Quand j’avais 15 ans : l’erreur +++ +++ de ma vie…
Romance ratée totale
par Tuém Assacré, 13/07/2020 4h à 6h du matin, Parc des Ecrins

   Je suis mort à 15 ans et demi, tombé de la falaise dans la montagne, pas loin d’ici où je reviens à 56 ans. Bien que j’aie été à l’époque jugé brillantissime, équilibré, prometteur, je me suis écroulé, anéanti, où est l’erreur ? ou bien : où sont les erreurs ?
1/ Elle n’était pas en détresse
2/ Elle n’était pas humble
3/ Elle n’était pas romantique
4/ Elle n’était pas aimante
5/ Elle n’était pas timide
6/ Elle n’était pas humaine
   …
1/ Était-elle en détresse ?
   Dans cette (difficile) classe de seconde C2, au très huppé lycée Fermat, mon univers a été bouleversé quand j’ai cessé de me battre à conserver la place « premier de la classe » pour choisir de venir au secours de la « dernière de la classe ». Cette aide généreuse donnait un sens (ou un sens différent) à ma vie. Je croyais cette jeune fille faible, sévèrement insultée par les profs alors que me paraissait adorable cette faiblesse silencieuse soumise.
   Mais c’était un hyper-malentendu. Elle a plus tard été diplômée de l’Université, puis prétentieuse auteure multi-publiée. Là, elle ne faisait que choisir de s’offrir un an de vacances, sans réviser ni faire les durs exercices à la maison, s’accordant une pause redoublante, payée par sa famille et les contribuables (payant les professeurs et l’entretien du lycée). Ce n’était pas adorable du tout.
2/ Était-elle humble ?
   Elle m’a séduit en tant qu’elle paraissait une toute petite chose sans prétention aucune, immensément loin de toute idée de supériorité écrasante (dont j’étais victime, moi, de la part de mon frère ainé écraseur sportif – elle était fille unique quoique abandonnée chez une grand-mère par ses parents divorcés).
   Mais c’était un hyper-malentendu. Elle m’a dit immensément plus tard (au téléphone en refusant de me revoir) que j’avais été con de ne pas faire Polytechnique. Et apparemment, elle choisissait de coucher avec des riches dominants, tout au contraire de préférer les humbles sérieux honnêtes. Elle clamait « Israël c’est mon vrai pays », au lieu de compatir avec les pauvres Palestiniens expulsés racistement, avec les pauvres Amérindiens eux exclus de toute réparation historique (elle adorait les USA, monde de la course de rats, avec esprit de winner écrasant la concurrence plus faible). Et ce nationalisme actif était le contraire de préférer un monde uni sans xénophobie chassant les pauvres faibles classés étrangers par des murs frontières artificiels.
3/ Était-elle romantique ?
   Elle était passionnée de cinéma et d’histoires à l’eau de rose en romans, je la pensais donc « fleur bleue », toute pure éprise de sentiments. Compréhensive envers les sentiments équivalents côté masculin.
   Hyper-malentendu encore. J’ai découvert 19 ans plus tard (ce qui m’a re-tué) qu’elle considérait la fidélité durable et abstinente sexuellement comme « maladie mentale », à enfermer, ou casser psychiatriquement, tout au moins. Elle avait couché avec des hommes avant d’avoir l’âge de 18 ans (a-t-elle suggéré à demi-mot) aux USA puis en Israël puis France peut-être, avant de devenir échangiste, changeant de compagnon presque régulièrement, séductrice compulsive, ce qui est le contraire d’une grande passion romantique (comme la mienne envers elle seule au monde, durant 22 ans, sans rien exiger en retour).
4/ Était-elle aimante ?
   Durant cette année de seconde, elle me souriait, comme à moi tout seul, et – ému, troublé, touché – j’en avais conclu qu’elle était amoureuse de moi en secret, trop timide pour oser le dire à haute voix. Mon journal personnel (de l’époque) le confirmait jour après jour, sans délire total, apparemment.
   Hyper-malentendu là encore. Puisqu’elle m’a finalement rejeté, tué (indirectement), elle ne m’aimait pas du tout. Apparemment, avant de commencer à coucher, avec des vieux « sachant faire », elle testait son nouvel outil de séduction, à même d’abattre le chouchou des profs. Ce n’était pas forcément « pour rigoler » de l’immense douleur infligée, peut-être que c’était un essai « pour voir », préparation d’une arme pour futur jouissif.
5/ Était-elle timide ?
   Je la croyais immensément timide, réservée, effacée, pudique. Donc infiniment adorable selon mes valeurs, peut-être dites coincées par les jeunes jouisseurs.
   C’était un immense malentendu encore. Elle adorait danser, prendre des cours de danse, se trémousser en public, elle adulait le film « La fièvre du Samedi soir », que je n’ai pas vu à l’époque mais des années plus tard j’ai vu sur Internet que John Travolta s’y déhanchait avec des coups de pubis sexuellement suggestifs, peut-être excitant les filles en chaleur. Et danser, se remuer les organes, me semble une forme de masturbation en public. Et bien plus tard elle disait aimer chanter devant tout le monde, prendre des cours de chant pour devenir admirable, se donner en spectacle, impressionnante. Bref, j’avais tout faux, pas dénué d’éléments pour le comprendre mais amoureux aveugle.
6/ Était-elle humaine ?
   Avant l’année où elle m’a séduit, elle se présentait comme profondément anti-raciste, du côté des victimes, des innocents. C’était beau, presque admirable.
   C’était un épouvantable malentendu, et pas seulement parce qu’elle s’est révélée raciste anti-goy. Avec la pilule, elle allait bientôt tuer les futurs bébés innocents, pour le plaisir bestial de baiser, et sans la conséquence normale de devoir élever des mômes hurleurs et chieurs. Quand on ne veut pas cette charge, on s’abstient et c’est très possible, mais la bestialité la poussait semble-t-il à vouloir baiser et tuer. Affreux. Qu’elle m’ait tué moi comme indésirable encombrant à éliminer n’est donc pas stupéfiant incroyable mais assez logique. Je ne me doutais pas à l’époque qu’elle se préparait à être telle.
Bilan
   J’étais dans l’erreur totale en me tuant pour cette fille moche de cœur, vue (à tort) comme fabuleuse « petite bergère » à sauver, me classant implicitement « prince charmant ». Mais je n’aurais pas pu l’admettre à l’époque : ruiner ce rêve qui fondait alors toute ma vie revenait à me tuer aussi. J’avais le cœur fidèle, incapable de tourner la page pour « essayer » une autre aventure (et puis une autre, et puis une autre, à la façon des jeunes dits normaux après 1968, dont mon grand frère et ma petite sœur, et donc celle que j’aimais, aussi finalement). J’étais donc condamné, hélas.
   Peut-être que ce portrait d’elle est très imparfait, injuste en un sens, mais puisqu’elle a refusé de me revoir durablement (ne serait-ce que comme camarade ou ami platonique), j’en viens à inventer en elle une cohérence, mauvaise. Presque automatiquement, et je juge que c’est de sa faute à elle – je ne demandais qu’à la comprendre, autrement, avec indulgence et proximité.