ECONOMIE POLITIQUE : LA QUATRIÈME VOIE, L’HUMBILISME
par A.Die, 23 Janvier 2012


Dernier ajout
    En ces temps de campagne électorale, je suis triste de ne pas entendre de candidat proposer ma position, qui me paraît évidemment la meilleure (sinon j’en changerais). Je m’explique.

    Schématiquement, je distingue la gauche pour les fonctionnaires, la droite pour les patrons privés, et le mot centre a été confisqué par ceux qui sont pour les fonctionnaires et pour les patrons privés. Moi je suis contre les fonctionnaires et contre les patrons privés, donc je me situe ailleurs, pour les humbles travailleurs sous pression.



    [Détail : depuis la faillite communiste, la gauche n’existe plu’, et se limite au centre gauche, escomptant que les patrons privés s’enrichissent (aux dépens des humbles sous-payés), avant de les saigner de taxes au profit des fonctionnaires. De même, l’extrême-droite touche les classes populaires via le nationalisme, pour les gens d’ici contre les étrangers (« coupables » d’être nés ailleurs, ou de « sang impur ») – être pour les humbles est par principe contraire : en faveur des travailleurs de pays pauvre avant tout, travaillant plus que nous en gagnant moins (mais ça n’aurait aucun succès électoral ici en l’avouant, l’égoïsme groupiste semblant hélas majoritaire). J’ai choisi le mot humbilisme car, d’après Internet/Google, humblisme et humilisme semblent exister, sans définition claire. Je n’appelle pas humbles (travailleurs) les refuseurs de travail, RMIsés en bouclant les frontières car le paiement du refus de travail n’est nullement extensible à la Terre entière – le RMI insultant un peu plus les humbles (travailleurs), la rétribution du travail étant à calculer par rapport au salaire refusant le travail et non à zéro.]

    On nous dit qu’il faut choisir gauche ou droite, ou les deux, et je ne suis pas d’accord. Plus exactement, je donne raison aux deux dans leurs critiques, pas dans leurs bénéficiaires privilégiés :
- La gauche a raison : l’enrichissement forcené des exploiteurs sous-payant les humbles, pressurés sous menace de licenciement, est moche (cette injustice génère la colère, et police comme justice sont du côté des possessions injustes).
- La droite a raison : la tranquillité sans rendement des fonctionnaires à vie, payée par l’impôt sous menace policière, est moche (si tout le monde était fonctionnaire : ce serait la faillite communiste).
    Cela ne me conduit cependant pas du tout à choisir un des deux camps de privilégiés, ni à les choisir tous les deux, mais à les refuser tous les deux. Au bénéfice de la majorité que sont les petits employés du privé, bien plus besogneux et efficaces que les fonctionnaires et bien moins riches que les patrons et encadrants (ou leaders et apparatchiks en pays staliniens).

    Ma compréhension du principe économique qui fonde le système privé se base sur une simulation :
- Il y a au moins dix habitants ayant besoin d’un toit.
- Le gauchiste embauche à vie 100 ouvriers fonctionnaires, chaque dizaine d’ouvriers fabricant 1 maison par an (productivité 10%, moins en cas de grève), avec salaire annuel 1 Unité (davantage en cas de grève), coût environ 10 Unités/maison. Les maisons sont vendues 10 Unités, bénéfice zéro.
- Le droitiste embauche 10 ouvriers privés, chacun fabricant 1 maison par an (productivité 100%), avec salaire annuel 0,5 Unité – coût 0,5 Unités/maison. Les maisons sont vendues 9 unités par le premier patron, 8 unités par le concurrent obtenant l’affaire, avec 7,5 Unités (par maison, 75 Unités au total) dans la poche de ce patron ne s’étant pas sali à construire.
- Le gauchiste hurle que le patron surpayé exploite l’ouvrier sous-payé, le droitiste hurle que les fonctionnaires ne fichent rien et produisent cher, ne générant aucune richesse. Le centriste prélève 30 des 75 unités du patron pour entretenir 30 fonctionnaires tranquilles – en fait, en France, tous sont centristes, colorés gauche (impôt 60) ou droite (impôt 10), sans remettre en cause la faillite de gauche pure et le recours à l’impôt progressif.
- Le humbiliste raisonne autrement : pas besoin de patron sur-enrichi à commander, pas besoin de tranquillité improductive façon fonctionnaire inamovible. Il est embauché 10 ouvriers privés, chacun fabricant 1 maison par an (productivité 100%), avec salaire annuel 0,5 Unité (coût 0,5 Unités/maison) selon le système privé, MAIS les maisons sont vendues 0,5 Unité sans bénéfice choquant pour des inactifs commandeurs. Au profit des consommateurs (du monde entier, le statut de national étant aussi choquant que le statut de fonctionnaire), pour répondre au mieux au besoin. Et s’il n’y a pas de richissime patron pour acheter des produits de luxe, le humbiliste s’en fout. Si la plupart des femmes pleurent de ne plu’ avoir de « prince charmant » (discrètement esclavagiste), elles sont de droite, et ça les rend moches. La société deviendrait besogneuse, sans plus de ruine par le je-m’en-foutisme (privilégié) de gauche ni violence par privilège (exploiteur) de droite. Le niveau de vie des ouvriers augmenterait fortement en ceci qu’une maison ne vaudrait plu’ 8 Unités (8 ans de salaire fonctionnaire, 16 ans de salaire ouvrier privé) mais 0,5 Unités (1 an de salaire ouvrier).
    Etonnamment, ce n’est absolument pas au catalogue des propositions politiques (en France ou ailleurs, je crois). Une société sans commandeurs ne peut-elle pas tourner ? J’espère que si, puisque les commandeurs privilégiés incarnent l’injustice d’où naît la violence. Si « j’aime les responsabilités » veut dire « j’aime le fric, davantage de fric dans ma poche que dans celle de ceux qui triment dur » (subalternes ou « petites gens du privé » ou étrangers), il faudrait l’avouer. Ça changerait effectivement la donne, mais ce serait très moche, ce que j’appelle « immoral ». S’il n’y a pas de candidat moral, je vote blanc, comme d’habitude. C’est triste. Mais que nos « intellectuels » alliés aux deux camps sont moches, ils ne méritent pas leur titre.
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Corrections 25/01/2012 :
- Le schéma du dessus peut paraître impropre dans la mesure où 3 lampes à 2 couleurs génèrent 8 combinaisons (2 puissance 3) et non 4. Il fallait lire ça comme : 2 premières lampes essentielles (4 combinaisons, 3e lampe explicative).

- On pourra me reprocher d'avoir cru réinventer l'auto-gestion, qui ne marche pas, par expérience. A mon avis, c'est une erreur d'analyse et de méthode. Le problème de l'auto-gestion me semble être que des humbles libérés de leur patron ont voulu adopter les cadences tranquilles des fonctionnaires et/ou avoir tous des salaires de patron, d'où ruine évidemment. Non, il pourrait y avoir pression à la baisse des coûts perpétuelle, type privé, mais simplement sans profit choquant pour l'encadrement. S'il faut un coordinateur ou gestionnaire pour les approvisionnements/encaissements/ventes, tâches improductives, c'est possible, mais au lieu de le rémunérer 75 Unités, il mériterait 0,4 ou 0,2 Unités (car c'est moins fatigant que la construction). Prix de la maison 0,54 ou 0,52 Unités (certes pas 0,50) au lieu de 8 Unités, le bouleversement serait presque identique.
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Ajout 26/01/2012 :
    Pour faciliter mon accès à ce site, j'ai voulu mettre un lien sur mon site Bilan (de mes livres et sites), avec quelques mots d'explication. Mais comment en trois-quatre mots seulement définir l'humbilisme ? J'ai finalement choisi : (économie) mondialiste individualiste sans profiteurs. Je m'explique en quelques mots ici pour éviter les malentendus :
- Mondialiste par opposition à nationaliste (être né de l'autre côté de la frontière n'est nullement un crime selon moi, je comprends que ceux venant piller un système d'aide sociale choquent les locaux, alors il convient à mon avis d'avoir une solution sociale valide pour le monde entier sans privilèges). Et avec le qualificatif "sans profiteurs", c'est totalement différent du mondialisme capitaliste, où des patrons et commerçants occidentaux s'empifrent en traitant les Chinois et Indous en semi-esclaves, avec prix d'achat écroulé et prix de vente un peu moins cher ici. Cela résoudrait par ailleurs le terrorisme (les Palestiniens expulsés racistement ne seraient plu' interdits de rerour, pas besoin de Coran pour ça, seulement de cohérence anti-raciste) et anihilerait la haine anti-occidentale (causée par une minorité gouvernant aristocratiquement le monde grâce aux droits de veto ONU privilégiés). L'ONU serait remplacée par l'OMU, organisation du monde uni, 20 Indiens comptant bien plus que 1 Français et non bien moins. Cohérence morale. (Ce que je dis n'est pas raciste antisémite, Abraham est un de mes ancêtres parait-il, à mon avis ça n'empêche pas l'honnêteté – même si je suis clairement anormal).
- Individualiste par opposition à Communiste ou Socialiste (ou Capitaliste familial) : le droit au repli introverti serait respecté (en enfermant les psychiatres en hôpital psychiatrique ! non, je plaisante). Le but serait zéro impôt, zéro héritage (la réquisition publique des héritages finançant les quelques postes de coordinateurs, peu payés car moins pénibles qu'ouvrier ou femme de ménage). Qu'il n'y ait pas de "nés riches" résoudrait le scandale aristocratique 1788, le scandale capitaliste bourgeois 1916, le scandale occidental 2000, évitant les migrations envahissantes d'aujourd'hui (Africains vers l'Europe, Latinos vers les USA), réparant les enrichissements par envahissements passés (Amérique, empires coloniaux européens). Puisque il y a trop d'humains sur Terre, les lois natalistes disparaîtraient, les religions bibliques (natalistes et esclavagistes) seraient condamnées arguments à l'appui, homosexualité/masturbation/abstinence seraient réhabilitées ou encouragées par l'éducation, le mot amour ne désignerait que la tendresse humaine et plu' la fornication bestiale.
- Sans profiteurs par opposition à la mendicité organisée du RMI ou des moines bouddhistes, ou des fonctionnaires européens obtenant une monnaie forte pour acheter à bas coût les produits étrangers en ruinant l'industrie locale qui les paye pourtant par l'impôt.
    C'est vraiment une nouvelle voie, pas envisagée par le dictionnaire hélas, mais moins incohérente (je crois) que le capitalisme démocratique et que le communisme ne payant pas l'effort.
