Matches Borg-McEnroe : un exemple édifiant ?
(souvenir, + de 40 ans après)
par De Mifann 22/08/2022

(droit de réponse)

     Actuellement, je ne regarde pas le sport à la télévision et je m’en désintéresse plus ou moins complètement (par exemple : que « la France » ait été, parait-il, récemment « championne du monde » de foot m’est totalement indifférent – cas de moins de 1% des hommes français je pense). Mais mon enfance a été marquée, en tant que spectateur de sport, par les trépidants matches télé de tennis entre les champions Bjorn Borg et John Mc Enroe, qui me semblaient incarner notre fratrie avec un doux et calme (moi-même, petit frère) et un bouillant sanguin (mon frère ainé, hyper-sportif champion de handball et athlétisme, etc.). Chaque victoire de Borg contre Mc Enroe était pour moi comme une revanche contre mon frère, même si Borg vieillissant a finalement été dépassé par Mc Enroe plus jeune (le doux étant le vieux, entre eux, à la différence de notre fratrie – et pas tout à fait inversement : moi je n’ai jamais écrasé mon frère, seul compétiteur parmi nous).
     J’en ai rediscuté avec mon frère le mois passé, et il m’a justifié son point de vue autrement : Mc Enroe n’était pas que violent colérique (disant avoir besoin de vouloir tuer l’adversaire et tuer l’arbitre pour très très bien jouer, sans indifférence mollassonne), il était aussi attaquant spectaculaire, alors qu’un défenseur comme Borg était soporifique ennuyeux, un match entre deux défenseurs étant chiant à mourir, chacun ne faisant qu’attendre la faute de l’autre, intervenant à la longue, médiocrement sans spectacle.
     J’ai un autre regret, a posteriori : ne pas avoir perçu que derrière son flegme de surface, Borg était un sportif de compétition, faisant tout pour écraser l’adversaire car celui-ci est plus faible, ce qui n’est pas charitable, et n’est plu’ du tout un modèle pour moi, avec le recul adulte. (Et je ne connais pas la personne derrière le champion, dont je pourrais désapprouver l’infidélité d’homme marié plusieurs fois ou l’égoïsme d’exilé fiscal à Monaco, par exemple, je ne sais pas, ça m’intéresse peu.)
     Enfin, cela se passait à un moment crucial de ma vie : mon adolescence. 1974-1981 sont dites les années Bjorn Borg, tandis que mes années « teen » (13-19 ans) ont été 1977-1983. En 1979 je me suicidais et en 1980 avait lieu l’immensément disputée finale de Wimbledon 1980 en 5 sets avec 6-7 (16-18 sauvant 7 balles de match), 8-6, aux derniers sets, extrêmement serrés (je l’ai entendu par intermittence à la radio, qu’écoutaient plein de collègues tandis que je travaillais comme caviste en job d’été) ; un film en a d’ailleurs été tiré, tant cela a marqué les esprits (fait unique parait-il dans l’histoire du tennis voire du sport en général). Après mon Bac 1981, en 1982 je quittais le domicile familial et sa télévision sans m’en racheter une (au moins une dizaine d’années sans télé et avec zéro sport, comme jeune adulte).
     Quoi qu’il en soit, je remercie a posteriori Bjorn Borg, personnage donnant tort à nos faux psychologues (auxquels je dénie le logos = parole logique) clamant détenir le savoir quand ils professent que seule l’extraversion bavarde peut être gagnante. Non mesdames, la réserve silencieuse peut aussi s’accompagner de performances hautes. J’y repense chaque fois que je lis sur un bulletin scolaire de mon fils « ne participe pas assez à la classe ». Bjorn Borg (le champion nordique, suédois) valait bien mieux que la plupart des fiers bavards (tradition latine ? ou irlandaise pour les ancêtres Mc Enroe ?), merci à lui… Certes les introvertis sont ici écrasés, dominés, désapprouvés, rabroués, mais Bjorn Borg est un peu notre idole de respectabilité possible, en un sens, plus ou moins.

