Vers une SIMPLIFICATION de la NUMÉRATION en FRANÇAIS ?

(par Christophe Meunier, 10/12/2005 - 14/05/2007)

L'ortograf de Patricia
        I. Détail, étape par étape
        II. Contexte, discussion
        III. Auto-critique, justification
        IV. Base 10 ?
        V. Fausse piste

I. Simplifier les comptages en langue française, comment ?

I.1- Les exceptions soixante-dix et quatre-vingt
    En suivant la sagesse suisse et belge, on pourrait employer septante, octante, nonante pour 70-80-90, en généralisant le mode de comptage assez simple de 20-30-40-50-60: simples noms de dizaines sans combinatoire de dizaines majeures additionnées/multipliées.
I.2- Les exceptions cent-un et quatre-vingt-un
    En se rendant compte que les chiffres 101, 81 (+ 91) ne sont pas énoncés avec l’habituel et de 21 à 61 (+ 71), on pourrait dire cent-et-un (+ octante et un, nonante et un), mais il paraît encore plus simple de standardiser en sens inverse: supprimer l’exception de 21 à 61, en l’alignant sur le mode de 22 à 62, 29 à 69 : vingt-un à soixante-un, en conservant cent-un, en employant octante-un, nonante-un.
I.3- Les exceptions onze à seize
    Sur le mode des autres dizaines, on pourrait dire dix-un à dix-six, la transition serait alors automatique avec les nombres qui suivent : dix-sept, dix-huit, dix-neuf.
I.4- Les exceptions dix, vingt, trente
    En prenant exemple sur l’ultra-simple cinquante, on pourrait nommer 10,20,30 : unante, deuxante, troisante. On pourrait aussi simplifier les 40,60,80,90 en quatrante, sixante, huitante, neufante.
I.5- Automatiser la composition
    Avec le simple suffixe ante pour les dizaines, on pourrait simplifier en appelant 1,2,3,4,6,7 : unn, deuz, troiz, quatr, siss, sètt (10 à 70 devenant les automatiques unnante, deuzante, troizante, quatrante, cinqante, sissante, sèttante).
I.6- Simplifier l’orthographe
    Comme on pourrait écrire 4 et 5 en katr et sink, on pourrait transformer Cent, Mille, Million, Milliard (et Milliers de milliards, Millions de milliards, Milliards de milliards): Sen, Mil, Milyon, Milyar (et Deuzyar, Troizyar, Katryar).
I.7- Phonétiser l’écriture
    La contrainte un peu difficile d'une connaissance/attention/interprétation pour lire les lettres s,c,g,en,an,un,on,eu,oi (et ou,ch,qu,w,x) sans simple lecture de phonèmes (1 lettre = 1 son) pourrait disparaître en employant des caractères phonétiques – oi pourrait être simplement wa tandis que un/in/ain, an/en, on, eu, ou seraient transcrits par des écritures/touches-clavier ì,à,ò,`y,ù. On pourrait aussi repenser l'emploi de l'accent circonflexe, supprimer le e muet, écrire avec des é ou è clairs les es ou et (ou est ou enn, emm, ett...) en réaffectant la lettre e au son eu. Toutes les lettres muettes ou doublées seraient d'ailleurs relégables au rang d'antiquités.

II. Envisageable ? Admissible ?

II.1 Toute évolution insulterait la tradition !
    Ma réponse : choisir de vénérer une tradition peut très légitimement constituer un choix personnel à titre de loisir (ou de profession libérale avec des clients passionnés), comme l’étude d'une langue morte, mais cela ne justifie en rien d'imposer l’obligation universelle d’obéir aux gardiens de la tradition sacralisée. Au nom de la tradition, on aurait pu pérenniser la domination aristocratique, l’esclavage, la peste – ce n’est pas en soi un argument convainquant, ni même seulement plaisant.
II.2 Préserver la beauté de la langue française !
    Ma réponse : l’auto-satisfaction des érudits qui sont parvenus à maîtriser la langue française et ses millions de pièges ou exceptions est compréhensible, mais la beauté prétendue n'est pas évidente, elle semble constituer une explication facultative a posteriori : je n’ai jamais vu un étranger subjugué par la "beauté" de nos mots avant d’en comprendre le sens. Et quand on apprend une langue étrangère, qui compte pareillement ses érudits gloussant d’auto-émerveillement, on n’est a priori pas du tout charmé spontanément: plutôt rebuté si c’est complexe, peu logique, inutilement indigeste. Il est instructif de réfléchir au cas des Japonais qui ont ainsi deux mots distincts par caractère (chose ou nombre): l'un courant et l'autre poétique, les poètes étant émus aux larmes de faire des phrases entières loin du langage vulgaire bassement utilitaire; chez nous, dix-sept pourrait se dire glaïolande et dix-huit: renardineau, en quoi cela serait-il superbe, rendant la simple combinatoire dizaine-unité vile et abjecte? Si certains veulent se gargariser d'artifices complexes, de mystères et puzzles étymologiques, libre à eux, mais il est regrettable qu'ils aient le pouvoir d'imposer l'usage général, transmis via l'école sous peine d'exclusion et misère.
II.3 Partager le plaisir de la Culture !
    Ma réponse : il est compréhensible que les érudits jouissifs se sentent généreux en cherchant à partager leur jubilation, mais cela devrait je pense être proposé sous forme de choix, comme l’apprentissage du latin, en matière optionnelle au lycée pour les plus littéraires des élèves, et cela ne devrait plus continuer à provoquer un échec scolaire important et engendrer la pénibilité de l’apprentissage pour les très jeunes enfants et étrangers. Il ne s’agit pas que de mieux s’ouvrir aux exclus : les esprits brillants seraient aussi valorisés, en étant infiniment plus utiles par l’invention, le dépistage des contradictions, que par l'obéissance immobiliste et le culte des complexités artificielles inutiles, fruits des aléas géographico-historiques. Ce n’est hélas pas ainsi que marche le monde, tout ne semble que domination, écrasement des faibles par les autorités en place. Soit. S'il y a un espoir, c'est peut-être que l’intouchable langue française soit balayée par la langue anglaise, certes inutilement complexe elle aussi (irrégularités, écriture anti-phonétique) mais quand même nettement plus simple. Les "intellectuels" francophones auront, au nom de la perpétuité, tué leur jouet adoré, en s'auto-congratulant sans rien comprendre.
II.4 Impossible de tout changer !
    Ma réponse : si la réforme avait eu lieu il y a trois siècles, nous ririons des complexités inutiles dont s’embarrassaient nos ancêtres, strictement pour rien. Les Russes ont ainsi eu la sagesse de retirer la moitié de leurs lettres (faisant double-emploi) avant de décréter l’école obligatoire pour tous, le but n’étant plus de réserver jalousement à une élite oisive la lecture/écriture mais de donner généreusement ce merveilleux outil (utile et enrichissant) au plus grand nombre possible, en retirant des complexités difficiles n’apportant rigoureusement rien en efficacité d’enregistrement/communication/manipulation. Effectivement, de nos jours, avec des millions de gens éduqués au système complexe, tout bouleverser générerait davantage de gène (certaine pour les générations formées à ce moule) que de facilité (potentielle pour les générations à former et futures). Pour notre confort douillet, il est probable que nous refuserions (même démocratiquement, sans dictature de l'intelligentsia) de faciliter l’intégration des handicapés mentaux légers, des dyslexiques, des futurs enfants, des étrangers. Hélas, l'égoïsme semble majoritaire.
    Toutefois, la transition du franc national à l’Euro communautaire pourrait susciter quelque espoir : une très notable difficulté d’adaptation peut être acceptée par la population pour intégrer un système qui simplifiera la vie des générations futures.