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Réserve 27/01/2012 :
    Bien sûr, une autre approche serait un monde sans industrie aliénante, avec seulement des artisans et travailleurs indépendants, à production soigneuse sans cadences infernales. C’est possible dans un monde à population réduite. Je crains toutefois que cela fasse des produits très chers (sans économie d’échelle), et dans notre monde surpeuplé, ils seraient presque réservés aux riches, donc requérant les inégalités patrons/humbles ou fonctionnaires en fin de carrière/humbles. Mais je ne suis pas sûr, à débattre.
    La question est aussi géopolotique : j'ai entendu hier à la télévision le programme socialiste rénové, fièrement français patriote et "contre la finance". C'est simplement mensonger, contradictoire : sans la domination financière de la France sur la Chine, nous payerions comme les Chinois "1 litre d'essence = 1 mois de salaire fonctionnaire", et ce n'est absolument pas ce que veut l'électorat socialiste (et encore moins les candidats socialistes aux postes d'élus sur-privilégiés) : aucun candidat n'envisage de dévaluer l'Euro de 99% pour faire revenir l'industrie chez nous, pas une seule seconde non. Seulement l'égoïsme groupiste, "patriote" : "asservissons les sales étrangers, mais que personne n'ose nous asservir nous, quel crime !". Alors je voterai chinois, et ça n'existe pas ici, alors je souhaite que cette civilisation (occidentale) pourrie et idiote s'éteigne. Les Chinois (peut-être pas si humbles mais ambitieux à tradition marchande) risquent la même dérive, hélas. Personne ne réfléchira-t-il jamais ? (que des anonymes comme moi). Vite, il faut que je retrouve des cachets abrutissants sans danger, l' "antipsychotique" Solian m'attaquait le foie.
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Retour à la paix 10/02/2012 :
    J’ai repris le traitement anti-psychotique, malgré ses effets secondaires, et je recommence à dormir. Vue d’ici, cette page est étrange. Il me vient deux idées sans importance à son sujet :
– Si le demi-cercle de république française n’épuisait assurément pas le panorama politique, je ne suis pas sûr que le cercle que j’ai inventé fasse beaucoup mieux. Peut-être qu’il faudrait plutôt concevoir une sphère, avec les équatoriaux de mon schéma vus comme des « mous frileux » par les en-haut (royalistes ?) et les en-bas (bouddhistes indiens ? tous s’abstenir de manger pour s’éteindre en paix). Si j’y avais pensé, je crois que j’aurais préféré cette voie « en bas », et si des excités s’agitent plus haut, c’est leur problème.
– Une autre vue enrichissant le sujet serait de dire que l’extrême-gauche rejoint l’extrême-droite en un extrême-centre, opposé au centre bourgeois. Toutefois je n’adhère pas à l’extrémisme pour ce que j’en connais : je n’aime pas la révolution tueuse, la persécution des objections, la personnification du pouvoir. Un autre thème que j’ignore est l’anarchisme (au centre de la sphère ?), mais il ne me semble pas plaisant : sans police, l’agriculteur ne produirait plu’, étant sûr d’être dévalisé par les inactifs s’il produit, je ne vois pas là un idéal mais une ruine comme le communisme.
    Bilan : je n’ai rien inventé de génial, je trouve seulement nullissimes choquants le centre-gauche pro-fonctionnaires et le centre-droit pro-patrons, qu’ils se soient mis d’accord pour punir de prison l’opinion sceptique (loi Gayssot) les prouvait de toute façon menteurs odieux, ce n’est guère une surprise. Bof, dodo…
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Complément au site humbiliste 17/12/2015 :
    Un ami d’enfance, retrouvé grâce à Internet, m’a gentiment qualifié de « génie » et m’a dit des mots pour moi déroutants : « si la société favorisait les plus intelligents, ça se saurait, cela s’appelle le libéralisme économique ». Je crois qu’il s’agit là d’un malentendu, peut-être lié au fait que je disais lui renouveler mon amitié même s’il était devenu fonctionnaire. En effet, selon la dichotomie usuelle droite/gauche, si je suis hostile à la fonction publique, je serais de droite, libéral, et gentiment il me donnerait ici raison en disant que c’est la voie de l’intelligence. Toutefois, je ne suis pas d’accord, et je vais l’expliquer, ou réexpliquer ici.
    Le triomphe de l’économie libérale, c’est une poignée de gens « ayant réussi » vivant dans un luxe forcené, en commandant aux « loosers » traités en semi-esclaves, sous-payés. Géopolitiquement, les usines partiraient en pays à monnaie très basse (salaires quasi nuls), et ne seraient payés ici que les serviteurs des riches, non délocalisables (et les quelques fonctionnaires, policiers et geôliers notamment, peut-être pas soumis à la concurrence mais en nombre aussi restreint que possible). L’école/université ne serait pas « pour tous » mais pour les « gosses de riches ». Je n’aime pas du tout ce système à familles dominantes et familles dominées. Même à l’échelon individuel, mon expérience professionnelle me prouve que ceux qui « réussissent » ne sont en rien les plus intelligents et honnêtes, mais les plus menteurs/aveugles/manœuvriers, et ce n’est en rien estimable, selon mes valeurs. Dans la jungle économique « libre », ce sont les plus forts qui gagnent, quels que soient les moyens employés. Deux éléments (que je trouve affreux) sont fondamentaux : la publicité (convaincre les gens qu’ils seraient malheureux s’ils n’acquéraient pas le produit X au prix librement fixé par le vendeur, ou ne le volaient pas, mais une police/"justice" féroce les en empêche), le loto (que les humbles désespérés socialement gardent l’espoir que quelques rares chanceux parmi eux deviendront magiquement des riches). Au contraire, je préfère la frugalité et le partage (avec pression pour la performance sans l’oisiveté à la fonctionnaire).
    Il y a toutefois un malentendu possible : logiquement, intelligemment, en économie libérale, les sociétés humbilistes devraient l’emporter sur les sociétés capitalistes, puisqu’à produit égal leurs prix sont nettement plus bas (sans verser de fortune à l’encadrement, aux actionnaires). Le problème est que mensonges et manœuvres, appétit très général pour le luxe et les privilèges, font que la voie humbiliste est inexistante, seulement présente dans mon imagination. L’intelligence économique ne semble donc pas de ce monde. Hélas.
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Double objection et quadruple réponse, 18/12/2015 :
     On me répond deux sujets de désaccord : 1/ Les fonctionnaires sont au moins partiellement productifs (leur travail produit de la valeur, par exemple : les professeurs vendraient leurs cours si l’enseignement était privatisé) ; 2/ Le système inca collectiviste correspond au système dont je parle mais il implique grande frugalité et non civilisation de l’hyper consommation jetable. Je réponds en 4 parties :
A) Pour le second point, je reconnais que mon idéal est frugal, ce qui n’est pas populaire, mais s’avère peut-être anormalement sage. Je me souviens de René Dumont écrivant « nos classes populaires » (françaises ? occidentales ?) « se sont embourgeoisées ». Effectivement, nos « humbles », avec une heure de travail payée 8 litres d’essence font figure de riches vus d’Asie (avec peut-être un litre d’essence pour une semaine de travail). Je pense que ça va déboucher sur une révolution, avec nous dans le rôle des méchants privilégiés. Alors, visionnaire, j’envisage dès maintenant d’accepter la frugalité mondiale – je sais que la Gauche française clame que « nous n’avons pas vocation à partager la misère du monde » mais ça me fait penser aux aristocrates 1788 criant « nous n’avons pas vocation à partager la misère du peuple », d’où guillotine en masse, à courte échéance. (Et nos tribuns donnant des leçons de morale sont discrètement commandeurs des missiles atomiques menaçant d’exterminer abominablement les civils étrangers – cela se paiera un jour, je pense, ça va faire très mal, les débuts du terrorisme anti-occidental ne semblant qu'un avant-goût).
B) Le premier point attire davantage contre-objection. Je ne dénie pas que les fonctionnaires puissent vendre quelque chose, et j’achète moi-même des timbres postaux, par exemple. Ce qu’il y a est simplement que ce n’est pas économiquement viable (la Poste est en déficit chronique, malgré interdiction de la concurrence pouvant faire mieux moins cher). En 1981, le projet socialiste était de nationaliser d’autorité le riche système bancaire (en l’achetant, certes, sans spolier les possédants) et alors, celui-ci aurait dû inonder d’argent la république sociale, pour le bien des gens… mais, un an et demi plus tard, 100% de ces banques étaient devenues déficitaires (donc auraient été en banqueroute, sans Etat providence à hyper-déficit légal, à rembourser par les générations futures...). Ne plus être sévèrement astreints aux cadences infernales, ne plus avoir de produits chers « pour faire du fric », ne plus être en danger de mort quand on se met en grève de manière chronique… cela fait chuter vertigineusement la performance économique. On passe d’un système viable à un système en déficit, même avec suppression des « clients » (à séduire mieux que ne le fait la concurrence) remplacés par des « usagers » (devant remercier qu’on daigne les servir, et devant sous menace armée payer les impôts finançant ce système). A grande échelle, cela a entraîné la faillite soviétique, même avec état policier dictatorial (ce serait encore pire avec état je-m’en-foutiste à l’occidentale). Donc oui, les fonctionnaires peuvent vendre un petit peu, mais pas viablement sans menace armée (jusqu’à preuve du contraire).
C) Je suis gêné par la question enseignante, ma famille étant enseignante (mes 2+4 ascendants et mon grand frère). Mais il me vient à l’esprit une autre contre-objection : pourquoi les profs seraient-ils autorisés à « vendre » (faire du fric avec) leurs cours, alors qu’ils n’en ont pas inventé le contenu ? En effet, notre système légal est entièrement basé sur le Copyright (« URSS inclus ! » était-il marqué menaçant), la Propriété Intellectuelle, et le prof de sciences physiques vendant la relativité générale devrait verser la moitié de la somme aux « ayant-droits » d’Einstein (ou être accusé de spoliation « antisémite ? » s’il s’en dispense). Pourquoi le prof de sport est-il personnellement payé à la place des inventeurs du football, de la mise en forme physique (et de l'athlétisme en renflouant la Grèce en banqueroute ?). Attention : telle n’est pas du tout ma position, je préfère le partage aux barrières légales, je préfère le revenu du travail aux héritages oisifs, mais il y a une contradiction colossale. Enfin, là encore le système parait pourri : le système privé est encouragé par principe de brevet, lui disant « investissez dans la recherche, vous aurez retour sur investissement pendant 15 ans d’exploitation à vous réservée, avec (grâce à notre police, notre justice, justifiant les taxes) punition des contrefaçons, avant que ça devienne patrimoine public, à échéance des 15 ans ». Mais bizarrement cela ne s’applique pas aux ayant-droits de prétendues œuvres d’art, même 200 ans après réservées aux héritiers. Bizarrement aussi, la pression gouvernementale pour les médicaments génériques choisit d’ignorer que les industriels cachent leur savoir-faire pour ne breveter que le minimum permettant de poursuivre en justice la contrefaçon (sans donner la recette intégrale pour que les copies futures marchent aussi bien). Des lois hyper-précises gouvernent le Droit et la Prison, dans un sens totalement incompréhensible. Personnellement, je ne suis pas d’accord sur l’interdiction française de punir le partage gratuit de musique ou films, et je suis heureux si mes dessins plaisent à beaucoup de monde, se les partageant d’autant plus facilement que c’est entièrement gratuit, offert « à l’humanité et au monde intergalactique »… Ceci dit, s’il faut lourd investissement de recherche, impliquant retour sur investissement, cela pourrait faire l’objet de contrat spécial, organisant le retour requis.
