Philo anti-art

Désaccords philosophiques sur l’Art
en forme de démolition
(Par D. Ko, 21-24/09/2018)

  J’ai retrouvé une collection de fiches « Philo facile » (Editions Atlas) que j’avais oubliée et comptais revoir un jour. Elle n’est pas complète, car j’avais fini par arrêter n’en voyant pas la fin. L’une des 4 parties est Notions (en plus de Doctrines, Œuvres, Auteurs), dont j’ai 284 fiches, classée par ordre alphabétique, avec pour premier gros thème « Art » : 19 questions. En terminale (scientifique), notre professeur de philosophie, monsieur Urvoy, nous disait que la philosophie c’est réfléchir aux 3 sens du mot bien : le vrai (théorie de la connaissance), le bon/juste (philosophie politique), le beau (art), or quand j’ai écrit mon premier livre de philosophie, j’ai révolutionné les 2 premiers domaines, et rien dit du 3e, cela faisait comme un manque. Depuis, j’ai écrit un livre contre l’Art (aéronautique) mais sans revenir au côté philosophique de ce domaine, ce que je fais donc ici.
  Certaines de ces fiches d’interrogations sur l’Art ne m’intéressent pas du tout, comme « l’art est-il un langage ? », mais j’en retiens 12 auxquelles je vais donner une réponse personnelle (A) avant de lire/critiquer la fiche complète traitant chaque sujet (B).

1/ L’art a-t-il pour fonction d’être beau ? (A, B)
2/ Peut-on avoir tort ou raison lorsque l’on dit « c’est beau » ? (A, B)
3/ Faut-il être cultivé pour apprécier l’art ? (A, B)
4/ L’art est-il un luxe superflu ? (A, B)
5/ Peut-on être artiste occasionnellement ? (A, B)
6/ L’œuvre d’art peut-elle nous faire réfléchir ? (A, B)
7/ L’art peut-il être immoral ? (A, B)
8/ L’artiste nous aide-t-il à être libres ? (A, B)
9/ La publicité peut-elle être considérée comme un art ? (A, B)
10/ L’art peut-il avoir une fonction politique ? (A, B)
11/ Une société peut-elle se passer des artistes ? (A, B)
12/ Le cinéma est-il un art ? (A, B)

A/ Mes réponses personnelles aux questions

1/ L’art a-t-il pour fonction d’être beau ?
  La question me parait mal posée, comme sous-entendant que « l’art est là mais au fait : quelle est sa fonction ? ». Je ne suis pas d’accord avec cette approche. Dans le monde, il y a des choses qualifiables de beau, de pas beau, de quelconque (avec une échelle continue plutôt que 3 classes, et multidimensionnelle car ce ne sont pas tous les côtés/détails qui sont plaisants ou déplaisants) ; indépendamment de cela, certaines choses (pas naturelles) sont qualifiées d’artistiques, par des gens ou de prétendus experts. Il n’y a aucune corrélation entre le beau (à mon goût) et l’artistique.
  Donc :
– si la fonction de l’art est d’être beau, c’est raté en grande partie ;
– si sa fonction de l’art n’est pas d’être beau, a-t-il une fonction ou est-ce une prétentieuse modalité du n’importe quoi ? (je penche pour la seconde hypothèse, hélas).

2/ Peut-on avoir tort ou raison lorsque l’on dit « c’est beau » ?
  A mon avis, relativiste, le sentiment « beau » est personnel, c’est une saveur ressentie. Il est incorrect de prétendre que ce sentiment est vrai ou faux, juste ou erroné, je ne crois pas du tout en une objectivité en la matière.
  Certes, des prétentieux se qualifiant à tort d’intellectuels (comme dans le film « Manhattan ») peuvent se prétendre détenteurs de La Vérité, pour affirmer (en prétendant à grande intelligence) géniaux ou nuls tels et tels. A mon avis, il s’agit de prétention usurpée, presque imbécile – et vaniteuse, donc contradictoire exécrable.

