Découverte du principe de "république censitaire"
par Christophe Meunier, 09/11/2007

* Le PIÈGE des mots
* PARADOXE du principe
* JUSTIFICATION possible
* CRITIQUE possible
* CONCLUSION temporaire
Réflexions historiques/parentales
Compléments

    En lisant les mémoires de mon oncle, j'ai découvert la mention (historico-fiscale) d'une république française où seuls ceux qui payaient l'impôt avaient le droit de vote. Je vais maintenant essayer, naïvement, d'en imaginer l'intérêt éventuel et l'inconvénient possible, en première approche, avant d'être éclairé par les anciens de ma famille.

Le piège des mots
    Pour comprendre le mode de gouvernement censitaire, il me semble utile de repartir du début : pourquoi un gouvernement, avec gouvernants et gouvernés ? On m'a raconté à l'école (publique française) un roman que je résume ainsi : l'homme descend du singe ; nos ancêtres se sont organisés en familles protégeant leurs enfants, puis en tribus pour joindre leurs forces contre l'adversité (l'ensemble est plus efficace que la somme de ses constituants isolés) ; pour éviter la bestiale loi du plus fort dans chaque relation entre individus (anarchie), une coutume puis une loi a été instaurée, appliquée par une autorité : le chef de tribu (et ses relais éventuels) ; puis vint la démocratie, inventant l'idée que la majorité des individus, rassemblée, a une plus juste autorité (ou davantage d'autorité) que le plus fort individu ; à grande échelle, le vote quotidien de tous n'est pas possible, et cela conduit à la délégation de pouvoir, des votants vers le chef de gouvernement (via des représentants éventuels) ; mais cet élu à la majorité, investi du pouvoir temporairement, peut annuler sa soumission au vote de tous, pour revenir à une pratique dictatoriale personnelle (et éventuellement héréditaire). Il y aurait donc deux systèmes possibles : la dictature d'un seul ou le vote de tous. Le système censitaire, excluant du vote certains individus, se verrait condamné comme n'étant pas une "vraie démocratie" (donc "pas Bien" selon les valeurs enseignées), à première vue.
    Toutefois, sans manichéisme simpliste, il semble qu'il y ait tout un dégradé possible, au sein des systèmes fondés sur le vote, celui-ci ne reflétant semble-t-il jamais l'opinion de tous les individus :
- dans une démocratie moderne, n'ont pas le droit de vote : les enfants (au moins les nouveau-nés) et les étrangers (au moins les étrangers vivant ailleurs) – et la majorité n'a pas tout pouvoir, ayant interdiction d'exterminer les minorités, de manger de la chair humaine, etc.
- dans une démocratie ancienne, n'ont pas non plus le droit de vote : les femmes et les indigènes
- dans une démocratie antique, n'ont pas non plus le droit de vote : les esclaves
    Au-delà de ces leçons scolaires, je compléterai par l'imagination :
- dans une démocratie aristocratique : les non-membres de familles régnantes (les roturiers) n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie raciste, les nés "sous-hommes" n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie hindouiste intégriste, les castes inférieures n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie israélite intégriste, les races non élues de Dieu (ou les expulsés) n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie catholique intégriste, les non-archevêques (ou les non-chrétiens) n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie militaire, les non-généraux n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie autoritaire, les opposants (ou les non-partisans de la démocratie : fascistes, royalistes, etc.) n'ont pas le droit de vote – le scrutin non-secret étant menacé par mitrailleuses
- dans une démocratie sédentaire, les nomades (ou les Sans-Domicile-Fixe) n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie élitiste, les débiles (ou les médiocres) n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie indirecte (république), les non-élus n'ont pas le droit de vote pendant les années entre 2 échéances
- dans une démocratie cultuelle (ou stalinienne), les non-adorateurs du guide suprême n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie léniniste, les non-membres du parti unique n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie populaire, les riches n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie payante, les pauvres n'ont pas le droit de vote
- dans une démocratie censitaire, ceux qui ne paient pas l'impôt n'ont pas le droit de vote
    A ce stade, pour dissiper la confusion, générale, il faut prendre le dictionnaire (par exemple le Larousse de Poche) :
- démocratie : forme de gouvernement dans laquelle l'autorité émane du peuple
- peuple : 1/ multitude d'hommes formant une nation ; 2/ partie la plus nombreuse et la moins riche d'un pays
- nation : réunion d'hommes habitant un même territoire, ayant une origine, des traditions communes, des moeurs semblables et le plus souvent une même langue

    Le sens 2 n'autorise presque que la démocratie populaire, quoique les riches minoritaires pourraient voter sans que leur nombre de voix pèse vraiment (du moins en théorie, sans voix achetées ni médias gratuits dirigeant les masses par séduction/"information"). Le sens 1 est ambigu : est-ce qu'on appelle "hommes" les femmes, les enfants, les "sous-hommes" ? et pourquoi une démocratie mondialiste (sans plus de nations) serait-elle un contresens ? Que ces définitions aient été décidées par une autorité (ou un usage) ne les rend pas pour autant convainquantes.
