Version à image moins réduite d'un court article rédigé pour le magazine de l'usine : (01 Mars 2011)

La passion de Christophe Meunier : l’aviation imaginaire


    Dans les années 1970, un loisir usuel des garçons peu sportifs était le montage de maquettes d’avions célèbres. Cette activité enfantine, calme et manuelle, dirigeait vers le métier de technicien : respecter des instructions de montage, améliorer des détails, organiser un micro-atelier de construction et peinture… Au fait, pourquoi cet intérêt aéronautique sans lien avec le vol (pilotage, parachutisme, transport rapide) ? simplement par goût visuel envers les élégances aérodynamiques, que présentent les avions, en plastique ou en image. Mais avec la rêverie adolescente, l’esprit adulte de loisir libre, ceci a chez Christophe débouché sur une voie hérétique : le maquettisme irréaliste, et le dessin créatif associé. Le principe est, par exemple, de doubler un Airbus en étrange bifuselage côte à côte, rendre monomoteur asymétrique un classique avion bimoteur, enlever armes et moteurs à un bombardier pour en faire un joli et paisible planeur, générer une caricature d’avion à gros œil (verrière venue d’échelle supérieure), transformer en animal octopède un avion à nom d’araignée, etc.
    Une récupération historique était possible, car des avions bizarres ont parfois été construits, ou proposés avant refus par les autorités, et les ouvrages aéronautiques en présentent maintenant, de nouveaux fabricants de maquettes en proposent. A titre amateur, Christophe a écrit 5 tels ouvrages puis des sites Internet, illustrés de dessins personnels d’après plans, avant de revenir au doux délire 99% imaginaire.
    Plusieurs voies, en pratique : le maquettisme bien sûr, le dessin vectoriel sur ordinateur (voie la plus facile), le trucage informatique de photos d’avion, l’analyse dépassant les frontières de l’absurde (technique en justifiant le précaire hydravion-prao asymétrique, taxonomique en décomptant un million de définitions discordantes du mot aéronautique « bipoutre », etc). C’est une forme de sourire inusuel, de rêverie ne faisant de mal à personne : dans un prototype virtuel à propulsion mentale aucun pilote ne risque sa vie, dans un dessin personnel semi-humoristique aucun investisseur ne perd d’argent.
    Grâce à Internet, il s’est avéré que Christophe n’est pas seul au monde dans cette voie fantaisie, qui semble très commune au Canada (what-if modelling : maquettisme « et si jamais… »). Dans ce microcosme ludique, Tophe est le pseudo-expert en aéronefs bipoutres et asymétriques, d’autres installent sur leurs maquettes d’avions célèbres des empennages en T ou en V, des ailes biplanes antiques, des rotors autogires, des trains d’atterrissage pantalonnés, des couleurs de pays imaginaires, etc. Tous se disent fous, pour rire, se sachant condamnés par les sévères maquettistes orthodoxes, rigoristes reproduisant avec pointillisme les machines des musées et as célèbres.
    En tout cas l’esprit de créativité, pour un technicien travaillant en service Recherche, peut s’avérer positif, ce qui joint l’utile à l’agréable.