Réflexion différente sur « l’homophobie sportive »
par Sporofobe, 13/01/2020

discussion

   J’ai entendu à la télévision qu’étaient classés en « haine homophone » les cris « enculés » et « pédés » dans les stades, de football notamment. Mon impression est qu’il y a un malentendu total à ce sujet. Les spectateurs criant « [équipe adverse] : pédés » ne me semblent pas du tout vouloir dire « nous sommes absolument persuadés que les joueurs adverses sont homosexuels, et nous les détestons précisément à cause de cela », non. Et ça ne concerne pas que les spectateurs de football : quand mon père nous emmenait dans les stades de rugby à Toulouse, j’ai entendu « Lavelanet : enculés ! », et mon frère sportif (handballeur) racontait que ses camarades joueurs disaient parfois quelque chose comme : « Muret : tous des pédés ! On va les écrabouiller fastoche ! ».
   A mon avis, la signification est très différente d’une haine envers les homosexuels, tout reposerait sur la fréquente volonté d’être le mâle alfa, le dominant (sur le mode des meutes des loups : le mâle dominant est le seul habilité à s’accoupler aux femelles, qui le choisissent d’ailleurs lui seul). En sport masculin, ça passe par le statut de vainqueur, de champion, écrasant les inférieurs, et pour les spectateurs c’est la même victoire par personne interposée (le supporter nul en foot jouit que son équipe championne soit sacrée contre l’équipe adverse, bien meilleure que lui personnellement mais c’est totalement oublié dans la frénésie du triomphe). Bref, dans cette course virtuelle à la possession des femelles de la meute, les candidats vainqueurs crient que les opposants sont négligeables, nuls, inférieurs, alors : dire qu’ils sont homosexuels, donc même pas candidats à la possession du harem, est une façon comme une autre de l’exprimer. Bref, dire que l’équipe adverse est constituée d’homosexuels n’est en rien une analyse sérieusement prise au sérieux mais une façon estimée abaissante de clamer (avec méthode Coué d’auto-persuasion) qu’ils ne seront pas les dominants prenant les femelles. Cela me semble le fond de l’histoire. Ensuite cela devient du folklore habituel, irréfléchi.
   Pour ce qui est du sport féminin, je n’ai aucune idée des sentiments en question, j’ignore ce qui a trait au statut de femelle dominante. En tennis et athlétisme, il est réputé que les meilleures (pas les inférieures) sont homosexuelles dominantes, donc vues comme garçons manqués, ne méritant pas de participer aux compétitions féminines plutôt que masculines. Il y a eu quelques scandales avec des championnes transgenres qui ont rendu leurs médailles olympiques féminines après avoir été opérées pour devenir des hommes. C’est immensément différent du cas des stades de football masculin.
   Autre question : pourquoi est-ce que j’échappe à la volonté masculine (pas universelle mais fréquente) d’être mâle dominant ? Il y a 3 aspects :
– J’étais le deuxième garçon d’une fratrie, dominé sans discussion par un frère ainé hyper-sportif, et je me suis donc construit dans la résignation à être petit perdant, sans du tout me battre pour triompher. (Et il se trouve par hasard que je n’ai pas adhéré au triomphe par procuration des supporters de champions : mon frère étant passionné de sport, je me suis construit avec d’autres passions, comme le dessin et les maquettes d’avions).
– Même si j’étais brillant scolairement, classé surdoué, je n’en tirais pas de volonté écraseuse affichant un mépris hautain insulteur, et il se trouve que j’ai le cœur monogame, je ne visais donc nullement à avoir un harem de filles m’adorant, je m’attachais à une seule (à la fois, en changeant avec déchirement en cas de rejet absolu).
– A 15 ans, je suis tombé fou amoureux de la dernière de la classe, petite timide et faible, et je la trouvais adorable pour cela. Cela a ruiné pour moi à jamais l’idée que le bien merveilleux c’est la place de numéro 1 dominant, au contraire. (Ce n’était pas une pensée chrétienne liée à « les derniers seront les premiers », j’étais athée, et en découvrant les Evangiles bien plus tard, j’ai trouvé cette phrase sympathique au milieu de tonnes d’horreurs inadmissibles, écraseuses racistes tueuses).
  Bref, je crois que les médias se trompent en classant homophobes les cris dans les stades de football : il ne s’agit pas de haïr les homosexuels mais de traiter d’homosexuels les joueurs haïs (homosexuels donc sans match pour la position de mâle dominant le harem femelle virtuel). Je ne partage pas cette logique de vouloir être mâle dominant, mais ce qui est dit à propos d’inadmissible haine homophobe me parait mal analysé. Ceci dit, quand un individu agresse et frappe dans la rue un homosexuel efféminé, c’est immensément différent, mais c’est cela et seulement cela qui me semble de l’homophobie antigay – sans aucun rapport avec le sport, mais plutôt avec le rejet du différent (comme le racisme à l’encontre des ethnies différentes de soi).