    Consulter la source que constitue les "Droits de l'Homme" (présentés comme morale universelle) n'éclaire en rien, ne formant qu'un autre énoncé de position partisane méprisant les opinions différentes.
    Finalement, peu m'importe ce qu'est une "vraie démocratie" pour les taxonomistes politologues, je préfère comprendre les avantages et inconvénients, former un jugement personnel après débat contradictoire.

Paradoxe du principe censitaire brut
    Si le paiement de l'impôt n'est plus une petite douleur consentie par les riches (partage partiel obligatoire, assurant le minimum vital aux pauvres – prévenant la révolte anti-riche) mais un désirable moyen d'obtenir le pouvoir, les élus peuvent décider que l'utilisation de l'impôt favorisera uniquement (et très fortement) ceux qui le paient. Et cela inverse tout :
- Version censitaire aristocratique : au lieu de recevoir confortablement les impôts sans en payer, les aristocrates pourraient se réserver le privilège de payer l'impôt, avant de décider que cet impôt servira à assurer le standing luxueux des châtelains, ainsi que la saisie policière des récoltes et des enrichissements marchands…
- Version censitaire populaire : au lieu de taxer sévèrement le capital, les socialisants pourraient le déclarer non imposable et même exempteur d'impôt sur le revenu (puisque le capital participe autrement à l'économie), ôtant aux héritiers l'accès au pouvoir, avant que les élus décident de réquisitionner le capital familial (en le nationalisant par exemple).
    Cette idée que "le pouvoir vise à se servir lui-même avant tout" (le pouvoir serait moralement sale, égoïste) n'est toutefois pas spécifique du système censitaire ou de l'anti-démocratie. Nos démocraties de l'an 2000 font pareil :
- Démocratie indirecte : les élus prétendument représentants du peuple se votent pour eux-mêmes (avec unanimité des candidats) un salaire et une retraite privilégiés (pas du tout représentatifs), amnistient leurs crimes propres (détournements de fonds publics), condamnent le populisme (qui ferait respecter en chaque chose le choix majoritaire dans la population).
- Nations unies : les nations dominantes, même si chacune est démocratique, imposent leurs desiderata et leurs lois en méprisant/menaçant ouvertement la majorité de l'Humanité, au nom du patriotisme, du respect sacré envers l'héritage Historique, de la "grandeur" culturelle ou morale.
    Toutefois, la situation changerait avec un principe modifié, fondé sur un "axiome altruiste" : le gouvernement doit viser le bien équitable de tous et non des puissants seuls, ou des votants seuls – fondement irrévocable quoi qu'en pensent les futurs élus ou futures majorités de votants. En aval de ce principe (utopique, certes, hélas), on peut reprendre la réflexion. Tout redevient potentiellement admissible (même une dictature peut vouloir le bien de tous sans être gêné par quelque opposition), et le système de pouvoir n'est plus forcément condamnable. A discuter, après explication des avantages potentiels.

Justification possible du principe censitaire
    Le pouvoir équitable (avec juste récompense du mérite) n'est pas forcément un pouvoir égalitariste. L'égalitarisme doctrinal ne résiste pas à l'observation : face à une difficulté, certains individus (les brillants) trouvent la parade quand d'autres (les médiocres) ne la trouvent pas – et ceux qui ont réussi peuvent leur venir en aide. Dès lors, en matière d'efficacité pour assurer une prospérité collective profitable à tous, une des voies envisageables consiste à donner le pouvoir à un brillant plutôt qu'à un médiocre, même si les brillants sont minoritaires dans la population. Pour cela, il y aurait au moins 3 voies démocratiques :
- donner le vote à tous en espérant que la majorité (médiocre) comprendra son intérêt de choisir le plus brillant : c'est la démocratie non censitaire
- réserver le droit de vote aux brillants : c'est le régime censitaire
- donner le vote à tous mais réserver l'éligibilité aux brillants : c'est un régime théorique qui n'a pas de nom je crois (c'est peut-être le nôtre, mais sans le dire…), et peut-être bancal par principe (assurant la victoire du plus brillant en mensonge, séduisant les médiocres majoritaires, sourds à l'avis lucide de la majorité parmi les brillants ?).