3/ Faut-il être cultivé pour apprécier l’art ?
  Ceux qui répondent Oui à cette question sont principalement, je pense, les prétentieux jugeant admirables des mochetés et méprisant ceux qui n’aiment pas, en les traitant d’incultes donc inférieurs à eux. Cela me semble puant de mépris infondé. Le beau est un sentiment spontané, et s’il s’agissait de reconnaître des codes, ou entraves à des codes, ce serait totalement artificiel, jeu facultatif, pouvant plaire à certains et déplaire à d’autres, sans aucun rapport avec une beauté objective, indéniable.
  Pour enrichir le panorama, je prendrais deux cas à part, loin de la peinture :
– En art culinaire, le « beau » est souvent secondaire, l’important est le « bon », et je ne crois pas du tout aux prétentions à éduquer le goût – mon aversion envers les fromages affinés me paraît innée et éternelle.
– Il y a aussi un domaine qualifiable d’artistique pouvant générer des sentiments plaisants autres que « c’est beau/bon/bien », comme « c’est mignon, adorable », pour une caricature d’avion par exemple, et connaître en parallèle « le vrai » amplifie certes l’appréciation de la nouveauté, l’amélioration inventée. Il y a alors génération d’agréable, touchant personnellement, sans caractère grandiose intrinsèque.

4/ L’art est-il un luxe superflu ?
  Si l’art consiste à créer des choses plaisantes, ça n’a rien d’un luxe, c’est unes des modalités de la vie normale.
  Ceci dit, des spéculateurs se sont emparés de prétendues créations (affirmées admirables dans les écoles sinon ça ne serait pas du tout convainquant, sans lavage de cerveau orienté ; exemple : le tableau « La Joconde »). Après spéculation forcenée, c’est devenu un luxe, et totalement superflu, oui, mais cette spéculation n’était en rien nécessaire par principe.

5/ Peut-on être artiste occasionnellement ?
  Tout dépend ce que l’on entend par le terme « artiste ».
– Les artistes professionnels le sont à temps plein et ne sont – en un sens – plu’ tellement artistes puisqu’ils se transforment en marchands.
– L’acte créateur de beau (ou de bien) est infiniment plus répandu que l’acte prétendu artistique : un écolier créant une poterie ou une ménagère inventant une variante de plat habituel, c’est de la création, artistique en un sens, non marchande (donc pure) et occasionnelle.

6/ L’œuvre d’art peut-elle nous faire réfléchir ?
  La question est ambiguë. Tout peut faire réfléchir, un texte et des mots comme une image, illustration ou photo. Mais si le but est de faire réfléchir, cela ne relève plu’ du beau mais du message, ce n’est peut-être plu’ de l’art.
  Inversement, prétendre que tel message est magnifié par une œuvre d’art me parait non convaincant. Je pense au tableau Guernica de Picasso, qui « vaut » peut-être une fortune après spéculation mais dont le message est bien moins fort qu’une photo d’atrocité, de valeur dite nulle.
  Certes, les prétendus intellectuels se délectent de messages prétendus grandioses dans des mochetés peu explicites, assorties de baratin justificatif – comme un tableau abstrait dont j’ai vu la reproduction en couverture d’un livre, un texte expliquant que ce n’importe quoi moche symbolisait « parfaitement » toute l’atrocité du nazisme là caricaturé, telle forme symbolisant ceci et tel trait symbolisant cela. Ce jeu est moche (sans aucun intérêt de mon point de vue).

7/ L’art peut-il être immoral ?
  Là aussi, la question est ambiguë. Tout dépend de ce que l’on entend par immoral. Si la norme morale est le respect coincé de convenances sociales puritaines, il est clair que les peintures ou photos de nu sont dites immorales. Mais, en sens inverse, on peut juger que ce sont ces convenances qui sont immorales, condamnant sans argument (sauf esprit lubrique inavoué ?) les tribus vivant nues en pays chaud.
  En dehors de la question de nudité ou pornographie, il est clair qu’il y a des romans ou films de gangsters donnant le beau rôle aux condamnés par la loi, en dépeignant comme méchants ennemis les policiers, et les officiels (et/ou opinions publiques) condamnent cela, parfois ou toujours.
  En tout cas, il semble que oui, il peut y avoir du beau parfois dans quelque chose qui n’est pas bon selon certains ou selon la majorité des gens.