D) Quand je prône le partage, cela me fait revenir en mémoire un détail aperçu dans mes lectures aéronautiques : le gouvernement britannique a été très critiqué pour avoir « partagé » avec les Soviétiques sa technologie du réacteur Néné, ensuite copié pour le MiG-15 qui a mis en déroute l’aviation étasunienne dans la guerre de Corée. Toutefois, je ne vois pas cela comme une objection absolue au partage : les Britanniques, n’ayant pas l’immense budget militaire étasunien, comptaient exporter leurs avions à moteur Nene, à réparer sur place, et cela divulguait de toute façon le secret. Et, dans le monde mondialisé dont je rêve, il n’y aurait plu’ d’armée ni de guerre. Non, je n’ai rien contre la liberté de partage, sauf que je comprends qu’il y a un problème pour justifier l’investissement de recherche (recherche privée, menée pour aboutir à un produit vendable, certes pas recherche publique, à découverte finale entièrement facultative, en un temps indéterminé donc usuellement très long, avec chercheurs tranquilles, pépères).
   Bilan : l’humbilisme reste avec un voyant rouge à Fonctionnaires, et un voyant vert à Humbles. D’ailleurs, ce concept « pour les humbles » peut signifier qu’ils resteront assez humbles sans devenir des « riches vivant dans le luxe gaspilleur » – mais la disparition du fossé entre « classes » rendrait la frugalité moins douloureuse, je pense ; et, ainsi, le Système Communiste a surtout implosé du fait de la jalousie populaire vis-à-vis de l’Occident gaspilleur – en pillant les pays pauvres ; un « monde uni frugal » paraît lui possible, utopique oui mais envisageable.
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Nouvel échange utile, 19/12/2015 :
     Il y a eu semble-t-il un malentendu, désolé. L’objection qui m’était adressée signifiait en fait que les fonctionnaires produisent une valeur ajoutée comme les autres employés, et qu’il n’y a pas de différence entre travail productif et improductif ; par exemple : les employés de l’Aérospatiale étaient des fonctionnaires fabriquant des avions à forte valeur ajoutée.
    J’avoue qu’il me manque des bases pour suivre ce raisonnement, ou bien : il s’agit de bases que j’ai rejetées. Je ne sais pas ce qu'est la "valeur ajoutée" ou "forte valeur ajoutée", ça semble correspondre à ce que j'appelle le "vol légal" (commercial, de droite ou centre gauche). J'ai appris à l'école primaire : « bénéfice = prix de vente moins prix d'achat », et c'est le sens que je crois deviner à la « valeur ajoutée » : prix de revient + valeur ajoutée = prix vendu. Or il ne s’agit en rien de « valeur » intrinsèque indiscutable mais de « prix » arbitrairement exigé, sous protection de la police/« justice » punissant le vol (ou l’accaparement « illégal » en ne laissant que le prix d’achat). Imaginons que j'invente un anti-cancéreux miracle qui serait de l'eau salée à 3,14% (±0,03%) supplémentée de poivre noir ou rouge à 0,14% (±0,01%), prix de revient : 4 centimes par litre, mais comme le besoin est colossal et ma formule secrète, je le vends cent mille Euros la dose d’un microlitre, cela fait une énorme énorme valeur ajoutée. Mais c’est s’enrichir aux dépens d’autrui, de manière totalement injustifiée. La voie humbiliste dirait : si ça revient à 4 centimes par litre, vendons-le six centimes par litre, couvrant les frais de transport et distribution, pour les gens ne pouvant le produire eux-mêmes, le but n’est nullement l’enrichissement (pour luxe immense réservé à celui empochant la différence, façon droite ; ou pour vie pépère de milliers de fonctionnaires improductifs façon gauche) mais la mise à disposition de biens, avec certes paiement des gens faisant efficacement les choses, de façon à ce qu’ils se paient logement et nourriture (non gratuits hors des tribus amazoniennes).
    Et je confirme ma notion de travail improductif : en France existait un impôt dit « vignette automobile », et des politiciens ont envisagé de la supprimer car très impopulaire et ne rapportant quasiment rien aux caisses de l’Etat. Il y a eu aussitôt des grèves dans la fonction publique et l’argument émis m’a marqué : « oui, cet impôt ne rapporte pas grand-chose, mais il sert à payer les gens qui organisent sa perception, l’impression de ces vignettes, etc. Cela doit continuer sans jeter à la rue ces gens respectables, et sans même les obliger à douloureuses reconversions ou déplacements. » Il s’agit là clairement de travail improductif, ne produisant strictement rien pour le bien des gens mais se payant par le racket exercé sur les contribuables menacés par police/« justice ». Maintenant, passons au cas des avions, un peu différent certes. Pour produire un avion de ligne fiable et performant, il faut par exemple dix unités de matières premières et mille unités de travail technique (1 unité fois mille personnes) ; le patron de droite vend cet avion trois mille unités, dix pour les fournisseurs, mille pour les techniciens fabricants, 490 pour l’encadrant et 1500 dans sa poche à lui (ou 1000 pour lui et 500 pour banquiers et actionnaires) ; le patron de gauche le vend soixante mille unités, en embauchant trois mille fonctionnaires à cadences pépères (quand ils ne sont pas en grève, or la menace est constante) et salaires confortables (peu inférieurs pour la base, comparée à l’encadrement aligné sur le privé), le principe est que le bénéfice par rapport au coût minimal est réparti entre producteurs (bien payés et en embauchant plein d’aides pour abaisser leur propre effort) ; l’avis humbiliste le vend 1015 unités, payant aux techniciens fabricants les mille unités minimum comme la droite, mais sans pont d’or pour l’encadrement et le « patron », sans rente pépère pour des semi-producteurs en nombre pléthorique et protégés de l’effort constant.
    Bref : les fonctionnaires totalement improductifs ne sont effectivement qu’un cas particulier, la masse fonctionnaire produit simplement à un prix artificiellement énorme, faute de (pression de la concurrence impliquant) rendement toujours accru et rémunération par tâche toujours abaissée. Bien sûr, la hausse de productivité est possible (automatisation, informatique) aussi dans la fonction publique mais avec immenses réticences des syndicats surpuissants, exigeant maintien (ou essor) de l’emploi (payé même avec déficit, constant ou croissant), avec perpétuelle menace de grève, surpuissante paralysante puisque la concurrence est interdite et la banqueroute impossible. Mais ces critiques anti-fonctionnaires ne légitiment en rien le patron semi-esclavagiste s’en mettant plein les poches avec ses complices encadrants et financiers. D’où l’alternative humbiliste, je le confirme. Incroyablement « envisagée par personne ».
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Lecture PUF, 12/03/2016 :
    J’avoue ne rien comprendre à l’économie, qui se prétend scientifique (et je suis matheux, apte à comprendre théoriquement), j’ai donc demandé à un ami s’il connaissait un ouvrage en la matière. Il m’a conseillé « Histoire de la pensée économique » de Henri Denis, éditions Presses Universitaires de France, 1966 revu 2008. Ce très gros pavé de 725 pages, plein de titres philosophiques, d’équations et graphiques, paraissait très solide, mais… la lecture a été très décevante, j’y vois de gros défauts :
1- Il prétend que le capitalisme a produit deux tendances : minimiser la rémunération des ouvriers et entraîner le colonialisme pour obtenir de nouveaux débouchés. Je ne vois là aucune logique, non : il suffirait de payer davantage les ouvriers pour qu’ils consomment davantage, et les colonisés peuvent être insolvables, leur capacité à consommer n’est en rien un facteur de richesse pour les producteurs. (Des ouvriers à richesse de nababs ne sont pas souhaités par les capitalistes, et les firmes pharmaceutiques n’inondent pas l’Afrique de produits que les Africains n’ont pas les moyens de payer, dans notre monnaie).
2- Il prétend que l’investissement est obligatoire pour que vive l’industrie et que le rendement de cet investissement est garanti, calculable, prévisible. Je ne vois là aucune logique. Souvent, il n’y a aucun retour sur investissement, l’investissement est un pari risqué, et des inventions ont du succès sans requérir d’investissement spécifique. Ce n’est pas clair du tout. L’auteur semble réciter ses bases sans convaincre en rien.
3- Il dit que l’épargne est mauvaise (facteur de crise) en détournant de la consommation, pourtant il y a des tas d’incitations fiscales à l’épargne (défiscalisation d’assurance-vie et d’intéressement bloqué 5 ans), pourquoi ? Et il dissocie l’épargne de l’investissement, c’est à rien n’y comprendre.
4- Il parle de l’investissement et du taux de profit comme automatique, alors que les actions semblent une loterie, avec des ratés industriels imprévisibles, en partie liés à la concurrence (les gagnants gagnent et les perdants perdent, pas l’ombre d’un mot là-dessus).
5- Il a glissé sans aucune réflexion de la période XVIIIe siècle, avec les ouvriers payés tout juste assez pour survivre, à la période actuelle, avec la consommation essentiellement tirée par la publicité : ce n’est plus des "besoins" d’acheter mais des "envies" d’acheter. Ça change tout absolument, mais l’auteur a oublié d’y réfléchir. Et ce n’est pas que de l’embourgeoisement de l’ex-prolétariat occidental : le Tiers-Monde est énorme consommateur aussi de Coca-Cola (certes moins cher que le nôtre) et de Smartphones (certes de versions antérieures aux toutes dernières).