    Réserve : bien sûr, cette dichotomie brillant/médiocre est simpliste, dans un continuum probable, et les qualités sont multiples et variées (je suis par exemple très brillant en maths mais très médiocre en musique). Toutefois :
- c'est le simplisme qui s'illustre dans la bipartition entre personnes imposables et non-imposables, choisissant d'ignorer les détails explicatifs éventuels ; c'est un classement simplifié choisissable en première analyse, révisable annuellement sans rejeter éternellement
- l'imposition a l'avantage d'un caractère relativement objectif, ne prêtant pas aux hésitations infinies et subjectives qui feraient classer tel individu en brillant ou médiocre
- les qualités morales ou spirituelles sont pleinement respectables mais un peu hors sujet pour ce qui concerne l'obtention d'une prospérité matérielle, ce qui passe par l'argent depuis que le troc a disparu ; l'impôt sur la réussite financière est un indicateur pertinent.
    En un mot, un pauvre pourrait soutenir le régime censitaire (qui lui interdit de voter) par l'argument : les riches mieux que quiconque peuvent savoir comment nous enrichir tous.
    On pourrait aussi dire qu'il est juste que ceux qui paient l'impôt soient ceux qui décident de l'emploi des sommes ainsi collectées. Mais, dans les sociétés modernes, les pauvres "non imposables" (et même les assistés à 100%) paient eux aussi des impôts, par le biais de taxes sur les achats (Taxe sur la Valeur Ajoutée, Taxe accrue sur les Produits Pétroliers, etc.).
    Une version censitaire adoucie, moins élitiste, consisterait à ne pas réserver le vote aux riches mais aux normaux (et mieux), en n'excluant que les assistés (handicapés, chômeurs et RMIstes refusant le travail pénible, femmes au foyer), vus comme parasites ou aveugles. Mais l'impôt peut difficilement s'abattre sur un ouvrier à salaire minimum, dont l'épouse au foyer élève 9 enfants (avec un courageux travail domestique, non rémunéré) – la logique censitaire ne lui donne donc pas le droit de vote : "si cet homme connaissait les moyens de prospérer et s'élever, il ne serait pas resté misérable, il se voit donc aidé par l'impôt généreux en faveur des faibles, il est dispensé de s'appauvrir encore pour contribuer à cet impôt, mais il n'est clairement pas compétent pour tracer la voie vers la prospérité collective".

Critique possible du principe censitaire
    (Je parle ici de ce que ce serait en aval de l'axiome altruiste, bien sûr, sinon le principe était récusé avant de commencer, voir l'avant dernier paragraphe)
• Si le but est l'efficacité maximale pour atteindre la prospérité collective, on peut penser qu'il est préférable que la majorité des exécutants approuve les mesures prises, plutôt que ce soit subi majoritairement. Certes le pouvoir a les moyens d'expliquer, éduquer, mentir au besoin, mais si cette propagande est acceptée, pourquoi n'accepterait-on pas autant la dictature d'un homme généreux? Les prétentions à la liberté ne sont pas crédibles (opinion communiste illégale aux USA, opinion sceptique illégale en France, etc.), faisant partie du mensonge. Bref, une partie de l'argumentaire économique en faveur de la démocratie (généraliser la motivation soutenant l'effort, la compréhension des problèmes) pourrait s'effondrer avec une démocratie censitaire (du moins la forme censitaire dure, avec une minorité de votants – pas la forme censitaire adoucie, avec peut-être une minorité de non-votants).
• La prospérité matérielle n'est pas le seul confort pour une société humaine, un autre paramètre fondamental est l'absence de violence. Or c'est lié : la violence (guerre ou menace) sert la prospérité (acquisition ou conservation), et la prospérité entraîne la violence (de vol ou partage imposé).
* Violence interne :
- Le pouvoir s'exerce au moyen de la force publique, qui menace de fait les contrevenants à la loi décidée par les élus. Si la légitimité des élus au suffrage censitaire est contestée au nom de l'égalitarisme (qui est une utopie courante, religieuse ou laïque), cette menace policière/judiciaire/carcérale/psychiatrique est perçue comme injuste, d'où révolte, pouvant aller jusqu'au crime, au terrorisme contre les électeurs.
- Pour les dangers spécifiques à la forme censitaire dure, il convient de percevoir que les hauts revenus semblent tous moralement contestables. Le commerçant (ou intermédiaire ou spéculateur) enrichi a sous-payé son fournisseur, le créateur enrichi a vendu plus cher que nécessaire (aux seuls riches ou en appauvrissant encore les pauvres), le haut salaire a profité du système éducatif méprisant le travail pénible (et glorifiant l'ambition personnelle vers les postes de commande plutôt que le service à autrui), le riche héritier sans profession (comme le gagnant du loto ayant cessé le travail) délègue aux banquiers la rude exploitation de travailleurs sous-payés. Vu sous cet angle, donner le pouvoir aux riches serait le donner aux pires "salauds" (les domestiques ne meurent certes pas de faim mais ils ont souvent davantage de mérite que les indolents qu'ils servent). Ce principe ou discours pourrait suffire à générer une révolution (utopique, refusant de penser que les opprimés majoritaires sont des candidats naturels à la place d'oppresseurs minoritaires).