8/ L’artiste nous aide-t-il à être libres ?
  La question repose sur un mensonge douteux, je crois. Souvent, les prétendus artistes sont exemptés de la loi pour tous au titre de la liberté artistique – sans que ce soit une évidence claire : pourquoi ces privilégiés seraient exemptés quand ils portent un message clairement distinct de l’innocente création du beau ?
  Secondairement, les gens disant aimer le truc en question affirment indirectement leur hostilité à la loi, ce qui en fait une sorte de résistance permise, de micro libération. Mais il s’agit d’un jeu de rôles entre menteurs, sans grand intérêt. La loi ne devrait pas brimer exagérément la liberté, les prétendus artistes ne devraient pas être exemptés de la loi pour tous.

9/ La publicité peut-elle être considérée comme un art ?
  A titre général la réponse est clairement non : la publicité radiophonique « achetez le produit X, parce que c’est super pas cher ! » n’a rien de belle, d’artistique. Ceci dit, une des multiples voies disponibles pour les publicistes consiste à embaucher des artistes, avec l’argument marketing « le beau attire le client/génère du chiffre d’affaires ». Cette source de revenus, pour les artistes, est un peu comme la spéculation, c’est une voie possible qui enlaidit un peu la pureté inhérente à la prétendue recherche du beau, désintéressée.

10/ L’art peut-il avoir une fonction politique ?
  Comme au point 9, les dirigeants (ou opposants) peuvent être les commanditaires payant les artistes professionnels, pour des messages de propagande ou d’alerte.
  Inversement, des artistes peuvent se juger isolément révolutionnaires en créant des œuvres « à message ». Là encore, cela n’a plu’ guère de valeur « beau » si le but est autre, et employer le terme art pourrait être remis en question.
  Moi-même, dans les nouvelles romantiques que j’écris/invente, j’ai souvent la tentation de glisser une protestation contre la loi ou contre la pression sociale, et le résultat me semble plaisant, mais je ne prétends pas du tout au terme prétentieux « artiste » (les « intellectuels » classent « fous littéraires », non-artistes, ceux qui osent écrire sans y être habilités par leur milieu de dominants pourris).

11/ Une société peut-elle se passer des artistes ?
  S’il s’agit d’artistes professionnels, la réponse est Oui, bien sûr, puisque rien ne justifie un besoin d’eux impératif. Je comprends qu’un employé par ailleurs artiste en dehors de ses heures de travail, s’il en vient à pouvoir vivre de son art, sans plu’ besoin de travailler, juge cela comme une aubaine, mais c’est une chance (pour maximiser son idée personnelle de l’agréable), en rien une nécessité collective.
  Ceci dit, à titre individuel occasionnel, non professionnel à temps plein, il est effectivement agréable que la fantaisie créatrice soit autorisée, sans rigorisme totalitaire « triste » chassant toute imagination, punie.
  En relativisant le point de vue franco-français, j’entrevois deux autres éléments intéressants :
– Aux USA, les chanteurs ne sont pas tant considérés comme « artistes » (glorieux) que comme « entertainers » (marchands de divertissement, vendeurs d’amusement ou de danse tribale modernisée). C’est moins grandiose prétentieux, et j’approuve ce déboulonnage d’idoles.
– La France a la spécificité d’universitaires « enseignants-chercheurs », et on pourrait concevoir pareillement des « enseignants-artistes », rendant un service objectif à la population, en plus de consacrer un mi-temps à des activités moins assurément génératrices de satisfaction (pour le public).

