, je n'aurais pas aimé l'enseignement raciste des rabbins ultra-orthodoxes et serais tombé amoureux d'une palestinienne, le mariage étant prévu dans quelques mois ; d'idéologie pacifiste, je voterais à gauche dans les élections israéliennes, mais de tempérament introverti, je ne me serais jamais joint aux manifestations de la gauche criant de la haine à l'encontre de la droite ; mobilisé sous peine de prison pour le service militaire obligatoire, j'aurais été envoyé dans les troupes d'occupation en Cisjordanie, et à la suite d'une erreur de manoeuvre me laissant isolé, j'aurais été agressé par dix jeunes garçons hyper-violents de 13 à 15 ans ; j'aurais menacé pour me dégager, mais les enfants se seraient cru intouchables de par leur statut théorique d'anges innocents ; ils m'auraient roué de coups et seraient allés chercher des briques pour me fendre le crâne ; j'aurais tiré, tuant simplement un de ces petits monstres déchaînés, sans être du tout un monstre moi-même. C'est vrai.
- Loin de ce scénario imaginaire, un enfant qui lance une pierre en espérant crever l'oeil d'un soldat, et meurt d'une balle en retour, n'est pas du tout un ange victime de meurtre. La peine capitale sans jugement est sévère, mais ce n'est pas ce genre de fait divers qui me choque, plutôt le martyre d'un bébé amputé par l'explosion d'un missile visant un quartier où un individu ennemi s'est réfugié. Je comprends aussi qu'un enfant ayant vu, suite aux crimes d'un grand frère bizarre fou d'Allah, sa maison détruite par des bulldozers couverts par l'armée régulière, haïsse les soldats et n'envisage pas que celle-ci compte des individus réticents ou désapprouvant les ordres reçus. Le principe de l'uniforme est d'annuler la personnalité individuelle pour n'être plus qu'un pion servile accomplissant les ordres reçus. Le libre arbitre est sévèrement puni, sauf dans le camp adverse où les soldats seront condamnés après guerre s'ils n'ont pas obéi au devoir de désobéissance (interdit chez nous)... Je comprends toutes ces logiques, en les trouvant simplement très regrettables.
- Je ne crois pas du tout que l'être humain naisse naturellement bon. Mon éducation athée ainsi que l'enseignement scientifique et philosophique reçu me font croire a priori (envisager tout au moins) que l'être humain n'était à la base qu'un animal, mi-égoïste et mi-social, ni vraiment un tigre ni vraiment une fourmi. Le bébé qui hurle, et obtient alors réparation de son inconfort gastrique, est naturellement conduit à hurler à chaque désagrément, et le fait que cela entraîne l'inconfort de ses parents ne lui effleure pas l'esprit au départ, ne le gêne pas spécialement ensuite. Sans être "méchant" (combattant le confort éventuel d'autrui), le bébé vise je crois simplement son propre confort exclusivement (en étant indifférent à l'inconfort éventuel d'autrui). A partir de là, l'amour parental peut lui faire percevoir le plaisir magique du sourire mutuel et de la conciliation, de l'aide réciproque. Avec l'éveil intellectuel, on peut aussi l'amener à comprendre que "l'égoïsme absolu pour mon confort maximum" peut générer de l'hostilité quand il gêne autrui dans sa propre accession au confort, et le conflit qui en résulte n'est pas agréable du tout - l'échange et le respect de chacun peuvent apporter en final plus de confort au "moi". C'est un long cheminement complexe, difficile, qui se heurte à la méchanceté gratuite, à l'inconfort des refus de partage, au problème des tempéraments profiteurs exigeant le partage en leur faveur sans contrepartie, et la convoitise naturelle est très dure à freiner. Entre la jungle et l'utopie, il y a mille choix possibles, un million d'évolutions envisageables, un milliard de possibilités d'auto-contradiction partielle... Je ne pense pas que ce soit une vision angéliste, ni manichéenne. Je crois que l'on naît égoïste, tigre, et que l'on peut tendre vers la socialisation amicale si l'on nous en laisse la chance. Qui que l'on soit. Et je n'aspire pas du tout à une humanité de fourmis, les fourmillières se font les unes les autres une guerre acharnée et symbolisent le communautarisme absolu, d'une certaine manière, le militarisme aveugle derrière une reine...
- Autre scénario plausible qui me gêne : il est scientifiquement envisageable qu'il existe des gênes de la méchanceté, des gênes de la bonté, chez les humains comme chez les chiens, dont certaines races sont connues comme "méchantes" - mais méchantes peut-être à 90% et, selon ma morale personnelle, le toutou anormal qui est bizarrement gentil n'a pas à être sévèrement euthanasié... De plus, cette hypothèse de lignées humaines violentes et agressives demanderait à être fondée expérimentalement par un test en aveugle, recevant les observations sans pouvoir orienter le résultat sciemment - le fait qu'un texte dit sacré évoque des lignées maudites n'a pour moi aucune valeur de preuve, aucune valeur persuasive. La charité (voire même l'honnêteté) consiste je crois à laisser une chance à un enfant gentil, né de parents méchants, de voir sa bonté reconnue, sans punition injuste "au nom de la race". Un individu peut résister à une tendance naturelle mauvaise je crois, et moralement il faudrait totalement proscrire les malentendus des statistiques groupistes, choisissant de perdre l'information individuelle. De plus, si le Tout Puissant (existe et) avait choisi de faire naître son nouveau fils et messager dans le corps du bébé d'Hitler ou Ben Laden, je pense qu'il n'aurait pas fallu le fusiller après simple expertise ADN de parenté, mais juger ses actes personnels puis s'incliner avec le plus grand respect. Non ? Expliquez-moi ce que je n'ai pas compris. Je ne prouve rien, j'envisage simplement des possibilités, et je ne retombe pas du tout sur les mécanismes qui semblent en place au nom de la morale. Je comprends qu'au lieu de discutailler indéfiniment, il a pu être sage de trancher et de simplifier, mais le système bâti s'écroule avec la menace de guerre mondiale et de milliards de morts. L'Occident n'a pas voulu réfléchir face au christianisme sans Dieu que constituait l'utopie communiste, l'Union Soviétique s'étant écroulé de lui-même. Peut-être que l'Occident aura aussi l'aubaine que les musulmans modérés parviennent à convaincre leurs correligionnaires qu'en tuant des innocents, on perd le droit d'accéder au Paradis d'Allah. Mais, s'ils n'y parviennent pas, il faudra bien que l'Occident fasse son auto-critique, avant d'être massacré (ou de devoir massacrer en perdant l'accès au Paradis de Dieu)...
