Un des mensonges sur la pauvreté en France
(et peut-être ailleurs)
par An Thèz, 10/05/2022

ajout

   Je viens de lire dans un livre d’Etienne Chouard (« Écrire nous-mêmes la constitution ») le projet de décréter la misère inconstitutionnelle. Ça me fait grandement soupirer, car cela peut être impossible, car mal pensé. Je m’explique.
   Partout, on nous culpabilise ou nous invective en criant qu’il y a tant de millions (ou de %) de la population française « au-dessous du seuil de pauvreté » (situation de « misère »), ce qui est une honte pour un pays développé, un pays dit riche, impliquant automatiquement des inégalités insupportables (et culpabilité implicite des gens, la grande majorité gagnant davantage que le seuil de pauvreté).
   Mais… le mode de calcul du seuil de pauvreté indique qu’il est fixé à 60% de la médiane des revenus (cette médiane étant le niveau de revenu pour lequel 50% gagnent davantage et 50% gagnent moins). Détail sans importance ? Pas du tout ! En effet, si par une prime exceptionnelle (à prix de consommation inchangés, en rêve tout au moins – ou disons : avec blocage des prix et loyers un peu comme sous Raymond Barre), on rendait tout le monde riche, le résultat des statistiques serait que… pile le même nombre (et %) de gens seraient « en dessous du seuil de pauvreté », donc classés inacceptablement pauvres. Affirmés pauvres mais riches en fait, cela vaut invalidation de ce mode de calcul/déclaration/classification. Poubelle.
   Cela ne nie pas qu’il y a des problèmes d’inégalité mais la façon d’en parler est très incorrecte, très mauvaise, mal pensée.

   Ci-dessous : illustration chiffrée fictive.


-------- Ajout 11/05/2022 : Amélioration, et critique reçue
• A la réflexion, le problème d’absurdité disparaitrait si le terme « seuil de pauvreté » était remplacé par « seuil de revenus dits inférieurs ». Inférieur est relatif comme le calcul, pauvreté est absolu, ce qui est ici faux, incorrect ou mensonger.
• Mon ami contradicteur objecte à mes réflexions initiales sur cette page Web, je le cite (en numérotant pour répondre) : « 1/ J’en suis tombé de ma chaise. Ton calcul tiendrait la route si la médiane des revenus ou des salaires n’était pas aussi basse. 2/ Si effectivement toute chose égale par ailleurs la médiane était de 10.000 euros la question d’avoir 6.000 euros ne se poserait pas. 3/ Malheureusement ta haine des pauvres, occidentaux uniquement semble-t-il, t a encore une fois égaré. 4/ Autre remarque que fais-tu de ceux qui n’ont que le RSA pour vivre qui est de 572 euros par mois (source mes-allocs.fr). C’est à dire le prix d’un loyer pour un studio dans une ville moyenne. 5/ Salauds de pauvres [selon toi]. »
   Je réponds :
1/ C’est faux, ce qui m’est reproché : le calcul est imparable, quel que soient les chiffres ; décréter la pauvreté en relatif fait qu’est toujours* décrétée une pauvreté même quand il y a richesse universelle (* : sauf pile égalité de tous au centime près). Je n’affirme absolument pas que la richesse de tous est la situation actuelle, et j’en parlais, je l'illustrais grosso modo, simplement je dénonce qu’il y a une erreur de méthode (ou méthodologie disent les prétentieux pour faire savants, comme avec leur mot technologie rabâché pour la simple technique).
2/ Non, je ne pose en rien de rien une question pratique avec des chiffres véridiques, j’emploie sciemment des chiffres absurdes pour prouver, par l’absurde, l’erreur de raisonnement commise. Cette question de crédibilité se pose indépendamment des chiffres : si c’est mal calculé, il convient de le dire, et pour le montrer un exemple caricatural est le pluss criant, sans aucune prétention au réalisme. C’était écrit très en clair « fictive, imaginaire, imaginaire ». Si on me répond : « erreur ! les chiffres ne sont pas exacts ! », c’est totalement hors-sujet.
   En science expérimentale (qui a un immense prestige dans la mesure où nous sommes gouvernés par des scientistes, pas scientifiques lucides mais scientistes aveugles), le principe essentiel consiste à imaginer des expériences fictives pouvant donner un départage des théories en concurrence. Affirmer que c’est fictif donc nul n’est pas du tout un argument, du moins en théorie, sans fanatisme se prétendant réaliste (sans comprendre l’appauvrissement de la pensée que générerait leur dictature interdisant les hypothèses pas immédiates-déjà-faites). Je ne comprends pas pourquoi mon exemple est désavoué pour en prendre un autre qui, lui, serait probant, est-il prétendu. Non, c'était déjà probant comme ça.