---------- Ajout 16/01/2020 : Discussion ----------
  Un sportif mâle hétérosexuel me répond de manière intéressante, enrichissant le sujet (je résume sans savoir si j’ai le droit de citer mot à mot le discours d’autrui) :
1/ Les sportifs et supporters ont conscience qu’ils ne reprochent pas aux adversaires d’être homosexuels mais signifient (par cette assimilation) qu’ils attribuent aux adversaires le statut d’êtres inférieurs.
2/ Les homosexuels sont effectivement fâchés de cette assimilation homosexuel = inférieur (qui pourrait être effectivement la raison du classement de ceci en homophobie).
3/ Il est faux de prétendre qu’être homosexuel c’est être moins viril, puisque des super-mâles (contraires d’efféminés) acteurs américains se sont avérés homosexuels (quand l’évolution des mœurs a brisé le secret à ce sujet, tout au moins dans les grandes villes ou certains milieux).
4/ Il reste un fond sociétal (chrétien ?) d’hostilité à l’homosexualité (donc traiter d’homosexuel serait un simple cri d’hostilité).
5/ Du côté du sport féminin : le modèle sportif étant plutôt dominateur/masculin, quelques championnes ont effectivement un corps musclé de façon virile, et les nageuses est-allemandes superchampionnes explosant les records féminins se sont avérées dopées à l’hormone mâle (des athlètes transgenres gagnant les compétitions féminines se voient aussi prescrire – ± de force – des médicaments pour abaisser leur fort taux d’hormone mâle qui les favorise en sport mais anti-sportivement).
6/ Il est injuste d’affirmer que le sport fait que les forts écrasent les faibles, les méchants écrasent les gentils : la compétition oppose exclusivement des adversaires volontaires et voulant se montrer le plus fort.
  J’ai des contre-objections toutefois, réorientant partiellement le débat (merci pour les objections ci-dessus) :
6’/ J’ai connu deux situations contredisant le principe affirmé « sport = bataille entre forts s’estimant mutuellement comme forts » : quand j’étais petit enfant joueur, mon frère (et un voisin encore plus âgé) me mettaient dans les cages (de hand avec ballon pour foot) en tirant de toutes leurs forces pour me « massacrer » douloureusement si j’osais contester leurs glorieux buts, il s’agissait d’écraser un faible en rigolant, un petit faible n’ayant souhaité que jouer ; plus tard, j’ai joué un jour de vacances au badminton comme loisir renvoyant gentiment le volant de l’autre côté du filet aux partenaires de jeu, et on me smachait sévèrement en retour, pour me mettre minable, en me disant « c’est ça le sport ». Alors… effectivement, le sport de haut-niveau oppose des forts, mais ceux-ci ne sont arrivés là qu’en écrasant les non-combattants, ce que je confirme ne pas apprécier.
2’-3’/ Les mots du langage courant ou argot semblent mal adaptés au monde homosexuel méconnu. Ainsi il y a confusion peu claire entre pédé (pédophile ?) et homosexuel, alors qu’il y a des pédophiles (forniqueurs d’enfants) hétérosexuels ; il y a aussi confusion peu claire entre enculé et homosexuel (alors qu’il y a des femmes hétérosexuelles sodomisées, ne serait-ce que prostituées, et des hommes sodomiseurs peut-être jamais sodomisés). Peut-être qu’un homosexuel sodomiseur ressemble à un hétérosexuel, je n’en sais rien.
4’/ Dans la Bible, la condamnation de l’homosexualité semble double : la conception divine est affirmée faite d’hommes et femmes s’accouplant pour enfanter, sans mentionner d’autre voie qui est ainsi réputée diabolique (mais si c’est Dieu qui a créé le Diable, ça vient de Lui tout pareil, et Dieu Tout Puissant peut annihiler le prétendu Diable facilement, on nous raconte n’importe quoi), et il y a l’extermination par Dieu des habitants de Sodome et Gomorrhe pour actes choquant le Créateur (quand moi, je suis choqué que soient massacrés des enfants de prétendus coupables, par ce Dieu terroriste pas du tout Bon-Dieu, comme avec le Déluge). Quoi qu’il en soit, j’ai entendu une polémique venant d’un « humoriste » ayant chanté sur radio publique une chanson qu’il a écrite comme « Jésus est pédé », offensant les milieux chrétiens parait-il. Ça me parait artificiel car il y a dans l’Evangile un mot étrange parlant de « l’ami de Jésus » sans précision expliquante, et par ailleurs il est notoire que les homosexuels des familles devenaient prêtres pour justifier sociétalement leur célibat, avant même les scandales récents de très multiples prêtres pédophiles toucheurs de petits garçons. Je n’ai pas lu le livre, paru récemment, écrit par un homosexuel français expliquant (d’après ce que j’ai entendu dire à la télé) que depuis longtemps les papes sont alternés hétérosexuels/homosexuels, et les grands cris de l’institution catholique contre l’homosexualité seraient une façade totalement menteuse, cachante. Je n’en sais rien, mais le sujet parait complexe, et partiellement malhonnête.
