Est-ce que la mort existe vraiment ?
« Mourir comment ? », et même « mourir : oui ou non ? »…
par A. Yeur, 10-14/10/2016

    L’autre jour, nous avons eu une discussion profonde avec mon grand frère, au sujet de la mort. Il avait entendu le politicien Jean-Luc Mélenchon dire « la mort ça n'existe pas. Il n'y a que de la vie". Comme un interrupteur Marche (vie)/ Arrêt (pas vie). On vit, et puis on ne vit plus. Mon frère voyait une injustice à dénoncer dans l’immense supercherie (presque géniale) pratiquée par des puissants et religieux pour faire croire aux masses qu'une vie de merde vaut le coup en attendant une meilleure vie « après ».
    Je n’étais pas bien d’accord, mais de manière totalement hétérodoxe, désolé. J’ai répondu ceci :

    Je cherche la définition de "injustice", car ça me semble un sujet différent. Bof, selon Larousse en ligne : "injustice = qui est injuste = qui n'agit pas avec justice/équité", et "justice = principe philosophique, juridique et moral fondamental en vertu duquel les actions humaines doivent être sanctionnées ou récompensées en fonction de leur mérite au regard du droit, de la morale, de la vertu ou autres sources normatives de comportements". Alors, euh... que veux-tu dire ? C'est les faux mérites des raconteurs-bluffeurs que tu veux dénoncer ? Ben ils ont au moins le mérite de convaincre (quand leur force n'est pas terroriste, bâton plutôt que carotte), donner de l'espoir, de la joie même, illusoire ou pas, est-ce grave ?
    Je crois que nous ne voyons pas les choses de la même manière toi et moi, et depuis longtemps sur un sujet comme ça. Il me semble, et tu le répètes ici semble-t-il, que tu es athée matérialiste (comme Melenchon moitié communiste/anticlérical ?), alors que je suis sceptique "idéaliste" (au sens philosophique, contraire de "matérialiste"), après avoir été agnostique vers l'âge de 13-14 ans. (Je croyais être agnostique même à 25 ans, jusqu'à ce que je lise une définition qui n'était pas seulement "ne sachant pas si Dieu existe ou pas" mais en plus "qui ne croit que ce qu'il voit", or je doute de ce que je vois, c'est un scepticisme). Tu as l'air certain que tout le monde meurt forcément, qu'il n'y a forcément rien après pour celui qui meurt. Moi je ne sais pas du tout. La nuit qui a précédé mon suicide à l'âge de 15 ans, j'ai été terrifié à l'idée que non, il n'allait pas se passer ceci ou cela après ma mort, pour telle ou tel, mais que le monde n'existerait plu' du tout. Le monde entier, en ce sens, c'était moi. Il n'y a de monde que s'il est perçu, et qu'est-ce que j'en sais si quelqu'un d'autre perçoit (vraiment) ? Il fait comme si, c'est vrai, mais comme les personnages de mes cauchemars qu'on me dit imaginaires inexistants, intérieurs à "moi". Comme les personnages de mes rêveries que je dirige comme marionnettes, avant de m'endormir à moitié et ils font tout seuls et quand je me réveille au milieu de l'histoire, je peux être surpris sans avoir gardé le contrôle, "moi". Peut-être qu'autrui n'existe pas, que tout est "mon" rêve, présentement ou depuis toujours peut-être (éternité ?) et pour une durée future inconnue (éternité ?). Donc la mort du moi est peut-être un non-sens. Et si ça avait un sens que le monde (ou "moi") disparaisse (c'est possible aussi, tout autant), il n'y aurait plu' rien, et alors ça ne sert à rien de se poser des questions à ce sujet. (Comme "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" ne m'intéresse pas, s'il n'y a rien il n'y a pas de question). Ceci dit, d'après mon expérience, ayant essayé de me "tuer"/euthanasier deux fois, au cas où ça marche, il s'avère (si ça a marché ?) qu'on se réveille ailleurs, comme au sortir d'un rêve, et peut-être que je meure chaque nuit. Rien n'exclut à mon avis qu'après avoir été vieux