III. Critique et Auto-critique, explications (07-10/01/2006)

    Mon père, qui m’a appris à compter je crois, est partiellement en désaccord avec mes solutions et mon mode d’expression. Je vais ci-dessous chercher à m’expliquer. Il ne s’agit pas de convaincre, mais de ne pas être désapprouvé sur des malentendus. S’il y a malentendu, c’est clairement qu’il y a eu défaut d’expression, mais je ne renie pas mon texte et vais tenter de clarifier mes choix personnels.

- Première objection: A l’age où l’on acquiert (sans effort) l’apprentissage des chiffres, celui-ci ne pose aucun problème.
    Effectivement, je n’ai personnellement pas eu de problème avec l’apprentissage des chiffres, certes, et mon père non plus dit-il, mais ces facilités personnelles ne doivent pas je crois conduire à mépriser les quelques camarades qui ont souffert, qui ont été dégoutté de l’école par les complexités. Or ces pièges me semblent très regrettables dans la mesure où ils sont presque totalement dénués d’utilité (ne faisant qu'éviter un réapprentissage pour les personnes déjà formées).
    A la fin de la classe de cinquième, à l’âge de douze ou quatorze ans, deux de mes confrères se sont vus déclarer : "votre parcours éducatif s’arrête là: la classe supérieure requiert une maîtrise de l’orthographe, et donc c’est totalement exclu pour ceux qui ont zéro en dictée systématiquement". Certes, ils ont été orientés vers la vie active, ce qui n’a rien de dégradant et peut-être sont-ils devenus de riches entrepreneurs ou autres, socialement en haut de l’échelle, mais – intellectuellement – ils auraient peut-être pu s’avérer de brillants découvreurs de théorèmes ou de lucides philosophes décelant des logiques ignorées par tous les moutons que nous sommes plus ou moins. Ma copine imaginaire 1982-2001, Patricia, a été classée débile mentale pour avoir inventé à 5 ans, et suivi (dans son journal intime et à l’école), une écriture phonétique, avec un signe unique pour le son "ch", le son "ou", le son "an" etc - à mon avis, elle était plus sage et logique que ceux qui l’ont condamnée et traînée plus bas que terre, détruite (Son autre "tare" était de garder un timide silence introverti sans se lancer dans le bavardage-social commun, ce qui me paraît aussi plus respectable que stupide).
    J'ai par ailleurs fait la grimace, après un sourire que je regrette, devant une image Internet humoristique destinée à faire rire du "petit nègre": un garage Peugeot, avec l'emblème du lion, et la marque en peinture maladroite "Pejo" sur un carton dressé. Si l'on éclate de rire, c'est en fait en se souvenant que cette (pure) logique d'écriture aurait été sévèrement punie à l'école, classée "mal" et "sans excuse", alors qu'elle est visiblement presque normale dans ces terres lointaines, ne maîtrisant pas le sujet orthographique (de l'école française...). C'est un mépris colonialiste que je regrette: si nous devions écrire Bantou, nous serions vraisemblablement aussi ridicules, et prétendre que nous sommes les détenteurs du Bien constitue un mépris aveugle envers les autres cultures. Le langage "petit nègre" n'est pas une idiotie hélas seule compréhensible par les demi-singes que seraient les Africains, et à mon avis, avoir pensé cela était une faute lourde. Les prêtres d'une secte écrivant en langage codé, après douze années d'études quotidiennes quinze heures par jour, pourraient nous traiter de débiles (pour incapacité à maîtriser leur accès à La Grandeur). Ils éclateraient de rire en me voyant perplexe, et je hausserais les épaules, simplement.
    Je ne prétendais pas qu’acquérir la maîtrise des complexités artificielles du Français était pour l’élève moyen impossible ou très difficile, je ne faisais que regretter que cela exclue certains individus que je respecte, en n’apportant strictement aucune plus-value, au contraire (l’intelligence éventuelle à je pense mieux à faire, même pour s’éduquer, s’exercer).

- Et quatrante est- il mieux, plus facile à retenir que quarante ?
    Il n’était pas du tout prétendu que "quatrante, isolé, est très préférable à quarante, tout seul", il était expliqué que "s’il suffisait d’ajouter ante aux noms d’unités pour former les dizaines, il y aurait ZÉRO noms de dizaines à apprendre au lieu de NEUF…" Futile ? Cela ressemble à une incompréhension d’adulte ayant oublié l’ardeur de l’apprentissage, et le principe même de la pédagogie: présenter aussi simplement que possible, minimiser la difficulté d'acquisition.
    Ré-apprendre une nouveauté à l’âge adulte (comme une programmation de cuisson, l’informatique, la vidéo numérique) devrait rappeler le problème : il est simple et plaisant d'acquérir une technique très utile requérant de maîtriser deux mots et trois règles simples, il est ardu et plutôt déplaisant d'avoir besoin d'intégrer vingt mots nouveaux, trente règles, quarante cas d’exception. Certes, il y a des situations complexes où il est impossible d’être efficace si l’on ne maîtrise pas une foule de subtilités méthodologiques, mais si ces détails obligatoires n’ont exclusivement pour raison d’être que "la tradition" et le respect absolu des premiers tâtonnements effectués cinq générations plus tôt, c’est simplement "très dommage" de refuser une simplification. L'efficacité suggère une direction, le ritualisme sacré s'y oppose farouchement, telle était ma perception de la situation.
    En apprenant la langue philippine de ma belle famille, j’aurais été heureux pour les comptages de n’avoir à apprendre que neuf mots (un à neuf) et trois mode de composition (dizaines, centaines, milliers), je serais devenu très simplement proche de mes beaux-frères ou nièces ; avec, en plus, neuf nombres spéciaux entre dix et vingt, neufs noms de dizaine à apprendre, je bafouillais, me trompais, je restais distant et étranger. Je comprends que les patriotes rejetant les étrangers se félicitent de ces difficultés gênant l’apprentissage, qui évitent par exemple certaines délocalisations (c'est avéré au moins pour le démarchage téléphonique), mais j’ai la naïveté d’avoir pour idéal une Humanité unie et amicale, sans rejet des autres, avec partage loyal des richesses qui étaient autrefois des privilèges locaux. La langue internationale (qu’aurait pu devenir l’espéranto ? que devient l’anglais malgré ses défauts) va dans ce sens, et je regrette d’avoir été éduqué en français plutôt qu’en anglais.
    Dans le même esprit quoique en sens inverse, je remercie mes parents de ne pas m’avoir éduqué en percheron-blésois ou en nord-charentais-côtier, ce qui aurait été pire je crois que le français. Dans les 700 îles habitées qui constituent le pays philippin, il y a parait-il 136 langues distinctes, très éloignées les unes des autres, peut-être est-ce vu comme une richesse, moi j’y vois surtout un obstacle à la compréhension inter-individuelle. Chaque petit enfant ou presque peut parvenir à maîtriser la langue de ses parents, mais s’il doit en plus apprendre la langue nationale, puis la langue internationale, la langue de sa belle-famille s’il se marrie en dehors de son île, les langues de ses clients s’il travaille dans une entreprise exportatrice, c’est un rude parcours qui s’annonce, et puisque chaque langue a une foule de subtilités exigées, ce parcours sera pénible, avec risque d’échec, de rejet. Pour rien d’autre que la satisfaction des gardiens de la tradition, gardiens du temple n'aimant pas l'intrusion trop facile de tout un chacun. C’est dommage, je trouve. La raison d’être du langage parlé ou écrit (appris dans les écoles publiques) devrait être, à mon avis, la communication facile plutôt qu'une cryptographie visant le cloisonnement.
    Les dominants de chaque communauté semblent fiers et heureux de leur place, pas trop soumise à la concurrence, je le comprends, mais ce n’est pas du tout mon idéal. C’est la logique chrétienne laïque ou humaniste qui me guide : accueillir ceux qui sont classés simples d’esprit (paragraphe précédent), fraterniser avec les étrangers (ici). Je sais qu’il y a d’autres logiques, comme celle de tribu ou d’entreprise, et je n’ai pas du tout le projet de les interdire, je dirais seulement qu’elles me font penser à la logique des meutes de loup : écraser les individus faibles et vénérer les dominants, repousser toute fraternité empiétant sur notre territoire, étendre ce territoire en écrasant les autres groupes. Personnellement, je trouve ça moche.