- Retour sur l'angélisme : ma conviction est qu'un bébé n'a pas de futur déterminé, il pourra pencher vers le Bien ou le Mal selon les circonstances, l'environnement de son enfance et son adolescence, même si ses schémas mentaux préprogrammés (par Dieu ou Satan, ou la Nature) l'orienteraient plutôt dans un sens. Dans le débat inné/acquit, je ne crois pas au 100% de l'un ou de l'autre, mais à un mélange indéterminé à l'avance. Subir l'occupation expansive d'un territoire pouvait rendre méchant, dans l'Amérique des Indiens, l'Amérique sous férule des Britanniques, la France des résistants, la Palestine réduite et entourée de barbelés, le Caucase gouverné depuis Moscou pour faire passer les oléoducs... Cela n'excuse en rien les méchants graves, qui trouvent une aubaine dans le sentiment général d'insatisfaction pour déchaîner la violence aveugle contre les soldats occupants et leurs familles. Cette notion de "méchant grave", hyper-égoïste, n'est pas incompatible avec le statut de suicidaire se sacrifiant pour son peuple : le suicide dans le combat peut procurer une jouissance égocentrique si l'on croit à la vie post mortem des héros. Le simple fait de croire être vénéré par toutes les générations à venir peut procurer un plaisir intense jusqu'au dernier moment, préféré à des décennies d'une vie de merde sous la domination de salauds. Les kamikazes peuvent bien être des méchants égoïstes, je confirme. Egoïstes à leur façon, nous ne sommes pas des anges non plus.
- La notion d'indépendance, évoquée en passant, fait aussi réfléchir : la France occupe-t-elle la Corse, comme elle avait occupé l'Indochine et l'Algérie avant d'en être chassée par des terroristes ou libérateurs ? La réponse est je crois dans le droit à l'auto-détermination démocratique locale, sans classe privilégiée de votants. Tant que les indépendantistes seront une minorité voulant prendre les rênes de l'île sans plus d'opposition, je les considérerai comme des vilains. Une minorité n'a pas le droit de s'imposer comme dirigeante contre un peuple voulant le respect de tous. Si George Bush, richissime menteur guerrier, est réélu, je douterais sans doute de la vertu démocratique, mais j'ai l'espoir que cela n'arrivera pas, que la générosité est majoritaire, au moins dans un pays prétendant suivre les enseignements de Jésus-Christ. Peut-être que si l'égoïsme et le goût du privilège sont majoritaires chez les êtres humains, la démocratie mondiale n'existera jamais, et toutes les leçons démocratiques et anti-racistes resteront en fait contradictoires. Un dirigeant imposant la bonne direction pourrait mieux faire, mais (sans même parler du repoussoir Hitler) voir l'exemple des rois de France ou des Amin-Dada/Bokassa rend méfiant : il y a de grandes chances que le dirigeant cherche hélas l'oisiveté et une immense richesse pour sa famille - puisqu'il aura le pouvoir de l'instaurer - pas du tout la justice universelle et le respect égal de tous les gentils et de tous les travailleurs.
- Concernant la démocratie et la Palestine, une question m'interpelle : "s'il y avait 90% de méchants à un endroit, faudrait-il les laisser faire le mal ?" Je suis embarrassé, et répondre que "les Palestiniens n'étaient pas spécialement méchants avant l'invasion sioniste" n'élude pas la question actuelle. Mais sur le principe théorique, là où ce chiffrage serait fondé, je pense qu'il faudrait laisser aux 10% de gentils une chance de convertir au bien leurs voisins et parents, ne serait-ce que par l'exemple s'ils ne sont pas extravertis et militants, au lieu de les discréditer par une occupation très dure pour tous, clairement injuste et encourageant les promoteurs de la haine vengeresse. Je suis humblement naïf , je ne prétends pas avoir raison, ce n'est qu'une opinion. Mais le sujet est immensément grave, et traité nulle part semble-t-il, sans propagande ni endoctrinement simpliste. Pour commencer à honnêtement débattre, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'interdire l'obscurantisme religieux, je crois qu'il faut ôter le tabou spécifique portant sur l'antisémitisme. Et les leaders du monde et de France l'interdisent depuis 1945...
- Récemment, une jeune femme a été agressée violemment par des antisémites, nous ont dit et répété les médias, sans qu'aucun témoin ne vienne à son secours. Mr Raffarin, chef du gouvernement français, prit immédiatement la parole pour exhorter les Français à pourchasser les antisémites et combattre activement ce sentiment détestable qui menace partout. La police, cherchant à comprendre pourquoi les enregistrements vidéo contredisaient la déposition de la victime, finit par obtenir la réponse finale : elle avait tout inventé pour que son mari se sente interpellé, et elle a présenté ses excuses publiques, en regrettant que cette affaire privée ait fait tant de bruit - elle fut dirigée vers les psychiatres et condamnée à 1 Euro de réparation. Pauvre femme, je la plains, mais j'attends les excuses publiques de Mr Raffarin, tellement prompt à accuser tout le monde d'antisémitisme, à la moindre alerte même fausse, et ne montrant aucun intérêt pour les violences quotidiennes subies par des arabes détestés un peu partout. Si le choix démocratique se limite entre Messieurs Raffarin, Fabius et Le Pen, je désespère du système. Entre Hitler et Sharon, pourquoi n'y a-t-il pas de juste milieu ? Jésus-Christ et Bouddha ont proposé mieux... Utopistes hélas ?
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16/10/2004 : réserve maternelle
  Ma maman m'a fait une remarque intéressante : l'ancienne opposition libéralisme/communisme est totalement périmée, en ce moment les questions portent plus sur l'alter-mondialisme et le commerce équitable. Effectivement, je suis en train de résoudre mes vieux démons, mais ils sont peut-être périmés, l'enjeu des graves questions d'autrefois ayant disparu. Peut-être, mais je m'interroge :
- En jetant à la poubelle l'intégralité des brochures électorales reçues lors de la dernière éléction, je n'ai pas vu le mot "alter-mondialisme", qui m'aurait interpellé. Un mondialisme moral est clairement mon idéal, et une économie récompensant l'invention et l'effort (donc non communiste), condamnant l'oisiveté (d'héritiers, façon hyper-libérale) et les privilèges nationalistes (façon patriote) ou racistes (façon sioniste), m'intéresse, et je vais peut-être me renseigner sur ce qui existe. Il était effectivement surprenant que rigoureusement personne n'arrive aux mêmes conclusions que moi, qui semblent automatiquement découler des principes qui nous ont été inculqués et qui nous sont rappelés ici ou là, quand cela arrange et surtout pas ailleurs où cela embarrasserait... Je suis surpris que la télévision ne m'ait jamais dit ce que signifiait le mot "alter-mondialisme", ne faisant que mentionner des manifestations et célébrations, sans aucunement donner d'éléments pour comprendre de quoi il est question. Avec Internet, je vais voir de quoi il s'agit, je serais ravi d'enfin voter "pour" quelqu'un, plutôt que d'avoir à choisir le mauvais pour éviter le pire (je n'avais jamais accepté de voter avant de le faire contre Le Pen - dégoûté quand j'avais 17 ans par les socialistes s'abstenant de supprimer les fonds secrets qu'ils avaient dénoncés quand ils étaient dans l'opposition, disant après être élus "maintenant, c'est notre tour" ; le salaire et la retraite des députés était aussi une quasi invalidation du système, tous les partis s'accordant sur le privilège des élus : "les français sont d'accord puisqu'ils nous ont élus" ; j'attendais le très improbable basculement vers la démocratie directe pour accepter de voter, mais un xénophobe-militant aux portes du pouvoir m'a poussé à voter contre lui...).