* Violence externe :
- Comme les riches de chez nous se sont enrichis aux dépens d'autrui, la richesse collective qu'ils peuvent nous apporter risque d'être acquise aux dépens de l'extérieur, des étrangers. Par expérience et fier de ses succès, le marchand voudra que nous devenions un pays de marchands, le rentier voudra que nous profitions de la force de notre monnaie exploitant les miséreux des pays étrangers (éventuellement soumis aux enchères décroissantes, qui plus est). Cela peut générer la guerre (avec nous dans le rôle des "salauds") – ou le terrorisme (contre les familles d'électeurs) si la disproportion des forces militaires ne laisse pas d'autre issue. Ce n'est certes pas spécifique du suffrage censitaire, puisque c'est apparemment la situation actuelle/future, mais choisir la voie censitaire serait l'approuver au lieu de subir ces forces discrètes (cachées par une "intelligentsia" usurpée, illégitime car stupide/médiocre ou malhonnête/soporifique).
- D'ailleurs, si le principe altruiste était humanistement respecté, le respect de tous (= tous les humains) ferait abolir les frontières et décréter la démocratie mondiale, sans collèges mais avec égalité de chaque vote individuel. En mode censitaire, la question est alors de savoir : 1/ si les pays pauvres seraient très majoritairement dispensés de l'impôt (un ingénieur chinois gagnant moins qu'un manœuvre français), nous laissant le pouvoir censitaire, et le risque de révolution mondiale qui va avec 2/ si l'impôt serait toujours défini à titre relatif, en direction des plus riches localement (30% de chaque population ?), donnant démographiquement le pouvoir mondial aux Chinois et Indiens, avec révolte des privilégiés en voie de ruine que nous sommes, contraints enfin de partager la misère du monde…

Conclusion temporaire
    Je pense avoir décelé au moins partiellement la sagesse relative, et le danger propre, du mode de scrutin censitaire. Le débat est complexe, même s'il peut prêter au déchaînement rhétorique diabolisateur.
    Il me semble de toute façon que le contexte (politicien, scolaire, "intellectuel") n'est pas au débat honnête et risqué, mais au jeu de rôle cachant les problèmes, les mensonges omniprésents. Je ne dirai pas que la démocratie censitaire, c'est Bien, ou que c'est (particulièrement) Mal, je dirais que je vois le Mal partout, sauf chez quelques utopistes anormaux, passibles d'internement psychiatrique (ou autre crucifixion).

Réflexions historiques/parentales
17/11/2007 (+29/12/2007)

* Ma maman, agrégée d'Histoire, m'a fourni quelques précisions historiques sur le suffrage censitaire, précisant "j'explique sans juger". L'idée est pour l'autorité de demander l'avis des gens sur ce qui leur est imposé, mais les illettrés (très majoritaires) et non-possédants sont classés incapables de juger en quoi consiste une bonne gestion des affaires publiques. Deux exemples sont l'Angleterre du XIVe siècle à 1918, la France de 1789 à 1875 – avec plusieurs temps : la monarchie constitutionnelle de Louis XVI, la Restauration, la Monarchie de Juillet. Une autre limitation au suffrage populaire fut le choix des électeurs sur des listes par les préfets : Consulat, Premier Empire. Le suffrage universel a aussi le défaut d'avoir soutenu des régimes totalitaires, les électeurs étant terrorisés ou drogués à la propagande.
--> Intéressant, merci. Je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu ça en cours d'Histoire. J'ajoute que j'ai découvert récemment la mention, dans un livre à compte d'auteur, de républiques italiennes de la Renaissance, où les perdants d'élections étaient tués par la police (sauf exil) au nom du voeu majoritaire. Ça m'aurait intéressé, de relativiser ainsi la notion de démocratie. Dans mon éducation scolaire, je n'ai jamais rencontré une analyse des inconvénients de la démocratie (par rapport à l'aristocratie, au communisme, etc.), par contre l'avantage inhérent à la démocratie était clairement inculqué: le respect de tous - on retrouve cette idée dans les condamnations intellectuello-médiatiques contre les offenses à la démocratie, les crimes contre la démocratie (c'est pire qu'un crime contre un innocent, c'est un crime contre tous les innocents). Si l'on relativise cette pression médiatico-scolaire, une question devient évidente "sommes nous, ici et maintenant, comme en pays dénoncé comme totalitaire, pareillement terrorisés ou drogués à la propagande ?". Maintenant menacé d'internement psychiatrique et de ruine/prison, pour mon opinion sceptique argumentée (refusée par tous les éditeurs, car "effrayante" selon le seul ayant répondu, de Monaco), j'aurais apprécié d'être prévenu par des éducateurs permettant de décrypter le jeu de rôles ambiant, mascarade prétendant à la Liberté et au respect de chacun (en interdisant de réfléchir, sans le dire, en prétendant seulement proscrire les pensées "mauvaises" déclarées telles par arbitraire et amalgame diabolisateur, sans débat contradictoire), avec complicité active des prétendus intellectuels français.

