Les ravages des règles « tout positif ! »
Aperçu individuel contrarié
par I.Cihélabah, 14/08/2021

   Quelqu’un souhaitant monter son entreprise m’a expliqué son projet, et j’ai souri, simplement, sans approuver ni désapprouver, ne faisant qu’entendre cela. Puis, la nuit suivante, il m’est venu à l’esprit 9 objections graves (pour la viabilité de ce projet), dont 6 potentiellement rédhibitoires. Le matin venu, j’ai commencé à les exposer mais on m’a fait taire, en disant que j’ai l’esprit toujours négatif, qu’il faut être « toujours positif ! ».
   Cela me semble immensément injuste.
– Pour ce qui est des projets dans les nuages, simples rêves, je n’ai aucune objection, je ne suis en rien négatif mais ouvert à tous les délires, pour rire ou sourire.
– Si c’est pour une mise en pratique effective, euh, là il me semble qu’il faut envisager les difficultés sérieuses, qui peuvent conduire une entreprise à la banqueroute, avec dettes immenses entrainant des décennies de misère. Refuser de les entendre est possible, et un miracle ou une aubaine peuvent parfois sauver le projet, c’est possible, mais ce n’est en rien certain, et foncer malgré tous les feux orange d’alerte parait immensément risqué, pas du tout une grande évidence psychologique anti-esprits-négatifs. Que la lucidité ne soit pas très positive ne disqualifie en rien cette lucidité.

  Bref, je vois deux formes d’esprit négatif :
– L’hyperréaliste « ne rêvons pas ! », qui rend la vie triste et sans espoir, ce n’est pas très bien. L’esprit « tout positif ! » en face a plutôt raison, comme droit à la liberté de rêver.
– Le pragmatique « attention ! », qui détecte et signale les catastrophes possibles avant qu’elles n’adviennent, au risque de faire annuler certains projets ou leur caractère idyllique imaginé, à mon avis c’est salutaire. L’esprit « tout positif ! » en face a plutôt tort, comme route tout droit vers la catastrophe vraisemblable.

  A mon avis, le bon esprit positif ne consiste pas du tout à rejeter les objections pour "crime" de négativité mais à les écouter et chercher une réponse. S'il y a réponse crédible (résistant à nouvelles objections éventuelles) le projet suit son court positivement ; s'il n'y a pas de réponse satisfaisante, la sagesse conduit à renoncer à ce projet, non que ce soit une victoire de la négativité mais de la sagesse tempérant un peu la positivité brouillonne, risquée.