nutrition en question

Scepticisme nutritionnel
par Reub El Andézakor, 30/07/2019

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  Il y a quelques années, dans l’entreprise où je travaillais, avait lieu une réunion d’information (facultative hors temps de travail) avec un titre comme « bien manger pour sa santé ». Je n’ai nullement été convaincu par cette conférence, et il me parait utile de tracer mes idées en désaccord aujourd’hui.

1/ Quantitatif contestable
  Le diététicien professionnel qui faisait l’exposé affirmait qu’il faut s’efforcer de manger des choses de très bon goût (même si c’est un peu cher), ainsi on ne mange pas trop (on ne grossit pas trop) et sinon on compense le manque de satisfaction qualitative par une satisfaction quantitative en mangeant énormément (ce qui fait grossir). Or mon expérience est totalement opposée à cette affirmation prétendue experte incontestable : ce qui est très délicieux, j’en reprends, encore et encore (l’envie pouvant aller au-delà de la satiété), alors que ce qui est mauvais, je n’en mange pas ou presque pas (m’arrêtant dégoûté avant satiété), escomptant que je mangerai mieux la prochaine fois. C’est une évidence que je crois universelle ou presque, et pas une particularité personnelle : si on vous sert à manger (au travail par exemple) du caca immonde en grande bassine, vous n’allez absolument pas « en dévorer des tonnes parce que c’est mauvais ». Le modèle « compenser le manque qualitatif par du quantitatif accru » n’est pas totalement idiot, mais ça ne s’applique pas à l’alimentaire humain je crois ; un agriculteur peut lui dire : pour produire 100 unités, j’ai besoin de 1 hectare excellent ou bien 10 hectares médiocres, mais ça ne s’applique nullement partout. Ici, pour le diététicien, je soupçonne un mensonge stratégique : il aura grand succès (auprès de ses clients payeurs) en remplaçant l’idée de régime dur/sévère/privatif par un régime annoncé délicieux (même si ça ne marchera pas, en fait, imposant séances de consultation encore et encore, payantes…).

2/ Scientisme aberrant
  Juste avant d’aller à cette conférence, j’avais lu un article vulgarisateur dans Science & Vie disant quelque chose comme « les instructions internationales en matière (d'apport alimentaire journalier recommandé) lipidique ont complètement changé récemment : l’idéal faisant consensus n’est plu’ 95% d’acides gras insaturés et 5% saturés mais après les dernières observations : 40% insaturés et 60% saturés ». J’ai donc posé une question dérangeante, après l’exposé magistral : « vous dites que la Science commande telle proportion mais j’ai lu que la Science vient de changer d’avis complètement, et donc risque de changer encore demain, où est la crédibilité là-dedans ? ». Le conférencier, connaissant le sujet en question, a répondu que ce qu’il nous présentait ne prétendait pas constituer « la vérité absolue éternelle » mais formait simplement « la vérité scientifique du moment ». J’ai souri, sans objecter publiquement, mais le mot « vérité » est abusif dans ces conditions, le mot approprié est « croyance ». Et une croyance est facultative théoriquement, récusable, réservée aux croyants et crédules, sans intelligence critique.

3/ Mon expérience
A/ A mon âge je suis en surpoids, après avoir été un enfant anorexique : le plus petit et le plus maigre de la classe durant toute ma jeune enfance. Le basculement entre les deux n’est pas survenu par boulimie névrotique adolescente, mais s’avère la conséquence de surdose médicamenteuse à 35 ans en sortant de l’hôpital (avec 23 cachets par jour imposés « médicalement »). Ça ne semble pas très « logique » mais c’est un vécu comme un autre.