- - - - - - - - Ajout 24-25/08/2022 : Droit de réponse
     Mon grand frère, dont je parlais, est en désaccord avec ce que j’ai écrit, je cite ses objections (en les numérotant pour répondre) : « j'ai parcouru ta prose tennistique... et il m'apparaît qu'il faut repréciser certains points. 1/ Si j'ai bien lu, tu me qualifies ((à l'instar de McEnroe) de "bouillant sanguin". Je m'inscris en faux. A ma connaissance, je n'ai jamais été ni bouillant ni sanguin. Sur un stade d'athlétisme ou un terrain de hand, je n'ai jamais invectivé l'arbitre ni cassé du matériel. J'étais même plutôt discret. 2/ "Mon frère seul compétiteur"... Pas d'accord. Et j'ai des films qui le prouvent. On te voit jouer au ping pong avec Claude O. et serrer le poing quand tu réussis un smash. J'ai aussi des images où on fait la course (sur un névé, dans un champ etc... ) toi et moi. Que tu te sois lassé de perdre dans nos confrontations directes (je gagnais, normal, j'avais 3 ans de plus) d'accord, que tu ne sois pas compétiteur, c'est très discutable. 3/ Oui Borg était un compétiteur qui écrasait... silencieusement... Il avait fini par faire ce choix (après une jeunesse fougueuse où il piquait des colères et cassait des raquettes) parce que c'était de son point de vue le moyen le plus efficace pour gagner. McEnroe lui avait fait le choix inverse : sa colère le sublimait, alors il se forçait à se mettre en pétard. 4/ Le discours autour de la logorrhée sonore et de l'extraversion bavarde qui serait un gage de réussite... Oui, il y a une idée sous-jacente comme quoi celui qui ne saurait pas parler devant les groupes aurait du mal à s'imposer dans la vie... L'expérience a quand même montré l'inverse : Ribéry, Zidane, De Niro... Et bien d'autres ont réussi sans briller dans cet exercice...Mais c'est vrai que ça reste un truc qu'on te demande souvent à l’école : essayer de vaincre ta peur, ta timidité et être capable de parler en public. Ça n'est pas vraiment évalué sous forme de note au Bac, mais c'est jugé (en filigrane) comme étant un frein ou un handicap si tu n'y arrives pas. »
     Merci, c’est très intéressant. Il me faut préciser mes propos initiaux, effectivement très imparfaits, désolé :
1/ Euh, mea culpa : je n’ai effectivement pas les éléments d’expérience pour dire quel tempérament avait mon frère en train de pratiquer un sport (avec ceux de son âge), je ne l’ai guère vu jouer (et vivre la vie de vestiaire avec ses confrères en sport d’équipe). Simplement, à la maison loin du sport, il était hyper-écraseur, m’écrabouillant ainsi que ma petite sœur, tout en ayant la réputation d’être champion sportif, ce qui me faisait penser à ce que voulait être McEnroe, d’où le rapprochement (dans mon esprit, pas objectif). C’est une sorte de « égal très environ » et pas du tout « égal parfaitement », par rapport à Mc Enroe. D’accord, j’aurais dû le dire, si j’y avais pensé, merci de la correction. Au passage, entre sport-à-l’école (ou en-club) et maison-non-sportive, il y avait un point intermédiaire mixte : les tirs de foot dans les cages de handball des cours d’établissement où mon père avait un logement de fonction ; là, mon frère me mettait dans les buts en tirant le pluss fort possible (malgré mes supplications : « interdit de saquer ! »), pour scorer victorieusement (avec expression de triomphe) ou me faire hurler de douleur si je touchais le ballon en essayant de l’arrêter, non il n’était pas timide discret dans ce sport que je connaissais de l’intérieur (sans arbitre ni matériel cassable), le ballon était bien apparemment pour lui l’outil (ou l’alibi) sportif d’écrabouillage du faible, en clamant sa supériorité rigolarde. Sans le certifier, il me semblait que l'idéal de mon frère pour les buts saqués était de faire mal au goal tout en scorant quand même, le ballon continuant jusque dans les filets après avoir fait très mal, je ne le garantis pas mais c'est l'impression que j'avais (c'est un peu "casser l'adversaire" à la Mc Enroe, en ce sens).
2/ Il y a là un malentendu total : me décrire à l’âge de 7-10 ans est totalement hors-sujet pour ma personne à partir de 15 ans quand j’ai physiquement rejoint mon frère ainé, le dépassant légèrement en taille et avec possibilité théorique de le vaincre en sport. Avant 15 ans, c’est vrai, j’étais compétiteur au moins au sens où j’essayais d’avoir à chaque devoir la meilleure note de la classe, et il est plausible (même si je ne m’en souviens pas) qu’en vacances j’ai voulu gagner les matches de ping-pong joués contre des pluss grands que moi comme Claude O. adulte de l’âge de mon père (environ 29 ans de plus que moi, contre 3 ans pour mon frère – adulte me laissant gagner peut-être par gentillesse encourageante mais je ne l’imaginais pas je crois – je l’ai vécu plus tard en laissant gagner aux billes ma petite sœur apprenante), et en classe de seconde, je faisais partie du club d’échecs du lycée, qui disputait des matches inter-lycées, oui. Mais… cette année-là, je suis tombé amoureux de la dernière de la classe, et mon univers mental a été comme passé au karcher (destructif plutôt que nettoyant), me faisant devenir une tout autre personne (non viable mais c’est un autre sujet). Je trouvais la dernière de la classe, jugée archinulle méprisable par les profs (du meilleur lycée de la ville), comme bien davantage estimable que moi, premier de la classe (ou 1er ex aequo, voire 2e-3e, c’était très disputé cette année-là, entre meilleurs venant de divers collèges/CES), bouleversement universel. A partir de là, j’ai totalement stoppé la compétition scolaire, je n’apprenais même plu’ les leçons, même si j’ai des facilités à me souvenir des cours entendus, et ça a été une surprise que j’ai 2 ans plus tard eu le Bac Maths avec mention Très Bien (seul dans ce cas sur une classe de 35), par hasard, enfin : par évidence pour les gens m’ayant classé surdoué à 5-15 ans, mais c’était étonnant d’après mon cursus récent, commençant l’année de terminale à 03/20 en maths et philo (pour 18 et 17/20 au Bac étonnamment – même si j’ai eu l’impression de très bien faire le jour des épreuves, comme s’ils s’étaient trompés de sujets, trop faciles). En tout cas, passé 15 ans et 3 mois ou quelque chose comme ça (je pourrais retrouver avec mon journal intime de l’époque), je n’étais absolument plu’ compétiteur, dans aucun domaine. Donc le démenti de mon frère parle d’un autre moi, qui était cassé enterré au moment où j’aurais éventuellement pu contester sa supériorité sportive – sans aucune certitude de gagner car il est doué en sport et moi pas, et il n’a été vieillissant à la Borg que des décennies pluss tard.