* Mon papa, agrégé d'Histoire aussi, se montre beaucoup plus sévère, critique, ce qui m'incite à l'examen attentif de ses objections.
1/ "J'ai du mal à te suivre car quand j'enseignais, le fait de parler du cens aux élèves n'amenait aucune réflexion philosophique ou jugement de valeur. C'était une partie de la Constitution. 'elle était et voilà ce qu'elle contenait'."
--> Si, à 17 ans, j'avais dû répondre à un enseignant me disant ça :
- MEA CULPA : je vous demande pas de me suivre, m'sieur, je fais qu'écrire les idées qui me viennent, personnellement. Intéressé par le cours et regardant au delà, hors-sujet pour votre discipline, oui.
- NON, je ne suis pas convaincu quand vous affirmez dépeindre "ce qui était", comme si telle était la vérité incontestable. A ma connaissance, les années 1800 n'ont peut-être pas existé, le fait qu'aujourd'hui soit appelé 1981 (ou qu'on me déclare né en 1963 plutôt que ce matin) n'exprime pas mon choix mais une croyance (quasi) générale, je le subis sans hurler mais je doute. Vous appliquez doctement une logique d'historien, et je répondrais "libre à vous, et ça peut être intéressant, c'est vrai, pour illustrer les idées", mais quand vous prétendez détenir la vérité de "faits" incontestables (sauf maladie mentale), c'est de l'intolérance. Et vos devoirs d'interrogation sont des appels à la soumission à vos valeurs, la réponse "J'en sais rien, toute façon j'y crois pas" étant réprimée, cassée, sans argument autre que l'autorité. Vous avez des "preuves", mais sans voir le contexte : j'ai dans la tête un livre entier, "échapper à la dictature réaliste", pour me justifier, disqualifier votre méthodologie, vous ne répondez à rien sur ce plan, refusez même le débat, mais imposez par la loi du plus fort, armé du pouvoir de sanction. Libre à vous là encore, mais ne prétendez pas à la supériorité intellectuelle. Ou prétendez-y si vous voulez, si ça vous rassure, mais vous n'êtes pas crédible. Vous semblez simplement un Croyant, engagé, ça peut être beau mais il ne faudrait pas interdire le doute : l'intolérance et l'endoctrinement des jeunes salissent votre cause.
- TOUTEFOIS, même si "L'Histoire" était un film imaginaire, elle illustrerait des idées potentiellement intéressantes, des principes qui personnellement me font réfléchir, envisager des scénarios, plaisants ou dangereux.
- MAIS si les cours d'Histoire ne doivent surtout pas conduire dans cette voie d'abstraction intemporelle, je demande à être exempté de cette matière, ce catéchisme laïc, et s'il n'y a plus de scolarité possible sans soumission aux prétendus détenteurs du Vrai, j'abandonne la scolarité, pour devenir travailleur manuel, sous la domination (hélas) de très fiers moutons, bardés de diplômes pour s'être dispensés de réfléchir. Il est pas beau, votre monde. Ça me donne doublement envie de ne pas y croire, ou envie de le quitter, autrement. Ce n'est pas bénin, non. Quoi "allez voir le docteur" ? Avec des cachets débilitants, je rentrerais dans le rang, je sais, mais ça nie votre mission d'éveiller à l'intelligence critique, je crois. "Cancer rationnel" n'est qu'une insulte, ça ne donne pas raison objectivement à la condamnation.
2/ "voir où il peut y avoir un hiatus dans ta démarche (…) à partir de prémices qui sont excessivement simplistes : une accumulation de postulats et d'axiomes (donc indémontrables et à tes yeux indiscutables (même si tu prétends le contraire ! 'prouve moi que j'ai tort' me dis-tu ; de mon côté, sans démonstration, je t'affirme le contraire ou simplement te présente un autre éclairage). Match nul entre nous, sauf que je pense, bien sûr, que ton manichéisme est excessif et à terme erroné."