B/ Concernant ma petite enfance, j’ai le souvenir clair que j’avais une horreur terrifiée devant le « pas bon » obligatoire, et cela concernait la plupart des aliments. J’avais une aversion totale pour ce qui est affiné (fromage, vins/cidres/bières, saucisson et jambon cru, olives, raisins secs, etc.) ainsi que la famille tomate/poivron/piment et banane/jacquier – il y a peut-être une molécule en commun, qui me dégoûte personnellement (le test à la phenyl-thio-urée m’a démontré en classe scolaire que nous n’avons pas tous le même goût). Mais je n’aurais pas été famélique si j’avais pu choisir la composition des repas, façon Restau-U en self-service à 18 ans ou célibataire seul à 34 ans ; je comprends que les nécessités en famille « nombreuse » ne permettent pas cette personnification des menus, mais c’était à mon avis une fausse anorexie. Et, quand ma femme a voulu que nous adoptions un enfant, il est injuste que la psychologue (délivrant l’agrément) m’ait envoyé en consultation à l’hôpital psychiatrique pour « inquiétante anorexie autrefois non prise en charge par psychiatre »… Abus faussement scientifique/médical.
C/ A la réflexion, j’ai pu regretter mon partiel refus de manger étant enfant (et le « pas très bon tolérable sans vomir » aurait pu/dû être accepté) : plus tard à 15 ans, à la naissance de mon cœur, j’aurais voulu être un grand gars athlétique, qu’aurait (peut-être) aimé l’élue de mon cœur. Mais c’était trop tard. A posteriori maintenant, je relative ce sentiment : je désapprouve la bestiale tendance féminine à préférer le fort (ou le riche). Je préfère la féminité imaginaire qui choisit « le plus gentil ». Aucun lien avec l’alimentation, là. Mais cette lucidité mienne intervient trop tard : je suis mort à 15 ans et demi – confirmé à 34 ans après décennies de tristesse fidèle, « no life ».
D/ Je comprends le souci maternel de donner aux enfants une alimentation équilibrée garante de bonne santé, mais je pense pouvoir objecter maintenant. C'est toute une histoire. Quand j’ai commencé à travailler (à temps complet), à l’âge de 20 ans, il fallait amener à midi son repas, réchauffable en faisant très longuement la queue pour le seul four disponible. Alors chaque midi je mangeais sans chauffer : un petit pot de fromage blanc sucré et une pomme, seulement et ça me suffisait. Et le soir chez moi : omelette aux pommes de terre ou œufs sur le plat, ou parfois une conserve de lentilles ou de petit pois-carottes, avec un yaourt sucré (ou crème lactée sucrée, je ne me souviens plu’ si ça existait déjà). Je n’ai jamais acheté ni viande ni légumes frais, durant deux décennies (avant mariage). Sans problème de santé quoique clament les nutritionnistes avec leurs dogmes sur la variété obligatoire des menus, sans examiner mon cas donc par induction (généralisation abusive, prétendant faussement à la vérité indéniable).
E/ Lors de ma première visite devant le médecin du travail, le vieux docteur proche de la retraite s’est montré inquiet que je sois un jeune homme seul se faisant lui-même à manger. Il a demandé ce que je cuisinais et j’ai répondu : « euh, par exemple des œufs… ». Il a alors paru paniqué : « COMBIEN d’œufs par semaine ??! ». A l’époque j’achetais (et mangeais) 18 œufs par semaine mais j’ai pensé qu’il allait crier si je le disais, alors j’ai un peu menti : « je sais pas : environ 12… », et il a hurlé « Non ! C’est mal ! PAS PLUS DE 2 œufs par semaine ! Obligé ! C’est du cholestérol presque pur ! Du bouchon pour les artères ! ». Il m’a prescrit aussitôt une quinzaine d’analyses sanguines, pour un bilan lipidique devant prouver que je devais immédiatement changer d’alimentation, avant infarctus imminent (s’il n’était pas déjà trop tard) ! Mais mes analyses au labo de la ville voisine se sont avérées toutes normales, sans aucune alarme. A mon avis, les publications « scientifiques » anti-œufs portent sur des gens gros surconsommant et en plus mangeant beaucoup d’œufs, c’est immensément différent du cas d’un mince jeune homme mangeant peu et presque que des œufs, la généralisation des cris anti-œufs est abusive (je ne sais pas si avait cours à l’époque le dogme du « devoir de précaution » ou le « parapluie » médical pour se couvrir en condamnant tout risque même non avéré). J’ai aussi entendu dire que les diététiciens français ordonnent 2 œufs maximum par semaine, alors que ce chiffre monte à 14 pour leurs collègues étasuniens : il s’agit de consensus/dogmes locaux et pas de preuve objective, donc.