- Quant à la phonétique, (moi, ton père) j’ai toujours été réfractaire. Là encore pourquoi remplacer OI par WA ? ?
    L’écriture phonétique, c’est tout simplement "décomposer ce qu’on entend en sons, puis écrire ces sons". En sens inverse, la lecture de phonétique, c’est "prononcer les sons qui sont écrits, automatiquement", sans la moindre nécessité de jugement interprétatif complexe. C'est la simplicité maximale.
    b-a-ba-baaaa est d’une clarté parfaite, et il suffit d’apprendre D, T, M, N + O, U etc. pour avoir un bagage conséquent et très utile pour communiquer à distance (spatiale sans téléphone ou temporelle avec soi-même). Un cerveau vierge peut l’acquérir en 1 mois (je pense), et presque tous les enfants de 5 ans sauraient lire et écrire immédiatement. Tout se complique quand il faut enregistrer que OU et AN (etc) ne contiennent absolument pas les sons O, U, A, N, (etc). Si ce que nous écrivons "ou" et "an" s’écrivait avec des caractères comme ù et à, cela procéderait de l’ultra-simple mécanique b-a-ba : b-ù-bù, b-à-bà. De même : wo/wa/wi/wà/wì plutôt que wo/oi/oui/ouan/oin, automatiquement sans avoir à apprendre que O ne se lit pas toujours O et I pas toujours I, sans avoir à déchiffrer, à songer aux différentes combinaisons et exceptions. Le signe k serait toujours employé pour les k/q/c se prononçant ainsi, z remplacerait les s prononcés ainsi, s serait toujours lu s et remplacerait ç et le c de ci/ce/cé/cè/cê/cy, i remplacerait les y prononcés ainsi, y remplacerait ill, f remplacerait ph, j remplacerait le g de gi/ge/gé/gè/gê/gy et gui s’écrirait gi. La lettre g serait rebaptisée gué (écrit gé) et la lettre ambiguë c disparaîtrait; mon nom serait kristof men, simplement (sans être lu kristofi myunayer aux Philippines et USA). Le nom de la ville où j’habite, Lagnieu, se prononce pareil si l’on ou oublie le g ou bien le i, et il aurait été tellement plus simple que la loi soit de transcrire le nom entendu en lettres correspondant aux sons, aux syllabes entendues : Lanyeu, ou Lanyê en évitant le puzzle de la lettre E qui correspond sciemment à quantités de sons différents – solennel, pente, aimer, rein, jeune, jeûne, pourraient s'écrire quelque chose comme solanèl, pàt, émé, rì, jen, jên.
    Certes, les anglo-saxons ne connaissent pas nos sons E (eu, eû) et U, ces lettres se prononçant différemment dans leur système, et une écriture phonétique internationale recourt donc à des compromis entre intuitions contraires, aboutissant à de nouvelles lettres là où une solution plus simple (pour nous) paraissait possible. De même, notre son i se dédouble en 2 nuances russes (i dur, i mou), notre son a correspond à 2 nuances en ilongo philippin, très difficiles à différencier quand on n'y a pas été habitué dans la petite enfance. En sens inverse: mon père a eu grand peine à faire prononcer son nom à une employée philippine: - Jean. - Jo? - Jean! - Jo? - Jean... - Jonn?... De même, nous sommes plutôt désemparés pour écrire les différents clics du langage boshiman. La phonétique peut donc paraître difficile quand elle nous conduit sur des terres inconnues. Mais à notre niveau franco-français, elle pourrait être d'une simplicité absolue.
    Certes aussi, plusieurs conventions personnelles seraient possibles (le son in-un-ain-ein-yn pouvant être écrit ì ou û ou § ou autre), et une exigence de respecter la Liberté individuelle pourrait conduire à tout accepter, la gestion des différences devenant effroyablement compliquée, quasi impossible. C'est un malentendu: sachant que la Liberté de conduire à droite ou à gauche conduirait à des catastrophes routières, ou à diviser par 50 la vitesse sur route, il est sage d'enseigner une convention commune. Ici, il s'agirait de permettre la communication inter-individuelle et pas seulement avec soi-même. Mais cette convention devrait simplement viser la simplicité, à la différence du système orthographique actuel.
    Certes encore, des anomalies du langage parlé paraissent clarifiées par le langage écrit: aimez/aime se ressemblent alors que cela donne en sons la discordance émé/èm, et céder/rester/peiner/fêter posent semble-t-il la même difficulté. Mais si cela ne pose pas de problème en langage parlé, pourquoi le refuser à l'écrit? Idem pour la marque explicite des pluriels non prononcés. Et pourquoi ne pas guider la prononciation par l'écriture, sans les erreurs de lecture punies à l'école? De même pour les homonymes phonétiques s'écrivant différemment (poil, poêle): si l'homonymie est intolérable, il faut changer le mot, si elle admissible, elle peut l'être aussi à l'écrit. Qui plus est, il y a des cas d'identité écrite correspondants à des prononciations et sens différents, ce qui ne choque personne, le but n'étant absolument pas la clarté: les fils (fil) de laine des fils (fis) de famille...
    Je me rappelle notre instituteur du CM1 nous clamer que pour écrire "accueillir", il fallait et suffisait d’être logique: "Sans le u, la lettre c serait prononcée s, donc on ne peut pas oublier le u !" J’ai levé le doigt et objecté : puisqu’il y a dans ce mot (écrit ainsi) "ei comme dans veille" et non "eu comme dans veuille", il faudrait prononcer akéyir et non akeuyir, ou bien écrire accueuillir. L’instituteur a soupiré, a dit Non. Pourquoi, monsieur ? C’est comme ça, c’est tout. Il ne faut pas chercher la logique, il faut se souvenir qu’ "accueillir" s’écrit ainsi, photographier le mot sans chercher à comprendre, et comme ça on retient le double c aussi, qui n’était pas évident. C’est pareil pour anguille et aiguille, qui s’écrivent avec le même gu tandis que l’un se prononce g et l’autre gw, sans autre raison que "c’est comme ça, à se souvenir" (pour les élèves plus âgés, il y a certes aussi la raison étymologique, mais... la langue Française semblant avoir tant évolué depuis Charlemagne, il est peu compréhensible de décréter une totale intouchabilité maintenant, s'opposer absolument au passage à une écriture plus claire et intuitive, au nom d'une perfection du "Bien écrire").
    En poussant la logique photographique plus loin, la génération suivante d’instituteurs (suivant les plus "grands" experts pédagogiques) a professé qu’il fallait mémoriser tous les mots du dictionnaire sans rien chercher à comprendre de leur composition en lettres. Ce n’est pas impossible, l’écriture chinoise s’effectue ainsi : il n’y a strictement aucun rapport entre le dessin d’un mot et la façon dont il se prononce, il faut deux apprentissages pour chaque objet ou action, l’image d’une part, la prononciation d’autre part. Sans professeur/traducteur, un nouveau mot entendu ne peut pas être écrit, un nouveau mot découvert dans un texte ne peut pas être prononcé... l'élève chinois moyen sait lire/écrire quelque chose comme cinq mille mots au sortir du primaire, quinze mille mots au sortir du secondaire, trente mille mots au sortir du supérieur éventuel. Illustration plus anecdotique: les anglais prononcent "and" le signe & qui est un Et stylisé, £ est prononcé "pound" (ou "pounds"), $: "dollar" (ou "dollars"), notre € se dit "Euro", et les chiffres 1,2...9 représentent Un,Deux...Neuf (ou tout autre dénomination étrangère) sans que l'écriture numérique l'indique. Mais... dans le cahier de ma petite sœur, la correction d’une dictée montrait qu’en entendant "écureuil", elle avait écrit "tournevis"… La maîtrise de l’écrit lui paraissait une difficulté insurmontable, et en situation de grande difficulté elle fut rattrapée d’extrême justesse par le (tellement simple!) b-a-ba de nos parents, la simple logique phonétique, à la maison après l'école. Evidemment, les adultes qui ont franchi le "parcours du combattant" de l’alphabétisation avec règles actuelles sont pour la plupart déroutés par la possibilité d’autres conventions, surtout les individus n’ayant jamais connu l’effort tardif de réapprendre les conventions du grec ou du russe (ou arabe, hébreux, kana japonais, etc). Si l’une de ces langues était écrite en pure phonétique (et c'est peut-être le cas, même si l'extension est insuffisante, sans nos l/u/r par exemple), la conclusion évidente serait je pense : "il serait judicieux de faire pareil en français, au lieu d’être dérouté par un fatras de conventions inutiles".
    Quoi qu’il en soit, pour l’adolescent ou adulte français ordinaire, apprendre qu’un nouveau signe ("phonétique", genre §) désignerait le son "ch" rebute, peut paraître moins clair, moins "intuitif", difficile à "comprendre", à assimiler. Avant d'invoquer l'évidence de la lecture "ch", il est instructif de prendre conscience que le j des anglophones (John) se prononce comme dj pour nous et que les américains écrivent notre son j : gh, qui leur paraît plus clair. Tout est relatif, conditionné par le matraquage éducatif nous ayant façonné, et si le monde entier apprenait à écrire avec des lettres à phonétique univoque, ce serait tellement plus simple – pour les générations à venir, je comprends bien que les générations formées refusent en majorité de réapprendre quoi que ce soit.
    X s’écrirait gz ou ks selon les cas : examen ou axe, et l’écriture de accident serait automatique, commençant par aks, sans nécessiter d’apprentissage/mémorisation. Je sais que le plaisir de mémoriser existe, mais il me semble souhaitable de dissocier l’apprentissage du "socle utile pour communiquer", d’une part, "l’exercice de la mémoire" d’autre part, sans rendre obligatoire un échec au premier si l’on échoue au second. L’apprentissage d’une langue étrangère (s’il n’émerge pas de langue mondiale unique remplaçant les anciennes spécificités tribales) restera un énorme exercice de mémoire, apportant un supplément de communication possible – mes nièces philippines de 6 à 11 ans parlent toutes couramment 2 langues, là où nos bambins français s’épuisent à tenter d’apprivoiser une seule, aux complexités intouchables (la numération n'étant certes qu'un détail) du fait du véto absolu des gardiens de la tradition…
    La "génération sms" (Short Message Service, libéré de l’austère rigueur enseignante) va peut-être changer ça, dans vingt ou quarante ans, en prenant les postes de décideurs. Je l’espère.
    Ce n’est pas parce que j’étais toujours premier de la classe que j’apprécie le système en place ; j’ai été brisé à 15 ans en étant rejeté par la dernière de la classe qui semblait hostile au premier que j’étais ; j’ai failli en mourir – mais les fiers défenseurs de l’orthographe se foutent de ce genre de petit drame de renégat à leur cause élitiste, l’important semblant pour eux de nager au dessus de la mêlée. Pourtant, au lieu du mécanisme habituel aboutissant à la haine des mauvais élèves envers les bons (comme des humbles envers les aristocrates de 1788? des pauvres ouvriers envers les riches patrons de 1916? des non-Juifs envers les Juifs de 1943?) pourquoi ne pas chercher la conciliation dans une base frugale commune: apporter à tous les élèves ce qui est utile, sous une forme aussi accessible que possible, en ouvrant par ailleurs des suppléments facultatifs, optionnels, chacun pouvant y briller selon ses qualités et mérites personnels ? (langues anciennes, poésie, rédaction, devinettes mathématiques, sport physique, théâtre, dessin, musique, maquettisme, boiserie, etc). Actuellement, la machine sociale ne semble qu'élire les pas-trop-incapables parmi les ambitieux candidats aux postes dominants, et dans presque toutes les grandes entreprises j’entends les employés se plaindre d’un petit chef ne comprenant rien à rien, accumulant les bourdes, suivant militairement les ordres contradictoires issus de "grands-gestionnaires" et "hauts diplômés" totalement incompétents sur le sujet technique (tout en étant méprisants, sévères, surpayés). C’est à mon sens une faillite totale du système éducatif. Tant en éducation publique française, type-communiste, que privée américaine, type-capitaliste.
    Ceci dit, je ne prétends pas avoir la solution miracle du problème relationnel entre brillants et faibles: je perçois très bien le drame du prince charmant tombé amoureux d’une bergère (préférant l’humble timide qui l’admire à la pétulante princesse qui l’écrase) et totalement perdu après le mariage, en comprenant que la petite bergère entendait devenir grande princesse dominante à son tour… Disons que c’est une utopie, une simple utopie, comme celle de Buddha ou Jésus, rêvant d’un monde qui aurait été meilleur, sans les tendances bestiales lourdes qui semblent guider l’humanité.