6- Il dit que les années 1945-74 ont été prospères, dans le monde capitaliste dominant, car la décolonisation a créé d’énormes besoins dans le monde sous-développé, et que le capitalisme a intrinsèquement besoin de tels débouchés extérieurs. Je ne comprends rien à cela : quels ouvriers d’ici refusent de consommer deux fois davantage (ou dix fois davantage) ? En quoi y a-t-il un besoin d’externalité ? Le capitalisme paye très petitement ses salariés (la France étant partiellement protégée par son « salaire minimum » contraire aux lois du marché [enchères décroissantes sur les salaires], lois du marché qui triomphent selon l’auteur), et après ce capitalisme se plaint qu’il ne trouve pas de clients ? c’est simplement idiot, idiotissime.
7- L’auteur n’a absolument aucune solution à la crise actuelle (après 1974), son ouvrage de 1966 étant complété par des textes de 1998-2008. Il ne voit pas la Chine phagocyter l’industrie (grâce à sa monnaie faible) au jeu de la concurrence, ruinant les pays dits « capitalistes dominants ». Il ne voit pas le déficit public des pays occidentaux se creuser immensément par un interventionnisme sans limite et sans retour suffisant. Il ne comprend rien, mais il professe. C’est juste lamentable.
8- L’auteur prétend que, contrairement aux autres sciences humaines, l’économie a vécu l’expérimentation de ses théories, grâce à la douloureuse et durable expérience communiste, ayant montré la faillite du collectivisme et le triomphe du marché. Non, c’est là une erreur méthodologique : peut-être que la collectivisation a été mal mise en œuvre et ce qui a raté est donc cet essai-là, nullement le principe sous toutes ses formes. Inutile de se cacher derrière des équations complexes quand on commet de telles bourdes en matière de logique élémentaire.
9- L’auteur dit que l’expérience communiste a raté par non prise en compte du retour sur investissement, par travail devenu de mauvaise qualité (sans plu’ de pression patronale), et il envisage que le capitalisme (sans plu’ de pays à coloniser) soit sauvé par une nouvelle forme d’interventionnisme de l’Etat. Je ne comprends pas et je conteste : les Etats comme la France sont en déficit chronique, donc sans retour sur investissement des dépenses publiques somptueuses ; les fonctionnaires inamovibles tranquilles (et en colère contre les usagers, entre deux grèves, fréquentes et sans risque) y travaillent « à la soviétique » avec salaire de type occidental, combien de temps cette arnaque va-t-elle durer sans révolte ni collapsus ? Puisque les jeux financiers font fuir l’industrie vers l’Asie à bas coût, n’allons-nous pas nous écrouler économiquement ? Pourquoi la réédition de 2008 n’en touche-t-elle pas un mot, pas un seul ?
10- Il manque un autre pan à la réflexion, c’est que le système capitaliste est garanti par la police, la « justice », la prison, interdisant la réquisition et le partage des fortunes insultant la misère et non justifiées par travail. En ce sens, la population est asservie, comme en régime soviétique par le parti unique sauf qu’ici c’est par les fortunés. En termes philosophiques et moraux, cela change tout.
11- J’aurais peut-être mieux fait de lire un manuel scolaire d’économie (c’est parait-il maintenant une discipline au lycée, qu’y raconte-t-on ? comment prétendre à un savoir alors que les économistes échouent à vaincre la crise ? ou à formuler une vision claire et crédible sur la sortie de crise…).
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Croissance ou non ?, 22/03/2016 :
     Mon ami un peu économiste me dit que la Chine ne dépasse pas du tout les autres pays, car son P.I.B. par habitant est minuscule, et qu’on ne peut pas revenir en arrière, car payer les Français comme des Chinois ferait s’effondrer la consommation donc l’économie. --> Cette réflexion m’intéresse quoique je ne l’approuve pas. 1/ Il est très possible qu’une fourmilière à ouvrières peu riches ruine la cigale ventripotente oisive : ça me semble même la conséquence logique des lois du marché. Les peu-demandants vont connaître un essor et les anciens riches vont s’effondrer (sans être rejoints dans leur opulence passée). [C’est le contrecoup logique de la suppression des barrières douanières, qui ont certes accru le niveau de vie des déjà-riches, achetant encore davantage de produits moins chers fabriqués par les pauvres lointains, avant de comprendre que cela ruine leurs propres sources de revenus – et les fonctionnaires, non soumis à la concurrence, portent une énorme part de responsabilité dans ces décisions et leur confirmation durable.] 2/ Je déplore que l’économie pose la croissance éternelle comme un principe indiscutable, une nécessité : pourquoi ne pas concevoir une voie vers le bien-être en situation de décroissance ? Les écologistes ont un peu travaillé sur cette idée (René Dumont en 1974 et 1981 pronait la « croissance zéro », tout l’essor devant aller au Tiers-Monde), mais ne la reprennent guère semble-t-il aujourd'hui, car ce n’est pas populaire, ou cette lucidité est infiniment moins plaisante que l’égoïste « toujours davantage » à courte vue… Pourtant, ici ou là, on entend dire que si l’Allemagne n’a pas de chômage, c’est parce que l’effectif de sa population décroît… alors qu’on nous claironne unanimement en France que la sur-natalité assure la croissance donc l’essor économique et la prospérité. Il faudrait modéliser l’économie en situation de décroissance, je vais peut-être m’y atteler, essayer (sans comprendre pourquoi les experts, prétendus, ne l’ont pas fait, n’en parlent même pas).
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La fausse science économique, 02-04/05/2016 :
    J’ai lu l’ouvrage de Jacques Sapir « Les trous noirs de la science économique. Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent ». J’en retiens comme principal enseignement, effectivement très majeur, que les affirmations économiques prétendues expertes sont en fait des abus, basés sur des modèles incohérents ou invraisemblables. Toutefois, j’ai noté plusieurs pages à discuter.
Page 48 : il est expliqué qu’un pays qui produit beaucoup pour sa propre consommation, des biens non commercialisés, a un PIB nul, alors que s’il se met à échanger avec l’étranger, son PIB croît, tandis que sa richesse ne varie pas (ou décroît). « Le paradoxe vient de ce que le PIB (ou le PNB) ne mesure que la production commercialisée. » Je n’avais pas conscience de cela, et cela me semble abattre les dogmes économiques – par principe opposés à l’autarcie, au nom mensonger du bien-être. Il me vient la même idée sur la valeur des monnaies : si tel pays a un PIB de 600 milliards de Pesos locaux, il sera clamé que c’est très pauvre si ce Peso est très mal côté au marché des changes, et ce pays sera dit supérieurement riche si ce Peso a une très forte valeur internationale, quand bien même cela ne changerait rien au pouvoir d’achat local de ses habitants. Loin de ces artifices, je préférerais une monnaie mondiale unique, un salaire minimal mondial unique, etc. alors on pourrait parler d’équité dans la distribution des richesses, le système en place ne semble là que pour brouiller les comparaisons, sans autre avantage que de cacher la domination, l’injustice géopolitique. La transition vers l’Euro a été obscurcie, avec objections cachées par les économistes : on nous faisait miroiter la simplicité d’aller à l’étranger sans change de monnaie enrichissant les banques seulement, mais avoir gravé qu’un millier d’euro est le salaire minimal en France quand il est le triple du salaire minimal en Irlande… cela aurait dû être questionné en termes d’équité (avant que les usines délocalisent, causant ruine relative ici)…
Pages 50 à 53 : critique de l’épistémologue Karl Popper, « le critère de scientificité d’une hypothèse (…) simplement le fait qu’elle soit testable et donc potentiellement réfutable ». Cela m’intéresse fort dans la mesure où j’ai trouvé immensément convaincant l’ouvrage de Popper « logique de la découverte scientifique », invalidant l’induction scientifique, les prétentions scientifiques à La Vérité. 1/ Sapir expose une première cause d’inapplicabilité en économie : les tests sont exprimés dans le langage d’une théorie préexistante, non testée, et donc cela biaise ces tests (validés à tort par circularité ? façon « j’ai raison parce que j’ai raison »). A mon sens, cela ne donne pas tant tort à Popper qu’à ceux prétendant que l’économie est une science. 2/ En économétrie, les conjectures sont « multiples et imbriquées », c’est « illisible en termes de vérification (on ne sait plus ce qui est vérifié) ». Là encore, ça ne donne pas tort à Popper, mais les partisans de la scientificité de l’économie méritent le soupçon (voire toutes les prétendues « sciences humaines »). 3/ Selon Sapir, le but de Popper serait que l’amélioration des théories se rapproche de plus en plus de la réalité, or cela constitue une hypothèse non testable, objecte Sapir. Je ne sais pas quoi penser de cette critique, dans la mesure où cela me semble un procès d’intention, pas le reflet de la thèse que j’ai lue chez Popper. Je suis certes d’accord que l’hypothèse en question est très contestable : le futur est inconnu, et rien ne garantit que s’y appliquera la prévisibilité scientifique modélisant des « lois » (prétendues) facteurs de succès prédictif. Ce n’est pas tant une critique de Popper que des bases de la science en principe général. 4/ Selon Popper, la falsifiabilité est plus importante que le réalisme, et cela choque Sapir. Puisque je suis irréaliste, opposé au dogme réaliste, je suis particulièrement bien placé pour contester Sapir. Toutefois, il semble qu’il y a une foule de présupposés mensongers dans cette affaire : ce que sous-entend Sapir, c’est que le réalisme est vérité quand l’irréalisme est erreur, et poser la question en ces termes lui donne automatiquement raison. Mais il a tort : quelle est sa preuve de réalité (pour réfuter l’hypothèse du cauchemar ?). Non, il n’aborde pas la question, il est plus pratique de clamer avoir raison en faisant appel au (prétendu) bon sens des endoctrinés. C’est nul. Ceci dit, je suis d’accord que l’hypothèse du rêve ruine le projet scientifique/poppérien de prévisibilité, mais Sapir, loin de donner des leçons de réflexion, ne réfléchit pas assez : il reste dans son vase clos de l’économie (quoiqu’il affirme plus loin dans le livre, estimant que la sociologie devrait prendre le pas sur la prétendue science économique).