12/ Le cinéma est-il un art ?
  Attention, question lourde de souvenirs cruels, celle que j’aimais sans retour étant passionnée de cinéma, et méprisant mon côté matheux/logique.
  Comme un roman écrit, une histoire filmée peut générer des sentiments beaux, ou poignants, en ce sens il s’agit là d’œuvre qualifiable d’artistique. Mais il parait abusif d’en conclure que tout film est une œuvre d’art. J’ai vu le film « Fahrenheit 9/11 » (primé comme « très grand film » je crois à Cannes) qui était un reportage mêlant vieilles images d’actualités et interviews osées, qualifier cela d’artistique « car cinéma » est une erreur, ou un moyen menteur de contourner la censure politique.
  Ceci dit, je ne suis pas certain que les acteurs (de cinéma ou de théâtre) soient qualifiables d’artistes puisqu’ils ne font que répéter un texte qu’ils n’ont pas créé. Comme un interprète de chansons non auteur-compositeur. Qu’ils mettent leur touche personnelle ne les différencie en rien du maçon ou plombier exécutant des plans à sa façon, le label d’artiste semble en ce sens galvaudé.

B/ Lecture critique des fiches philosophiques « professionnelles »

  Avant de lire, je demande à Internet quels sont officiellement les Arts (dont il est célèbre que le cinéma est dit le 7e). Wikipedia me répond :
• 1er : architecture
• 2e : sculpture ;
• 3e : arts visuels (peinture , dessin, etc.) ;
• 4e : musique ;
• 5e : littérature (poésie ou dramaturgie) ;
• 6e : arts de la scène (théâtre, danse, mime, cirque) ;
• 7e : cinéma ;
  (Les 3e et 5e m'intéressent comme auteur, les 3e, 4e, 5e, 7e, m'intéressent comme spectateur).
  Et cette lecture d'analyses présentées (par un prof de philo diplômé ?), je la ferai en plusieurs étapes chaque fois, formatée par les fiches Atlas :
a) Introduction Oui-Non
b) Développement du Oui
c) Développement du Non
d) Conclusion
e) (Ajouts éventuels)

1/ L’art a-t-il pour fonction d’être beau ?
a) Le mot d’art est remplacé par esthétique, ce qui semble pré-répondre Oui à la question, de manière nullement convaincante (la littérature par exemple suscite bien davantage les idées d’intérêt ou d’émotion, plutôt que d’esthétique). Il est dit que l’art classique prétend au beau absolu, alors que c’est totalement contredit par mon jugement personnel (une sculpture réaliste peut être bien faite, sans que le résultat soit aucunement beau, idem pour une architecture fonctionnelle quoique plutôt laide). Quant à l’art moderne, il est affirmé qu’il vise à exprimer la subjectivité, sans expliquer pourquoi serait admirable la subjectivité de certains individus, simplement parce qu’ils sont qualifiés d’artistes.
b) Pour le Oui : il est prétendu que l’artiste recherche le beau, même si le public peut ne pas aimer ce qu’il crée. Cela parait embrouillé avec la question de l’art occasionnel : pourquoi professionnaliser la création de quelqu’un produisant du déplaisant pour son public ? Chercher à faire joli au quotidien, à titre amateur, pour son assiette ou son jardin, serait artistique, et le grand label d’art serait totalement usurpé. La justification en serait peut-être de caser quelques enfants improductifs de familles riches, à payer par les impôts au titre de l’aide publique aux Arts, après racket fiscal, berk, ça me parait détestable.
c) Pour le Non : il est prétendu que le beau est secondaire à l’authentique, le vrai, le libre, dont il est une conséquence automatique. C’est faux, puant de prétention usurpée. Prétendre qu’est belle la « musique » d’un musicien créateur tapant sur une casserole avec une louche, je ne suis pas d’accord ; il peut avoir des tonnes de discours prétendant exprimer par ces sons ceci ou cela, c’est totalement raté. En art culinaire, n’importe qui peut mélanger n’importe quoi et le cuire n’importe comment, pour créer de l’immonde, ça ne fait en rien un artiste de chacun. En architecture, se libérer des calculs rébarbatifs peut créer un monument de liberté s’écroulant sur ses occupants, la beauté indéniable n’est pas le résultat.
d) Conclusion (il est répondu Non, en désaccord avec moi). Il est prétendu que répondre Oui constitue une vision dépassée, limitant le beau aux goûts d’une époque. C’est faux : je peux avoir des goûts différents de la masse actuelle, je peux trouver belles des choses décriées ou trouver laides des choses applaudies (contredisant le prétendu « goût de l’époque »), cela n’a rien à voir avec le label Art dans tous les cas. Inversement, il est prétendu que répondre Non est moderne, privilégiant la vérité, la liberté. C’est faux : je suis en désaccord avec le paiement public de mochetés prétentieuses, mécanisme issu de période faste dépassée, périmée.
e) Il est dit qu’autrefois, les « trois disciplines normatives » étaient la logique (le vrai), la morale (le bien), l’esthétique (le beau). J’ignorais que c’était jugé dépassé.