--> Là, je tressaille. Comment une telle avalanche de malentendus a-t-elle pu survenir ? Je ne dispute aucun match, ne cherche aucune victoire, ne prétends rien, cherchant seulement à identifier des avantages et des inconvénients à une idée (principe censitaire) qui est pour moi une découverte. Je n'ai jamais dit "j'ai raison, prouve-moi que j'ai tort", mais seulement, oralement (sur de tout autres sujets que le principe censitaire) : "explique-moi où je me trompe", ce qui signifie que ma lecture me fait peur, et que si elle demeure possible et cohérente, je reste dans la crainte, sans rien poser d'indiscutable. Découvrir une autre logique, aussi cohérente et davantage plaisante, pourrait parfaitement me séduire. Pour cela, il faudrait qu'elle soit exprimée.
- AXIOME. Je n'avais pas le sentiment de poser d' "axiome" – selon le Larousse de poche : a/ vérité évidente par elle-même, b/ proposition admise par tout le monde (j'ajouterais un sens logico-mathématique c/ énoncé arbitrairement posé comme base du vrai) : a/ je doute du principe même de vérité, j'ai été jusqu'à contester les cours de logique pure reçus à l'âge de 15 ans, il n'y a que le principe de cohérence dans la démarche hypothético-déductive que je subis, comme une tare personnelle sans rien y voir de sacré ou universel ; il n'y a rien d'incontestable à mes yeux, rien, où ai-je donc écrit le contraire ? je décris ce que je perçois dans mes souvenirs, et si on me dit que je l'ai inventé, je répondrai Peut-être ; b/ je n'ai nulle espèce de prétention à être d'accord avec tout le monde – mon scepticisme semble ici (dans ce Monde) classé maladie mentale par les blouses blanches, et classé crime par les représentants du peuple ; je n'ai aucunement le projet de convertir tout le monde à mes jugements (douloureux), je m'adresse à autrui uniquement parce que j'ai le souvenir que son personnage émet parfois des objections intéressantes, signalant des arguments qui m'avaient échappés. Si je dois me taire et penser à l'intérieur, c'est très possible, mes souvenirs m'évoquent des décennies d'expérience en ce sens. Je le mettrai simplement sur Internet pour sauvegarde en cas d'incendie domestique, selon la logique réaliste dont je ne fais que douter, et qui m'inspire crainte ni plus ni moins que le Dieu vengeur (ou Allah ou Zeus). Toutefois, ce n'est pas ce site là que j'aurais écrit, pour moi-même, je n'ai écrit ces réflexions censitaires que dans un rôle de gentil neveu, invitant mon oncle fiscaliste passionné à écrire, et mes parents historiens à enrichir le sujet. c/ En termes de conventions, j'en fais à l'évidence (suivant par exemple la voie réaliste pour en déceler les pièges possibles), mais j'y vois des choix librement récusables, ne démontrant rien à qui préfère juger avec recul. Un axiome en ce sens est par principe discutable. Mon papa me reproche là, à tort, de ne pas suivre ses leçons, que j'ai au contraire poussées au-delà du conventionnellement toléré.
- PRÉMICES SIMPLISTES. Oui, je suis parti de mes souvenirs, simplistes, que j'attribue à l'endoctrinement scolaire et médiatique (ce qui revient peut-être au même : les élèves bien notés, devenus journalistes, célèbrent les valeurs qu'ils ont bien su commenter, les classant eux supérieurs). Donc l'autorité (bien au-delà de George Bush, actuel maître du Monde) me semblait clamer : la démocratie, c'est le Bien, la non-démocratie, c'est le Mal, justifiant moralement la guerre, les bombes incendiaires ou atomiques, etc. Je dis simplement que c'est mon point de départ, avant de réfléchir, et si je réfléchis, c'est bien parce que j'y vois de la propagande et non une leçon incontestable. Je ne prétends rien démontrer à ce stade, ni ailleurs non plus, ne faisant que déceler des risques et des mensonges possibles.