Page 55 : « Le comportement des partisans des thèses post-modernes et hyper-critiques n’est pas sans rappeler celui de l’enfant qui, parce que son jouet ne fonctionne pas comme il veut, prétend qu’il ne fonctionne pas du tout. » J’entends cette phrase, que je prends comme une grande gifle, mais je la juge imméritée. Je vais prendre un exemple illustratif : si je rejette la météo, ce n’est pas parce qu’elle est 100% inefficace à prédire, c’est parce que – là où elle a prédit 10mm de pluie ± 30% (7mm à 13mm), et que l’on a mesuré zéro mm – elle a prouvé voler sa prétention à la vérité, même approximée. Une vérité est invalidable par 1 contrexemple, ça suffit, quand il est quasi impossible de la valider positivement – cela exigerait de la démontrer sur absolument tous les cas possibles (ce qui est possible en mathématique avec itération infinie, mais impossible en sciences expérimentales où le futur pourra démentir le modèle, l’expérience primant sur la loi imaginée) Certes, on peut « entendre » les prévisions météo, et autres délires de chamanes et voyants, en tant qu’énoncé de possibles vaguement consolidés par tel ou tel protocole, mais ce qui est rejeté (pas puérilement), ce sont ses prétentions à la vérité incontestable. Si on bascule vers le calcul de probabilités, on pourrait aboutir à l’idée que la prédiction pseudo-météo « au pifomètre » (ou avec grenouille), qu’on y croie ou pas matériellement, répond juste à 40% ± 20% (parfois 60%, parfois 20%), que la météo scientifique actuelle répond juste à à 60% ± 30% (parfois 90%, parfois 30%). Le gamin peut simplifier à tort cela en 0%, mais je reste fermement sur la position « ces chiffres démentent un prétendu 100% », et le coup de grâce vient de la philosophie sceptique : votre taux de 60% ± 30% décrit une mesure passée, rien ne prouve qu’il en sera de même pour les prédictions du futur, qui pourra donner 0% (ou 100%), sauf induction (généralisation illogique, risquant erreur totale). On peut certes « croire », scientistement, mais ce n’est pas du « savoir ».
Page 56 : « (Les médecins) n’en ont pas pour autant décidé que la médecine était une activité sans objet puisque son triomphe ultime, l’immortalité, était hors de portée (…) Ce n’est pas pour autant qu’il faut cesser de se battre. » Toujours sur la même idée que précédemment, il s’agit là d’une violente critique à mon prétendu infantilisme. Je ne suis pas d’accord : la médecine ne vise nullement l’immortalité selon moi mais le soulagement de la souffrance – ceci étant toutefois embrouillé par le classement en « illégal » de substances soulageantes dont j’ai entendu parler (opium, cannabis, etc.) avec l’aval de médecins parlant d’effets secondaires (chez les bien-portants cherchant là une source de plaisir accru). Et puis… le débat est aussi embrouillé par le dogme sur la mortalité, dont je ne suis nullement convaincu : la disparition d’autrui dit-défunt est réversible tant que la scission réel/rêves n’est pas établie, et la mort du moi peut être un non-sens, ça se discute – mais Sapir ne philosophe pas, il pontifie à l’intérieur de ses idées reçues.
Page 89 : Dans le paragraphe « les limites de l’optimalité », Sapir conteste qu’un optimum objectif soit en vue, et conclut qu’il y a divers critères possibles et diverses hiérarchies envisageables pour ces critères. « le choix n’est plus technique mais relève de la controverse démocratique. » Je doute, moi, à ce sujet : je comprends qu’un faux expert mérite d’être renversé, n’a aucun droit à commander pour imposer son opinion, mais inversement rien ne garantit que la majorité des gens exprimera un point de vue meilleur (un individu lucide ayant raison peut être ultra-minoritaire, voire condamné en démocratie à la prison ou au traitement « psychiatrique »). Par expérience, je constate que les vainqueurs démocratiques ne sont nullement les plus raisonnables mais les meilleurs menteurs, profitant des colères à un moment donné, à leur propre avantage. Mais Sapir, philosophiquement nul ou buté, se refuse à envisager la critique du principe républicain (dit démocratique).
- Page 126 : 1/ « La démocratie fonctionnellement nécessaire (…) qualifie donc une communauté organisée (elle se dote de règles de vérification et de contrôle) et agissante (le pouvoir de modifier sa condition ne lui a pas été retiré). Ce n’est donc pas la démocratie définie par la seule relation électorale libre et régulière de l’individu isolé face au pouvoir. » J’ai vaguement de la sympathie pour cette idée que le principe électoral est une fausse démocratie, n’incarnant par le gouvernement par le peuple mais seulement le choix par le peuple de dominants agissant temporairement à leur guise, même contre le peuple (d’où manifestations publiques de colère, chroniques en France, sur mille sujets, au lieu de pointer la racine du mal). Mais je ne comprends pas que Sapir balance ces idées sans envisager les solutions (référendum d’initiative populaire ?) et les réserves éventuelles à ceci. Pourquoi parler dans l’abstrait théorique sans précisément expliquer les solutions et fausses solutions (avec frontières, le vœu populaire semble l’égoïsme groupiste à l’encontre des étrangers) ? 2/ « on prétend réduire l’organisation sociale à une mécanique déterministe, ce qui justifie la fin du politique au profit de l’expertise (…) Récuser (…) c’est reconnaître qu’il faut mettre le politique au poste de commande. » Je ne suis pas d’accord avec Sapir, à qui il manque fondamentalement le côté « critique du politique ». Ainsi, les antieuropéens pointent le caractère technocratique des institutions CEE sans pouvoir suffisant de l’assemblée d’élus, mais je dénie totalement que ces élus représentent la population, ils ne défendent généralement que leur propre intérêt ou celui de groupuscules super-influents (ou surreprésentés – dans certaines communautés, prendre des fonctions politiques est classé comme devoir pour favoriser la communauté au détriment de tous, le principe de la république étant pourri ça marche parfaitement). Au lieu de prendre position pour un camp, il me semble légitime de voir l’opposition entre deux formes de mal.
Page 177 : « Un économiste, c’est quelqu’un qui vous dira demain pourquoi ce qu’il a prédit hier ne s’est pas réalisé aujourd’hui. » Ce bon mot, effectivement délicieux, me parait peu compatible avec la critique de Popper aux pages 50-53 : le drame est que les prétendus savants économistes sont inaptes à formuler des prédictions se vérifiant, ils ne font que discourir a posteriori pour (prétendre) expliquer ce qui s’est passé, sans qu’ils aient pu le prédire. Quand Popper dit « ce ne sont pas du tout des scientifiques », moi j’estime qu’il a entièrement raison. L’économie ressemble en ce sens à l’Eglise moyenâgeuse « expliquant avec certitude » ce qui s’est passé (gelées tardives, sécheresse, etc.) par des colères de Dieu envers sorcières ou hérétiques ou croyants insuffisamment assidus à l’Eglise. Un autre exemple similaire, me venant à l’esprit, est le sensationnalisme des adorateurs du devin Nostradamus, qui avait tout prédit, absolument tout : une fois que ça s’est passé, on sait ce qu’il avait voulu dire et ça colle merveilleusement – mais bien sûr il ne faut pas demander à ces interpréteurs (ou escrocs) ce qu’il reste à advenir des prédictions (puisqu’ils sont inaptes à prévoir, à « lire » à l’avance). Le bla-bla est certes un exercice comme un autre, un peu difficile et avec quelques individus plus brillants que les autres en ce domaine, mais ça devrait relever du loisir facultatif, non gouverner la loi.
Page 191-194 : « Les bons Princes qui nous gouvernent, fussent-ils politiques ou économiques, tonnent et s’étonnent que des salariés refusent une remise en cause de ce que l’on appelle des "avantages acquis" en échange d’une meilleure efficacité dont tous seraient bénéficiaires. (…) "moins aujourd’hui pour plus demain" (…) Or la résistance à ce type de contrat tacite a toujours été très forte (…) voir que les comportements étaient parfaitement rationnels (…) les salariés n’ont pas confiance dans la direction de l’entreprise (…) et quelles que soient les causes de cette perte de confiance, alors il est rationnel de son point de vue de récuser la transaction. (…) que l’on ne s’étonne pas d’actions sociales a priori "irrationnelles". Que l’on cesse alors de les dénigrer et d’employer à chaque instant ces mots de corporatisme et d’égoïsme pour les qualifier, vocabulaire d’autant plus indécent que l’on connaît les conditions d’existence de ceux qui l’emploient et de ceux auxquels il est destiné. » Là, Sapir me semble commettre la plus grosse faute de ce livre, faute très grave, le disqualifiant intégralement comme prétendu « penseur honnête ». Certes, avec ce discours, il s’attire la sympathie des syndicalistes et défenseurs de privilèges, mais je suis dans l’autre camp, désolé, et je n’ai pas du tout la richesse princière dont il accuse ses contradicteurs. Le problème essentiel est qu’il mélange à dessin deux concepts distincts, la raison et la morale. Au lieu de clamer avec Sapir « n’appelez pas égoïsme la défense des avantages acquis, au contraire c’est très rationnel », je dirai le contraire : « l’égoïsme, moralement moche, est un guide possible pour la raison ». Si le prima est donné au privilège dont on bénéficie (en hurlant contre le privilège dont ne bénéficie qu’autrui), il devient très logique de hurler pour le conserver, pour refuser toute abrogation pour davantage d’équité (ou d’égalité). Sapir emploie une autre ficelle : celle de disqualifier les patrons richissimes qui insultent les petites gens et salissent par leurs propres privilèges la position en question. Non, les patrons ne sont pas seuls sur cette ligne : les petits humbles sont aussi choqués par les privilèges (des fonctionnaires, des CDI, des employés de grandes entreprises, des cols blancs, etc.), mais certes ils n’ont aucunement la parole, seuls les patrons (et politiciens) maugréant devant les micros. Et le monde politique est exempt de raison : seule l’extrême gauche étant réputée défendre les humbles, alors qu’en fait elle milite pour le système communiste, avec privilèges fonctionnaires étendus à tous – d’où ruine, personne ne fichant plu’ rien (« petit travail tranquille », « non aux cadences infernales et aux rétributions au mérite, à-la-tête-du-client », « avancement automatique à l’ancienneté »). Seul dans le désert, j’ai inventé un mouvement politique plus logique, mais sans aucun espoir d’atteindre ne serait-ce que 0,1% des voix, tant l’égoïsme séduit davantage, évidemment. Contrairement à Sapir, je considère que les défenses de privilèges sont égoïstes, immorales, je n’ajouterai pas « irrationnelles » c’est effectivement hors sujet, mais Sapir se montre là dans le camp des pourris – soit c’est un penseur pourri, soit il est lucide mais ment, joue stratégiquement pour s’assurer un succès de librairie, ce qui n’est guère mieux. (Ceci dit, j’ai conscience d’être anormal, suicidaire, envisageant un monde uni sans plu’ les privilèges de niveau de vie occidental, indu, couvert par armes nucléaires, illégales – ce qui est caché par tous les prétendus penseurs et observateurs).
Page 217 : « Qui fut le premier économiste ? Christophe Colomb, car quand il partit il ne savait pas où il allait, quand il est arrivé il ne savait pas où il était, et il a fait tous ses voyages grâce à de l’argent qui n’était pas à lui. ». Délicieux, merci à l’auteur, mais… mêmes remarques que pour la page 177. En ce sens, le titre de l’ouvrage aurait pu être « science économique = une escroquerie généralisée ».