   Mon exemple fictif n'était pas une médiane à 10.000 Euros au lieu de 1.836, mais 5.836 comme je l'expliquais par un ajout de 4000, soit pile la somme pour atteindre la richesse actuellement, est-il dit.
3/ C’est faux, cela tient de la diffamation mensongère, dont j’ai certes l’habitude (entre sourire et soupir) avec cet ami. Non, pas du tout, je ne hais pas les pauvres, miséreux sans l’avoir en rien voulu. Simplement, je suis choqué que soient culpabilisés les gens en donnant à plaindre des faux pauvres, ou pauvres l’ayant bien cherché : refus de l’effort scolaire, refus du travail pénible pas immensément payé, etc. La vie est dure, et ceux qui refusent l’effort n’ont pas une vie de rêve, ça me semble simplement normal, mérité, hélas pour eux. Il n’y a nulle haine là-dedans. La haine est en sens inverse, chez les culpabilisateurs prenant ces cas de pauvres en prétexte à leurs attaques (si on ne se ruine pas à tout partager avec lesdits pauvres). Ce sont eux qui crient, qui insultent, qui font activement du mal. Je paie mes impôts (et charges +++ sur feuille de paie) pour redistribution, maximale en France comme nulle part ailleurs au monde, la situation n’est pas du tout un égoïsme à l’étasunienne, avec presque zéro impôt mais zéro aide publique. Vouloir un supplément de partage n’est pas assurément justifié par un besoin matériel, ça semble un prétexte à violence verbale chez les accusateurs, dits souvent « bobos de soit-disant gauche ».
   Pour ce qui est de la partie « Occidentaux ou pas », c’est totalement hors-sujet, ma réfutation du mauvais calcul de « seuil de pauvreté » étant valable partout, isolément ou globalement. Mais oui, c’est une discussion que nous avons entamée mon ami et moi sur mes sites démocronde et/ou humbilisme, et je peux en dire quelques mots ici. Il est clair que la richesse est relative aux prix : en Suisse, ils gagnent 2 ou 3 fois davantage qu’en France mais avec des prix 2 ou 3 fois plus élevés, ça ne fait pas d’eux des riches et nous des pauvres, chacun mesure sa richesse par rapport aux prix alentours. Ceci dit, quand un Suisse vient en France, il a un « pouvoir d’achat » énorme, il est (du fait d’être Suisse) « riche en France », pareil pour un Occidental se rendant dans le Tiers-Monde. J’étais « classe moyenne basse » en France (ce qu’on appelle maintenant CSP-moins je crois) mais j’étais vu comme un « très riche » aux Philippines, un prince charmant (tant mieux pour moi, et je me suis marié là-bas), mais j’en éprouve de la culpabilité, pour injustice géopolitique, pas organisée par moi, mais dont je suis profiteur, quoique culpabilisé. (Mon ami, lui, ne semble pas du tout culpabilisé par ceci, au-delà des frontières, toute son attention va vers les « pauvres de France ».) Oui, les soi-disant pauvres de France ont des revenus princiers, vus de pays pauvres. Ce sont les pauvres en pays pauvres (et presque sans assistance publique) que je plains en premiers, et les semi-pauvres de France me paraissent partiellement privilégiés, en comparaison. Le regard global me parait humaniste, bien, le regard nationaliste me parait antihumaniste, égoïste-groupiste, mal plutôt, selon mes valeurs. Tel est le contexte, même si ce n’était pas du tout le sujet.
4/ Qu’il y ait effectivement des cas dans la première case : moins de 1101€/mois, ce n’est en rien une surprise, dans mon chiffrage ultra-simplifié j’envisageais 5 millions sans aucunement affirmer zéro. Et mon sujet n’était en rien de rien comment « je » gère leur cas, je m’attachais exclusivement à l’erreur de principe sur le calcul du « seuil de pauvreté ».
   Ceci dit, si politiquement, on me pose la question, je peux répondre mon avis personnel, même si c’est complètement hors sujet. Ces gens n’ont qu’à soudain (ultra-anormalement en France moderne) se mettre à accepter les emplois sans-qualification non pourvus (et certes « non-dégradants » ni dangereux, pas prostituée ou militaire-à-tuer) : il y en a des centaines de milliers, refusés par tous, tous les faux « demandeurs d’emploi », parce que les horaires ne sont pas idéaux, ou parce que le salaire est seulement le SMIC, etc. Faux chômeurs, oui, ces gens ne sont pas à plaindre, à l’opposé total des chômeurs étasuniens de 1930, sauvés par Roosevelt leur ayant fait construire des barrages, loin dans la montagne, job pas idéal mais accepté puisque ces gens étaient vraiment sans rien, eux.