- La notion de "commerce équitable" m'intéresse aussi très fort, après que j'ai été choqué par le discours d'un docteur, directeur de service Marketing, expliquant aux imbéciles comme moi que la notion de "prix de revient" n'a aucune importance, l'art de son métier consistant à trouver le prix maximal permettant d'être quand même choisi. Je ne doute pas que ce soit une recette efficace pour augmenter au maximum les bénéfices, pour les riches patrons ou les petits actionnaires, mais cela ne me paraît pas très moral. Si les inventeurs du premier médicament anti-cancer ultra-efficace le vend 1 million de fois plus cher que le coût de fabrication, il fera des bénéfices hyper-confortables en soignant les 3 cancéreux les plus riches du monde, et les autres décéderont dans la souffrance. Ce n'est pas beau... Et si les familles de cancéreux attaquent l'usine pour réquisitionner les précieuses pilules illégalement, les forces de l'ordre légal interviendront - ou comment générer la violence... J'imagine l'étape d'après : grâce au système libéral autorisant la concurrence, le confort extrême de l'entreprise multi-milliardaire sera un jour menacé par une autre entreprise, inventant un produit similaire, vendu "seulement" à 1000 fois le prix de revient. Cela deviendra presque abordable, et l'obligation d'assistance aux malades conduira les systèmes de santé à l'acheter, en ponctionnant sévèrement tous les travailleurs cotisants. Et les malades de pays pauvres continueront à mourir, par un simple choix de prix, optimisé pour le profit de non-travailleurs... C'est immoral, je trouve. Le commerce généreux consisterait à vendre au prix de revient (salaires des producteurs compris, pour qu'ils puissent vivre de leur effort), accru du plus petit bénéfice possible, pour financer la recherche d'améliorations. J'ignore ce qui est enseigné en 5 ans d'école supérieure de commerce, mais je ne vois pas en quoi elles créent une élite méritoire. Je respecte grandement les inventeurs, et je respecte les producteurs, les employés assurant la distribution ou la facturation, mais j'ai le plus grand doute sur l'honorabilité des stratèges commerciaux. Je ne suis pas naïf totalement, je comprends que face à la concurrence impitoyable, la survie de l'emploi impose de dégager des marges, pour financer l'investissement (diminuant les coups de revient, donc potentiellement les prix de vente) et booster la recherche (avant d'être dépassé par un produit nouveau de la concurrence). Je le comprends, mais l'objectif devrait strictement être la survie, non l'enrichissement requis égoïstement par patron et actionnaires. Pour gagner la fidélité des clients, il faut leur proposer le produit le meilleur au prix le plus bas possible, et c'est le meilleur moyen de garder l'avantage sur la concurrence. Quand les services Marketing cherchent le prix maximum, ils cherchent l'enrichissement au dépens des clients, et ce n'est pas très charitable... Quand leur bilan s'accompagne d'un regret "et hélas, nous avons perdu des parts de marché", mon avis est que ces travailleurs se disant supérieurs devraient aller se ressourcer par le travail sur chaîne de montage.
- Il m'a été dit que le client sait bien "la valeur" des choses, et lui proposer l'ancien prix de vente diminué de 2% quand on a réduit le prix de revient de 90% n'est pas choquant moralement. Soit, mais les services Marketing auraient empêché le prix de vente des voyages, téléphones, ordinateurs, stylos, appareils photos, d'être divisés par 1000, mouvement immensément charitable pour démocratiser et partager les bonnes choses, sans qu'elles soient réservées aux riches capitalistes et dirigeants communistes. Seules les rudes lois de la concurrence ont conduit à un tel résultat, et le monde communiste a implosé de jalousie en convoitant le confort occidental né de ce mécanisme - qui aurait disparu si les communistes avaient gagné une guerre mondiale pour imposer leur système partout. Je crains que payer un prix fort, dit équitable, pour mieux rémunérer celui qui vend, retombe sur le système soviétique décourageant "l'effort pour proposer toujours mieux toujours moins cher", qui a assuré une hausse vertigineuse du confort en quelques générations. Toutefois, le tableau occidental n'est pas du tout idyllique : l'Amérique jouit des matières premières volées aux Indiens par d'anciennes générations, l'Europe (enbarrassée par la décolonisation l'ayant empêché de continuer à piller le monde) vit dans un grand confort qui n'est pas du tout autarcique, mais profite de l'achat très peu cher des matières premières et produits venant de pays à salaires quasi-nuls (et à conditions de logement que nous refuserions - comme le font nos RMIstes n'acceptant pas l'inconfort des emplois saisonniers agricoles).
- Si je crois Jésus-Christ et Mère Théresa capables de payer trois mois de salaire pour récompenser la fourniture d'un produit lointain n'existant pas sur place, tel qu'un litre d'essence ou une tasse de café pour un parisien ou un breton, je doute que la majorité des humains soient capables de choisir ainsi la frugalité, quand les mêmes revenus pouvaient - dans l'injuste système actuel - apporter plus de confort en payant moins cher, voire en recevant gratis, ce que je n'ai jamais vu refuser au nom de la valeur méritée des choses... Je crains que la seule force assez puissante pour obliger à ce sacrifice du confort personnel pour le bien-être d'autrui soit la crainte d'un inconfort futur personnel (genre Enfer post mortem, révolution des pauvres). Une révolution contre les injustices mondiales (en terme de rétribution équitable de l'effort) est très possible, et comme nous sommes tous ici en position de profiteurs immoraux, pour gâter nos enfants (dont la plupart deviendront vraisemblablement comme nous des enfants gâtés, escomptant des privilèges à vie), cela débouche sur le terrorisme nous frappant tous. Et c'est en un sens une aubaine pour notre conscience car tuer des civils est encore plus cruel que d'exploiter la misère ou exiger le privilège (nous répète-t-on - à l'exception de la Révolution anti-aristocrate où nos familles étaient dans l'autre camp...). Le fait que les arabes brimés se révoltent avant l'Asie est aussi une aubaine, pour éduquer à la guerre anti-terroriste sans que ce soit ouvertement pour éviter de partager notre confort avec les malheureux travailleurs courageux qui ont eu la malchance de naître ailleurs - on nous répète que cette guerre nous oppose aux antisémites prêts à rééditer l'Holocauste nazi. Tout ça sent le souffre, peut-être assez pour que les choses bougent, mais j'en doute. Tout un système est en place, pour nous conforter, nous réconforter moralement, avec Israël au centre de tout - d'où le désespoir extrême des Palestiniens.
- Quelques uns d'entre nous sont-ils prêts à partager la pauvreté besogneuse des pays pauvres non indolents ? Peut-être, ce serait beau. Peut-être très inconfortable matériellement, retournant à l'inconfort qu'ont pu connaître nos arrière-grands-parents par exemple, sans voiture ni électricité, il faudrait tout réinventer autrement. Ce n'est pas désespéré : l'essence de maïs ou le moteur à eau pourrait propulser des voitures, etc. mais ce serait sans doute beaucoup plus cher, ce n'est pas du tout la voie confortable de la facilité. Le problème est difficile. Si j'étais parent d'enfant et leur souhaitais le plus grand confort possible, j'hésiterais énormément. Mais je crois que je vais voter alter-mondialiste, si c'est d'un tel projet qu'il s'agit, et non un complet malentendu. De plus, je suis gêné de croire ma conscience sauvée par ce vote alors que je suis conscient qu'il n'aura sans doute jamais la majorité démocratique - comme donner l'aumône, se prétendre généreux sans mettre en péril son confort est très contestable. Et je ne crois pas que la générosité atteindra un jour 50% des voix nationales. Si George Bush et Ariel Sharon sont réélus, ce sera plus qu'évident que le principe de vertu démocratique est une utopie, comme le marxisme, supposant la générosité presque généralisée, puissants exceptés. Et on retombe sur la leçon grave que constitue l'extrême popularité du Loto. Combien seraient effectivement prêts à choisir notre appauvrissement au profit de travailleurs courageux et plus pauvres que nous, jusqu'à l'équilibre ? Ce n'est pas forcément désespéré, si l'on éduquait à l'honnêteté, car avoir le confort de se sentir estimable n'est pas rien. Les églises chrétiennes, musulmanes ou judaïques, ne semblent pas aborder la question, et cela leur assure un grand succès : suivre des rites méticuleusement est moins pénible que d'assumer le choix d'aimer autrui, au delà de sa famille, en rejetant racisme/ communautarisme/ nationalisme. Je ne sais pas si la question alter-mondialiste est celle-là, je suis peut-être naïf, ce n'est peut-être qu'une variante d'anti-mondialisme, voulant préserver notre confort sans qu'il soit entamé par les délocalisateurs (esclavagistes), nous privant à moyen terme d'emploi et donc de pouvoir d'achat. On verra.