Page 240 : « Keynes va même plus loin que ce constat et lie explicitement l’inflation, c’est-à-dire la dépréciation de la monnaie, au mouvement historique qui voit de nouveaux groupes sociaux s’affranchir de la tutelle des anciens dominants. (…) ils profitèrent aux fortunes de fraîche date aux dépens des anciennes et donnèrent à l’esprit d’entreprise des armes contre l’accumulation des privilèges acquis. » Je ne suis pas du tout convaincu par ce discours. J’ai entendu des politiciens dans les années 1970 clamer que l’inflation ne profitait qu’aux riches et ruinait les pauvres, et cela ne me semble certes pas idiot : les financiers peuvent jongler à leur profit (ou au profit des clients fortunés) avec les dérives monétaires quand les humbles sont désarmés et subissent les hausses de prix qu’ils rattrapent en retard ou incomplètement. Par ailleurs, Sapir comme Keynes trouvent merveilleuses les nouvelles fortunes alors que je les juge coupables, anti-altruistes : elles se construisent toujours au dépens d’autrui, par prix de vente « pour faire fortune » égoïstement au lieu d’être minimal au profit du client, d’autrui.
Page 281 : « Deux économistes se rencontrent. (…) – Tu comprends ce qui se passe ? (…) – Attends, je vais t’expliquer. – Non, non (…) expliquer, ce n’est pas difficile, moi aussi je suis économiste. Non, ce que je te demande c’est est-ce que tu comprends ? ». Excellent, merci. Mêmes remarques que page 217 et 177 : les économistes seraient des escrocs blablateurs. Ce sera plus loin la conclusion du livre, confirmée par plus de 300 pages d’analyse contradictoire, de l’intérieur – même si mes désaccords ici ou là me font craindre que Sapir ne soit pas un modèle d’objectivité.
Page 319 : « Substituer l’équité à l’égalité revient à postuler un monde prévisible et exempt d’externalités ». Ceci vaut pour Sapir démolition du concept d’équité (contre l’égalité) et je ne suis pas d’accord. En sens inverse, on peut aussi parfaitement démolir l’égalité (contre l’équité) : si on rétribue autant le paresseux que le performant, c’est une prime à la paresse, qui conduit à démotiver les méritants, avant qu’ils démissionnent en un je-m’en-foutisme généralisé. Cela a rien moins que démoli l’utopie communiste. Dès les années 1970, bien avant l’effondrement soviétique, on me disait en cours de langue russe que la mentalité à Moscou était « ils font semblant de nous payer, alors on fait semblant de travailler ». Et un reportage français dans une usine soviétique s’étonnait de ne pas voir arriver d’ouvrier, pour allumer les machines, un chef finissant par venir, et répondant – quant à l’absence d’ouvriers : « ils n’ont sans doute pas eu envie de venir », pourquoi se donner du mal si le salaire est inchangé, grâce au triomphe de l’égalité ? Mais, sans égalité ni équité, que reste-t-il ? Le triomphe de quelques malins écrasant la foule, ou la demi-foule des travailleurs méritants ? Je trouve ça simplement injuste, créant artificiellement animosité d’où violence. L’équité me semblait bien la meilleure piste, même si ce n’est qu’à titre de tendance, pas comme modèle prouvé optimal mathématiquement (avec hypothèses contestables).
Page 329 : « La Théorie de l’Equilibre Général (…) échoue à nous fournir une intelligence du monde réel ; elle peut même devenir un obstacle quand des économistes prétendent transposer des raisonnements abstraits sur le monde réel, sans se soucier du réalisme des hypothèses. » Cela sonne comme un tonitruant manifeste de réalisme, contre l’irréalisme, et à mon avis, c’est une erreur de cible. Même si ce monde était un cauchemar, même si le réel n’existait pas (avec basculement de cauchemar en cauchemar), les économistes feraient acte d’abus de pouvoir en imposant comme vérité ce qui n’en est pas. Sapir se trompe de problème.
Page 344 : « Le couple contrôle/responsabilité résulte en vérité du principe de densité ; il implique que le peuple (ou le corps souverain) soit identifié à travers la détermination d’un espace de souveraineté. C’est pourquoi l’ordre démocratique implique des frontières (qui est responsable de quoi), mais aussi une conception de l’appartenance qui soit territoriale (le droit du sol). » Je ne comprends rien à cette prétendue démonstration du bien-fondé nationaliste. Pourquoi un monde sans frontières (sans rejet xénophobe) serait-il exclu ? Comme l’économiste qu’il semble être, Sapir balance comme pseudo-vérités ses opinions les plus contestables.
Pages 346-347 : « Prétendre en effet qu’un traité international est valide à l’infini revient à prétendre que ses rédacteurs avaient la connaissance de toutes les occurrences possibles que le futur réserve, ou qu’ils avaient le droit et les moyens de lier à leurs décisions les générations à venir. » Ce raisonnement me parait gravement faux. En effet, si un traité n’est pas solidement déclaré irrévocable, il sera systématiquement contesté/enfreint et perd donc toute valeur. Mais… si ce principe de validité intemporelle est accusable abusivement d’absoluité absurde, alors ça met en question la forme d’invalidation par Sapir des hypothèses conduisant à la Théorie de l’Equilibre Général. Hum, ça invalide tardivement les trois quarts du livre.
Pages 348-349 : « L’introduction de la notion de légitimité signifie que dans tout acte normatif ou stratégique on peut déterminer qui peut contester quoi et sous quelles formes cette contestation peut s’exprimer. Elle est un moment essentiel pour échapper aux deux polarités qu’il faut également refuser, le formalisme légaliste et l’essentialisme juridique. » Je crois rêver et Sapir me semble là définitivement illégitime : si les staliniens édictent qu’il faut adorer le leader toujours et partout, en public, Sapir conclut que c’est bien et que « il faut refuser » les alternatives à cela. Est-ce de l’idiotie profonde ou une immoralité totale ? (Et c’est célèbre pour le dictature stalinienne mais la démocratie a généré de semblables horreurs, procapitalistes anticommunistes aux USA ou projuives antinégationnistes en France).
Page 352 : « une véritable entreprise de décervelage. Elle est un crime contre la raison et, on le sait, le sommeil de cette dernière engendre des monstres. Elle est fondamentalement le contraire d’une pratique scientifique et s’apparente à un intégrisme idéologique (…) Une démarche scientifique en économie doit assumer l’incomplétude de la discipline, sa nécessaire ouverture à la sociologie, à l’histoire, à l’anthropologie et à la science politique. ». Je comprends une partie : la dénonciation de l’abus de pouvoir au nom fallacieux de la raison. Mais les arguments sonnent faux. Avec le même amalgame on pourrait décrier la prétendue raison, en disant que « on le sait » l’hypertrophie de cette prétention engendre des monstres. Or ce n’est pas la raison, avec ou sans, qui engendre les monstruosités mais l’immoralité, écrabouillant autrui au lieu de pratiquer l’altruisme, ça n’a rien à voir avec la raison (et Sapir s’est rendu coupable de clamer rationnel – et parfaitement légitime – l’égoïsme groupiste, alors que les deux sujets sont disjoints). Par ailleurs, dire que l’économie est secondaire à la sociologie et à l’histoire signifie que son pouvoir prédictif est admis nul, et sa valeur (au-delà du bla-bla) est pareillement nulle. C’est peut-être pour Sapir une piste pour continuer à toucher un salaire, mais j’estime que celui-ci est indu. Cela clôt en forme d’effondrement ce livre jeu-de-massacre mais encore trop positif.
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Explications partielles, 05/05/2016 :
    J’ai reçu d’un ami une série de commentaires et objections et j’estime devoir m’expliquer, sur mes critiques au livre de Sapir.
Page 48 : On me répond que « la valeur d’une monnaie dépend de la puissance économique du pays en question », mais je ne suis nullement convaincu. Je pense au Liban avant ses guerres civiles, qu’on disait « très riche pays de commerçants », ou bien à Monaco, « très riche pays de banquiers ». Dans le système marchand ou capitaliste, un pays peut ne rien produire comme biens de consommation mais s’enrichir énormément par position d’intermédiaire ou de financier (je me souviens d’un livre d’Alain Minc me choquant en affirmant ainsi « laissons l’Asie produire, concentrons-nous sur la valeur ajoutée »). Je persiste à trouver ça très injuste (faut-il attendre une Shoah anti-occidentale pour se poser des questions ?). Et je ne comprends pas l’objection, qui me semble dire « ben c’est comme ça et puis c’est tout ». Oui, on peut s’accommoder d’un système pourri, mais quand il est en crise, en crise confirmée et même chronique, il me parait utile de questionner ses abus.
Page 48 bis : On me dit qu’avec une même somme on crève de faim en France quand on est riche en Egypte, que si on avait tous ici des salaires de thaïlandais la consommation s’effondrerait et ce serait notre perte. Je l’entends bien mais ça me semble l’horizon probable, par logique interne au capitalisme qui nous a tant enrichis : nous ne méritons pas de consommer 50 fois davantage que les thaïlandais, nous sommes beaucoup trop chers et l’emploi part donc là-bas, ne laissant guère ici (à terme) que des fonctionnaires payés à crédit et des commerçants (voir point au-dessus). Oui, ça va s’écrouler, il faudrait le comprendre et en parler, surtout pas clamer (de manière incompréhensible) que l’économie justifie notre prétendue supériorité.
Page 48 ter : on me dit que la richesse d’un pays c’est son abondance d’équipement, et qu’il y a ainsi davantage d’abonnés Internet à Manhattan que dans toute l’Afrique. Mais je ne comprends pas : est-ce que la cause et la conséquence sont départagées ? Est-ce parce que Manhattan est suréquipé qu’il est riche, ou est-ce parce qu’il est riche qu’il est suréquipé ? Je devine qu’on me répondra que les deux vont de pair, mais je comprends encore moins : d’où vient la richesse ? On me répond « du suréquipement », je demande « pourquoi ce suréquipement est-il possible ? », on me répond « parce qu’ils sont riches », bref « ils sont riches parce qu’ils sont riches », circularité, sans l’ombre d’une explication. Je comprends bien mieux le principe marchand : le fric ne va pas tant aux producteurs qu’aux intermédiaires parasitant la relation producteur-consommateur. Jusqu’à ce que ça pète, en pogroms (anti-occidentaux pour les prochains ?).