croulant mourant, je me réveille jeune, ou femme ou chimpanzé ou fourmi ou paramécie ou bactérie ou extra-terrestre ou onde immatérielle (genre prout pensant), je n'en sais rien. J'ai vaguement des intuitions présentes sur tel plausible plutôt, mais je ne sais pas quelles idées j'avais dans le monde d'avant le dernier réveil, et lesquelles seront dans le monde d'après. Qu'on soit tout plein d'humains au "Paradis" à marcher sur les nuages à la Heaven-can-wait, pourquoi pas ? Avec peut-être un immense papy barbu au-dessus en robe blanche et tout, pourquoi pas, tout est possible au titre du n'importe quoi. Par contre, j'accorde une crédibilité à peu près nulle (=1/infini) à telle affirmation "sacrée" prétendue certaine, comme quoi ce personnage aurait fait tel ou tel truc il y a 3147 ans à tel endroit ou quoi. Je crois autant ou aussi peu au Dieu Soleil Inca qu'au Dieu Yahvé/Allah des Israelites/Chrétiens/Musulmans et au Père Noël (le "vrai"). Et l’intuition des Indiens avec leur réincarnation me parait aussi envisageable pleinement, ou la religion grecque antique, genre athée sans vie post-mortem sauf dieux éternels inaccessibles. Pas impossible, c'est tout. Et les gens qui donnent du bonheur (apparent) avec des fausses certitudes clairement invérifiables, je n'ai rien contre. J'aime moins ceux qui dressent des tueurs kamikazes en leur promettant la récompense de leur "sacrifice héroïque", sauf que quand c'est pour casser des hyper-méchants, je comprends que c'est une possibilité pas totalement monstrueuse absurde. J'ai lu deux livres entiers (dans les années 1980-90 d'après mes souvenirs présents) sur les kamikazes japonais, et c'était expliqué de manière compréhensible : les commandants disaient aux soldats "vous allez être tués, vous n'avez aucune chance d'en sortir vivant, mais soit vous vous faites planter merdeusement soit vous vous lancez vaillamment à l'assaut sans aucun espoir d'en réchapper, en devenant alors un demi-dieu immortel dont on n'oubliera jamais la mémoire, vénérée au Pays, allez-y". Et le désespoir aidant, + la fierté à la japonaise (ne pas perdre la face), tout ça fonctionnait. Comme modalité du n'importe quoi, ça parait possible. Je ne vois pas où est l'injustice là-dedans. Enfin, le général chez les Japonais n'était pas planqué à la Française envoyant les soldats se faire écrabouiller en fumant le cigare, la tradition là-bas était que le général perdant ne se rend pas mais se tue horriblement/courageusement par hara-kiri, sabre déchirant le ventre et vidant les boyaux...
    Il y a matière à discuter, mais ça me choque moins que l'injustice de faire le contraire de ce qu'on dit/impose à autrui (genre racistes actifs hurlant être les victimes du racisme, genre aristocrates jurant incarner la démocratie, genre tyrans clamant incarner la Liberté). Non ?
    Sinon, je vois bien notre père qui parle tout le temps de sa prochaine disparition (au sens athée matérialiste), et je le laisse penser à sa façon. Ma voie est classée démente, je ne cherche pas à l'imposer ni même la proposer (à autrui, ce qui est absurde : si j'ai raison, autrui n'existe pas donc inutile de le baratiner, et si j'ai tort, pourquoi lui communiquer mon erreur ? – enfin, ça peut apaiser un inquiet, je ne sais pas, ça peut aussi déstabiliser très fort, je ne milite donc pas). J'ai peut-être inventé la 3e modalité pour concevoir la mort (extinction/réincarnation-résurrection/ scepticisme-égocentrique), et puis voilà, c'est énorme, géant, et peut-être faux, mais pas impossible. C'est un milliard de fois plus majeur que le bla-bla prétendu philosophique des érudits, mais ce monde est si moche, à quoi bon ? (et demain, cette lettre n'existera peut-être plu', dans le monde d'après, mais je fais comme si, en pilotage crédule automatique...).