- MANICHEISME. Je commençais par une introduction effectivement manichéiste, fruit de l'endoctrinement subi, avant de faire volte-face par un explicite "Toutefois, sans manichéisme simpliste, ...". Bien sûr que ce que je venais de dire était manichéiste, mais ce n'était pas MON manichéisme, du tout. Suis-je moi-même manichéiste ? Le dictionnaire dit que c'est une doctrine différentiant le Bien du Mal. Oui, j'avoue avoir un sens moral, identifiant un sens plutôt Bien et un sens plutôt Mal, saveurs dont j'ai l'expérience, le souvenir, via les brimades de mon frère aîné et mes efforts pour jouer aux billes avec ma toute petite soeur. Parmi les personnages dont j'ai entendu parler (qu'ils existent ou non), je préfère Jésus-Christ à Hitler, je préfère le Bouddha à George Bush. C'est une affaire de sentiment personnel. D'autres ont des préférences différentes, et je n'ai jamais mis personne en prison ou à l'asile pour crime d'opinion, moi, quand la population ambiante (et la prétendue élite) approuve au contraire cette pratique, fondée sur la diabolisation et non-publication des pensées dérangeantes. Quand on me répète que la Démocratie incarne le Bien, je l'entends, c'est tout. Mentionner un tel discours manichéiste (avant d'objecter) n'a aucun rapport avec l'approuver. Refuser ce principe, c'est comme mettre en prison l'instituteur ayant promis : "j'ai entendu quelqu'un dire Merde et ce sera puni sévèrement", sous prétexte qu'il l'a dit, ce faisant. Ça me laisse sans voix. Le débat est ailleurs.
- ERRONÉ. La seule faute d'analyse que je puisse reconnaître, et regretter, est l'incohérence, l'auto-contradiction. Je n'en suis pas exempt, sinon je ne serais pas marié : je serais mort (si c'est possible). Mais sur le plan des idées, je ne comprends pas comment on peut me déclarer incohérent sans me dire où, et comment – à suivre, lignes suivantes, donc.
3/ " 'Le roman de l'école publique', mais pourquoi ce mot de roman déjà disqualificatif ? Tu fausses le raisonnement."
--> Non, aucunement : j'explique sincèrement MON raisonnement, personnel et désigné comme tel, n'obligeant personne à l'approuver. En matière de raisonnement faussé, l'école (avec historiens et scientifiques) est bien plus contestable, lourdement. En dehors des mathématiques, explicitement et honnêtement hypothético-déductifs (à partir de la seconde, remettant en cause l'algèbre et "2+2=4"), la seule liberté dont je me souvienne consistait à commenter et classer les "faits", trouver comment bien appliquer les "lois" aux problèmes, on ne m'a JAMAIS signalé que les bases à apprendre relevaient de l'endoctrinement, chaque cours n'exposant nullement des vérités mais sous-entendant "l'autorité estime que (et exige que vous admettiez Vrai que)". A en croire mes souvenirs, je n'ai échappé au lavage de cerveau que par un concours de circonstances extra-scolaires : les nouvelles humoristiques de Fredric Brown, mettant en jeu le solipsisme entre deux histoires de martiens, puis l'expérience terrifiante de la nuit ayant précédé mon suicide (à l'âge de 15 ans). Les cours de philosophie donnaient certes matière à réfléchir, à 16-17 ans, mais il s'agissait de discourir en citant de grands maîtres idolâtrés, avec interdiction de défaire leurs analyses. Bref, en matière de démocratie/non-démocratie, les bases dont je disposais semblaient venir des cours d'Histoire (et Instruction Civique), et je me refusais à dire "L'Histoire est telle", voulant seulement dire "on m'a raconté, et cela suggère possible que". Le terme de Roman me paraissait approprié. Un roman peut être intéressant, comme le roman biblique pour les athées. J'expliquais donc mon point de vue, sans aucunement le prétendre "obligatoire pour tous". Je le disais en clair, noir sur blanc, que pouvais-je faire de plus ? Peut-être ne sais-je pas écrire, mais il se pourrait aussi que certains ne lisent pas (et ça ne prouve rien : même s'ils n'existent pas, leurs personnages pourraient faire semblant).
4/ "L'idée d'une marche progressive vers la démocratie ou la dictature, vers l'organisation hiérarchique d'ensembles de plus en plus grands est affirmée mais non démontrée : l'évolution actuelle vers des unités réduites, le retour au régionalisme aux dépens de l'étatisme, est en contradiction avec cette idée."
--> Ce n'est pas moi qui ai écrit le roman de l'Histoire, et je n'ai jamais prétendu qu'il démontrait quoi que ce soit. Enfin, si je rêve, c'est le moi qui rêve qui a inventé ça, mais en tout cas, ce n'est pas mon personnage ici-bas (et si cette langue française n'a qu'un seul mot pour dire "moi", je le regrette, simplement). Un roman illustre un possible, c'est tout, et c'est la base à laquelle je me référais. Cela n' "affirme" rien de rien, et "démontre" encore moins (c'est justement ce que je disais en parlant de roman). Prétendre le contraire sur ces quelques lignes initiales relève du procès d'intention. Et la condamnation qui tombe, sans relecture ni demande d'éclaircissement, est injuste.
