Publicité pour le mâle dominant qui roule des mécaniques
Hélas sans réserve aucune
par Fats Dominé, 04/09/2019

  J’ai été frappé, désagréablement, par le texte parlé/chanté d’une publicité automobile, asséné sans discussion par la télévision. Alors je réagis/conteste ici, sur Internet.
[Cette publicité est visible sur https://www.youtube.com/watch?time_continue=9&v=zM4s1uFWXTA
et un texte célébrant le chanteur en question (rappeur franco-malien) figure à https://www.mouv.fr/rap-fr/oxmo-puccino-kicke-pour-la-nouvelle-audi-a1-346143
]

  Je « traduis » à ma façon les paroles, en plus clair je crois, vraiment choquant :
Source (Traduction explicative)
Ça n'a rien d'un gagne-pain, ça n'a rien d'un passe-temps, ça ne me suffit pas quand c'est juste suffisant
Je ne suis pas un orage, moi je suis l’ouragan.
Je suis ce que je suis. Comment je peux avoir tort.
Je le fais comme je le sens, mais je le fais plus fort.
Quand tu dis que c’est le sort moi je dis que c’est la chance.
La vie ce n’est pas la vie, si elle n’est pas intense.
Audi A1, mode intense activé.
(Je suis toujours ambitieux grandiose, ne tolérant pas la modestie)
(Je suis très fort et je le dis)
(Je suis autosatisfait, je ne tolère pas qu’on me donne tort)
(C’est moi qui décide, et je suis très fort)
(Je sais profiter de tout, contrairement aux autres gens, inférieurs à moi)
(Je méprise la vie fade, avec moi tout est fort)
(Je choisis d’être comme ça)
  Ça me parait un discours de « mâle alfa » odieusement prétentieux, dominateur et méprisant envers les moins vantards. Ça décline des lieux communs psycho-machins sur la proactivité, prétendant tirer parti de tout, prétentieusement, alors que ce n’est finalement qu’une intention, souvent assortie de ratage, mais ici le fait d’avoir tort est dénié par principe, je trouve ça puant immonde de suffisance orgueilleuse. Enfin, pareil : les psychologues vantent "l'estime de soi" dite nécessaire à l'équilibre, mais il y a un pas entre "ne pas trop se mépriser" et "s'adorer" narcissiquement, je crois.
  C’est peut-être un discours d’inspiration macho polygame, peut-être pas écraseur des femmes mais entendant bien être admiré par elles toutes, et clamé à jalouser par les mâles dominés considérés comme inférieurs (sans droit à accouplement, selon le modèle des meutes de loups). Je trouve ça horrible. Que ce soit dit « classe » et « lyrique » me parait erroné : je ne trouve ça nullement admirable et nullement beau.
  [Pour expliquer le contexte qui est le mien : j’étais le deuxième enfant d’une famille, écrasé par le grand frère dominateur qui m'appelait "chien galeux" (et ma petite soeur : "chienne galeuse"), qui se disait lui « The best in the World » (le meilleur du monde), sportif champion du collège/C.E.S, puis musclé velu barbu, adorant les USA qui célèbrent le winner (vainqueur), qui a multiplié les succès amoureux quand moi j’étais méprisé par les filles, et la fille qui comptait pour moi en particulier, ne me jugeant peut-être pas assez « viril »… je ne lui souhaite pas à elle d’avoir été féminicidée par un super-mâle comme elle aime, mais que cela ou un viol lui soit arrivé serait assez normal, et les débatteurs télé me semblent immensément idiots de ne pas voir que le problème du machisme est là, dans cette idiot ou criminel amalgame entre masculin-bien et écraseur.]


Précision (04/09/2019 après-midi)   Je n’affirme absolument pas que mon frère autrefois écraseur est un violeur ou féminicideur, ce n’est pas ça du tout. Je trouve simplement horrible que les femmes préfèrent les écraseurs, les méchants, qu’elles disent « très virils », et je pointe la responsabilité des médias et éducateurs qui les poussent ainsi (à adorer l’esprit dominateur), notamment via le culte du vainqueur sportif et de l’entrepreneur millionnaire. Certes, j’ai entendu dire que le triomphe sur l’adversité et la pauvreté est une bonne chose (possiblement oui), mais je désapprouve personnellement l’enrichissement du patron qui se fait aux dépens d’autrui : clients surfacturés, employés et fournisseurs sous-payés, concurrents ruinés. Quant au sport, clairement c’est un simulacre conventionnel de combat, visant non le traumatisme de l’adversaire, mais quand même la célébration de l’écraseur en moquant les perdants, ce qui me parait bestial, inhumain (au sens de non généreux, non partageur). Je regrette que la majorité des garçons en fassent une valeur, et que la majorité des filles : un motif d’admiration et de choix, approbateur (avant d’en subir les mauvais côtés éventuels, en hurlant alors stupidement au scandale alors que c’est finalement leur propre faute).