Une petite pluie m’a tué
± application des 5 Pourquoi
par D.Cédé, 12/01/2020

   Quand je travaillais, j’avais entendu que des collègues avaient reçu la formation « Qualité » sur la « méthode des 5 pourquoi » : ne pas en rester aux causes superficielles mais remonter aux causes profondes ayant conditionné tout, pour éviter que le même enchainement se reproduise. Mais… ces pourquoi à répétition me laissent perplexe, car je les ai plus ou moins exploré sur un exemple majeur pour moi, avec une conclusion troublante : si je suis mort en Juillet 1998 (en région lyonnaise), c’est parce qu’il a plu (un petit peu) l'après-midi du 20 Octobre 1981 (sur le centre-ville de Toulouse), ça semble idiot ? Oui et non…
1/ Pourquoi suis-je mort ? Parce que classé (par celle que j’aimais) fou à lier à éviter à jamais
2/ Pourquoi classé tel ? Parce que l’ayant recontactée 13 et 18 ans après sa lettre d’adieu
3/ Pourquoi l’avoir relancée ? Parce que vivre en légume s’avérait invivable
4/ Pourquoi avoir vécu en légume ? Parce que fidèle rejeté sans revoyure permise
5/ Pourquoi rejeté sans revoyure permise ? Parce que restant amoureux (platonique) avoué sans mentir (sur la porte en partant, avant d’être cassé par un « vas-t-en ! »)
6/ Pourquoi l’avoir avoué sans mentir ? Parce que je n’ai pas compris pourquoi elle m’a invité (discuter ?) dans sa chambre sans famille surveillante
7/ Pourquoi m’a-elle ainsi emmené chez elle ? Parce qu’il pleuvait un peu et elle ne voulait pas rester discuter sur la place Rouaix
8/ Pourquoi il a plu là à ce moment-ci ? Parce que Dieu (ou le Diable ou le nuage au-dessus) en a décidé ainsi, personne n’y peut rien, aléa, fin des pourquoi.

  Selon " https://www.qualiblog.fr/outils-et-methodes/la-methode-des-5-pourquoi-pour-eradiquer-vos-problemes/ ", « Trop de "Pourquoi ?" pour arriver aux causes premières indique une analyse trop poussée, ou une problématique trop large ».
  Donc ai-je trop poussé l’analyse, à stopper à 5 pourquoi, raisonnablement ?
  Mais ça aboutit à « c’est ma faute » (et « faute de ne pas assez mentir » !?) alors que non, c’est un incroyable concours de circonstances, fortuites, m’innocentant (et ne désapprouvant pas mon non-mensonge). Les 5 Pourquoi seraient un mode de fausse conclusion, fausse expertise, injuste. (Parfois, tout au moins).

  Mais c’est surtout une méthode artificielle : si on donne la réponse 3 à la quiestion 1 (via réponses à 2 et 1 donc sous-entendues) ça diminue le nombre de pourquoi pour un accès identique aux causes. Inversement, on pourrait avoir plus de mille pourquoi, si on compte que le malaise a été chaque jour plus insupportable parce que la veille était déjà horrible, parce que l’avant-veille etc.
  Il semble légitime de demander plusieurs pourquoi sans se limiter aux premiers, mais la sacralisation du nombre 5 semble idiote, illogique.

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Ajout 14/01/2020 : questionnements différents
   Une autre raison qui fait que la méthode des 5 pourquoi n’identifie pas la cause première, objectivement, c’est qu’il y a choix entre de très multiples pourquoi.
• Exemple 1 : la question 1 aurait pu être Pourquoi ce corps n'a pas continué automatiquement à vivre ? Parce que saut létal du 4e étage. Question 2 Pourquoi avoir sauté ? ce qui rajoute un Pourquoi préalable ou peut déboucher sur d’autres réponses et d’autres pourquoi : parce que les barbituriques d’endormissement fatal ne sont pas en vente libre ; 3/ pourquoi ne sont-ils pas en vente libre ? parce que dangereux pouvant être employés à tuer autrui ; 4/ pourquoi seraient-ils employés à tuer autrui ? Parce que des méchants ou vengeurs veulent tuer autrui ; 5/ Pourquoi est-ce que des gens veulent tuer autrui non-tueur ? parce que l’humanité est comme ça, méchante ratée, ou fait du Diable, ou de la nature omnivore donc partiellement carnivore tueuse, mille raisons possibles, fin des pourquoi.
• Exemple 2 : A la réponse 5 « Parce que restant amoureux (platonique) avoué sans mentir », la question 6 aurait pu être : pourquoi être resté platonique sans essayer de la basculer sur le lit avec baisers plus ou moins forcés au début ? Parce que c’est ma conception de l’amour, tendre respectueux (romantique) et pas bousculeur/violeur (macho), ignorant qu’elle allait devenir (ou était déjà) échangiste. Question 7 demandant pourquoi etc. dans une toute autre direction.
   Oui le questionneur oriente subjectivement les questions, ce qui peut conduire à de très multiples causes prétendues chacune « cause première » ce qui est faux.