F/ Personnellement, je ne sais pas ce que signifie le terme « avoir faim », et je ne suis pas un nanti n’ayant jamais eu le ventre vide pour dire ça : pendant les vacances d’été 1998, j’ai arrêté de manger durant un mois (peut-être comme le Bouddha, Jésus, Mahomet), car je voulais baisser mon poids pour atteindre la dose létale d’un produit que j’avais trouvé pour m’euthanasier (dose létale exprimée en mg par kg de masse corporelle). Je buvais de l’eau car la soif aiguë est insupportable mais ne pas manger ne donne que mal de tête (et avec un cachet d’aspirine par jour c’était supportable), enfin j’avais des envies de « mille-feuille » ou autre sucrerie (que je m’imposais de ne pas acheter), mais je n’aurais jamais exprimé le souhait de manger n’importe quoi même mauvais (fromage, caca, etc.). En pratique courante, sans période suicidaire active, je ne mange pas par « faim », mais par habitude ou par envie de quelque chose. Je ne sais pas si c’est anormal humainement (pour la partie bestiale en nous). Quand j’ai été hospitalisé deux ans (1998-2000), j’étais devenu très maigre « faisant peur » aux visiteurs, simplement parce que je ne mangeais pas tout aux repas hospitaliers : une diététicienne calculait certainement les rations pile pour couvrir les besoins quotidiens ni plus ni moins mais à supposer qu’on mange tout ce qui est proposé, or je ne mangeais ni choses au fromage ni à la tomate etc. sans ressentir de manque (j’étais frustré de ne pas avoir assez de « sucré », mais ça ne m’aurait en rien fait manger du fromage, horreur).
G/ Dans les années 2000, une docteure nutritionniste avait commencé à me donner un régime, puis elle a dit qu’elle ne pourrait rien faire contre mon surpoids tant que je prendrais ces médicaments. Mais dans ces quelques semaines d’essai, j’ai été frappé par le mécanisme appliqué : condamner/culpabiliser tout ce qui est bon, quelles que soient les quantités. Je n’y crois pas, à mon avis le nombre de calories est une combinaison linéaire Somme(Masses*Indices), les indices forts n’étant pas graves en soi si les quantités correspondantes sont faibles, mais ce n’était pas pris en compte, le principe étant la diabolisation du sucré, du gras, du salé. De même, je soupçonne une aberration dans la condamnation des « sucres », certains carbohydrates dits sucres n’étant pas nécessaires à ma satisfaction (glucose, fructose, lactose, maltose, etc.) tandis que je n’ai besoin ressenti que du plaisant à goût sucré (saccharose).
H/ Cette année 2019, j’ai vu la publicité télévisée multi-quotidienne pour un régime amaigrissant fournissant les repas à domicile et garantissant qu’on perdra du poids en mangeant nos plats préférés, mais je n’y crois pas. A mon avis, c’est un jeu de mots pour « préféré dans la liste fournie », et s’il n’y a rien que j’aime, je ne mangerai pas, donc maigrirai effectivement, mais il est faux de croire que j’aurai mangé ce que j’aime. Ça me rappelle une arnaque marketing au sujet d’un CD d’exercices de code de la route, acheté d’après son slogan « faites les tests à votre rythme ». Mon but était d’interrompre les questions une fois posées, pour discuter/expliquer posément à la néo-francophone apprenante, mais en fait il s’agissait d’exercices « à la vitesse de l’examen », non modifiable (sans interruption possible avant de répondre), tandis que l’acheteur pouvait « à son rythme » faire un examen par mois ou dix par jour, on ne parlait pas de la même chose, mais ils avaient vendu le truc en profitant de la confusion manquant de clarté. Je pense que c’est pareil pour les régimes amaigrissants « mangez comme vous aimez ». Arnaque (ne marchant que pour les gens aimant tout ou mangeant sans difficulté le mauvais goût).

4/ Bilan
  La nutrition semble finalement un domaine où interviennent plusieurs illogismes pseudo-scientifiques pour affirmer comme vérités indéniables ce qui s’avère finalement n’être que des opinions contestables.