2/ Peut-on avoir tort ou raison lorsque l’on dit « c’est beau » ?
a) Le Oui prétend à l’objectivité du beau, le Non à sa subjectivité.
b) Pour le Oui : bla-bla autosatisfait à prétention immense, totalement dénué d’argument.
c) Pour le Non : utile liste d’évidences énormes.
d) Conclusion (il est répondu Oui, en désaccord avec moi). Il est prétendu que le beau intemporel est spécifique à l’art. Je ne suis pas d’accord, plein de choses prétendues artistiques ne plaisent pas universellement puisqu’elles ne me plaisent pas en ce moment, et ne me plaisaient pas hier. Par ailleurs, la beauté des chutes du Niagara ou du Grand Canyon Colorado ne sont pas de l’art humain.

3/ Faut-il être cultivé pour apprécier l’art ?
a) Le Oui prétend au besoin de culture esthétique, le Non à la naturalité du plaisir esthétique.
b) Pour le Oui : bla-bla prétendant qu’on peut apprendre à apprécier le spontanément désagréable. Je ne suis pas d’accord et je ne vois là aucun argument, que de la pure vanité de mochetés prétendues admirables.
c) Pour le Non : à part énoncer des évidences, il est contesté que l’art se réserve à certaine caste sociale supérieure (l’Elite). Je suis d’accord sur ce principe élémentaire, sauf que la prétendue Elite ne me parait en rien supérieure objectivement (hors compte en banque éventuel).
d) Conclusion (il est répondu Oui, en désaccord avec moi). Confusion mentale absolue, faisant décréter qu’est cultivé celui qui apprécie l’art. C’est puant de mépris envers ceux qui n’aiment pas telle ou telle prétendue œuvre, classés incultes à tort, alors qu’il peut s'agir de sages relativistes, certes non soumis aux codes sociétaux de domination mais supérieurs en lucidité, en liberté de jugement argumenté.

4/ L’art est-il un luxe superflu ?
a) D’un côté, non besoin vital, de l’autre : élévation de l’esprit (prétendue)
b) Pour le Oui : que des évidences, si ce n’est qu’est jugée fondamentale la situation d’artistes professionnels payés par les riches, sans envisager que tout le monde ou presque fait de l’art occasionnellement.
c) Pour le Non : le raisonnement est ici basé sur 2 erreurs :
– « Les hommes préhistoriques se livraient à des activités artistiques ». Ce n’est pas sûr, il pouvait s’agir de fausses nécessités pour apaiser les prétendus dieux inventés par les sorciers, sans vœu de faire « beau » gratuitement.
– « L’art ferait toute la différence entre l’humain et l’animal ». Non, j’ai lu un témoignage concernant un singe gêné par l’asymétrie d’un bouquet de fleurs et l’ayant remis d’aplomb, comme davantage à son goût, esthétique peut-être. Nous n’en savons rien, ne parlant pas leur langue. Quand le prétendu philosophe Descartes affirmait que l’animal n’est que pur instinct automatique, cela a été complètement contredit par les études d’éthologie (chevaline et autres), affirmer n’est pas savoir mais croire, avec force nulle en pouvoir de conviction.
d) Conclusion (il est répondu Non, en désaccord avec moi). La conclusion négative est favorisée en affirmant que l’Art satisfait des besoins d’ordre spirituel et esthétique. Je ne suis pas d’accord : une peinture que je trouve moche (comme en art moderne un tableau unicolore entièrement vert pomme) n’apporte rien de rien côté spirituel, ne réjouissant que des snobs et spéculateurs.

