Peuple et Nation : j’essaie de comprendre ces notions (pour moi bizarres)
en essayant une intelligence critique
par A.Patride, 24/04/2020

Base (anormale)
  En 1984, j’ai été classé inapte au Service Militaire (alors obligatoire) pour « troubles psychiatriques » et je n’ai donc jamais connu les hommages (obligatoires) au drapeau national au garde-à-vous. Par ailleurs, de Décembre 1981 (mes 18 ans) à 2002 environ, je ne voulais pas être inscrit sur les listes électorales, ayant vu que les élus comme Mitterrand trompaient sciemment les électeurs : le fameux Service Militaire ramené à 6 mois dans les promesses électorales ayant laissé cocus tous mes camarades de classe en âge de voter en Mai 1981, et « condamnés » à 12 mois en caserne quand même. Bref je refusais de me comporter en fier citoyen membre du fier peuple français. Et en pensant que la morale/l’éthique étaient de mon côté. Depuis, je n’ai toujours pas compris les appels à la nation, ou au peuple français. Je me sens indiscutablement humain (dans ce rêve-ci si je rêve), mais je ne me sens pas spécialement français. Pareil pour le régionalisme (voulant devenir nationalisme via l’indépendantisme en Corse ou Catalogne, voire Bretagne, Occitanie, Savoie, etc.), j’ai été choqué en déménageant de banlieue parisienne à Toulouse, à l’âge de 11 ans, d’être traité de « parisien tête de chien » par les prétendus « camarades » de classe, forme intra-nationale de racisme (et une camarade de classe plus tard a dit aussi avoir beaucoup souffert d’être rejetée en tant qu’ex-parisienne involontairement). Pour moi, resté totalement seul deux décennies (1982-2002), le monde c’était l’individu et puis l’humanité, sans aucune échelle intermédiaire (famille, communauté, quartier, ville, région, pays, continent, civilisation). Je n’aime pas l’égoïsme (« tout pour moi ! rien pour les autres ! ») mais pas davantage l’égoïsme-groupiste (« tout pour nous ! rien pour les autres ! »), que j’assimile à un racisme, rejeteur de l’autre, punissant des innocents.
   Par ailleurs, d’abord abattu par une française d’origine vietnamienne puis tué par une française d’origine polonaise (1979), je me suis finalement marié à une étrangère, philippine (2002), et je ne connais pas la « préférence nationale » du tout : une gentille jolie étrangère me semble infiniment mieux qu’une méchante même française, ça n’a rien à voir. Face aux difficultés phénoménales de venue pour elle en France, les gouvernements chassant les étrangers, même la gauche PS prétendue humaniste, j’étais choqué par ces gouvernants (et médias) français haineux, rejetant l’autre, comme « coupable » d’être né de l’autre côté de telle ligne administrative, ce qui n’a aucun rapport (selon moi) avec la valeur d’une personne. Tous les politiciens et médias considèrent comme non discutable évidemment-bon ce point de souveraineté nationale (requis par la Constitution), mais à mon avis c’est de la xénophobie (ou xéno-hostilité rejetante sans forcément de peur phobique), ce que je classe en Mal brimant des innocents (et louant plein de coupables). Passer de la nation France à la nation Europe, sous les hourras des prétendus humanistes pacifistes (à mon avis : faux humanistes belliqueux hostiles aux non-Européens) ne change rien au principe : l’esprit de clocher était moche (caricaturé dans La guerre des boutons), le régionalisme pareil, le nationalisme pareil, le continentalisme pareil, alors que l’humanisme est bien mieux (à mon avis). Enfin, les végans hurlent que se centrer sur l’humain seul est odieux, mais tant qu’ils écrasent les moustiques (sans s’en vanter), ils ne me culpabilisent pas vraiment.