- "Envisageable ? Admissible ?" Le premier terme suffit, le deuxième est non seulement superflu mais partisan. Il engage donc faussement la discussion. Il faut toujours laisser une fenêtre entr’ouverte dans une discussion. (…) propos que tu prêtes à d’autres que toi et ce n’est pas valable. La bonne écriture est (…)annonce factuelle et non une affirmation passionnée (…) Tu prêtes un comportement aux savants qui est d’entrée péjoratif et dévalorisant. On ne peut pas discuter dans ces conditions.
    Je dois expliquer le contexte. A l’âge de 20 ans, si j’avais été en état de m’intéresser au monde extérieur plutôt qu’en dépression suicidaire, j’aurais peut-être envisagé de formuler une idée novatrice pouvant intéresser voire convaincre. J’aurais alors présenté les choses en langue feutrée, diplomatique, invitant à me suivre, à discuter cette proposition. Certes, mais ce n’est pas du tout la situation présente. Je n’imagine pas une seconde que mon idée sera suivie d’effet. L’expérience (ou le sentiment que j'en ai) me convainc totalement que l’idée sera rejetée, balayée, comme une absurdité ou une idiotie, par des prétendus "intellectuels" et "formateurs" qui ne me semblent pas mériter leur titre, dressant des moutons à obéir et adorer ce qui est en place, intouchable.
    Dans ce contexte, je mentionnais les arguments qui me seraient jetés à la face si j’étais lu, des principes entendus qui n'étaient pas inventés (si je ne rêve pas), simplement caricaturés, exprimés dans des termes de sacralité qui ne sont usuellement qu’implicites, masqués par le langage politiquement correct. Ce petit texte n’était pas une discussion posée, pesant le pour et le contre, en pouvant me donner raison : je suis persuadé qu’on me donnera totalement tort, et je grinçais des dents, en expliquant pourquoi je ne suis pas d’accord. La conciliation est simple: que je sois ignoré, j'aurai simplement craché ma bile, pour tenter de me soulager.