5/ Peut-on être artiste occasionnellement ?
a) Le Oui me parait une évidence, mais le Non utilise à tort la référence aux célébrités, qui n’ont selon moi été que des pistonnés n’incarnant pas spécialement la notion d’art, mais profitant de l’aubaine pour ne pas travailler vraiment.
b) Pour le Oui : que des évidences, sauf que – célébrité invalidant le Non d’introduction – est cité Rimbaud, ultra célèbre poète ayant obliqué vers un métier différent.
c) Pour le Non : bla-bla prétentieux au plus haut point, assortis de délires freudiens, nul.
d) Conclusion (il est répondu Non, en désaccord avec moi). Il est invoqué que chaque génie artistique a été artiste à temps plein, c’est oublier que beaucoup de leurs œuvres prétendues géniales me paraissent moches, nulles ne justifiant en rien leur dispense de tout autre travail. Enfin, si des spéculateurs stupides ont acheté ce qu’ils ont fait, tant mieux pour eux, mais ça ne semble pas mérité.

6/ L’œuvre d’art peut-elle nous faire réfléchir ?
a) Opposition entre mobilisation, côté Oui, et divertissement, côté Non.
b) Pour le Oui : bla-bla prétendant à interprétations infinies, en oubliant que c’est peut-être le cas pour des œuvres non figuratives (art moderne) mais hors sujet en musique, art culinaire, architecture, par exemple.
c) Pour le Non : bla-bla parlant d’intelligibilité, de divertissement, en oubliant l’art engagé, à message ou de propagande.
d) Conclusion (il est répondu Oui, en désaccord avec moi). Il est prétendu que l’art fait réfléchir ou contempler le mystère. « Il est difficile d’éviter de se demander pourquoi l’auteur a peint cela » me semble une erreur : quelqu’un peut faire n’importe quoi quand cela lui attire des sommes folles, et pourquoi questionner les prétendues œuvres d’art célèbres plutôt que la petite création personnelle (de dessinateur amateur) ? Il s’agit d’une mauvaise explication a posteriori, prétendant justifier de fausses supériorités.

7/ L’art peut-il être immoral ?
a) Bizarrement, le Oui est ici lié au relativisme de chaque époque, quand le Non présuppose que l’Art ne vise que la beauté, en contradiction avec le plaidoyer tenu au sujet de la fonction de l’art.
b) Pour le Oui : il est avancé qu’être immoral pour son époque est une nécessité du vrai art. Je ne suis pas d’accord, quelque chose peut être beau sans aucunement choquer. La provocation est une recette pour faire parler de soi mais ça n’a aucun rapport avec le beau. Le célèbre tableau « l’origine du monde » n’a ainsi aucune beauté particulière, équivalent aux (milliers ou millions de) photos de nus érotiques ou pornographiques plus tard, et la seule originalité vient de son titre, accolé artificiellement à la peinture pour oser un message athée matérialiste comme quoi l’origine du monde de chacun n’est pas divine mais maternelle, aucun rapport avec le beau, aucun, c’est seulement que de prétendus artistes sont autorisés à braver la censure usuelle, en matière d’exhibitionnisme. Plaisant aux lubriques, déguisés en intellectuels.
c) Pour le Non : il est dit que c’est la répression de l’art, innocent par principe, qui est immorale. Je ne suis pas d’accord : les images d’atrocités, genre bébés humains cuits à la broche à vif, sont choquantes universellement, sans lien à une injuste répression politique.
d) Conclusion (il est répondu Non, en désaccord avec moi). Il est affirmé que l’immoralité ne peut être que temporaire, donc constitue un jugement erroné, et je ne suis pas d’accord. Le sadisme a été inventé par un prétendu artiste, je ne trouve pas ça admirable (ou tolérable) pour autant.