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Ajout 07/12/2019 : Torture
   Je lis ce jour une nouvelle MSN effarante, pas vue à la télévision ( https://www.msn.com/fr-fr/actualite/faits-divers/un-enfant-ne-mange-pas-de-viande-il-est-exclu-de-la-cantine/ar-BBXSjYx?MSCC=1575692955&ocid=spartandhp ) : un enfant aurait été exclu de la cantine scolaire car il ne mangeait pas de viande, même en ne demandant rien à la place. Ce qui signifie que si les parents ne peuvent pas se libérer à midi pour le recevoir, non seulement il ne serait pas nourri, mais laissé à l’abandon dans les rues… Cela aurait pu m’arriver au CM1, au CM2, en sixième, années où j’étais demi-pensionnaire et plu’ externe.
   Il est dit que le règlement intérieur de la cantine stipule que les enfants doivent goûter à tout. J’assimile cela à une forme de dictature, de viol, écrabouillant le droit de refus-sans-violence. Pour moi, de tous temps, le fromage et les autres produits affinés (saucisson, vin, olives, etc.) ont toujours été une abomination vomitive, pourquoi la « loi » me forcerait-elle à cette souffrance vécue comme abomination ? Enfin, si c’était organisé comme l’œnologie avec récipients pour recracher, ce serait envisageable : mettre un micro-bout dans la bouche, berk, et recracher tout de suite (en vomissant éventuellement, en plus), mais non, il faut avaler, obligatoire. C’est pour moi de la torture explicite, atroce.
   Je suis entièrement solidaire du petit garçon et je serais d’avis de poursuivre en justice les commandeurs monstrueux. Hélas la justice est toute pourrie (je le sais par expérience), et ce n’est donc pas la peine, les monstres se donneraient raison entre eux, pour me condamner aussi, encore.

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Ajout 02/03/2020 : Les même publicités encore et toujours
  H’/ La publicité en question (sous diverses variantes) continue à très haute dose en 2020, rencontrant visiblement un immense succès la finançant. Ce que je disais au paragraphe H me parait rester entièrement valable, j’ajouterai seulement deux points :
a) J’envisage que le principe soit sur le mode hospitalier (fin de paragraphe F) : j’imagine que l’acheteur doit s’engager à ne rien manger d’autre que ce qui est fourni (sinon il ne maigrira pas et ne pourra en accuser le fournisseur de régime amaigrissant) et doit s’engager à tout manger (sinon il sera carencé en mauvaise santé, ce que les médecins pourront faire condamner). Bref, j’imagine qu’il s’agirait de remplacer l’alimentation aimée (sans perte de poids) par une alimentation perçue comme mauvaise (avec perte de poids mais insatisfaction chronique, le label “comme j’aime” étant une revendication marketing mensongère, un label clamé et non un sentiment du client exprimé par chacun – même si 1% ou 10% peuvent témoigner ainsi sans mentir, choisis pour les publicités). Une des variantes de cette publicité, avec une célébrité médiatique, disait que c’est bon et pas privatif, par exemple il avait mangé des lasagnes, fournis et très délicieux, or moi je n’aime pas les lasagnes et n’en aurais pas mangé, ce qui fait maigrir certes mais n’est pas comme j’aime du tout. Et s’il y avait ce jour-là “choix” personnel (au nom du “comme j’aime” revendiqué) avec de la choucroute, je n’aurai mangé ni de l’un ni de l’autre (je n’aime ni fromage ni vin). Enfin, je ne garantis pas que c’est ainsi que ça se passe, mais en tant que “gavé par la publicité” j’exprime mes doutes très forts (qui seraient à confirmer pour un jugement finalisé si c’était autre chose que des idées brutes émises comme ça en réaction).
b) Un autre élément-clé de cette publicité est la “satisfaction garantie”, qui me fait penser à une alliance entre nutritionnistes commandeurs et jeunes loups du marketing agressif. J’envisage (ou ai entendu, je ne me souviens plu’) un mécanisme comme ceci : “si vous n’êtes pas satisfait, nous vous remboursons à 100% ! c’est ça la satisfaction garantie !”. Mais ça ne me convint pas du tout : un usager mécontent reste mécontent ; si en plus il a perdu de l’argent il sera très mécontent, s’il est remboursé il ne sera qu’un peu mécontent, mais en rien satisfait, toutefois cette pratique argumentaire erronée doit passer entre les mailles des poursuites pour publicité mensongère, les textes de loi étant souvent aberrants, voire idiots, profondément (en interdisant de le dire, contester une chose jugée étant classé crime…). Pourriture totale.