- "les érudits jouissifs" (pourquoi seraient ils plus jouissifs que les autres,)… "cherchant à partager leur jubilation" (ne s’agit-il pas plus simplement de transmettre leur savoir, tache non pas imposée par l’école mais dont l’école a reçu mission….)
    Les fiers érudits ne sont peut-être pas plus jouissifs que les fans de Johny Halliday hurlant de joie dans les concerts, certes, mais ils ont l’air infiniment plus contents d’eux-mêmes que je ne suis content de moi-même. J'ai sabordé mes études, voulu devenir balayeur de crottes de chien, échoué malgré tout à restaurer le sourire amical de celle que j'aimais, je me débats avec tout le fatras de contradictions qui sont imposées, vraiment criantes vues d'en-bas, et cherche très difficilement à digérer cela, dans la douleur. Voir le fatras des livres et sites que j'ai écrit (Bilan). Comparativement, les triomphants défenseurs de l’orthographe actuelle semblent sur une autre planète. Ils grondent contre la tendance phonétisante sms, non contre son anarchie qui mériterait d’être ordonnée, mais semble-t-il parce qu’elle menace le système passé qui les classait eux en haut de l’échelle, ce dont ils semblent très fiers et pas du tout culpabilisés.
    Si j'envisageais que les érudits soient dans un rôle de "faiseurs de bonheur", ce n'était évidemment pas parce que je le croyais, mais parce que je n'étais pas sourd à la prétention positive de leur enseignement, contrebalançant partiellement l'apparence de dressage à la servilité.
    Quant à dire que l’école a reçu mission de transmettre un "savoir", je l’ignorais, et cela fait tomber l’école bien bas dans mon échelle de valeurs. J’ai démontré dans mon premier livre qu’il n’y a aucun savoir qui ne soit arbitraire et logiquement facultatif (jusqu'à preuve du contraire, et j'attends cette preuve de pied ferme, ayant tout réfuté jusqu'ici), il n'y a que de prétendues vérités clamées être ce qu’elles ne sont pas, en condamnant au bûcher ou à l’asile les démonstrations de leur démolition facile. Les fiers érudits (et cela englobe ici les leaders scientifiques) qui prétendent détenir l’intelligence suprême n’ont rien compris, ils semblent totalement stupides ou aveuglement croyants, cramponnés à leur statut immérité de dominants. Transmettre l’adoration des dominants est-elle la vocation de l’école ? Soit, hélas.
    L’école de mes rêves aurait une tâche, un sacerdoce, à accomplir : éveiller les enfants, qui ont semble-t-il tous des tendances simplificatrices, à percevoir la complexité du monde, la sagesse du relativisme, les risques omniprésents de contradictions et d’injustices, et puis transmettre des outils potentiellement utiles pour compter, écrire, analyser, construire, inventer. Ce serait déjà énorme. Ça n’a rien à voir avec le gavage de prétendu-savoir, rien. Je ne prétends pas avoir raison, du tout, j’ai conscience d’être très naïf. N’étant pas parent, je n’ai pas l’expérience d’exiger l’obéissance sans discuter, je respecte simplement l’enfant que j’étais, titillant le dogme et mettant les enseignants le nez dans le caca, en prouvant leurs erreurs et abus de pouvoir.