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Ajout 13/02/2022 : autre approche et contradiction
   Euh, quand je prenais l’exemple de ma mise à mort en 1981 (concrétisée en 1998), c’était un peu oublier les péripéties qui m’ont tué en 1979. Avec d’autres pourquoi, qu’il aurait peut-être fallu poser, différemment.
   Pourquoi cette idée me vient-elle ces jours-ci ? C’est suite à une émission-télé il y a quelques jours, secouant mes certitudes passées. Là en 2022, c’était dans l’émission débat télé un peu rigolarde « l’heure des pros » où il était dit sérieusement que la fréquentation des cinémas subissait actuellement une très forte baisse au-delà de 20%, à cause de la crise covid et des restrictions sanitaires ? Des avis ont dit non : le cinéma c’est 12€ la place pour une seule fois alors que Netflix sur sa propre télé c’est 9€ pour un mois entier, donc le cinéma s’écroule face à la concurrence. Mais pour plaisanter quelqu’un a dit que ce n’était pas du tout comparable : quand ils étaient adolescents, ils invitaient leurs petites amies au ciné pour, dans le noir, « rouler des galoches » ! Et tous ont confirmé en rigolant, même la femme présente, en sens inverse vraisemblable (se laissant inviter pour…). Je ne connaissais pas le mot « rouler des galoches », peut-être d’argot parisien ou de la génération 10 ans avant moi, mais Google me dit que c’est « rouler des pelles, faire des baisers avec la langue », ça aurait aussi pu être « peloter les seins de… » (je me souviens avoir entendu autrefois dire que le cinéma dans le noir c’était fait pour ça). Ils ont plaisanté en disant que pour l’ado moderne, c’était triste s’il roulait des galoches à sa télécommande, tout seul chez lui. En quoi cela me concerne n’est pas du tout que j’ai un avis sur la concurrence Netflix/cinémas, ou les prix ou autre, c’est que… j’ai été au cinéma avec l’élue de mon cœur quand nous avions 15 ans, et… je suis resté sage, ne faisant aucun geste (« déplacé » en un sens, « attendu » peut-être si j’en crois ces gens). Peut-être qu’elle a été très déçue par ce « coincé » que j’étais, et cela expliquerait son refus que je l’aide scolairement ou que je la réinvite au cinéma. Bref, j’aurais eu le cœur brisé non pour une raison inconnue incompréhensible mais pour sanctionner le fait que je ne sois pas assez entreprenant, ni plaisant ni même normal. C’est vertigineux. Et atrocement injuste, à mon avis : actuellement, il est devenu notoire qu’un baiser volé ou une caresse sur la poitrine constituent des « agressions sexuelles », et ceux qui s’en abstiennent sont innocents, au contraire de coupables. Mais c’est possible. Deux ans et demi plus tard, elle m’a dit que son film préféré, revu 5 fois, était « American Grafitti », et (l’ayant vu) je ne comprenais pas pourquoi, mais c’est vrai qu’une des héroïnes se dit à la fin du film « incroyable, après les aventures de cette nuit, je suis encore vierge. Tant pis, ça sera pour une autre fois. » Oui, des adolescentes testant leur pouvoir de séduction, envisageant de coucher, de choisir leur premier amant, j’étais immensément loin de tout ça, comme avec 5 ans de retard, imaginant que ce genre de questions concernaient les « plus de 20 ans d’âge », mais non, erreur (pour le côté féminin au moins). Ça confirme simplement l’immense décalage en maturité (plus ou moins sexuelle) entre filles et garçons, une fille de 15 ans étant mariable (comme officiellement en Argentine) alors qu’un garçonnet de 15 ans est un pitoyable enfant boutonneux. Le dogme sur l’égalité homme-femme se confirmerait une immense erreur, pouvant tuer, oui (même si je me suis raté, hélas, en me donnant la mort pas assez efficacement).
   Non, ce n’était pas un sujet rigolo mais dramatique, je trouve. Les questions de pourquoi peuvent être douloureuses et peu claires, surtout quand les réponses sont des injonctions contradictoires.