Pages 50 à 53 : Pour le point 1, on me répond que rien ne semble pouvoir échapper à une démarche scientifique, et je ne comprends pas cette objection. Je considère que les sciences humaines sont du bla-bla menteur prétendant à tort au titre de science, et que me répond-on ? que tout est étudiable par la science ? Qu’est-ce que la science ? Pour Popper, de manière convaincante, il s’agit d’une discipline produisant des modèles prédictifs risquant l’erreur (et pas encore réfutés par l’expérience). Au contraire, une discipline prétendant avoir raison alors que ses prédictions ont été invalidées, ou ne sont pas formulables, ne fait pas « partie intégrante de la démarche scientifique », c’est du moins très contestable, sauf arbitraire décidant qu’il s’agit d’une façon de parler envisageable donc choisie, imposée. A mon avis (argumenté), c’est là un abus de pouvoir. Pour le point 2, on me dit que Sapir n’a pas tort sur les imbrications d’hypothèses, mais je ne disais pas qu’il avait tort sur ce point, je disais qu’il se trompait en concluant que Popper se trompe. La démarche falsificationniste est au contraire lumineuse en économie : s’il y a non-testabilité, il y a simplement non-scientificité, c’est le raccourci que Sapir n’a pas su voir (et ça entraîne son erreur finale : se plongeant dans la sociologie non prédictive pour blablater infiniment). Pour le point 3, on me dit que Sapir applique Popper à Popper, ce qui ne tient pas, et je ne vois pas les choses ainsi : il s’agirait d’une simple invalidation par auto-contradiction. Ce n’est pas dire « puisque vous avez raison, appliquons votre loi et elle prouve que vous avez tort », mais plutôt « à supposer que votre loi aurait raison, elle vous donnerait tort (de formuler cette loi), donc votre loi ne tient pas debout ». Le problème n’était donc pas là dans la critique de Sapir à l’encontre de Popper. Pour le point 4, on me dit « si on suppose que le réel n’existe pas, à quoi bon faire de l’économie ? » et il s’agit d’un malentendu colossal. Même si le réel n’existait pas, j’aurais peur de la douleur, je serais sensible à l’injustice, etc. Ce n’est que dans le discours parental post-cauchemar-nocturne qu’arrive le jugement « c’est à oublier complètement, ça n’a aucune importance puisque ce n’est pas le réel », mais si le réel (tout compte fait) n’existe pas (les parents « réveillants » faisant partie d’un cauchemar suivant), la totalité de l’expérience peut compter « pleinement », et non forcément « pas du tout ».
Page 126 : Pour le point 1, il m’est répondu que le but de l’ouvrage de Sapir n’est pas politique, donc il est normal qu’il n’aille pas très loin de ce côté. Je ne suis pas bien d’accord : explicitement, Sapir demande que les pouvoirs soient donnés au politique, et c’est totalement irresponsable de prendre ainsi parti sans même ébaucher les réserves évidentes à cela. Pour le point 2, je reconnais une faute dans mon expression, mea culpa : ce ne sont pas « les antieuropéens » qui s’opposent au caractère antidémocratique de l’Europe politique actuelle, ce sont des opposants à cette Europe-là, y compris des Européens convaincus (seulement désignés/insultés comme « antieuropéens » par les discours en faveur du système en place). C’est un mot maladroit, d’accord, mais mon sujet n’était pas là : je voulais surtout dire que je n’ai absolument aucune confiance dans la représentativité des élus, européens ou autres, l’expérience montrant le contraire (même si ce sont peut-être des juges plutôt que des parlementaires qui ont malhonnêtement tranché au nom de l’Europe sur la prétendue compatibilité entre la loi Gayssot française et la liberté d’opinion au sens des Droits de l’Homme universels).
Page 177 : On me rétorque une phrase forte que je cite : « Ce n’est pas parce que la plupart des économistes sont des charlots que l’économie est une pseudo-science ». Je suis gêné : l’objection me semblerait majeure s’il y avait en économie d’une part des charlots d’autre part des vrais scientifiques, mais je ne vois aucun, absolument aucun, de ces derniers. Puisque tous les économistes (à ma connaissance) échouent à prévoir, à démontrer que leurs modèles ne sont pas déjà réfutés, cette potentialité n’est pas encore à l’ordre du jour. Sapir lui-même, qui démolit tout le monde, ne fait qu’ouvrir des pistes de recherche timide, en fin d’ouvrage, sans aucun résultat encore obtenu. On pourrait éventuellement dire que l’économie serait une « future-science », mais aucun élément n’étaye cette affirmation.
Pages 191-194 : on me reproche de faire entièrement l’impasse sur l’histoire du mouvement ouvrier européen, marqué de répressions féroces et de centaines de morts voire plus. Je l’entends mais je ne suis pas d’accord : le mouvement ouvrier européen, dans sa variante non communiste, se battait (de manière certes sanglante), non pour abattre les privilèges des riches mais pour obtenir une place au soleil, en embourgeoisant les ouvriers d’ici par rapport aux ouvriers étrangers, asiatiques notamment. Cette stratégie aboutit à la ruine présente, les usines partant vers les vrais prolétaires restants, en Asie. Avoir joué l’égoïsme sans partage a donné des victoires locales, égoïstes à courte vue, je confirme entièrement mon opinion. Ces luttes n’étaient pas irrationnelles, mais immorales (contre des chefs encore davantage immoraux non partageurs), et la logique renvoie une grande gifle en retour.
Page 217 : il m’est signalé que cette plaisanterie sur Christophe Colomb avait déjà été utilisée à l’encontre d’un socialiste, peut-être Churchill. Effectivement, mea culpa : ce n’est pas excellent si c’est une simple reprise. Ceci dit, il me semble que c’est différent si on se moque d’un politicien faisant n’importe quoi n’importe comment, le but de la République étant seulement d’avoir le pouvoir, sans autre prétentions que mensongères pour séduire l’électorat naïf, c’est très connu. C’est assez différent ici appliqué à un économiste prétendu expert indiscutable, avec autorité faisant taire les humbles prétendus incompétents. Par ailleurs, même si Churchill est réputé héros, je vois en lui un monstre horrible – le général Harris, qui a commandé les exterminations de civils (et bébés) allemands en 1940-45, a plaidé après sa retraite que l’ordre venait entièrement de Churchill, ce n’est pas n’importe quoi mais c’est immensément grave (et bien sûr couvert par la propagande qui continue à célébrer cette « victoire », à adorer les exterminations de non-juifs).
Page 240 : il m’est répondu que l’inflation n’a jamais gêné les pauvres si les salaires suivent. Je n’en suis pas convaincu, pour deux raisons : 1/ Pour que les salaires suivent, il y avait peu d’automatisme mais c’était des violences chroniques (grèves, non-grévistes hués par leurs collègues, etc.). 2/ C’est peut-être à l’occasion de ces augmentations de salaires répétées que les travailleurs occidentaux sont devenus privilégiés à l’échelle du monde, d’où les délocalisations maintenant – il aurait été plus sain de contester la richesse des riches que d’exiger « toujours plus » en bas de l’échelle locale, ce qui conduisait droit dans le mur, et nous y sommes.
Page 319 : on me dit que je me trompe car définissant l’égalité ou l’équité comme l’uniformité. Je vais vérifier les définitions dans le dictionnaire, mais j’entendais les mots ainsi : égalité = même rétribution pour chaque travailleur (ou non-travailleur éventuel), équité = rétribution liée au mérite (même ratio rétribution/mérite pour chaque travailleur). D’après le dictionnaire Larousse en ligne, égalité vaut uniformité, équité est différent et renvoie à ce qui est « dû » (autrement dit : mérité, me semble-t-il), ça ne me donne pas tort, je crois.
Page 329 : ce qu’on me répond me semble hors-sujet, car ce que je contestais était le double emploi du mot réel, alors que ce n’est pas du tout le sujet selon moi (l’abus des économistes serait aussi injuste en rêve).
Page 344 : on me répond par une autre justification du nationalisme « si on regroupe des gens qui ne veulent pas vivre ensemble et qu’on les fait voter, c’est la guerre civile assurée. » Simplement, je réponds que refuser de vivre avec l’étranger, c’est la xénophobie, le racisme, et depuis la Shoah, c’est réputé être mal (à juste titre je pense) – avec montagnes de mensonges chez les orateurs pour continuer à encourager le patriotisme, sportif, consumériste et autre.
Pages 346-347 : il m’est répondu qu’un traité censé être irrévocable peut être dénoncé, le problème étant que l’Europe libérale s’accroche à des éléments faux. Ce n’était pas vraiment mon propos mais je l’entends.
Pages 348-349 : on me répond que le problème, c’est que le stalinisme n’a jamais été élu. Je ne vois pas le rapport : Sapir donne raison à la répression de la contestation, et je trouve ça odieux. Je signalais que c’est aussi pratiqué dans deux systèmes à élection, le problème n’est donc en rien spécifique des tyrannies officiellement dites telles.
Page 352 : on me répond qu’il n’était pas possible de tout traiter sans prendre trois mille pages, d’accord mais un mot de réserve sérieuse aurait pris moins d’une ligne. On me dit aussi que dénoncer l’intégrisme libéral et le scientisme ambiant mérite quand même quelque salaire, et je ne suis pas d’accord : je dénonce aussi plein de choses, mais je fais ça sur mon temps de loisirs, à titre de centre d’intérêt, tandis que je travaille au service d’autrui, de quel droit ce type-là escompte-t-il salaire pour blablater sociologiquement ? Je ne pense pas qu’il a de « clients », donc il s’agit d’emploi public, payé par impôts réquisitionnés sous la menace, et ce n’est pas joli. Je confirme mon hostilité à ce Jacques Sapir.
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Polémique, 11/06/2016 :
    Je ne sais pas quoi penser de l'actuelle violence concernant la loi travail El Khomri, anti-populaire et anti-parlementaire même. Je ne suis pas du tout de droite mais je comprends que les employeurs privés français embauchent le moins possible car ils sont empêchés de débaucher si l'activité baisse. S'il y avait liberté de débaucher, il y aurait aussi beaucoup plus d'embauche (façon britannique), certes pas solide, et les gens ayant une place tendent à refuser ce système, mais pourquoi les gens sans travail (et les jeunes) refusent-ils cette voie ? J'ai l'impression qu'une majorité de nantis hurle pour le maintien de ses privilèges, et les jeunes hurlent aussi parce qu'ils entendent bénéficier des mêmes privilèges, ça me semble aveugle, mais c'est effectivement majoritaire. En face sont d’autres nantis exploiteurs prenant une part exagérée des richesses générées. Si on me demande de prendre parti pour un camp ou bien l'autre, je refuse donc et me déclare neutre, voyant le mal dans chaque camp sans m'y allier contre l'autre. J’ai l’impression que les sans-emplois et emplois précaires sont jaloux des emplois solides du privé qui sont jaloux des cadres supérieurs surpayés et des emplois éternels du public sans performance obligatoire ; à mon avis au contraire, ces privilèges mériteraient d'être tous cassés, l'état en déficit licenciant bon nombre de ses fonctionnaires, les grandes entreprises abandonnant les salaires énormes de leurs employés dirigeants, c'est le principe humbiliste encore une fois, anti-favorisés-injustement. Oui, la vie serait dure, mais elle est déjà dure pour les ouvriers chinois et nous ne méritons pas d'être mille fois plus opulents qu'eux simplement parce que nos aïeux les massacraient à coups de canons.