   Par contre, certes, les gens occupés à temps plein ou presque en activité non-déclarée, ou illégale, ne peuvent pas accepter un emploi (officiel) à temps plein, mais il est mensonger qu’ils se déclarent « en recherche d’emploi » et pauvres. On nous dit que, puisqu’il n’y a pas de travail dans les quartiers, les gens font dans le commerce secret de drogue mais j’ai tout à fait l’impression que c’est le contraire : entre un dur travail payé très petitement (SMIC) et un travail tranquille apportant richesse (quoiqu’illégale), le choix semble vite fait et un nombre considérable de gens préfèrent la voie illégale, tout en étant plaints par les bobos n’ayant rien compris. Quand, dans le titre, je parlais de « un des mensonges » au sujet de la pauvreté, c’était en ce sens-là (il n’y a pas que le « seuil de pauvreté »), l’autre mensonge énorme étant les trafiquants/voleurs riches classés pauvres car sans revenus officiels. C’est tellement énorme que les officiels ont décidé d’inclure le commerce de la drogue illégale dans le PIB, ainsi très rehaussé (pour nous affirmer puissants, riches, et obtenir prêts bancaires internationaux ou quoi).
   Par ailleurs, les loyers du secteur privé ne sont pas ce que paient les gens au RSA, je crois, les assistantes sociales leur trouvant des solutions moins chères ou gratuites, tel est leur travail. Le système français est à ce sujet totalement aberrant : les gens qui travaillent, font l’effort notable de travailler, perdent toutes les aides antérieures (ou d’une personne ayant toujours refusé le travail), et ce qu’ils gagnent, à l’heure travaillée à la dure, est grandement amputé de toutes ces dépenses. Personnellement, j’ai connu l’exemple (bénin mais illustratif) de mon épouse, qui était couverte par ma mutuelle quand elle était « femme au foyer » et, quand elle a commencé à travailler, vouloir travailler, ma mutuelle a coupé les ponts, exigeant qu’elle paie une cotisation elle aussi, amputant grandement son salaire, donc bien moindre en avantage apporté (par le travail). Nous ne nous plaignons pas, mais je trouve aberrant ce mode de « prise en charge » dissuadant du travail, pour ceux qui l’ont compris, dont ne fait apparemment pas partie mon ami.
5/ Des vrais pauvres français ne l’ayant pas cherché, s’il y en a, sans refus de travail non qualifié, je ne suis pas sûr qu’il y en ait. Je ne les insulte pas s’il n’y en a pas. Et s’il y en a, je leur dis sans haine aucune : « acceptez les emplois non pourvus ». S’ils répondent « non, j’ai pas envie », je leur dis – toujours sans haine : « alors démerdez-vous, ne culpabilisez pas autrui, simplement ». Mais ce ne sont même pas eux qui attaquent en parlant de pauvreté insupportable, ce sont les bobos de gauche ou classe équivalente (où je situe Etienne Chouard et mon ami), comme se dispensant eux de partager, tant leur engagement à culpabiliser autrui leur parait une contribution déjà admirable. Je ne suis pas d’accord. Si je classe des gens en salauds, ce n’est en rien de rien pour leur pauvreté (accusation diffamatoire m’insultant, c’est très moche atroce, m’assimilant aux fanatiques protestants étasuniens qui classent les riches en bonnes personnes aimées de Dieu et les pauvres en méprisables personnes malaimées de Dieu) mais pour leurs mensonges financièrement intéressés, qui en font des bandits, et la légitime défense justifie mon hostilité, qui n’est en rien une attaque infondée, un acte de mépris me classant supérieur (en honorabilité et revenus tout à la fois).
   Précision : je gagne davantage que la médiane française mais ma femme nettement moins, en moyenne tous les deux (= médiane tous les deux), nous sommes sous la médiane (nationale), je n’appelle pas ça un riche méprisant et insultant les pauvres. Pourtant, mon ami m’insulte (injustement, prétends que j’insulte horriblement des innocents) et je n’aime pas ça. Même si ça fait réfléchir que de répondre à une attaque injuste, d’accord, merci en un sens.