3/ J’ignorais que Borg était silencieux et calme par choix, j’avais cru que c’était un mélange de son tempérament personnel spontané et du calme relatif de la tradition scandinave (récente, hors Vikings massacreurs du Moyen-Âge). Apparemment je me suis trompé par manque d’information : OK, mea culpa. Désolé si, en quelque sorte, j’ai estimé qu’un sportif était forcément brut, irréfléchi, inapte au calcul comportemental dirigé (forme de théâtre ?).
4/ Mon frère, enseignant pas encore retraité, ne parle pas du Grand Oral qui donne maintenant la moitié du Bac ai-je entendu dire. Quoi qu’il en soit, je ne comprends pas en quoi cette décision de favoriser le bavardage bla-bla expansif est un devoir de l’école, de transmission des savoirs (prétendus). Pour ce qui est de former au métier de vendeur, oui, OK, le bla-bla est le corps du métier, mais il y a mille autres métiers. A mon avis, ce sont les facs de psycho et socio, pleines de parasites se prétendant supérieurs, qui ont imposé leurs idées immensément contestables mais affirmées à tort scientifiques parce que leurs trucs sont dits « sciences » humaines, en oubliant totalement que la scientificité en question n’est absolument pas établie, seulement clamée, au nom de l’autorité, abusive. Donc je continue à dire que c’est un scandale total, de la part d’intolérants idiots s’auto-admirant et imposant aux jeunes de leur ressembler. Ça me semble une calamité mais il semble impossible d’y faire quoi que ce soit : les dominants dominent, atrocement (et, hors sport, ça n’écrase pas que d’autres candidats à la domination, mais des victimes innocentes aussi). Je ne dis pas qu’ils ont assurément 100% tort, mais s’ils ont à 50% tort, il est scandaleux qu’ils affirment avoir 100% raison, et punissent à ce titre. Abus d’autorité, éhonté. Payé par mes impôts sans me demander mon avis, comme d’habitude, avec ce régime totalement pourri qu’est la république, antidémocratique en jurant le contraire (en « oubliant » le référendum trahi, les lois prises contre l’avis populaire, etc.). Menteurs. (Pas mon frère mais les directeurs de programmes scolaires, influant la plupart des enseignants, de toute façon astreints à fermer leur gueule aussi, au nom du devoir de réserve, abusif lui aussi).
4’/ Je reviens sur le terme « réussite » employé par mon frère. Est-ce que l’enseignement a pour but la « réussite » des élèves ? Ce n’est pas évident : dans un monde dominé par le commerce (et les élections), c’est le meilleur menteur qui réussit le mieux, est-ce à encourager par l’école ? Je ne serais pas d’accord si c’était le cas. Par ailleurs, j’entends dire que « dans les quartiers » la réussite financière est clairement du côté du trafic de drogue, avec alerte puis vente puis supervision, et l’école est totalement nulle en comparaison dans les perspectives fournies, hors cas exceptionnels, pas du tout garantis. Mettre « la réussite » comme principe moteur me parait donc très contestable. Voire : je ne suis pas d’accord, du tout. Enfin, il est bien que quelqu’un voulant devenir prof de sport, ou pilote de ligne, ou vétérinaire, ou dessinateur de bande dessinée, y réussisse, mais ce relativisme personnel n’est pas ce que les discours appellent « réussir ». Avec la course de rats à l’étasunienne (on disait « à l’américaine »), certes réussit celui qui écrase les autres victorieusement, et gagner les joutes verbales est un outil pour cela, mais je n’aime pas du tout ce contexte, je le condamne même, rêvant d’un monde où au contraire coopèrent les gens sans s’écraser les uns les autres. Enfin, j’ai vu dans l’industrie où je travaillais professionnellement quantité d’hyper-nuls parvenus victorieusement au rang de grands chefs, et bientôt milliardaire pour un exemple en particulier, et je trouve cela scandaleux, aucunement mérité. Le terme « s’imposer » me choque aussi ; je classe ça moralement en mal écraseur, alors que mon frère et le professorat classent ça en bien, non pas s’insérer correctement dans une structure sans faire de bruit mais écraser le truc pour le faire à sa propre façon, je trouve ça odieux, et pas forcément bénéfique pour l’entreprise (domaine certes quasi-inconnu pour les enseignants publics, fonctionnaires, petits privilégiés, habitués à hurler leurs exigences sous peine de grève sans risque, et à obtenir souvent).