- Il semble que le commerce habituel en nos pays soit un principe de "commerce profitable". Et c'est infiniment plus efficace que le "commerce communiste" : en Union Soviétique, faire ses courses représentait des heures et des heures dans des files d'attente, avant un accueil rêche et sans sourire. Pourquoi les employés auraient-ils fait le moindre effort puisqu'il n'y avait rien à gagner de clients contents et rien à craindre de clients mécontents ? C'est le profit égoïste qui semble le moteur du monde, puisque cela mobilise l'immense majorité des individus et non les saintes personnes uniquement. J'ai été choqué de lire un tract des syndicats fonctionnaires unis dans la lutte, pour faire abandonner un projet de cantine scolaire privée : "le but ne sera plus de bien nourrir les enfants mais d'enrichir le patron en nourrissant moins bien les enfants". C'est une caricature simpliste : si le contrat stipule la prestation à fournir, le patron veillera à la respecter scrupuleusement pour ne pas être viré pour faute, sans paiement, et remplacé par un concurrent... Le spectacle du grèvisme chronique de la Fonction Publique française indique que les syndicats ne visent pas du tout le service maximal aux usagers (c'est à dire autrui) mais le confort maximal des employés fonctionnaires (c'est à dire eux-mêmes)... Si l'essentiel de l'électorat se distribue entre cette Gauche là et la Droite protégeant les fortunes, nous sommes infiniment loin du commerce équitable. Si un conflit a éclaté dans l'entreprise Cafés Jacques Vabre, j'imagine que les cadres visaient à réduire la masse salariale des petits employés pour satisfaire patron ou actionnaires, afin d'obtenir pour eux-mêmes la plus forte prime possible, et les petits employés hurlaient qu'ils voulaient toucher leur part des bénéfices engrangés, personne ne parlant de mieux rétribuer les pauvres fournisseurs brésiliens... Et 99% des clients, voulant acheter du café, prennent le moins cher de goût agréable, même si le producteur brésilien doit, pour obtenir le marché, traiter ses ouvriers agricoles en semi-esclaves misérables. Si les produits Made in China n'ont pas totalement remplacé les produits occidentaux, c'est parce que leur fiabilité est notoirement médiocre (conséquence de la focalisation sur le rendement horaire aux dépens du degré de perfection - je ne parle pas de Qualité, notion accaparée dans nos entreprises par de fiers administratifs généralement incompétents techniquement et inaptes à comprendre la maîtrise statistique des imperfections), et c'est le seul frein à l'exploitation esclavagiste sous la menace. La logique des sociétés humaines rend très douteux la victoire démocratique d'un autre système. Les seuls slogans sincères entendus semblent "nous aussi", et en clair : "ma famille d'abord".
- En 1981, quand la Droite qui régnait en France depuis des décennies a été battue, des gens sont descendus dans la rue, danser pour célébrer l'avenue d'un monde meilleur, le confort pour tous, mêlant richesse occidentale et partage communiste ; l'Amérique a eu peur, envisagé d'attaquer ces traîtres à leur cause, mais ils ont eu raison de ne pas le faire, puisque nous gardions nos valeurs égoïstes - un quart de siècle plus tard, les socialo-communistes n'ont instauré qu'un hyper-favoritisme des fonctionnaires, un RMI rétribuant l'inactivité même volontaire, et la logique capitaliste l'emporte : la famille Mittérand est devenue très riche, et les petites gens qui doivent satisfaire des clients volatiles triment toujours plus dur pour préserver leur confort en danger. La loi est celle du commerce visant le profit maximum des patrons et actionnaires, mixée de lourde ponction fiscale au profit de catégories à ratio effort/réconfort privilégié (élus-politiques, fonctionnaires-grévistes, inactifs refusant le travail pour autrui). La justice n'est pas en vue, et il y a de quoi douter de la bonté humaine, si ce n'est à titre de possibilité anormale. Les juifs ultra-orthodoxes ne sont en rien les pires individus de l'Humanité, seulement un groupe puissant faisant grâce à Auschwitz ce que presque tous les autres auraient vraisemblablement fait à leur place. Seule la peur semble pouvoir perturber ces mécanismes navrants. Les kamikazes fous d'Allah y travaillent de manière atroce en menaçant des faibles, qui comptent quelques innocents. Avec ou sans antisémitisme, avec ou sans sionisme raciste, la culpabilité égoïste semble presque partout : du bébé qui hurle aux parents qui lui ménagent un confort maximal aux dépens des autres familles... Les religions qui promettent à leurs soldats le pardon des fautes ont évidemment un grand succès. Ce tableau est très triste, j'espère que l'on me rassurera. Pauvre Jésus-Christ, rêvant d'un monde généreux sur Terre ; pauvre Bouddha, rêvant d'un sage renoncement à la convoitise - je ne sais pas ce qu'Abraham ou Mahomet ont apporté à la question du respect d'autrui, on m'expliquera peut-être...
- J'ai conscience de m'égarer en allant un peu n'importe où, et l'on peut me dire qu'il n'y a aucun lien entre la bombe sale et le commerce équitable. Certes, ce n'est pas un exposé linéaire, quadrillant un sujet, mais il y a tant d'objections et de divergences potentielles qu'il serait méprisant de rester sourd en suivant une ligne droite sans accepter d'en dévier. En tout cas : le sionisme, l'adjectif "sale" réservé aux armes adverses, et le commerce au profit systématique des Occidentaux, relèvent d'un même principe : l'esprit de tribu, le rejet des étrangers. C'est une tendance peut-être naturelle, mais je la crois mauvaise. Et je m'étonne que les leaders et électeurs prétendant se battre pour le Christ n'aient pas entendu Sa parole à ce sujet (je mets une majuscule par tradition, pour moi c'était peut-être simplement un homme admirable, cherchant une voie vers le bonheur commun, sans plus de guerre).
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18/10/2004 : sagesse enfantine
  Une collègue m'a signalé une anecdote très intéressante - un enfant à qui il était demandé "quel est le contraire de l'amour ?" répondit, au lieu des réponses attendues (haine, violence, mépris) : "la peur..." C'est étonnant, et pas du tout anodin, je crois. Cet enfant innocent, qui se révélera peut-être un nouveau Jésus-Christ, aurait pu dire cela aux Américains (qui voient les discours guerriers anti-kamikaze-palestinien introduits par un pasteur) : "le contraire de la peur, je croyais que c'était l'amour"...