- Ce ne sont que quelques exemples mais ils visent à prouver que l’usage des termes, l’utilisation excessive d’adjectifs déterminants fausse l’expression d’un raisonnement inattaquable et interdit de te suivre dans ta démarche.
    Mon raisonnement n’est pas inattaquable, je ne récuse que ce que j’estime être de très mauvais arguments. Il y a un vrai argument qui me gêne (c’est moi-même qui me l’assène) : si l’on écrivait en phonétique, les prononciations régionales du français deviendraient des langues distinctes, en perdant leur dictionnaire commun, ce qui rendrait bien plus difficile la communication inter-régionale… "Avec rose et vin" s’écrirait "avek’ rôz é vì" à Paris et "avé roze é vìg" à Toulouse.
    Mon idéal serait une langue commune à toutes les régions du monde, sans traîner de traditions particulières, mais je pense que cela ne sera pas. L’esprit de tribu semble bien trop fort. Ici et ailleurs, hier et aujourd'hui, chaque génération a l'air de chercher à s’inventer un argot pour se différencier et se reconnaître, la tendance n’est absolument pas à la compréhension maximale vis à vis du plus grand nombre possible. Je suis persuadé que personne (ou presque ?) ne me suivra, et je ne cherche pas à prendre la tête d'une armée vénérant ce que je dis, je ne fais que cracher mon malaise, expliquer que je perçois comme mensonges éhontés les prétentions littéraires à la générosité et à la grandeur.
    Je trouve certains textes ou histoires d’une grande beauté, mais ils sont traduisibles en gardant cette beauté, cette émouvante magie qui me touche. "La Terre est bleue comme une orange" (Paul Eluard) est une pure perle selon moi, et en anglais, c’est aussi joli : "the Earth planet is blue like an orange fruit". Par contre, quand on m’a appris que "quels sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?" était une merveille franco-française, intraduisible, j’aurais voulu demander en quoi était splendide l’assonance "vrlbl mrlul grliml" de ma petite sœur ayant inventé une langue dans son berceau. De même pour les liaisons en français, devenues naturelles à force de rabâchage, ou pour les vers poétiques à douze syllabes en accentuant, pour tomber juste, des lettres ordinairement muettes - je ne suis pas charmé, du tout.
    Avant de découvrir Paul Eluard avec émerveillement ("La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur" - j'avais quatorze ans et un gros faible pour une camarade vietnamienne), la poésie m'emmerdait profondément - elle m'aurait laissé indifférent si son adoration n'avait pas été obligatoire. S’il faut convenir que tel texte est beau parce qu’on nous le dit, parce qu'il a été écrit par un "très grand homme", dans la langue la plus belle du Monde, on peut le répéter et obtenir une bonne note à l’école, on peut l’enseigner et obtenir une bonne note pédagogique, mais je trouve cela navrant. C'est avec ce type de logique qu'est indiscutablement mal tout ce qui est contraire au texte du Coran, puisque le Coran le dit, la tradition définissant ce qui est bien, ce qui est punissable. Sans aucun droit à discussion, à remise en cause. Mon idéal est ailleurs, dans la recherche de choses utiles et se justifiant par elles-mêmes (simple logique), s’appréciant pour elles-mêmes (pour qui a la sensibilité correspondante), sans besoin d’obéir aux commandements des dirigeants, des professeurs détenant l’autorité.
    On me dira très certainement que je tombe dans l'amalgame le plus absurde en mélangeant le fondamentalisme islamiste (générateur de Ben Laden) et la rigueur orthographique française (génératrice de Victor Hugo). Je l'entends bien, mais ne suis pas tout à fait convaincu. Quand je disais que mon nom/prénom pouvait être réécrit, je m'exposais à deux condamnations virulentes: 1/ Renier mon nom est faire offense à mes ascendants, sans qui je ne serais pas même là. 2/ Massacrer l'écriture sacrée de Christ est un sacrilège insultant les croyants et le Créateur même de l'Univers. Or je ne suis pas d'accord: 1/ Je n'ai pas demandé à venir au monde, et ne suis pas convaincu que ma création ou celle de cette Humanité soit formidable, je ne remercierai pas pour cela ; certes, je suis redevable à mes parents de m'avoir porté assistance, peut-être alimentaire avant que je ne devienne anorexique, matérielle et pécuniaire ensuite, mais surtout psychologique et affective dans les moments difficiles ; la gratitude consiste à mon avis à leur porter assistance en retour si leurs capacités physiques disparaissent un jour ; cela n'a rien à voir avec le respect du patriarcat, qui me fait penser à un mélange de tradition machiste (transmission du nom par les hommes, ignorant les femmes) et tribale (sacraliser la famille, séparée des étrangers) 2/ Jésus écrivait peut-être son nom en hébreux ou araméen, le fait que l'église se soit institutionnalisée en terre latine paraissant un détail anecdotique. Qui plus est, le nom de Jésus s'écrit Jesus en anglais, s'écrit en alphabet cyrillique pour les Russes/Bulgares/Serbes (Christ s'y écrivant en cursive: Kpucm), et la prononciation varie selon les cultures; à mon avis, s'Il nous regarde du Ciel, Il pourrait être navré que l'écriture de son nom soit sujet de discorde, sous l'impulsion de prétendus fidèles oubliant de suivre ses conseils (amour envers les faibles, les étrangers), alors que là était l'essentiel, l'idolâtrie protocolaire étant clairement le contraire de Son enseignement...
    Comme l'objection sur les divergences régionales, j'affronte avec difficulté ma question "simplifier jusqu'à où?". Rude problème, qui me pousse personnellement à la contradiction sans me faire rejoindre les idées communes, je vais l'expliquer. En apprenant l'anglais, une découverte merveilleuse fut l'absence ou quasi-absence de conjugaisons: "you go, we go" signifie "tu vas, nous allons", d'une manière beaucoup plus simple qu'en Français, sujet/verbe répondant aux questions "qui?/quoi?" sans besoin que le verbe reprenne la précision déjà incluse dans le sujet ; de même les temps et modes peuvent être signifiés par un mot unique et clair: "you go, you will go, you would go" (tu vas, tu iras, tu irais); enfin, il n'y a aucun genre à mémoriser: les objets n'ont pas de sexe, évitant tout un travail d'enregistrement supplémentaire, évitant bien des "erreurs". Sens inverse: en apprenant le russe (ou le latin, l'allemand), une découverte douloureuse est l'obligation de déclinaison, changeant les noms en fonction de leur statut grammatical (sujet, complément d'objet, de lieu, d'attribution, etc), l'objection intuitive étant "pourquoi? pas besoin!"; évidemment, les érudits des langues en question peuvent sourire de notre langage sommaire et sans finesse, "sans intelligence" mais ce n'est qu'un point de vue méprisant, non convainquant. Des astrologues pourraient décréter que chaque nom commun, en plus d'être masculin ou féminin sans raison intuitivement compréhensible, est soit un mot de terre, d'air, de feu, d'eau. Il y aurait alors des poèmes entiers en mots brûlants, et d'autres disant la même chose en mots liquides avec un accent tellurique à tel endroit, quelle splendeur, quelle richesse! Je ne suis pas convaincu. A mon avis, il faut aller au plus simple pour exprimer les paroles, et libre aux passionnés de construire des châteaux de cartes faisant leur admiration, c'est un autre sujet. Ceci dit, comment changer mes paroles mentales maintenant? Les mots que je rêve, les arguments que je développe, ont des verbes conjugués, des mots arbitrairement masculins ou féminins, et parler dans une nouvelle langue me gênerait assurément, ferait obstacle au défilement agréable ou analytique de la pensée. Idem pour la numération: les "onze, soixante-quatorze" sont devenus tellement naturels que j'ai du mal à imaginer m'en passer, la nécessité d'un effort constant sur ces briques détournerait de l'investissement mental dans les démonstrations algébriques ou autres. Certes, écrire en anglais (des histoires d'amour ou constructions mathématiques) constitue un premier pas, mais il est assurément malaisé. Je ne suis pas en première ligne, comme volontaire pionnier partant pour de nouvelles conventions, déroutantes, je ne fais que regretter que les conventions qui m'ont été inculquées n'aient pas été les bonnes. Trop tard pour moi, mais ne pourrait-on pas faire mieux pour les générations à venir? C'était la question, simplement. Evidemment balayée, mais peut-être hélas.

