Le monde de « j’ai pécho » me fait horreur
(point de vue cafardeux, de victime)
par D.Faitiste, 25/05/2019

  Je n’aime pas la radio qui parle (ni la danse), mais l’autre jour j’ai entendu des animateurs sur une telle radio (se disant "la radio du dancefloor") tenir des propos de ce genre :
(Femme) : C’est comme au bar des fois, y’a un serveur bien qui laisse avec l’addition son numéro de téléphone.
(Homme 1) : Ah ouais ?
(Homme 2) : Et qu’est-ce que t’as fait ?
(Femme) : Ben j’ai rappelé !
(Homme 1) : Et qu’est-ce qui s’est passé ?
(Femme) : Ben j’ai pécho !
(Hommes 1 et 2) : [rires]
   Cela m’a mis très mal à l’aise. Enfin je demanderai à Internet la définition de « j’ai pécho », mais je crois que c’est un mode argotique de « j’ai chopé », autrement dit « j’ai fait une conquête (sexuelle de plus, pour une nuit) ». Et ça faisait rire car habituellement ce sont des hommes (plus ou moins macho) qui emploient ce terme pour se vanter de leurs « succès », et ça faisait rire là qu’une femme parle de même, bien qu’elle en ait entièrement le droit, selon ces animateurs, nullement critiques. Bref, est présenté comme naturel et entièrement légitime le discours raconteur fier des échangistes actifs ou hyperactifs. Je trouve ça horrible.
   Certes, c’est un point de vue ultra-personnel, mais c’est le mien. De l’âge de 15 ans à l’âge de 36 ans, j’ai été fidèle à une fille que j’aimais, et qui elle – tout en refusant de me revoir, même pour une minute de bonjour par an – disait (au téléphone, recontactée) changer d’amant assez régulièrement, adorer danser, chanter, se maquiller (alors que j’étais tombé amoureux de la timide « dernière de la classe », insultée par les profs, comme pauvrette méprisée de tous, sauf moi). Bref, tandis que j’étais un puceau romantique et triste, ne sortant pas de chez moi (que pour aller travailler et aller au supermarché acheter à manger), elle « s’éclatait » et « pécho » à tour de bras, et me disait « dingue » quand je l’ai eue au téléphone, voulant même me faire interner 5 ans plus tard quand je lui ai envoyé toutes mes économies (elle me commandait d’aller voir un psychiatre) quelques jours avant ma seconde tentative de suicide. Et ça n’a rien de spécialement féminin, d’habitude les « bourreaux des cœurs » sont plutôt des hommes abandonneurs de jeunes filles fleurs bleues romantiques crédules, baisées implacablement et abandonnées enceintes, se tuant de chagrin. Là, Sylvie se montrait une telle macho, les gens qui pécho sont des tueurs/tueuses, à mon avis.
   Enfin, elle a peut-être été tuée maintenant, par le SIDA ou autre joyeuseté de ce monde-là. Ça me rappelle que là où les télévisions réclament que chacun donne de l’argent contre le SIDA, « fléau du siècle », le pape Jean-Paul 2 avait eu une parole sage, quelque chose comme : « je connais la parade miraculeuse au SIDA : la fidélité » (autre ment dit : abstinence et fidélité, ce que je pratiquais même sans être croyant, et tout le contraire de la vie sexuelle frénétique de Sylvie, et ceux/celles qui pécho chaque samedi soir – elle adorait le film « La fièvre du Samedi Soir » avec Travolta se trémoussant en coups de pénis virtuels – ou chaque mois ou chaque année – je ne sais pas si Sylvie a eu 30 ou 300 ou 3000 amants).
   Ce que semblait sous-entendre la radio, c’est que la « normalité » jeune conduit à pécho frénétiquement (échangistement) puis un jour, on fait La rencontre et on se marie, pour faire des gosses, qui grandiront et feront pareil. Je vois ça comme une horreur bestiale, un monde de tueurs et tueuses, qui n’est pas le mien. Dans mon esprit, romantique, on est seul et triste, jusqu’à ce qu’on fasse La rencontre et… soit on se tue si rejeté(e) soit on se marie, sans sexe ni enfant si on est impuissant/malformée. Au milieu, l’apaisement sans mort est la simple camaraderie, accepter de revoir les gens amoureux(/amoureuses) de soi sans qu’il y ait retour. Dire bonjour simplement, sans sentiment réciproque et en tâchant de ne pas faire de mal, ne pas aggraver la douleur de l’amour non réciproque.