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Ajout 28/07/2020 : Mise à jour vulgarisatrice
  J’ai aperçu dans un Science & Vie, lu en voyage, que les connaissances en matière d’obésité progressent, une étude d’imagerie cérébrale venant de montrer que manger trop ne venait pas d’un manque de sensation « satiété » (en mangeant n’importe quoi), comme cela était professé jusqu’à présent (au nom de la Science), mais d’une hyperactivation du circuit de plaisir/récompense (en mangeant telle chose, trop). Cela rejoint l’évidence que j’énonçais au début de ce site en contestant le prétendu expert : ce qu’on dévore n’est pas le très mauvais mais le très bon.
  En re-parcourant des Science & Vie lus cet été à la recherche de la référence précise du micro-article en question (pas retrouvé, hélas, peut-être dans un numéro laissé sur place), j’ai aperçu un autre petit article intéressant : dans le n°1186 de Juillet 2016 page 132 « Pourquoi n’aime-t-on pas certains aliments ? », et je suis encore en désaccord avec la prétendue Science (de l’époque). En effet, les « experts » répondaient que c’est « la faute à l’évolution ! » : nos ancêtres fuyaient les saveurs amères et acides, associées à l’époque au toxique et à l’avarié donc au dangereux/mortel, ce dont nous garderions la trace universelle ; pour les cas moins universels, c’est attribué à l’éducation, l’adulte n’aimant pas ce que ses parents ne lui ont pas fait goûter entre les âges de 4 mois et 3 ans. Non, c’est faux, j’ai découvert en allant aux Philippines plein de fruits inconnus à goût surprenant et très délicieux, et un autre infect (pour moi seul), ça n’a rien à voir avec la nouveauté. A mon avis, ça peut être lié à la présence de récepteurs particuliers à chacun au niveau des papilles gustatives, aléa génétique par exemple. Ainsi, tandis que mes parents ont fait goûter les mêmes aliments au même âge à moi-même, mon frère ainé, ma petite sœur, je suis le seul à avoir horreur de l’affiné, et mon frère : du poisson. Une autre explication personnifiante me vient de ma mère : elle dit que, si j’ai horreur de la banane, c’est que – quand j’étais très petit enfant – j’ai dû ingurgiter un antibiotique infect qui était édulcoré très fortement à la banane, me faisant associer pour toujours les deux sensations « goût de banane » et « goût abominable ». Peut-être est-ce vrai (pour banane et peut-être jaquier vaguement voisin ?), quoique ça n’explique apparemment pas mon aversion envers deux autres classes d’aliments : fromage/vin/bière/saucisson/olives (affiné), tomate/poivron/piment. Ce n'est pas universel darwinien, non, mais ce n’est pas social propre à mon milieu ou ma famille, non plu’. C’est ultra-personnel, comme apparu aléatoirement au sein d’un groupe. Autre démenti de l’affirmation « 4 mois à 3 ans » : la plupart des parents ne donnent pas aux petits enfants de café ni d’alcool, or ça n’empêche pas la plupart de ceux-ci de devenir des adultes aimant beaucoup cela.
   Plus anecdotique, je noterai une variante Hʺ de la publicité que je décriais en H/H’ : maintenant, elle dit comme un des points géniaux « on n’a surtout plu’ besoin de réfléchir à ce qu'on doit manger (tout est livré) », mais… évidemment que ça me ferait maigrir puisque je refuse le pas-bon affreux et serait donc en carence alimentaire ne mangeant pas tout (comme à l’hôpital, voir F). Ces privations (interdisant le bon, même en petite quantité) seraient pour moi une torture, pas un idéal, et je condamne donc cette réclame comme mensongère (en satisfaction-client). A mon avis, manger ce qu’on me commande de manger est un cauchemar me rappelant l’enfance, c’est l’exact contraire de ce que j’aime (comme une prostituée peut-être dégoûtée de coucher avec qui on lui dit, c’est l’exact contraire de l’amour – de cœur/sentiment – c’est militariste bestial méprisant la respectabilité de goût individuel).