5’/ Je trouve totalement absurde le sport féminin, aux temps actuels clamant à très grands cris l’égalité homme-femme (faussement, sans abolir le sport féminin ni les douches collectives séparées hommes/femmes). La seule explication que je vois au sport non-mixte est que les femmes sont classées inférieures, et la question jamais dite en clair serait « laquelle de ces inférieures-de-nature est la magnifique supérieure ? » (le mot « magnifique » est une moquerie de ma part, pas le terme officiel ou médiatique, parlant plutôt de « héroïque » ou « impressionnante championne »). Effectivement, les cas transgenres sont moins inférieur(e)s donc supérieur(e)s mais ce n’est pas à armes égales, d’où le problème ressenti et la solution envisagée, mais et à mon sens, toute cette parodie de faux mérite s’effondre.
(7)’/ (Je ne crois pas du tout être spécialiste de l'amour ou compétent sur le sujet, seulement émetteur d’opinion candide, mais) que l’amour soit hétérosexuel ou homosexuel, j’ai l’impression qu’il s’agit de tendresse entre un "être protecteur de faible" (± dominateur) et un "être admirateur de fort" (± dominé). Pour les hétérosexuels, il y aurait l’homme un peu âgé comme dominateur et la jeune femme comme dominée (d’où différence d’âge classique avec homme plus âgé, pas systématique mais la cloche de répartition est clairement asymétrique de ce côté, comme pour les tailles en centimètres). Tandis que chez les homosexuels, il y aurait pareillement mâle dominant + mâle dominé, ou femme dominante + femme dominée. Mais j’ignore à peu près tout du sujet, et il me semble un peu connaître une homosexuelle qui était en couple avec une femme plus âgée clairement dominatrice, et qui a rompu pour se mettre en couple avec une douce jeunette, ce ne serait donc nullement éternel. Bref, ça ne va pas du tout dans le sens absurde du cri implicite « homosexuel = dominé » (des stades de football). Personnellement, dans les nouvelles romantiques que j’écris (dans un esprit hétérosexuel), je fais commencer le propos du parleur dominant par une majuscule et les propos du parleur dominé par une minuscule, mais… ce n’est pas systématiquement Majuscule = Homme, minuscule = femme, c’est une gradation Homme dragon > Femme dragon > Homme tortue > Femme tortue (du moins en autorité : ordre HD-FD-HT-FT quand c'est l'inverse en caractère plaisant selon moi : FT-HT-FD-HD), avec dragon/tortue plus ou moins lié au principe de classement extraverti/introverti ou convivial/effacé ou moche/bien (selon moi).
(8’)/ J’ai vu à la télévision que dans les grèves hurlantes de fin Décembre 2019, un conducteur de bus non gréviste s’était fait agresser/insulter par les grévistes majoritaires avec des cris dits aussi « homophobes » : « pédé », « enculé » (la RATP ou SNCF portant plainte officiellement pour homophobie je crois). Ce n’est donc en rien une spécificité sportive. Le principe est le même : il s’agit de rabaisser quelqu’un en le traitant de dominé minable anormal (dominé par le sale patron ou président), comme homme efféminé sodomisé. Là encore : ce n’est pas un jugement persécutant un homosexuel car homosexuel (homophobie individuelle), pas du tout, c’est un résidu d’une pensée fréquente anciennement : « homosexualité = mal » (fond homophobe).
   Il s’agit là de réflexions un peu désordonnées, sans vraiment de conclusion univoque. Il serait mieux de ne pas hurler « adversaires : enculés » dans les stades et vestiaires, je pense, mais je n’aime pas le sport en général et ne suis donc guère concerné par cette semi-violence rabaissante là, dite homophobe. Enfin, les psychiatres et médecins me disent "vous devriez faire du sport" (et la famille : "tu devrais faire du sport"), mais ils parlent vraisemblablement d'activité physique décoinçante, pas de sport combattant écraseur d'adversaire(s).