- Arabe littéraire- arabe dialectal, l’incompréhension commence là entre ceux qui pratiquent l’un ou l’autre. Faut-il envisager une telle solution pour le français ?. C’est déjà ce qui se passa dans nos écoles et collèges. Faut il en plus inventer une langue phonétique ? Le problème, réel, n’a été jusqu’à maintenant qu’effleuré.
    La notion de "langue exclusivement littéraire" est déjà solidement implantée en français, semble-t-il. En langage courant, le passé simple n’existe pas, il n’existe que dans les livres, dans l'immense majorité des romans et nouvelles (d’auteurs qui se regardent écrire, pas dans les miens : je transcris ce que je pense, sans artifice j'espère, malgré les automatismes acquis à l'école, via bonnes et mauvaises notes, la carotte et le bâton). L’imparfait du subjonctif est aussi un risible sujet de pédanterie.
    A mon sens, l’écrit a pour unique vocation de transcrire et fixer (ou communiquer) ce qui pourrait se dire. Si certains passionnés veulent une langue plus compliquée, pleine de spécificités et artifices délicieux à domestiquer, qu’ils s’amusent comme ils l’entendent, mais il me paraît incorrect de l’imposer à tous les élèves en punissant les récalcitrants et les faibles.
    Ceci dit, je suis un peu dérouté à l’idée que l’on prenne au sérieux mon idée d’une langue française phonétique, comme s’il fallait la mettre en place demain. Je regrettais surtout qu’elle n’ait pas été instaurée avant l’école obligatoire. Maintenant, ce qu’il faudrait à mon avis à cette planète mondialisée où le nationalisme est classé quasi-nazi (uniquement quand cela arrange les dominants, certes), c’est une langue internationale basée sur un anglais simplifié, et il serait écrit en phonétique.
    1-11-21-221-2221 serait quelque chose comme wan, wanti wan, tùti wan, tùdred tùti wan, tùzand tùdred tùti wan. Les nouvelles générations qui l’apprendraient (pour les générations faisant la transition : à l’âge de 6 ans en complément de leur langue maternelle?) seraient mieux armées que nous pour le monde unifié de demain, et nous serions libres de nous remettre nous aussi au travail pour les rejoindre, les comprendre. Mais comme je l’ai dit plus haut, je n’y crois pas, du tout. Hélas.

IV. Base 10 ? (03/03/2006)

    A l’école (publique française), on m’a enseigné que les anglo-saxons avaient un système de mesures aberrant : au lieu de nos unités mètres ou grammes ou francs variant de 10 en 10, avec transition simplissime en déplaçant la virgule, ils comptaient 12 pouces par pied /3 pieds par yard, 16 onces par livre /28 livres par quarter, 12 pence par shilling /20 shillings par livre Sterling, et c’était effroyablement compliqué, inutilement compliqué, la gestion des pences étant heureusement devenue centimale mais c'était un trop petit pas dans la bonne direction. Evidemment, comme avec nos fiers orthographistes, il y a des experts anglo-saxons pour se gausser de notre système sans richesse ni beauté aucune, bêtement mécanique. Personnellement, je suis d’accord avec la simplicité de notre système de mesures, et souhaiterais une simplicité comparable de notre orthographe et système de numération. Déclarer que la perfection est exclusivement située à l’exacte proportion française de simplicité plaisante et de complexité inutile ne me convint pas. Du tout.
    Ceci dit, en se gaussant des britanniques et américains, mes professeurs auraient dû ajouter une réserve : nous, français éclairés par l'optimum de simplicité décimale, gardons pareillement la base 12 pour les mois de l’année et les heures des demi-journées et horloges, et une base 60 pour les minutes de l’heure et les secondes de la minute, pourquoi ? La tradition et la stabilité, m'aurait-on répondu si j'avais eu le cran de signaler la contradiction. D’accord, mais pourquoi avoir alors amélioré les onces et les pouces, les pence, pouvant parfaitement être déclarés immuables avec le même argumentaire ? Je crois que cet argumentaire traditionaliste mérite la poubelle, les onces et les pouces aussi, notre orthographe et notre numération pareillement.
    Certes, on ne peut pas faire n’importe quoi : partir de la seconde actuelle et déclarer qu’une minute fait 100 secondes, une heure 100 minutes, et une journée 10 heures, ça ne marche pas puisque le soleil refuserait d’obéir. Pour la même raison, une année ne peut pas faire 100 jours sans que les saisons deviennent glissantes sur les calendriers… Il n’empêche que, partant de la durée de l’année, on pouvait diviser celle-ci en 10 mois, dont 9 égaux (36 jours? de Unembre à Neufembre?) et un bouche-trou final (Dixembre?) gérant aussi peut-être la bisextilité. Partant de la durée du jour, on pouvait diviser celle-ci en 10 houres de 100 minotes de 100 secandes (ou autres termes).
    Autre chose qu’on ne m’a pas dit à l’école, et je le regrette, c’est que la base douze n’est pas idiote. Certes, nous apprenons à compter sur nos doigts et nous avons dix doigts, mais si la Nature (ou Dieu) nous avait construit avec douze doigts, six par mains, jamais nous ne serions allés inventer la base 10 au nom de la simplicité. On additionne : un, deux, trois… on soustrait pareillement, on multilpie sans difficulté, mais pour diviser, les doigts ne suffisent plus bien. La moitié de dix doigts est une main d’accord, mais le tiers et le quart (3,33 doits et 2,5 doigts) ne sont pas appréhendables par l’intuition, et il faut basculer vers les parts de tarte ou de camembert en faisant un effort d’imagination. Avec douze doigts, le tiers est simplement quatre doigts et le quart : trois doigts. Les douze mois de l’année, découpables en 4 trimestres ou 4 saisons, perdraient à devenir 10 mois, clairement.
    Si l’on me répond que la base douze a l’horrible inconvénient de faire perdre les changements d’unités par décalage de décimale, c’est un malentendu. Cette objection n’est pertinente que dans le système anglo-saxon mixant numérologie en base dix et mesures en base douze, et si la numérologie était aussi en base douze – dix s’écrirait par exemple §, onze : µ, douze : 10, cent-quarante-quatre (douze fois douze + zéro): 100, cent-quarante-trois : µµ (onze fois douze + onze), etc – les puissances de douze remplaceraient les puissance de dix, très simplement, avec les mêmes avantages. Cela peut paraître atrocement complexe pour les littéraires ayant difficilement intégré un système de numération et un seul, mais pour les informaticiens jonglant avec la base binaire (deux), pour les électroniciens jonglant avec la base hexadécimale (seize), c’est élémentaire, simplissime, évident, et ils pourraient faire partager cette évidence si c’était eux qui assuraient l’enseignement élémentaire.
    Ces réflexions complémentaires au sujet de la numération et de l’orthographe paraissaient un utile complément, elles confortent surtout ma grande méfiance face aux discours concernant l‘évidence dans le simple respect de la tradition.

