J’OSE LE MÉTÉO-SCEPTICISME
par Atonn Hère, 21-29/07/2016

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  Avant-hier, mes parents recevaient une amie, climatologue retraitée, ex-professeur de faculté, et, au hasard des discussions, nous avons un peu parlé de climatologie. La conversation, à table, a été interrompue par un changement de sujet, ou bien j’ai dû me lever pour aller chercher le plat suivant, je ne me souviens plu’, mais je repense à cette conversation hélas inachevée, et je voudrais ici rendre cohérentes mes objections, complétées en un vrai argumentaire.

1- Reprise du débat global

A/ Je disais que la météo se trompe souvent.
B/ Elle répondait que ce qu’on appelle « météo » est une interprétation par des incompétents (moins chers à payer que de vrais météorologistes), tâchant vaguement de formuler des directions compréhensibles par tous les gens.

C/ Elle ajoutait que quand les archives montrent telle situation identique à la situation présente, on sait avec certitude quel sera le futur. Certes la projection climatologique à très long terme (années, décennies ou siècles) est basée sur des modèles, relative à des hypothèses, mais la prédiction météorologique dit ce qui sera.
D/ Je commençais à contester cette induction, logiquement fautive à mon avis, argumenté.

E/ Elle a tranché en disant que ces lois venaient de la physique qui est certaine, qu’il s’agit de connaissance incontestable.
F/ J’aurais voulu contester cela, mais la conversation était finie.

2- Point par point, de mon côté, a posteriori

AB : L’erreur météo
a) Je constate au quotidien que la météo annonçant pluie ou pas pour le lendemain ici se trompe souvent, peut-être entre 20% et 50% des jours, et je ne suis pas certain que la prédiction « au hasard » fasse beaucoup plus mal. Je n’ai en tout cas pas reçu la démonstration type pharmaceutique que ça marche mieux qu’un placebo (c'est-à-dire : significativement mieux que la grenouille-à-échelle des prédicateurs météo fantaisistes d’autrefois).
b) Je constate par ailleurs, avec la vogue récente des prédictions longues « à 5 jours », que ces prédictions changent donc s’invalident toutes seules, s’auto-invalident. Exemple : le dimanche 17, il est annoncé qu’il pleuvra ici le vendredi 22, c’est confirmé lundi 18, mardi 19 et mercredi 20, puis jeudi 21 la nouvelle prédiction est qu’il ne pleuvra pas ici vendredi 22, donc ça affirme fausses les prédictions antérieures pour ce vendredi 22, corrigées par l’évolution partiellement imprévue. Et le vendredi 22, il va s’avérer qu’il pleut ou ne pleut pas ici, invalidant de toute façon des prédictions formulées (soit celle du 21, soit celles des 17-18-19-20).
c) J’ai lu dans des articles ou livres, au sujet de la théorie du chaos, que (des scientifiques affirment que) la météorologie résistera éternellement au besoin de certitude, malgré l’accroissement vertigineux des moyens de calcul. Je crois qu’Huvert Reeves appelait ça l’effet papillon : peut-être qu’un battement d’aile imprévu d’un petit papillon en Australie (inconnaissable avec nos mesures) aboutira de proche en proche à modifier les paramètres locaux puis régionaux et au-delà, aboutissant à un cyclone frappant la Chine, imprévisiblement. On parle d’extrême sensibilité aux conditions initiales, et c’est ce qui limite théoriquement les prédictions au très court terme, l’incertitude grandissant vertigineusement à long terme. Les phénomènes chaotiques ne sont guère prédictibles.
d) La météo moderne a l’honnête humilité d’être assortie de risques, degrés de confiance, probabilités, et cela ne traduit pas une connaissance certaine, mais très clairement une approximation admise pouvoir se tromper un peu ou beaucoup. D’ailleurs, sans cela, si la météo avait prétendu à la crédibilité (faillibiliste) de loi scientifique, elle aurait été réfutée, invalidée, à la première erreur, qui s’est effectivement produite, et répétée plusieurs fois.
  Tout ceci fait que je doute très fort que l’erreur météo soit le fruit d’une incompétence bon marché : à mon avis, c’est intrinsèquement que la situation est incertaine.