- Evidemment, l'amour et la peur ne sont pas totalement antinomiques : certains aiment le frisson du danger - mais l'enfant pensait peut-être à une évidence comme "j'aime tous les animaux, sauf le loup et le crocodile : ils me font peur". La même réflexion pourrait s'appliquer aux relations entre êtres humains : les civils américains se prétendent les plus fervents partisans de l'amour du prochain, pourtant ils sont les plus armés de pistolets au monde - par peur des attaques. Même quand on veut aimer tout le monde, on ne peut pas le faire vis à vis des méchants agresseurs. Le même mécanisme, compréhensible, explique la guerre anti-terroriste. Même les "terroristes potentiels" (identifiés par généralisation injuste, raciste par exemple) inspirent la crainte... et ils ne sont pas aimés, c'est automatique.
- Toutefois, la spécificité chrétienne est théoriquement d'aimer les ennemis, avec une générosité désarmante. Dans le superbe film "Les choristes", j'ai été frappé par un éducateur optimiste s'abstenant de punir le jeune coupable d'un piège ayant blessé le concierge ; sous peine de punition, il lui imposa la garde du blessé, et il déclara à celui-ci que le coupable n'avait pas été trouvé, mais qu'il avait demandé un candidat pour venir s'occuper de lui, et ce garçon s'était porté volontaire ; la reconnaissance larmoyante du blessé émut le garçon, le désarma profondément, le transforma : il devint un gentil - émouvante histoire... Je doute que cela fonctionne de manière systématique. L'instauration du RMI a-t-elle significativement fait baisser la délinquance et la violence des banlieues ? Ce n'est pas automatique : même quand les inactifs pauvres sont logés et nourris, ils peuvent convoiter la richesse qu'ils n'ont pas, et certains passent à l'acte d'appropriation, violemment s'il y a résistance. J'imagine un monde sans cet assistanat mais avec un simple respect de la propriété (non héritable) issue du labeur, et je crois qu'il faut être équitable pour ne pas que l'injustice rende les brimés méchants (en position de justiciers, combattant le privilège injustifié). Il faudrait je crois supprimer les frontières et accepter de perdre l'opulence occidentale. Les syndicats et les grèves ont instauré un relatif partage entre nos frontières, et on travaille de moins en moins en gagnant de plus en plus, mais toute l'Asie gagne infiniment moins en travaillant nettement plus, ça peut difficilement durer. Notre appauvrissement nous fait peur, et nous n'aimons pas cette idée, mais la guerre devrait faire plus peur encore, et pousser au respect non communautariste du mérite, respect qui est une forme d'amour d'autrui.
- Loin de la question aiguë qui se pose aux Etats-Unis d'Amérique, le possible référendum en France sur l'Entrée de la Turquie dans l'Europe soulève implicitement une question similaire. L'argument le plus fort pour le Non est la crainte du terrorisme, de l'islamisme intolérant. Je le comprends, mais c'est une aubaine pour justifier le Non, car il y a une crainte plus sourde et beaucoup moins confortable moralement : celle de la pauvreté. Voir débarquer vingt millions de candidats RMIstes, voir la richesse de notre économie libérale (basée sur le principe de concurrence faisant baisser les prix de vente) s'en aller là où la main d'oeuvre travaille plus pour moins cher, fait peur. Mais il serait assez moral que nous perdions nos privilèges indus, et si cela ne se fait pas, on n'aura pas suivi la voie de l'Amour (voie du partage) mais la voie de la Peur (peur du partage, de notre chute vers le point d'équilibre équitable). Avec au bout du chemin une probable guerre mondiale, que nous mériterions de perdre comme, en 1789, l'Aristocratie et le Clergé (qui défendait ses privilèges en prétendant servir le Christ) ont perdu. Nos classes moyennes ne sont certes pas royales, immensément opulentes et totalement oisives, elles sont seulement un groupe de petits privilégiés (vus du Tiers-Monde) se considérant nobles au nom du patriotisme (ou de la Torah pour les Israéliens) - et ce sera sans doute puni sur Terre avant même les sanctions post mortem éventuelles. Personnellement, cette guerre vécue du côté mauvais est ce qui me fait le plus peur, ce que j'aime le moins... Et la voie de l'amour suggérée par Jésus-Christ, inconfortable matériellement, me fait un peu moins peur.
  Merci à cet enfant, et à ma collègue, de m'avoir aidé à classer mes idées.
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26/11/2004 : reportage télévisé
  Hier, aux informations, a été présentée une manifestation populaire des employés SNCF hurlant contre les tendances à la privatisation menaçant leur statut. Un contrôleur interviewé présentait une vision d'horreur : à sa place, on risquait de voir employé un semi-esclave payé seulement 8-10 Euro par heure, sous la menace de licenciement et sans avoir la retraite anticipée des cheminots... quand ma femme, dans le privé, gagne en fait encore 2 fois moins que ce salaire dit scandaleux, et sans aucun "avantage"... Enfant, on m'avait appris que l'emploi public était un sacerdoce tourné vers le service, au profit de tous et en sacrifiant son bien-être personnel puisque les salaires du domaine public étaient beaucoup moins élevés que ceux du privé. Dans la nouvelle situation, c'est l'inverse : les salaires publics sont plus élevés que ceux du privé, pour les petits employés, et la tonne d'avantages statutaires des fonctionnaires font que "la défense du statut" signifie "le maintien des privilèges", privilèges financés par l'impôt, sous la menace de la police et de la Justice. Cela ressemble à 1788, et une révolution est très possible, une guerre civile avant même la guerre mondiale que je craignais.
  Il y a une différence toutefois, c'est que le privilège est maintenant accessible à tous, et tous les parents souhaitent que leurs enfants en jouissent. C'est ce qui peut éviter la guerre. Quant à la démocratie, c'est vraiment une vaste farce : aucun gouvernant ne demandera par référendum si les privilèges des fonctionnaires doivent être maintenus - en démocratie représentative, le référendum n'est fait que pour cautionner ce qui est confortable pour le pouvoir, non pour corriger les abus des minorités détenant le pouvoir... Et entre la droite financée pour maintenir le privilège des très riches, et la gauche se battant pour le confort des chomeurs/RMIstes/fonctionnaires tranquilles, il n'y a semble-t-il rien... Aucune formation ne défend la juste rétribution du travail, avec réprobation tant de la richesse oisive (façon capitaliste) que de la paresse tranquille (façon communiste). Mais ce n'est pas moi qui vais créer ce parti qui manque cruellement pour des dizaines de millions de Français, parce que mon opinion n'est assurément pas populaire : comme la fonction publique protège des privilèges, les frontières protègent des privilèges, et je suis partisan de leur abrogation - et puisque le résultat final serait le partage de la misère du Monde, une telle logique serait très vraisemblablement refusée ici, en tout cas elle n'aurait aucune chance de devenir majoritaire, du moins spontanément, sans menace de guerre mondiale. Ce qui est voulu par la plupart, et donc par la démocratie, ce n'est pas l'équité ou la Justice, c'est le confort. Le confort maximum, sans effort.