    En termes de contenu, on m'a enseigné que la préhistoire était faite de familles puis de tribus, qui se sont organisées en royaumes, empires, déclinaisons organisées de la bestiale loi du plus fort. Le "progrès" politique serait venu d'Athènes, dans l'Antiquité, basant la loi sur les débats et la démocratie, sur l'intelligence persuasive et non la force oppressive – au niveau des humbles et pas seulement des alliances entre puissants. Il y a eu les assemblées romaines puis dictateurs romains, et la féodalité médiévale, avec servage des paysans, illustre sur ce plan un retour "en arrière" sévère. Avant que ne revienne la démocratie, sous forme de république à représentants intermédiaires, qui rebascula vers les régimes autoritaires de Napoléon, Franco, Hitler, puis redevint dominante. Ce tableau recouvre peut-être partiellement une possible gradation linéaire du petit ensemble vers le grand ensemble, mais ça n'avait aucun intérêt pour le sujet (pas plus que l'essor et morcellement des mondes byzantin, romain, ottoman, napoléonien, anglais, soviétique, européen ou autre). J'expliquais seulement le simplisme qui semblait me guider vers l'idée de Bien = Démocratie républicaine, Mal = Non-démocratie. Avant que j'objecte, pas du tout convaincu.
    En quoi le régionalisme réoriente-t-il le débat ? Je ne vois pas. Des régions riches ne veulent pas partager avec les régions pauvres, comme les états riches ne veulent pas partager avec les états pauvres, ça n'a rien d'original. Des individus veulent se soumettre à des petits chefs locaux plutôt qu'à des grands chefs lointains, peut-être, et alors ? Non, je ne vois pas ce que cela apporte. Dans ce domaine géographique (et c'était prématuré à ce stade de l'exposé), il me semble y avoir essentiellement deux conceptions politiques essentielles : le respect humaniste de tous, qui est mondialiste, et la favorisation spéciale de certains, qui relève de l'esprit de famille, étendu à la tribu (ou ses formes diverses : cité, région, état, continent, etc.). Préférer l'Occitanie à la France, ou l'Europe à la France, me paraît peu fondamental, quand il s'agit de savoir si on respecte également tous les humains ou non, ce qui était le sujet. Où donc ai-je commis une contradiction ? Je suis condamné, sans comprendre l'accusation. Si c'est une mauvaise lecture qui paraissait condamnable, il suffisait de relire le texte en mettant en doute l'identification, entre les lignes, de pseudo-démonstrations secrètes, sans aucun intérêt pour le sujet traité.
5/ "La notion de Bien et de Mal glissée subrepticement n'est pas de mise car il n'y a pas que deux systèmes de gouvernement (l'anarchisme, le socialisme, le populisme, le capitalisme et le libéralisme sont des systèmes qui comportent des aspects démocratiques et des aspects dictatoriaux et ton manichéisme ne peut être utilisé ici car cela n'a rien à voir (ou peu) avec la notion de vote : On vote au Pakistan, on vote en Chine, la conséquence de ces votes (libres, "dirigés" ou truqués) étant de dégager une majorité (fausse ou réelle)."
--> Je ne comprends pas : mon propos était précisément de dire "on m'a enseigné que vote = démocratie = Bien, non-vote = non-démocratie = Mal, et je doute". Je parlais 3 lignes plus loin du vote sous mitrailleuses, en quoi l'invoquer avant que j'en parle démontre-t-il une erreur dans mon propos initial ? C'est peut-être une technique rhétorique : couper la parole avant que quelqu'un ait développé son analyse contradictoire. Par écrit, c'est mieux : la réponse n'est pas "j'allais le dire, laissez-moi finir", mais "oui, je l'ai écrit au paragraphe suivant, lisez avant de condamner".
6/ "Ce n'est qu'un début mais tu vois que le débat est largement ouvert."
--> Non, je ne vois pas trace de débat jusqu'ici. Je ne vois que des condamnations injustes, sans l'ombre d'un argument, sans apport au débat, je ne perçois jusque là aucune contradiction manifeste demandant correction.

Compléments
14/01/2015

* Prorata : au moins trois types de suffrages censitaires sont envisageables. En effet, soit le vote est compté au prorata de l'impôt versé, soit il faut verser telle somme minimale d'impôt pour avoir le droit de vote, soit il y a progressivité sans exact prorata (avec classes discontinues ou formule de calcul continue, genre logarithme ou autre).
* Diversité des sources : le principe du vote censitaire se comprend surtout si la totalité de l'argent public vient de l'impôt individuel (sur le revenu notamment). Mais en pratique, une grande partie des ressources publiques vient de la consommation de tous, de l'impôt sur les entreprises, de l'emprunt (à l'étranger souvent), et ceux qui ne paient pas d'impôt sur le revenu peuvent revendiquer un droit de regard sur la gestion de ces sommes.