CD : l’induction fautive
e) Le fait d’avoir constaté 3 fois telle distribution de pressions, températures et vents (directions et intensités), avec le même résultat, implique-t-il que si l’on rencontre une 4e fois cette distribution, le résultat sera encore le même ? Non, c’est une faute logique, qui s’appelle l’induction = généralisation à tort. Comme l’expliquait Karl Popper, si j’ai observé 100/100 cygnes blancs, ça ne prouve en rien que tous les cygnes sont blancs (le 101e pourra être noir – et même si l’hypothèse « tous blanc » est prétendument validée sur 100/100 autres cygnes, il n’empêche que le 201e pourra parfaitement être noir). Ceci s’applique a priori, indépendamment des réserves techniques en termes d’incertitude ou approximation, qui font qu’on a pu classer abusivement « égales » des situations proches mais « distinctes à un haut niveau de précision ».
f) Personnellement, j’ai taillé en pièces l’induction, sous différentes formes :
. La certitude absolue par généralisation n’était crédible qu’avec la précision (changeant tout) « jusqu’à preuve du contraire » ; le préambule à la loi généralisée « on sait que » devient alors (en cas d’honnêteté) « on croit que ».
. La certitude probabiliste est aussi mathématiquement fausse : si, 3 fois sur 3, on a eu tel résultat ainsi, il est faux d’assurer que la probabilité/fréquence d’un résultat autre est forcément < 1/3 (< 33%). Si la proportion de résultat autre était bien supérieure, par exemple 2/3 (= 67%), le résultat 3/3 ainsi pouvait parfaitement être obtenu, sans aucun mystère ni anomalie (dans 3,6% des cas, dit mathématiquement la loi binomiale, dénombrant par combinatoire les cas, posés équiprobables).

. La certitude binomiale est aussi problématique : avec la loi beta inverse, on détermine l’intervalle de confiance de l’affirmation en fonction d’un risque librement choisi,

mais d’une part le choix de cette valeur chiffrée de risque (ou confiance) est arbitraire, contestable, d’autre part il s’avère que le détail du calcul concerne un modèle souvent inadéquat (tirage avec remise, ou population statistique infinie). Par ailleurs, historiquement, les savants employaient même une approximation statistique « normale » qui conduisait (selon moi, insoumis) à des aberrations évidentes (pluviosité possiblement très inférieure à zéro, etc.) mais les savants n’en prétendaient pas moins maîtriser le risque, leur place ressemble donc davantage à celle d’escrocs dominants qu’à celle de sages convaincants.
g) On peut modéliser l’erreur météo, la prouver au moins possible. Par exemple, les archives emploient un maillage de pressions tous les 10 km au sol et tous les 100m en altitude ; cela donne un cadre ignorant les détails, peut-être capitaux, situés entre deux mailles. En ce sens, l’exposé des mailles est un aperçu, non une connaissance détaillée. La similitude d’aperçu peut donc passer à côté d’éléments majeurs à caractère causal essentiel, décidant du futur. La prémisse « ça ressemble à… » devrait conduire à la conclusion « on peut penser que… », alors qu’est erronée la conclusion « on sait donc que, incontestablement, le futur sera… ».
h) Sur le principe, le futur est inconnu, les éventuelles régularités passées n’impliquent en rien qu’il y a obligation du futur à faire pareil. L’enseignement scientifique, en ce sens, est surtout une usine à crétins croyants (généralisant infantilement, ou bestialement). Certes, cet enseignement peut suffire sociologiquement à donner des statuts glorifiés mais c’est nul en valeur de vérité logique.