8/ L’artiste nous aide-t-il à être libres ?
a) L’artiste montre la liberté ou bien est soumis à des servitudes.
b) Pour le Oui : il est oublié, dans le propos parlant de création totalement libre, la création sur ordre (politique ou publicitaire, ou commanditaire privé), comme si ce n’était plu’ de l’art, ce qui n’est pas évident. Et puis il est dit qu’en tant que créateurs, les artistes sont toujours les premières victimes de la répression. Je n’en suis pas convaincu, je crois au contraire que les prétendus artistes sont autorisés à ce qui est interdit pour les autres – même s’il y a des procès parfois quand les dogmes sont titillés (par exemple quand un chanteur de rap déclare artistique son « fuck la police » ou « maudits soient les Juifs »).
c) Pour le Non : Trois idées sont ici avancées, peu convaincantes :
– « La liberté de l’artiste est trop personnelle pour être suivie ». C’est oublier qu’apprécier l’interdit est déjà une liberté.
– « L’artiste peut aussi être prisonnier des codes ». C’est seulement s’il vise le succès public, sinon il peut s’affranchir de ce qu’il veut. C’est comme confondre liberté d’expression et liberté de pensée.
– « L’artiste crée de l'illusion ». Je ne suis pas d'accord que cela renvoie hors du champ de la liberté : la liberté de rêver me semble la plus précieuse, et pas automatique (bruit, dérangement, promiscuité, forçage sociologique à la sociabilité, etc.)
d) Conclusion (il est répondu Oui, en désaccord avec moi). Il est prétendu que, par lui-même, l’art ne nous rend pas libres mais qu’il nous apprend à être libre. Ce n’est pas convainquant, les artistes bénéficient de largesses interdites aux autres, c’est injuste dans les deux sens (trop libre pour les prétendus artistes, trop peu libre pour nous).

9/ La publicité peut-elle être considérée comme un art ?
a) Ce n’est pas convaincant, le Oui parlant de certaines publicités sans autoriser à généraliser, le Non refusant le label d’art car il y a vente – ni plus ni moins que sont vendus les tableaux (ou autres) non commerciaux mais pris comme marchandises aux enchères par les spéculateurs – ce qui est nécessaire à la professionnalisation de l’Art (que je n’aime pas mais qu’a requis le traitement de la fiche ici notée 5).
b) Pour le Oui : il est affirmé que la publicité embellit comme l’art, et je ne suis pas d’accord. En peinture ou danse, immensément rares sont les créations artistiques « plus belles que le vrai ». Il est par contre rapproché l’art publicitaire et l’art religieux ou politique, répondant à une commande – sans convaincre que le terme art soit encore approprié.
c) Pour le Non : il est affirmé que l’art est forcément désintéressé et ce n’est pas convainquant pleinement. Ici il est dit que la publicité n’est pas de l’art même si des artistes en font. Or si « tout ce que fait l’artiste » n’est pas forcément de l’art, ça autoriserait à classer « non artistique » ce que je trouve moche, or la société m’impose le qualificatif d’artistique pour elles, ce n’est pas cohérent.
d) Conclusion (il est répondu Non, en désaccord avec moi). Il est affirmé que l’œuvre d’art se caractérise par sa gratuité fondamentale – c’est contradictoire avec sa mise sur le marché spéculatif. Il est aussi affirmé que l’œuvre d’art nous laisse libres au lieu de nous diriger, ce qui est faux pour l’art engagé (ou pour Guernica de Picasso, pas du tout « compris » par les sadiques exultant « miam-miam, j’adore le spectacle du sang qui gicle »).