  Si l'on me dit qu'en appelant à faire mieux sous menace de guerre, je suis terroriste, je voudrais demander ceci : un médecin annonçant un danger d'épidémie, le pape annonçant l'essor du SIDA, sont-ils des terroristes ? Toute parole dérangeante faisant peur est-elle terroriste ? C'est un jeu de mots, ce n'est pas honnête. Je pense qu'il y a, en matière de prospective, des paroles réconfortantes et des paroles alarmistes, et c'est à chacun de tracer une voie entre les deux, de trouver un compromis entre le risque encouru et le prix matériel à payer pour l'éviter. Indépendamment, certains extrémistes cherchent à tuer des innocents pour faire parler d'eux et de leur cause, et c'est cela que l'on appelle terrorisme. L'amalgame est très grave, s'il fait taire toute suggestion d'une solution préventive pour foncer - confortablement - droit dans le mur. Il n'y a pas je crois à être terrorisé par la perte de notre bien-être matériel occidental, il n'était clairement pas partageable à des milliards d'individus, et on pourrait y renoncer pour gagner le bien-être moral et la paix harmonieuse. Sans richesse, avec simplement une vie frugale, suggérée par le Christ et le Bouddha. Mais après 2000 ans d'errances, il n'y a aucune raison de croire que ce soit enfin vraiment entendu, hélas, la guerre aura lieu, et je serai simplement fusillé pour refuser de tirer sur les pauvres travailleurs du camp d'en face, classé "incarnation du Mal" par tous les religieux et "intellectuels" (autorisés)... Je trouve cela très moche, c'est tout, et ça se soigne...
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28/11/2004 : Planet of the Apes
  Pourquoi les Américains et Israéliens ont-ils le droit d'avoir la menace nucléaire quand cela est déclaré sale, inadmissible, dans des mains musulmanes ? La réponse est claire : il s'agit du camp de Dieu selon les maîtres de ce Monde... Or il est clair que les adversaires sont autant sûrs d'être dans le Bon Droit qu'est le camp d'Allah, "autorisant" ni plus ni moins à toutes les violences et tentatives de domination. Et les extrémistes Chrétiens et Musulmans se rejoignent pour taper sur les "odieux relativistes" doutant de la juste sacralité de leur combat...
  Cela m'évoque le succès de l'Eglise Catholique au Moyen-Age, le pardon des fautes par simple confession (et en nourrissant les prêtres) ayant assuré le succès phénoménal de cette religion, promettant le paradis éternel aux individus ayant vécu confortablement dans l'imperfection volontaire (le concile Vatican 2 a peut-être corrigé cette déviation peu chrétienne) ; aujourd'hui, l'Islamisme obtient le même succès en prônant un ritualisme hyper-scrict effaçant les fautes ; je doute fort que ce soit ce qu'ait voulu Mahomet. En renonçant au désir de manger pendant un mois, Mahomet semble avoir eu une démarche presque bouddhiste : cesser de vouloir et de souffrir en n'obtenant pas, sagesse qui n'a absolument rien à voir avec le populaire effacement des fautes par la pratique annuelle du ramadan... Tout semble se tenir: Jésus-Mahomet-Bouddha, et il n'y a pas de raison d'en faire des guerres sanglantes, dirigées par les adorateurs en chef de chaque chappelle ritualiste, en oubliant totalement la sagesse apportée par ces surhommes. La religion semble un alibi pour des guerres qu'auraient pu désapprouver totalement les initiateurs prétendument vénérés.
  A l'évidence, l'éducation inculque ces "valeurs" évitant de réfléchir et de chercher la cohérence, d'entrevoir une sagesse. Dans la société laïque où j'ai été élevé, il était dit que la croyance religieuse était une liberté privée, sans aucun rapport avec l'idée de juste violence ou de juste privilège, bien, mais cela se mêlait à un patriotisme obligatoire célébrant les conquêtes de Napoléon et l'envahissement d'îles lointaines... Ce n'était pas une école de respect humaniste, seulement une formation de soldats...
  Un film m'a profondément troublé: la Planète des Singes, filmé à Hollywood et que j'ai vu en Version Originale. Des astronautes croient débarquer sur une planète lointaine, où des singes traitent les humains en esclaves, mais leur seule surprise est l'inversion des rôles sur cette planète, le fait que les singes parlent anglais ne les surprenant en rien - ce n'est qu'à la fin du film en trouvant la statue de la Liberté cassée qu'ils comprennent être sur Terre, dans un lointain futur. Evidemment, les cinéastes devaient éviter de rebuter les spectateurs américains rechignant à lire les sous-titres de traduction en entendant une langue inconnue. Mais le fait que ce n'ait pas été exigé par les spectateurs moyens, qui auraient eu un besoin minimal de cohérence, est troublant. Apparemment, il était jugé crédible que l'Univers entier parle anglais, puisque la Bible vénérée à l'école était écrite en Anglais, signifiant que l'Anglais est la langue de Dieu, la langue naturelle de Ses créatures intelligentes, nées sur toutes les planètes viables... Et pour faire taire les Israélites qui objectent que l'Ancien Testament a été écrit en Hébreu, on soutient aveuglément les dirigeants sionistes, appliquant à la lettre ce Livre donnant l'exclusivité du droit raciste aux Hébreux... Cela ressemble très fort à notre monde.
  Dans le film Little Big Man, un chef indien explique que les seuls vrais humains dignes de ce nom sont les membres de sa tribu. Et en Israël, d'antiques chefs locaux ont sans doute obtenu un grand succès en tenant un discours semblable. En avoir fait la définition du Bien obligatoire pour l'Humanité entière serait pitoyable si ce n'était qu'une erreur bénigne, individuelle, mais en faire un instrument de violence collective, mondiale, semble davantage relever de la faute lourde.
  Si l'on me dit qu'il fallait bien expliquer le Monde, par la Génèse biblique et ce qui suit, je suis tenté de sourire. Tout expliquer semble une généralisation enfantine, chaque problème immédiat renvoyant à des sources passées qui sont détaillées par les parents; devenus adultes, nous n'avons plus de parents pour expliquer et répondre aux questions, et cela peut suffire à générer le mythe universel du Père tout-puissant. Ce n'est pas la seule explication, certes, mais c'en est une. Et si l'on me demande d'où vient le Monde, je demande d'où vient Dieu - accoler un nom vénéré n'évacue en rien l'impasse où plonge le questionnement. L'esprit mathématique éclaire la question, je crois. Comme on croit pouvoir remonter de tout fait à une explication, on croit a priori pouvoir remonter de tout nombre entier à un antérieur dans la liste croissante. L'explication ultime, première, est comme "moins l'infini", inaccessible à notre manipulation pratique. Et alors ? En quoi cela justifie-t-il de chasser les Palestiniens ?