EF : la science physique crue à tort
i) C’est une certaine philosophie, spécifiquement, qui aboutit à la certitude prétendue : le scientisme (« la vérité, toute la vérité, réside dans la science »). Je crois que c’est actuellement rejeté comme une utopie naïve du 19e siècle (ou 1850-1920 ?), faussement affirmative. Au début des années 1980, à l’épreuve de philosophie au bac scientifique, je disais au contraire (sans rien inventer personnellement) que « les prétendues lois scientifiques sont des théories en instance de réfutation expérimentale (même si l’une d’elle était juste, éternellement, on ne pourrait pas le savoir) ».
j) Depuis, j’ai découvert (dans les livres extra-scolaires) les nouveaux épistémologues comme Thomas Kuhn et Paul Feyerabend, qui expliquent dans le détail comment s’imposent et changent les théories dominantes, de manière plus sociologique qu’expérimentale/logique. A mon travail (technique, microbiologique), j’ai été confronté aux lieux communs méconnus en externe, selon lesquels les dites lois scientifiques sont les préférences subjectives des « leaders d’opinion » qui en imposent à leurs collègues dans les congrès. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de discuter sérieusement avec un de ces grands dominants internationaux, (en Anglais car je ne parle pas Hollandais) et j’ai été effaré qu’il s’agisse de ce que j’appelle « un malhonnête homme » : complètement indifférent aux erreurs mathématiques totales, sous réserve qu’elles soient officielles et à l’avantage financier de son groupe. La célébrité/dominance (faisant loi) n’a donc que peu (ou rien) à voir avec la crédibilité.
k) En biologie, il est bien connu que les prétendues vérités éternelles d’autrefois (comme « les staphylocoques sont sensibles à la pénicilline ») ont été invalidées, changeant avec le temps, les générations microbiennes, etc. Des enseignements universitaires que j’ai reçus avec « contrôle de "connaissances" » sévère (sur la détermination des caractères par l’ADN notamment) sont maintenant classés fautes éliminatoires pour les nouveaux étudiants (ils venaient du bagou commercial, sensationnaliste, pour vendre la recherche en séquençage d’ADN humain). Même en sciences physiques pures, il y a quantité d’hypothèses « admises mais douteuses », avec des exceptions « ad hoc » pour ne pas admettre que l’expérience contredit la théorie dominante (subjectivement jugée la meilleure quoique imparfaite).
l) Toutefois, chez les climatologues apparemment, chez les biologistes en tout cas, continue à régner l’illusion scientiste « les maths sont parfaites, les sciences physiques sont leur correspondant matériel, les autres sciences progressent en certitude pour les rejoindre ». Au contraire, les maths sont relativistes sans affirmation absolue, et j’ai philosophiquement démontré que les sciences expérimentales ne tiennent pas debout, oubliant qu’elles présupposent arbitrairement l’axiome réaliste, avec le rejet (faussement démontré par les Cartésiens) de l’hypothèse du rêve, pour cacher que les scientifiques sont des croyants (un peu comme les religieux, les deux étant d’ailleurs compatibles). Et j’ai cassé mathématiquement les outils statistiques essentiels des sciences (faux calcul d’écart-type estimé, démonstration à tort de normalité, erreur dans les démonstrations par non-significativité) – je n’ai pas creusé l’impact sur les sciences physiques, mais ça pourrait invalider la thermodynamique donc peut-être la climatologie.

3- Bilan

  La climatologue que j’ai rencontrée croit avec certitude détenir la connaissance météorologique, et je conteste qu’il y ait là connaissance incontestable (je pense que c’est plutôt comme la connaissance du Coran, qui peut être certes parfaite en récitation mais sur une base peut-être fausse).
  Sur un plan personnel, je souris et je lui accorde le droit de se tromper. Toutefois, sur un plan plus général, il ne serait pas absurde de mettre en question la compétence professorale/diplômante et le salaire associé, pour de simples croyants semblant avoir oublié de réfléchir (avec intelligence critique).

************ Objection « court terme » et réponse (09/08/2016)
  Un ami me demande quelle est mon explication de la relative efficacité à court terme de la prédiction météorologique – ce qui vaut objection à ma semi-démolition.
  Or j’ai cette explication, je crois : l’inertie. En effet, si un nuage se déplace vers le plein Nord actuellement, « calculer » qu’il sera un peu plus au Nord demain marche souvent, quand supputer qu’il continuera sur ce chemin très durablement est très risqué. C’est le principe de l’induction cumulative : si je pioche 100/100 haricots blancs, dire que « tous les haricots sont (et seront) blancs » est l’induction pure mais dire que « la purée des haricots tirés est (et sera) blanche (blanchâtre avec incertitude admise) » est l’induction cumulative. Effectivement, même si le 101e haricot est noir, la purée restera blanchâtre, idem pour le 102e, par contre avec le temps et les tirages successifs, peut-être qu’on va tendre vers une purée noirâtre, la logique dit que l’on ne sait rien, mais l’induction « façon météo » n’y croit pas et affirme sa prédiction blanchâtre, assez crédible à court terme, totalement incertaine à long terme.