Discussion (avec un ami contradicteur)
– (Moi) [J’avais écrit que tous les combattants de la 2e guerre mondiale me semblaient avoir été en un sens national-socialistes, même les soviétiques communistes donc membres de l’internationale socialiste et menant là leur Grande Guerre Patriotique donc nationaliste.]
– (Lui) Pour l’URSS, une dictature sanglante je n’en disconviens pas, tu confonds encore le nationalisme avec le patriotisme. Ce que tu aurais souhaité donc c'est que l’URSS ne se défende pas laissant la place à un autre régime que tu qualifies de nationaliste à savoir le régime d Hitler : contradiction.
– (Moi) Le mot nazisme est étymologiquement la contraction de nationalisme-socialisme, je n’y peux rien, c’est sa définition. Et c’est cette expression-là que je disais convenir à tous les systèmes sauf le mien, ou presque. Que, en pratique, le nazisme se soit fondé sur tel et tel précepte particulier n’était pas mon sujet. Libre à toi de ne t’intéresser qu’à ça, mais libre à moi d’en revenir aux mots sources isolément. /J’avais cherché dans le dictionnaire quand macron avait clamé que le nationalisme est le contraire du patriotisme. Ma conclusion je crois était que le nationalisme c’est deux choses dont l’une est le patriotisme, donc le patriotisme est une forme de nationalisme, je ne confonds pas. /Je ne vois pas pourquoi tu dis que j’aurais souhaité que l’Allemagne gagne contre l’URSS, je n’ai jamais pensé ça et tu délires là. Je dis simplement que la force de mobilisation soviétique semble avoir été un nationalisme exacerbé (tout au contraire du mondialisme marxiste), c’est tout, absolument. Sans contradiction aucune de ma part.
– (Lui) Le nationalisme c’est la haine des autres pays, le patriotisme c’est l’amour peut-être exclusif du sien. Ce n’est pas contradictoire mais c’est différent. /Comme tu as une haine du nationalisme que tu confonds avec le patriotisme, moteur de la victoire russe en 1945, j’en conclus que tu souhaitais la victoire des nazis, je ne vois pas où est le délire là-dedans.
– (Moi) Je reprends les définitions, selon Google. Nationalisme : 1. Doctrine qui revendique pour une nationalité le droit de former une nation. 2. Exaltation du sentiment national ; attachement passionné à la nation (chauvinisme, patriotisme). Patriotisme : Amour de la patrie ; désir de se dévouer/sacrifier pour la défendre. Bref, il est totalement faux que le nationalisme est le contraire du patriotisme, le nationalisme est un terme à deux sens dont l’un est le patriotisme. (Et je suis opposé au nationalisme dans ses deux sens, même en étendant la nation à l’Europe entière).
– (Lui) Quant à Google sa définition n’a aucun sens. La nationalité est un statut juridique confié par un état : une carte d’identité de français par exemple. La nation est pour un peuple la conscience et la volonté de former une entité qui peut aller jusqu’à la formation d’un état comme les kurdes par exemple. Je suis d’accord avec les deux autres définitions.
– (Moi) Je ne comprends pas bien ce que tu dis sur nationalisme mais ce n’est pas grave : si ça te satisfait, ça va. La notion de « peuple » est quelque chose qui m’échappe, je n’en connais que la version administrative/juridique. Quelle différence avec groupe ? héréditaire ? mais pas caste au même endroit ?
– (Lui) Le peuple est un ensemble de gens ayant des caractéristiques, que lui-même ou les étrangers, perçoivent comme suffisamment originales pour les distinguer des autres (langue, religion, culture, histoire, etc….). Exemple: existe-t-il un peuple basque ? Evidemment selon les critères que j’ai essayé de donner. La nation serait un peuple ayant la volonté de s’orienter vers un destin : indépendance, autonomie ou même fusion dans un ensemble plus grand. Par exemple les kurdes sont à la fois une nation et un peuple. Inversement les européens ne sont ni un peuple ni une nation et donc ne formeront pas au moins dans l’immédiat un état. Un groupe, c’est quelque chose de vague sans portée politique : le groupe des philatélistes. Une caste est l’organisation particulière d’un groupe même si ce groupe peut ne pas faire partie d’un peuple mais le dominer comme en Inde ou les castes supérieures sont censées descendre des Arya qui ont subjugué l’Inde autrefois.
– (Moi) Ce que tu dis sur peuple et groupe m’intéresse, et en même temps « je n’y comprends rien » (je ne vois pas la limite qui te parait évidente). Là encore, je vais peut-être tout reprendre à zéro avec les définitions, tes analyses (merci) et la synthèse que je pourrais éventuellement en tirer.