  Il nous est dit que la Bible prouve que Dieu nous aime, et que cela change totalement la vision universelle, par rapport aux dieux indifférents des Grecs antiques par exemple. Et pourquoi y a-t-il sur Terre des fruits pour nous nourrir, et l'exacte distance Terre-Soleil qui permet l'eau liquide et la Vie ? Je souris, là encore, je suis relativiste : en tant que technicien microbiologiste, je suis payé pour repiquer des microbes, minuscules sales bêtes, sur des milieux de culture sélectifs, permettant leur développement et gênant le développement des gentilles espèces qui perturberaient leur identification visuelle à mon échelle. En les mettant à l'étuve réglée à leur température optimale de croissance, je leur dis moi aussi implicitement: "croissez et multipliez"... Si l'intelligence émerge au cours des milliers de générations avant la sortie d'étuve (fin du Monde ?), des individus bactériens religieux obtiendraient un immense succès en disant que le Créateur de leur monde les aime et que, s'ils suivent les rites religieux à la lettre, ils auront la Vie éternelle. Pourtant, je n'enquête jamais pour savoir si, dans une de mes 50 petites boîtes quoridiennes, cette religion est apparue. Je m'en désintéresse totalement, et je ne ferai pas renaître leurs morts, et je suis tenu de massacrer à l'eau de Javel les nouvelles générations, classées potentiellement dangereuses...
  Il faut peut-être revenir sur le privilège humaniste qui semble m'éviter la culpabilité dans la violence vis à vis d'êtres vivants innocents, condamnable s'il n'y avait plus de texte sacré pour dispenser de la cohérence dans la charité et la pitié. Les athées disent que les humains ne sont que des animaux particuliers, et cela attire la colère des religieux, mais je trouve cette hypothèse assez séduisante, éclairant de nombreux mystères. Ainsi : le sport, symbolisé par le vainqueur d'étape du Tour de France recevant les bisous des jolies filles locales... Les mâles mammifères se battent pour conquérir les femelles, sachant que celles-ci choisiront les plus vigoureux géniteurs promettant une descendance aussi vigoureuse, viable. Et les hommes cherchent pareillement à surpasser la concurrence, écraser et dominer, cela semble profondément ancré dans la plupart d'entre eux. Et ceux qui ne se battent pas ne trouveront pas de compagne, et s'éteindront sans transmettre leurs anomalies de gentillesse mutante. Il est donc normal qu'avec cette hérédité, la population humaine suive majoritairement la voie de la violence, qu'elle soit canalisée via le sport masculin, ou débridée dans la guerre totale. Les mâles dominants voulant engrosser toutes les femelles sans distinction de race sont aussi des anti-racistes, mais nous nous rejoignons par hasard, pour des raisons totalement différentes. Avec un peu d'amalgame, je serai condamné comme un monstre, j'ai l'habitude... Que ce monde est triste.
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02/12/2004 : Nouvelle ébauche de synthèse triste
  J'ai été frappé par une anecdote peut-être insignifiante dans un reportage télévisé sur la naturalisation américaine d'immigrants : les candidats, individuellement, devaient prêter serment de servir dans les forces armées nationales s'ils étaient mobilisés par le gouvernement ; une candidate a objecté : "je ne peux pas servir dans l'armée, je suis Témoin de Jéhovah" ; l'officiel a acquiescé : "c'est obligatoire, mais si vous présentez un document de votre Eglise prouvant que c'est pour raison religieuse, vous serez exempté de cette clause." Ce n'était pas du tout le sujet, qui a continué comme si de rien n'était, mais j'étais choqué : au pays champion de la liberté individuelle, le pacifisme personnel est interdit et puni, mais le non-respect de la loi pour raison religieuse est admis. Cela éclaire tout : le racisme est interdit à chacun, sauf s'il est prétendu religieux, et le judaïsme orthodoxe est donc légal en Occident...
  Toutefois, ce n'est pas une question de principe, car la violence au nom d'Allah n'est pas tolérée - et sans violence : la récupération démocratique de Jérusalem par les Palestiniens est pareillement exclue. Il semble donc que nous nous dirigions tout droit vers une guerre de religion. Les Chrétiens/Israélites/athées peuvent s'allier contre les Musulmans, avant de se faire la guerre entre eux - exactement comme les pays démocratiques et communistes s'étaient alliés contre les fascistes, avant de se déclarer la guerre (finalement empêchée par la menace nucléaire réciproque, et c'est la raison pour laquelle il est totalement exclu que l'Islam acquière la bombe A : les Musulmans ne pourraient plus être écrasés...). Dans ce cauchemar, qui expliquerait les incohérences présentes et annoncerait les décennies à venir, on peut se demander où se situent les individus agnostiques, sceptiques, relativistes - comme par principe ils ne sont pas groupés en armée instrumentalisant efficacement un leader, ils ne sont pas dangereux, et j'espère que nous serons méprisés plutôt que massacrés, par les 2 camps avant guerre et par les vainqueurs après guerre. On verra...
  Bien sûr, la situation française, explicitement laïque et libertaire (acceptant l'opinion communiste par exemple) est un peu différente de celle aux USA, mais pas totalement. Le judaïsme orthodoxe, ouvertement raciste, est exempté de toute condamnation, qui serait classée antisémite, et c'est pour cela semble-t-il que les discours ne sont pas dirigés "contre tout racisme", mais "contre le racisme et l'anti-sémitisme", c'est à dire "contre tout racisme, sauf celui des israélites pratiquants" - pour éviter un nouvel Auschwitz parait-il. Cela me parait un grave contresens : la domination des racistes israélites va générer de la colère, et c'est ce qui pourrait déboucher sur une dérive antisémite hitlérienne, punissant les individus d'origine sémite même ceux qui refusaient le concept et le privilège de peuple élu de Dieu. En prétendant malhonnêtement prévenir l'antisémitisme, on le génère, et c'est semble-t-il à dessin, pour éviter l'amour inter-communautaire qui dissoudrait fraternellement la communauté juive dans une humanité respectant chacun également... Et le patriotisme protégeant de la pauvreté rend l'Occident adepte de ce principe, que je crois immoral. Immoral selon Jésus, Mahomet, Buddha, Marx et les principes qui m'ont été enseignés de manière convainquante pour la paix et la vie commune.
  Une autre voie aurait été possible : l'humanisme anti-raciste sincère - proscrire l'idée de race, de peuple, de nation - mais c'est officiellement classé "antisémite", donc illégal, néo-nazi, très sévèrement condamnable. Si je suis jugé équitablement, sans être discrètement éliminé (asile ou "accident inexpliqué"), je dirai ceci : "Monsieur le Juge, je désapprouve les racistes, les xénophobes, les fiers aryens antisémites et les fiers israélites orthodoxes, mais si je les trouve plus condamnables que moi, je ne leur souhaite pas du tout la peine capitale, je voudrais seulement que leur soit retiré le pouvoir de me faire taire. A l'opposé, j'apprécie des humanistes et des mondialistes non-capitalistes. Bilan : c'est une simple préférence personnelle, hostile aux nazis et amicale envers certaines personnes de sang juif - n'est-ce pas un des contraires de l'antisémitisme ?" Je serai peut-être condamné au nom de la Loi, exprimant la parole judaïque dominante, et je n'aime pas cette loi, simplement. Cette loi dominante qui parle d'éradiquer la saleté, de débarrasser la terre d'Israël des individus de sang impur, de me nettoyer le cerveau. Les idées dites "sales" sont apparemment celles qui dérangent les détenteurs de la Bonne Parole, auto-proclamés tels, et approuvés démocratiquement via le principe de démocratie nationale excluant les étrangers majoritaires sur cette planète... A mon avis, ce sont ces fiers leaders et électeurs qui sont sales. J'espère qu'un Dieu existe et les traînera dans la boue - je n'y crois pas vraiment, mais les croyants sincères devraient avoir peur, et devenir honnêtes sur le respect des principes moraux qu'ils prétendent suivre (au lieu de se battre férocement pour faire triompher les religieux chrétiens ou musulmans promettant le pardon de leurs fautes). C'est mon opinion, et puisque personne ne me dit où est l'erreur, cela semble signifier que "oui, c'est ainsi, rien n'est parfait en ce monde" (merci une nouvelle fois à ma collègue pour ces mots de sagesse)... Et nous foncerions vers la guerre sale, des deux côtés, logiquement. C'est humain, peut-être, hélas. Mais si l'enseignement moral est une farce, pourquoi m'avoir culpabilisé ? Et dans quelle jungle allons-nous mourir si les nouvelles générations comprennent qu'ils sont sévèrement dirigés par une montagne de mensonges ?