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Face à un keynésien, 29/01/2017 :
    Un ami, se disant partisan des thèses économiques keynésiennes, m’exprime un certain nombre d’objections, que je vais essayer de parer.
* « Suis-je libéral (déviant) ? ». Il me classait comme libéral car je suis contre les frontières économiques, et j’ai dit que ça me semblait de l’amalgame, comme je pourrais le classer libéral car il est pour la liberté de procréer/surpeupler alors que je préfère une décroissance de la population mondiale, avec partage équitable entre tous les (quelques) restants. Mais il n’est pas d’accord que je le dise libéral, il affirme que les mots ont un sens, que le libéralisme est une doctrine qui croit que le capitalisme fonctionne très bien tout seul. Mais… donc je ne suis pas libéral moi non plu’ : je ne suis pas spécialement partisan du capitalisme (je désapprouve les héritages, les fortunes aux commandeurs, l’exploitation du travail de peine par la finance, etc.). Je ne suis pas marxiste non plu' (n’aimant pas l’interdiction de la propriété privée, les privilèges aux apparatchiks, le fonctionnariat pour tous, etc.). En matière politico-économique, socio-économique, je suis à l'évidence "sceptique", réservé contre tout, sans idée claire quant à une voie correcte et crédible.
* « Certains bons travailleurs sont-ils improductifs ? ». Mon ami a été choqué que je dise que la police ou le contrôle qualité étaient improductifs, assurant une forme de paix/acceptabilité mais en coûtant sans produire. Il vient d’ajouter que "quand on fait de la comptabilité, les frais improductifs participent à la formation de la valeur ajoutée". Cela me gêne, car je ne crois pas à la valeur ajoutée, qui me semble un mode de racket ou vol légal, faisant payer davantage que ça ne coûte par simple décision arbitraire fixant le prix final. Participer à ce vol ne me parait en rien méritoire. Et si on fait de la pub, pour créer de faux besoins, des frustrations artificielles chez les non-acheteurs, cela se finance aussi par un surprix, donc ça participe pareillement à la valeur ajoutée, ce n'en est pas moins dégueulasse pourri à mon sens.
* « Les ouvriers français se sont-ils embourgeoisés ? ». J’avais cité à mon ami le mot de René Dumont disant que le prolétariat ici n’a plu’ mondialement une place de prolétariat mais de bourgeois profitant du vrai travail de peine sous-payé, et il est choqué. Il me dit que le temps de travail a été divisé par 4 en 60 ans, que c'est inéluctable, mais je ne suis pas d'accord : le très dur travail est parti en Chine et donc l'emploi industriel disparait en France. Ça ne nous annonce en rien un "paiement à ne rien faire" mais une ruine totale et proche, je crois. Sauf à nous faire domestiques complices des financiers exploitant le travail de peine, maintenant asiatique, et je n'aime pas ça du tout. En 1789, les domestiques des palais royaux espéraient le maintien des privilèges assurant leur bien-être relatif, je n'en pense pas moins que la justice était/est ailleurs, dans la suppression des privilèges, "aristocrates" ou "bourgeois" ou « occidentaux ».
* « Les français sont-ils privilégiés ? » Mon ami affirme que ne pas crever de faim n’est pas un privilège, et qu’il faudrait commencer par partager les grandes fortunes. Non, à mon avis, le privilège des ouvriers français par rapport aux ouvriers philippins est de faire 35 heures de travail hebdomadaire au lieu de 70, avec salaire mensuel médian de 700 litres d'essence au lieu de 7. Oui, la France s'est embourgeoisée et le travail de peine méprisé est maintenant ailleurs, principalement. Quant aux grandes fortunes non partagées, j’invite à faire le parallèle avec le petit baron en 1788 qui aurait vociféré "c'est une injustice et un scandale : le roi jouit de cent milliards de sous par an et moi d'un seul milliard, il possède un million d'hectares et moi dix mille seulement, taxant dix millions d'habitants et moi dix mille seulement, je dis non à l'injustice : non aux grandes fortunes !". La réplique évidente, façon 1789, étant "tais-toi, privilégié pourri aussi, riche à ne rien foutre qu'à racketter la population laborieuse, le problème principal n'est pas qu'il y a pire que toi mais le problème est aussi ta position de petit privilégié pareillement".
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La sombre farce du bonheur Prugien, 06/02/2017 :
    J’ai un désaccord persistant avec un ami, qui me répète deux éléments pour moi non convaincants (bien qu’en plein accord avec Wikipedia et l’ouvrage économique « en finir avec le libéralisme à la Française », voir avec les thèses keynésiennes en général) :
1/ un état n’est ni un ménage ni une société commerciale, il peut vivre richement et prospérer avec une dette croissante ou éternelle. 2/ un état est au-dessus des lois et peut se permettre des actes antérieurement classés illégaux.
Pour expliquer mon désaccord, je vais présenter une preuve par l’absurde :
    « Votez PRUG ! Le Paradis à la Française ! Moi, Jean-Marine Le Prof, enseignant super-supérieur à l’école supérieure des Hautes Etudes Economiques Et Ethniques Entièrement Envisageables (HE-6), je suis candidat à l’élection présidentielle 2017. Très au-dessus des querelles politiciennes gauche-droite et autres, j’incarne le Parti du Revenu Universel Gaulois. A l’instant même où je serai élu, la France sortira de l’Euro et adoptera la monnaie « le Franço » (1 Ç = 100€), multipliant aussitôt par 100 le PIB national (en ridicules dollars d’autrefois) ! Et multipliant par 100 pareillement le salaire de chaque employé ! Mais le travail salarié ne sera en fait plu’ nécessaire : grâce au Revenu Universel Gaulois (RUG = mille Ç/jour, trois mille fois supérieur au SMIC actuel, sans condition de travail aucune), plu’ personne ne cherchera du travail, ce sera le paradis pour tous. Fabuleux. Evidemment, les maudits sceptiques (encore en liberté, et en vie, avant l’élection) ont 2 objections, 1/ le financement pour ce faire ; 2/ l’immigration/non-compétitivité consécutive. Le PRUG répond avec la plus grande fierté et crédibilité : 1/ A l’instant de mon élection même, sera créée la BCG banque centrale gauloise, avec un capital de 10 puissance 999 Franço, attribués par décret. Celle-ci prêtera 10 puissance 36 Franço à l’état prugien chaque jour (milliards de milliards de milliards de milliards), sans difficulté aucune puisque le crédit crée de la monnaie. Et puisque rembourser un crédit détruit la monnaie, et que c’est mal quand l’état risque de manquer de monnaie, l’Etat se dispensera de rembourser, pour ne pas détruire la richesse. Géant ! Personne encore n’y avait pensé ! Cela assure à la France Prugienne des finances quasi illimitées. 2/ Tous les politiciens chantent fièrement notre hymne national « qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » mais sans nullement en mesurer le sens profond. Les Prugiens (dits aussi Françaëliens) remédieront à cela : le projet national deviendra d’égorger les étrangers et leurs enfants, bébés, tous coupables d’avoir le sang impur pourri, sales races ! (et tous coupables de haine anti-prugienne = racisme anti-sémigauloisisme, haine viscérale de la Race Élue que nous sommes !)… Les blonds à yeux bleus, descendants des envahisseurs vikings, seront éventrés. Les bruns à yeux sombres, descendants des envahisseurs romains et arabes seront décapités sous les hourras populaires. Les roux à yeux verts, descendants de sales Irlandais ou Vénitiens, seront démembrés à la hache, hi-hi-hi, on va bien s’amuser ! L’ONU applaudira car la France fera remplacer les dites « Nations Unies » par « les Régions Unies », privant de droit de véto les jaunes chinetoques et cow-boys moitié peaux-rouges pour les réserver à Ile de France, Bretagne, Occitanie, Corse, Alsace-Lorraine. Les fuyards imbéciles seront évidemment interdits à jamais de retour, et aucune immigration ne viendra affadir notre Paradis National, les comités d’exécution capitale régnant aux frontières, aéroports, gares (pour la Sécurité Nationale, valeur sacrée, valeur toute première). Tout cela au nom de la religion prugienne dont je suis le prophète, le Messie divin, et la Déclaration des Droits de l’Homme garantit pour toujours la Liberté de Religion ! Et paf, c’est gagné ! Et bien sûr le pétrole mondial (et cetera) sera réquisitionné au profit de la France Prugienne, aucunement payant pour les Français de Souche, fiers Gaulois triomphants ! Quant à la compétitivité nationale et la capacité à exporter : il n'y en aura aucunement besoin ! On n'enverra plu' du tout aux sales étrangers nos géniaux produits, on les gardera pour nous ! Et pas besoin de balance commerciale excédentaire ou quoi puisque nos finances sont illimitées, répétons-le ! Votez pour moi, offrant LA solution à tous les problèmes ! »…
    Hum, non, c’est une farce, une mauvaise plaisanterie, je pense.
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Un référendum très majeur ? 08/02/2017 :
    J’ai entendu dire qu’un syndicat (de fonctionnaires) exige un référendum « pour ou contre la fonction publique » (pour cesser de la rogner toujours plus, façon droite et gauche-droitisante à la blair-hollande-valls, mais convenir de sa profonde nécessité). Ce référendum qui est proposé/exigé me parait biaisé : il demande de choisir entre 2 mauvaises solutions je crois, la privatisation totale et ne rien toucher au système actuel. Je verrai les choses différemment : OUI à une fonction publique (travaillant sans chercher à amasser un maximum de fric) MAIS avec deux changements, 1/ l'interdiction de grève (façon allemande) puisque les fonctionnaires ne sont aucunement pressurés par un richissime patron exploiteur, 2/ la suppression du caractère "emploi à vie", l'état pouvant/devant licencier en cas de déficit. Avec le simpliste choix oui/non, ça interdit cette correction du problème, ce n'est pas juste. N'en déplaise au syndicat, oubliant apparemment de réfléchir de manière contradictoire. comme d'habitude.