V. Fausse piste (05/03/2006)

    Mon père m’a transmis un texte intéressant qu’il a intitulé "ma contribution à ta réforme du français et de l’othographe…".
    C’est un texte d’une page 129 de livre, paragraphe intitulé "Commission européenne".
"Attention c'est une information encore confidentielle !
Bruxelles, le 8 septembre 2000
La Commission Européenne a finalement tranché: après la monnaie unique, l'Union Européenne va se doter d'une langue unique, à savoir... le français. Trois langues étaient en compétition: le français (parlé dans le plus grand nombre de pays de l'Union), l'allemand (parlé par le plus grand nombre d'habitants de l'Union) et l'anglais (langue internationale par excellence). L'anglais a vite été éliminé pour deux raisons: l'anglais aurait été le cheval de Troie économique des Etats-Unis et les Britanniques ont vu leur influence limitée au profit du couple franco-allemand à cause de leur réticence légendaire à s'impliquer dans la construction européenne. Le choix a fait l'objet d'un compromis, les Allemands ayant obtenu que l'orthographe du français, particulièrement délicate à maîtriser soit réformée, dans le cadre d'un plan de cinq ans, afin d'aboutir à l'eurofrançais.
1. La première année, les sons actuellement distribués entre "s", "z", "c", "k" et "q" seront répartis entre "z" et "k", ze ki permettra de zupprimer beaukoup de la konfuzion aktuelle.
2. La deuzième année, on remplazera le "ph" par "f", ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme "fotograf" de kelke vingt pour zent.
3. La troizième année, des modifikazions plus draztikes seront pozzibles, notamment ne plus redoubler les lettres ki l'étaient; touz ont auzi admis le prinzip de la zuprezion des "e" muets, zourz éternel de konfuzion, en efet, tou kom d'autr letr muet.
4. La katrièm ané, les gens zeront devenu rézeptif à dé changements majeurs, tel ke remplazé "g", zoi par "ch", - avek le "j" - zoi par "k", zelon les ka, ze ki zimplifira davantach l'ékritur de touz.
5. Duran la zinkièm ané, le "b" zera remplazé par le "p" et le "v" zera lui auzi apandoné - au profi du "f", éfidamen - on kagnera ainzi pluzieur touch zur no klafié. Un foi ze plan de zink an achefé, l'ortograf zera defenu lochik, et lé chen pouron ze komprendr et komuniké. Le ref de l'unité kulturel de l'Europ zera defenu réalité!
A piento
"
    C’est partiellement intéressant, mais noyer le propos pertinent dans une caricature aberrante ne paraît pas honnête. Certes, si c’est pour faire rire, d’accord, mais ça ne devrait pas tenir lieu de réflexion sur le sujet. Prenons un exemple, pour situer le problème : "combattre le tabac est une bonne chose, remplaçons simplement ces dangereux poisons fumigènes par de saines barres chocolatées, nos enfants grossiront avec les poumons purs, attraperont un sain diabète et mourront bienheureux d’infarctus à l’âge de quarante ans, vive la lutte anti-tabac !" Effectivement, cela peut faire sourire, mais de là à dire que c’est un argument dans le débat de conscience personnel sur les méfaits du tabac, je ne suis pas d’accord. Une déviation facultative sur le principe et franchement contradictoire sur le détail ne vaut pas du tout preuve rédhibitoire par l'absurde du principe abordé.
    Ici, le mécanisme semble exactement le même. Au nom de la "logique", explicitement, on nous ferait écrire un français défiguré pour imiter le parlé des personnages d'allemands dans les films comiques ("La 7e compagnie", etc) : Matemoisselle zi krante, cholie, zi vière et prafe! (Mademoiselle si grande, jolie, si fière et brave!). Rien d’autre ne justifie le "ze qui" créant la fracture au point 1, et la suite confirme ce trait appuyé en introduisant de manière anti-phonétique la moitié des consonnes. Cela conduit à lire avec réticence et gène, désapprobation, au contraire de découvrir la logique phonétique, et cela semble inciter à jeter le bébé avec l’eau du bain nauséabond. Moi ça ne me fait pas rire : je trouve triste d’enterrer des idées intéressantes en les cachant derrière de mauvaises déviations, et c'est encore plus regrettable de faire à cette occasion appel aux réflexes nationalistes inculqués à l’école, célébrant la résistance opiniâtre aux ignobles envahisseurs teutons de 1940-45, criminels contre l’Humanité. C’est un écran de fumée, détournant du sujet : ne pouvons-nous vraiment pas faire notre auto-critique par nous-mêmes ?
    Bref :
- Si ce texte était un crachat personnel d’alsacien agacé au quotidien par les privilèges accordés aux Germains, c’est tout à fait respectable, à mon sens, mais cela n’aurait fait que reprendre de manière fortuite et anecdotique des éléments critiques vis à vis de la langue française, sans aucunement éclairer la pertinence intrinsèque de ceux-ci. En faire une pièce majeure au dossier de l’orthographe serait un contresens.
- Si c’est une œuvre d’intellectuel publié et applaudi, je serais consterné. Dans ce cas, que s’éteigne cette langue française de merde, fièrement glacée par des verbeux malhonnêtes, ce serait justice à mes yeux. J’ajouterai que je suis choqué par les pseudo-évidences médiatiques ici développées avec complaisance : les Anglais sont les plus anti-Européens du Monde (alors que dans mon milieu Internet d’aérophiles, les Européens considèrent unanimement les Français comme les moutons noirs ayant refusé de créer en commun l’Eurofighter pour vendre leur Rafale franco-français), les Américains sont de maudits envahisseurs dominateurs (alors que ce sont les Européens qui sont allés conquérir l’Amérique et le reste du monde, que toutes les nations semblent viser le leadership et l'exploitation maximale des pays lointains sauf s'il y a retour de bâton menaçant le confort local), le nombre de nations est aussi important que le nombre d’habitants (au nom prétendument de la philosophie démocrate, anti-aristocrate, il est jugé équitable que six mille monégasques aient le même poids que dix mille fois plus de Français – ceux-ci ayant à l’ONU plus de poids que 20 fois plus d’Indiens…), la politique rendant très rude notre quotidien est décidée en haut lieu à Bruxelles (sans autre alternative que de voter Non à l'union européenne...). Texte non anodin, effectivement, mais profondément navrant…

Note tardive (12/02/2014)

    Relisant, des années après, ce vieux texte, je me donne entièrement raison, à deux réserves près :
- Situation de parent. Pour ne pas faire de tort à mon fils (adoptif, voulu par ma femme), je ne lui dirai pas les abus de pouvoir des enseignants, mais tenterai de l'aider à ingurgiter les idioties inutiles, qu'il aurait fallu supprimer. Je ne souhaite pas son échec, son malheur. Plus tard, à l'âge adulte, il pourra découvrir que je n'approuvais pas ce que je lui faisais réciter, appliquer.
- Education religieuse. Quand j'ai écrit ce qui précède, j'étais sympathisant chrétien, n'ayant pas lu les Evangiles mais ayant seulement entendu quelques passages plaisants. Depuis, j'ai lu les 4 Evangiles officiels, et j'ai été profondément choqué, par le monstre qu'était ce Jésus-Christ, admirant l'esclavage et appelant à tuer ceux qui éloignent leurs enfants de Dieu, traitant les non-Juifs de chiens parce que non-Juifs, etc. Mon texte initial reste toutefois cohérent si je précise qu'il ne s'agissait pas dans mon esprit du Jésus officiel, mais du personnage imaginaire que j'imaginais sous ce nom (le simple auteur de "heureux les faibles, les simples d'esprit", "les derniers seront les premiers", "le Paradis ne sera pas donné aux riches pratiquant les rites mais aux pauvres aidant généreusement les blessés"). Je considère donc apocryphes les 4 Evangiles officiels, et j'ai écrit les miens, c'est en ce sens seulement que je suis "sympathisant chrétien".