Définitions (Larousse de poche 1979) et leur lecture
- Peuple : Multitude d’hommes formant une nation.
- Nation : Réunion d’hommes habitant un même territoire, ayant une origine, des traditions communes, des mœurs semblables et le plus souvent une même langue.
- Groupe : ensemble de personnes ou de choses assemblées.
- Patrie : Pays où l’on est né, dont on est citoyen.
- Pays : Territoire d’une nation.
- Etat : Nation (ou groupe de nations) organisée, soumise à un gouvernement et à des lois communes.

   Je continue à ne pas comprendre (contre-arguments à l’appui, ce n’est pas que je n’entends pas) :
– Qu’est-ce qui fait la France (d'origine celte en Bretagne, germaine en Alsace, africaine en Guadeloupe, austronésienne en Polynésie, etc.) spécialement parmi la francophonie ? (et parmi le monde ? avec autres africains, autres austronésiens, etc.).
– En quoi un bébé est-il considéré membre de telle nation alors qu’il ne connait rien de la langue, des traditions, des mœurs ?
– Si on n’aime pas la langue locale (je trouve que la langue française est une usine à gaz idiote, surtout son orthographe mais sa grammaire aussi), ni les traditions locales (xénophobie ordinaire, privilèges fonctionnaires, etc.), est-ce qu’on est apatride ?
– En quoi un lyonnais sur le Rhône est-il étranger par rapport à un genevois sur le Rhône aussi, proche, mais compatriote d’un brestois ou palois très très loin ? Les aléas historiques et guerres ont pu faire des découpages divers mais ça parait totalement artificiel, périmé aujourd’hui pour les gens de bonne volonté pensant par eux-mêmes au lieu de se référer à tel roi ou bien tel autre.
– En quoi Monaco et Andorre, Liechtenstein, Luxembourg, sont-ils des nations ? Que ça soit un repère artificiel pour paradis fiscal des riches ailleurs voulant échapper au partage, c’est envisageable, mais ça me semble un truc artificiel immoral.
– L’histoire prise comme prétexte à haine vengeresse me parait une horreur au contraire de la réconciliation entre nouvelles générations de bonne volonté. Que des ancêtres parisiens aient massacré les ancêtres toulousains ne signifiait en rien que moi enfant venu de Paris (et avant de Bourgogne, avant de Touraine) j’étais un massacreur à haïr. En ex-Yougoslavie, au nom des haines passées, les populations se sont entre-massacrées pour devenir des nations indépendantes, je trouve ça horrible. La domination des leaders serbes (ou de leaders parisiens) peut être horrible, mais ça n’a aucun rapport avec des haines entre masses de gens, dites peuples.
– Je ne suis pas d’accord avec les droits de l’homme prétendus universels qui prétendent que chacun a droit à une nationalité, ce que je lis comme « un droit à la haine xénophobe des autres ».

Bilan
   Je persiste à juger infondés les concepts de nation et de peuple. Cela me semble relever du tribalisme, lequel est indissociablement lié au concept affreux de guerre intertribale. Ça s’intègre peut-être dans la tare humaine de « course à la domination », le groupage faisant que des faibles jouissent de dominer via l’appartenance à un groupe dominant. Je trouve ça très moche. A mon sens, c’est en grande partie ce qui fait le mal inhérent à la politique, à la géopolitique.