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Ajout 12/08/2020 : Paradoxe complexe
  J’ai souvent entendu le dicton « la gourmandise est un vilain défaut » mais, à la réflexion, je pense que la gourmandise m’a « sauvé la vie », involontairement. Je vais essayer d’expliquer, pas à pas, la réflexion étrange qui me conduit à cette conclusion.
A/ De l’âge de 15 ans à 36 ans, j’étais considéré « en dépression » par les docteurs, généralistes et psychiatres. Cassé par celle que j’aimais, et infiniment fidèle, je ne vivais pas, je n’étais plu’ qu’un légume. Je songeais chaque jour au suicide, quoique ce soit interdit pour ne pas culpabiliser l’aimée (à supposer qu’elle soit informée de ma mort et ne s’en fiche pas éperdument). Je ne sortais pas, je n’avais pas de vie amoureuse, rien. « No life » m’a-t-on dit que s’appelait cet état, en psychiatrie.
B/ J’ai entendu dire qu’aux USA, les Amérindiens trainés en esclavage mourraient en masse, par désintérêt total envers cette vie-là. De même, avec la crise Covid19 cette année, il a été signalé qu’un grand nombre de personnes âgées françaises, privées de visites par le confinement ordonné, sont mortes de chagrin, ne trouvant plu’ de raison de vivre. Je signalerai aussi qu’il parait envisageable (quoiqu’il soit interdit légalement de l’affirmer voire de l’envisager sérieusement) que la Shoah a consisté à ce que les Juifs trainés en esclavage se soient laissé mourir en masse (d’où des dizaines de milliers de survivants des camps prétendus d’extermination, même après plusieurs années de présence, ayant simplement trouvé la force de vivre peut-être, eux anormalement). Pareil au Cambodge Khmer Rouge, où trainer en esclavage les « bourgeois » (et porteurs de lunettes) les a conduits à mourir en masse (avec quelques milliers d’exécution par arme mais immensément davantage de morts : un million). Bref, il semblerait que quand on ne trouve pas de raison de vivre, on meurt.
C/ Pourquoi ne suis-je donc pas mort de désintérêt total pour la vie, moi ? (entre 15 et 36 ans – ou bien en tant qu’adulte libéré des pressions familiales : 20 à 36 ans). Il se trouve que j’aimais bien le sucré, et quelques petits trucs agréables à manger. Ainsi je me faisais une omelette aux pommes de terre tous les soirs, un gâteau au yaourt mi-cuit (ou un flan-coco) chaque week-end, je mangeais un yaourt nature très sucré chaque midi, je me faisais parfois des coquillettes au sucre ou bien du riz au beurre salé. Par gourmandise, sans aucune volonté de vivre absolument, mas la survie physique semble avoir été un effet secondaire de cette gourmandise bénigne, vécue comme anodine sans grand intérêt (et sans culpabilité).
  C’est différent maintenant : après ma seconde tentative de suicide, à 34 ans et demi après 15 ans et demi, j’ai passé deux ans en hôpital, réanimation puis réapprendre à marcher, et j’étais très très maigre à l’hôpital à ne pas manger le pas-bon, mais gavé de médicaments en sortant finalement [avec 28 pilules par jour] je suis devenu obèse. Et maintenant, ma gourmandise est culpabilisée, comme m’empêchant de revenir à un poids normal. Entretemps, en situation de faiblesse, je me suis inscrit à une agence matrimoniale, je me suis marié, je ne suis plu’ dépressif, seulement très gros, gourmand, et mon épouse me dit que cette gourmandise, qui fait partie de moi depuis toujours, c’est mal. Voilà le tableau de mon point de vue personnel, sans l’ombre d’un rapport avec les diktats des nutritionnistes se prétendant savants et incontestables – si je les avais écoutés, je serais mort, simplement.