10/ L’art peut-il avoir une fonction politique ?
a) On retrouve les confusions déjà discutées sur la liberté artistique et le non-réalisme imaginaire (oubliant les tableaux réalistes d’autrefois avant invention de la photographie, et romans historiques cherchant à dépeindre fidèlement ce qui n’a pas laissé de traces).
b) Pour le Oui : il est prétendu que l’art est l’ennemi du pouvoir, en oubliant l’art de propagande. Et puis il est dit que l’art nous donne à voir un monde nouveau, or ça n’a rien d’automatique : un portrait ou une nature morte ne comportent généralement pas de message politique. Et un roman passéiste ou une danse ne visent pas à décrire le futur du tout.
c) Pour le Non : il est affirmé que la seule fonction de l’art est de révéler du beau, d’enchanter nos sens. Cela ne correspond pas au ressenti que j’ai face aux trucs prétendus artistiques, souvent moches voire repoussants. Il est dit que le « métier » de l’artiste est de rêver et de créer quand celui des gouvernants est de prendre en charge une nation. C’est faux : il y a des gouvernants locaux ou au contraire continentaux, et la plupart des artistes déclinent à l’infini une recette à succès sans innover continuellement. Et l’opposition au rêve est fausse également : bien des politiciens candidats sont des utopistes rêveurs.
d) Conclusion (il est répondu Oui, en désaccord avec moi). C’est un étalage d’érudition qui est fourni ici, hélas. En affirmant que l’art est devenu politique pour s’opposer à nazisme et stalinisme. C’est là un parti pris peu convaincant car l’art engagé peut, en un sens, être considéré ne plus être de l’art – on joue sur les mots, ça ne présente aucun intérêt.

11/ Une société peut-elle se passer des artistes ?
a) Affirmation ressemblant à celle sur le luxe superflu (question ici notée 4).
b) Pour le Oui : rejetés comme trompeurs ou improductifs, les artistes sont aussi décriés comme visant une Elite. Ceci n’a que peu de sens si on retire le dogme d’art professionnalisé et objet de spéculation.
c) Pour le Non : l’art est lié au sacré et je ne suis absolument pas d’accord. Des générations d’athées totalement dépourvues de sens du sacré ont pu aimer des choses dites artistiques. Il est aussi affirmé que le beau est un besoin mais cela contredit le traitement de la question 1, disant que l’art (moderne) se désintéresse du beau. Deux autres arguments sonnent faux :
– « Si on se passait des artistes, on pourrait aussi se passer des scientifiques, des sportifs, des religieux ! Non bien sûr ! ». Je dirais si, au contraire : pas besoin de ces professionnels-là, même si à titre de loisir tout est envisageable.
– « La société ne pourra pas se passer des artistes tant qu’il existera des hommes recherchant les plaisirs procurés par l’art ». Non, souvent le prétendu art n’apporte aucun plaisir, et le plaisir parfois ressenti devant un truc beau est vécu comme une aubaine, pas du tout comme juste réponse à une exigence préétablie.
d) Conclusion (il est répondu Non, en désaccord avec moi). Il est dit que les artistes donnent un sens au monde de demain, ce qui est très nécessaire. Je ne suis pas du tout d’accord : la pertinence des pistonnés artistes professionnels me parait nulle.

12/ Le cinéma est-il un art ?
a) Les propos oscillent sans convaincre entre « c’est le plus grand art de tous » et « ce n’est pas du grand art ».
b) Pour le Oui : il est affirmé à tort que le cinéma apporte à l’art le mouvement, en oubliant le théâtre, la danse.
c) Pour le Non : Des arguments faux affirment que le cinéma est incapable de créer, en oubliant les dessins animés, la science-fiction, les effets spéciaux. Il est dit aussi qu’il ne s’agit que de divertir, or des films engagés se veulent révolutionnaires ou grandioses témoignages de l’horreur interdisant le doute (« Nuit et brouillard »). Il est dit enfin que le cinéma est soumis à la technique, mais un peu comme la peinture à l’huile, la sculpture, l’architecture, peu commodes au premier abord.
d) Conclusion (il est répondu Oui, sans désaccord avec moi). Certains films sont comme des œuvres d’art, ou sont des œuvres d’art, est-il dit. Bof, peu importe tant que n’est pas clarifié le concept d’art pas beau.

Bilan
  Ces discussions sur l’art semblent du verbiage presque sans enjeu pour moi (qui ne suis pas impliqué dans la spéculation artistique), tout n’y est que bla-bla prétentieux peu clair et non convaincant, pour faire payer des mochetés, par les snobs ou le public racketté fiscalement. Ceci pollue inutilement la philosophie, c’est comme une mauvaise caricature de la philosophie, et je trouve confirmé mon rejet des fausses problématiques à ce sujet : c’est comme en matière de goût alimentaire, il y a certes de l’agréable et du désagréable, mais inutile d’en faire des montagnes de discours.