   Enfin, ceci dit, je vais demander à Internet la définition de j’ai pécho. Google me répond : « “Pécho” veut dire “choper”, c'est-à-dire, familièrement, “prendre” ou “attraper”. Souvent, ça peut aussi vouloir dire “voler quelque chose” ou encore “séduire” (pick up in English). » Enfin, je ne crois pas que ce mot « séduire » soit au sens romantique de « j’ai séduit l’amour de ma vie », non, il s’agit semble-t-il de séduire en version « consommatrice » dite « amour-libre » (depuis la révolution 1968 en France ? et la vague hippie en Occident ?) : c’est prendre avant de jeter, comme un mouchoir à usage unique. C’est bien un acte de mépris total, pour d’éventuels sentiments en face. C’est un acte de tueurs/tueuses, même si ça peut être anodin entre personnes partageant ces valeurs, jouant ce « jeu de l’amour (bestial) ». Je trouve ça horrible, oui. Et personne ne m’avait prévenu que j’allais me fracasser sur ce monde, en mourir. L’école (publique) m’a envoyé à la mort, à faire réciter des stupidités anciennes à la Molière, avec – à 14 ans – un seul aperçu du jeu de massacre à venir, dit « éducation sexuelle », qui se limitait à :
– Jeunes filles, prenez la pilule, vite, immédiatement, et alors vous allez pouvoir vous éclater, séduire des vrais hommes, mûrs et riches.
– Jeunes garçons, ne vous jetez pas sur les filles, attendez, votre tour viendra.
   Jeu de massacre, organisé. Massacre des romantiques. Quand les salopes se tapaient des vieux, quand les salauds violaient des filles.
   C’est très triste, très moche, ce monde (occidental – en Inde ou dans le monde arabe, ça semble différent, les parents organisant les mariages d’individus vierges, parait-il – mariages forcés qui ne sont pas plus jolis, mais le romantisme ne semble pas exister, que comme douleur et autodestruction, inadapté).

--------------- Ajout 10/06/2019 : viol dont j’entends plus ou moins parler
   L’autre jour dans un débat sur chaine C-News, le commentateur Gérard Leclerc (sans être contredit) ironisait sur le procès intenté au footballeur Neymar pour avoir violé une brésilienne qu’il avait fait venir à Paris après qu’elle lui ait envoyé des photos d’elle nue. Il disait que « bientôt », il faudrait filmer tous les ébats pour prouver qu’il ne s’agissait pas de viol (en cas de plainte de la fille après coup). Même sans film, j’imagine qu’il serait envisageable de faire signer un papier de consentement avant chaque relation sexuelle (voire avant et après, pour des amants brutaux, « à la Strauss-Kahn » parait-il). Mais cette prétendue aberration, inimaginable (autrement que comme plaisanterie cauchemardesque) par les échangistes… me parait sensée : c’est ce qu’on appelait « pas avant le mariage, pas hors mariage » (autrefois ou encore actuellement mais ailleurs qu’en Occident). Il n’y a pas soupçon systématique de viol s’il y a consentement officiel, ça s’appelle simplement le mariage. Le seul « problème » est que cela signifie qu’il faut être fidèle, ce qui me parait une évidence mais ce qui est horreur inadmissible pour les échangistes. Que les hommes échangistes soient trainés en procès, à tort ou à raison, ça m’indiffère, je les considère comme de mauvaises gens. Côté échangistes féminines : si Sylvie a été violée (et/ou brutalisée au lit), je ne pleurerais pas de compassion (si elle m’autorisait à la revoir), je lui dirais « ce n’est pas scandaleux mais assez logique pour une allumeuse s’amusant en routine à séduire et rejeter. »