  Il me manque un "Donc..." qui aboutirait à un équilibre simplement correct dans la situation présente, repensée, reconstruite intellectuellement, et je continue à appeler à l'aide pour que quelqu'un apporte cela. Me tranquilliser personnellement est un enjeu infime, je le comprends, mais le même argumentaire, parlant à l'intelligence et au coeur, pourrait convaincre l'Humanité entière, éviter le terrorisme et la guerre mondiale. Ce serait un millénaire vraiment différent, ça n'a donc aucun intérêt ?
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03/12/2004 : précision sur le "pardon"
  Puisque la question du pardon religieux des imperfections parait tellement centrale, il convient sans doute d'y revenir. Je ne crois pas que Jésus et Mahomet aient été des monstres calculateurs quand ils ont parlé de pardonner les fautes, je crois simplement que leur message généreux a été détourné par des prosélytes religieux raisonnant en termes de marketing, visant le succès maximum de leur chapelle.
* Pardon généreux : l'exemple est celui d'un être vil, méchant, cruel, égoïste, soudain touché par la grâce divine, ou par la simple conscience que sa vie serait très pénible si autrui se comportait comme lui ; il voudrait changer totalement, passer à l'autre extrême : une générosité absolue sans demander le moindre retour ; la Loi humaine peut l'entraver, le punir pour ses fautes passées, éternellement, et c'est dommage, en un sens, même si on comprend que ses victimes exigent une punition exemplaire ; là, le prophète apporte une autre voie : le pardon, l'effacement d'une vie passée dans l'erreur, avant l'illumination qui a valeur de nouvelle naissance. Je le comprends et le respecte.
* Pardon populaire : apparemment, un être "normal" (représentant en tout cas plus de 50% d'une population d'électeurs) vise son confort exclusif ou le confort préférentiel de sa famille au détriment des autres ; il veut aussi la Vie post-mortem annoncée par les prophètes aux individus méritoires, et la contradiction est très désagréable, l'effort moral vers la vertu du partage équitable étant contraire au confort matériel visé ; si une religion lui promet l'effacement périodique des fautes par la pratique rituelle assidue (confession + messe, prière multi-quotidienne + ramadan), il est naturellement tenté de la soutenir avec force ; cela aboutit à une immense ferveur populaire envers cette religion.
  Si cette lecture est assez juste hélas, les religieux sincères devraient corriger le tir, avouer qu'ils ont détourné le message originel. Pour être pardonné, ce ne sont pas les rites qui comptent, c'est la cessation totale des attitudes répréhensibles, des petits choix mauvais au quotidien. Il ne s'agit pas de "vivre avec" son imperfection morale grâce au réconfort religieux évitant la culpabilité, c'est certes pratique mais c'est un malentendu, qui pourrait priver de vie éternelle tous les pratiquants s'étant crus exemptés d'amélioration.
  Sur un plan de logique "marketing" en religion, renoncer à la stratégie de séduction serait évidemment déplorable, et la clé du succès consiste à donner la plus grande satisfaction aux clients supporters. Ainsi, si les leaders religieux étaient des menteurs, de simples marchands, je comprendrais leurs calculs... mais s'ils croient sincèrement à un Jugement post-mortem, ils devraient très sérieusement changer de cap, au risque de perdre leurs troupes.
  Dans ce contexte imaginable d'une future honnêteté générale des religieux, la guerre avec les Musulmans au profit des sionistes n'aurait pas lieu, et ce serait une forme de Salut. Mais cela n'exempterait pas les occidentaux de la guerre suivante, s'ils persistent à refuser la démocratie mondiale, la perte des privilèges nationaux, le SMIC mondial qui augmenterait terriblement le prix de leurs achats et abaisserait vertigineusement leur niveau de vie. (On m'a dit que l'alter-mondialisme était incarné par José Bové, et que l'objectif était de refuser les multinationales et les importations - cela m'évoque un repli nationaliste qui conduirait à la misère profonde un pays sans pétrole ni uranium ni fer, je ne sais pas).
  La décolonisation effective sera imposée par les armes, je pense, si nous ne sommes pas disposés à la vouloir nous-mêmes en nous mettant à la place d'autrui né de l'autre côté. Peut-être ce "sale" Occident gagnera-t-il la première guerre, mais il y en aura une seconde deux générations plus tard, etc.
  Et si, pour éviter ce mécanisme infernal, nous exterminons une fois pour toutes les étrangers des pays pauvres, en nous disant que l'important se limite dorénavant aux matières premières (les semi-esclaves étant remplaçables par des machines...), nos descendants vivront peut-être dans un confort paisible, mais ils cracheront peut-être méchamment sur leurs ancêtres que nous sommes, comme je condamne les colonisateurs passés ayant envahi militairement l'Asie et l'Amérique pour en prendre les richesses... Cherchant dans les archives, ils se demanderont peut-être pourquoi je n'ai pas été écouté, ayant compris le problème et dénoncé l'horreur avant qu'elle ne survienne. J'aurais peut-être à titre posthume un double Prix Nobel (Paix/Philosophie) en 2104... Et nos fiers "intellectuels" d'aujourd'hui, très occupés à adorer Molière ou Kant, en réquisitionnant la parole pour cela, ne seraient pas oubliés : ils seraient présentés dans les écoles comme l'exemple à ne pas suivre, le summum de la malhonnêteté intellectuelle.
  S'il vous plaît, dites-moi que c'est un cauchemar, expliquez-moi ce qui m'a échappé...
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05/03/2014 : mise à jour
  Dix ans après avoir écrit ce site, rien n'a changé autour de moi, mais je me suis grandement instruit en lisant les 4 Evangiles officiels. J'y ai découvert que Jésus Christ n'était en rien le penseur admirable que j'imaginais mais un esclavagiste raciste, Israélite, traitant les non-Juifs de chiens (puisque non-Juifs donc pas enfants de Dieu), il approuvait la colonisation hébraïque du Pays de Canaan effectuée en tuant ou rendant esclaves les indigènes (préfigurant le traitement moderne des Palestiniens). En promettant le pardon de toutes les fautes à ceux croyant en Lui. Ça explique grandement la marche du monde, effectivement, la pourriture ambiante. Je suis d'avis de rendre illégales les religions bibliques, et la Déclaration (pétendument Universelle) des Droits de l'Homme qui les couvre. Cette position, mienne, n'est proposée par aucun camp politique, et je voterai donc blanc, en protestation, éternellement (sans créer un parti n'ayant aucune chance de succès).