Principe moralo-financier « salaire de vie »
(point de vue personnel anormal)
par Ciel Leument, 22-23/05/2019

  Il est actuellement question de « débrancher » un dénommé Vincent Lambert, comateux de 42 ans en vie végétative depuis 10 ans, avec force hurlements et leçons de morale pour empêcher ce prétendu assassinat. Je n’ai pas les idées claires sur ce sujet, mais un point m’a frappé : ses soins coûtent parait-il 3500 Euros par jour (plus de 1 million d’Euros par an), alors que le SMIC à temps plein est actuellement de 1171,34 Euros par mois (environ 39,045 Euros par jour fois 30 jours par mois). Bref, il est donné 90 fois plus à celui qui ne travaille pas qu’à celui qui travaille. Et à celui qui travaille, on refusera catégoriquement une augmentation +10% de salaire (« qui tuerait la boîte ») alors qu’il faudrait +8900% pour atteindre la somme dépensée pour l’inactif, c’est injuste choquant quelque part.
  Certes, avec fatalisme, on est appelé à juger « c’est comme ça, indiscutable », mais on peut se poser des questions à l’heure où il faut se faire une opinion (personnelle, théoriquement) : faut-il débrancher ou non cet homme en vie artificielle ? Est-ce à nous de payer ?

Gestion des handicapés
  Ce qu’a dit la mère du blessé comateux, c’est que si on le débranchait, on allait pareillement tuer tous les handicapés inaptes au travail, ne rapportant pas de fric, c’est monstrueux inhumain. Je ne suis pas convaincu par cet argument. En France, un handicapé reçoit une pension de handicap inférieure au SMIC : il est reconnu son droit de vivre même s’il n’est pas en état de gagner lui-même de quoi vivre, mais pour ne pas dissuader du travail : le salaire du travailleur est forcément supérieur. Dépenser 90 fois plus pour le handicapé (sans travail) que ce qui est donné au travailleur (en échange de son travail) n’est pas du tout une évidence générale mais semble un abus ultra-ponctuel, contestable.
  Dans d’autres pays, comme les Philippines, il y a zéro allocation de handicap, et un handicapé sans famille meurt de faim. Si sa famille veut le nourrir, elle le fait en se privant, sans rien réclamer à autrui. C’est une autre logique, respectable. Et contestable aussi car le handicapé de famille pauvre meurt quand le handicapé de famille riche vit dans le luxe.
  Mais le cas de ponction sur la collectivité est différent (avec le paiement par Sécurité Sociale en France). C’est plutôt comme un nouveau-né qui serait sans tête ni bras et que des fortunes pourraient artificiellement maintenir « en vie » (si l’on peut dire) pendant 90 ans, ces fortunes venant des impôts réquisitionnés sous menace policière/carcérale. Hum, ce n’est pas simple de l’exiger au nom de la morale, de la justice « humaniste » (un corps sans conscience aucune est-il vraiment humain ?).

Incohérence catholique
  Divers politiciens ont exprimé un avis, avec précaution pour ne pas fâcher d’électeur, ou en exigeant que le président se prononce (afin que des électeurs soient fâchés contre lui, en cette période électorale), mais le pape a émis un avis davantage crédible, pas « intéressé électoralement » mais purement moral : il ne faut pas tuer cet handicapé, il faut respecter la vie, don de Dieu (et les parents, s’opposant à l’épouse voulant débrancher, sont qualifiés de catholiques intégristes proches de Monseigneur Lefevre et ses messes en latin).
  Toutefois, j’ai lu la Bible, les Evangiles, et le prétendu respect religieux de la vie est faux. Dieu a exterminé l’humanité par le Déluge (même des bébés innocents, guidables/reprogrammables par un prétendu Tout Puissant) et autres (bombardement exterminant les villes de Sodome et Gomorrhe, mise à mort des Cananéens, condamnation à la mortalité des humains), donc Dieu Lui-même ne respecte en rien la vie humaine. Son fils Jésus-Christ, accusé par Nietzsche de préférer le malade et le handicapé au bien-portant, ne respectait pas davantage la vie humaine : il a dit à la Cananéenne que les non-Juifs sont des chiens, et il a dit que le mieux serait de tuer les parents éloignant leurs enfants de Dieu. Appeler au meurtre pour délit d’opinion, non, ce n’est en rien respecter toujours la vie humaine.
  Certes, ces légendes bibliques sont peut-être fausses, et peut-être que le vrai Bon Dieu (s’il y en a un) ne tue jamais, mais si la Bible raconte n’importe quoi, rien n’assure un paradis post mortem, et cela ruinerait le succès des religions chrétiennes (et musulmanes).

Incohérence sociale
  Le candidat socialiste Benoit Hamon, vainqueur de la « primaire à gauche » en 2017, proposait un « salaire universel », comme salaire de vie pour tous (suffisant pour vivre), auquel s’ajouterait le salaire du travail. Cela correspond, en un sens, au système actuel repensé : ce salaire de vie serait d’un montant proche de l’allocation handicapé, et le salaire minimum de travail serait la différence avec le SMIC. Mais… le travail serait donc encore moins payé (« semi-esclavage » selon les personnes en désaccord).
  Toutefois, je vois trois objections au moins : « gilets jaunes », faillite soviétique, pauvreté chinoise.
- Les hurlements portés par le mouvement « gilets jaunes » de 2018-2019 disent que le salaire minimum de travailleur ne suffit pas pour vivre. Donc « salaire de vie + salaire de travail » en pratique en France est strictement inférieur au « salaire de vie » en théorie nécessaire en France, ce n’est pas cohérent. Il faudrait immensément augmenter les salaires (totaux vie + travail) pour devenir cohérent, mais (de la façon dont marche l’économie capitaliste/marchande) les prix augmenteraient au prorata et restaureraient le problème initial.
- En abandonnant le principe capitaliste, les communistes soviétiques ont organisé un système de paiement automatique de tous, déconnecté de la performance en travail effectif. Mais cela a abouti à la misère, la fuite (d’où mur de Berlin pour retenir de force les miséreux) et l’écroulement pour finir (faillite soviétique abandonnant le communisme). Il était célèbre qu’à la campagne les récoltes pourrissaient sur pied, car les paysans n’étaient pas davantage payés s’ils se donnaient la grande peine de récolter alors ils ne le faisaient pas (même avec sévère police politique et endoctrinement des jeunes). Avec salaire de vie automatique, de même, la majorité pourrait s’en contenter sans se donner la peine de travailler, et ce serait la ruine, ne dégageant même plu’ les sommes pour payer ces salaires de vie. Banqueroute du système. C’est logique, mathématique : le ratio réconfort/effort, dans le cas de « réconfort constant quel que soit l’effort », est maximal quand effort est nul.
- Vu à l’échelle mondiale, il serait étonnant que la France ait un salaire de vie et pas les autres pays, notamment la Chine à salaires de travail miséreux de quasi-esclavage. Ce privilège franco-français serait un appel mondial à venir en bénéficier et il y aurait des milliards de candidats à l’immigration. La réponse usuelle est la xénophobie (chez tous les politiciens, gauche comprise, avec le gouvernement de François Hollande refusant les visas aux gens des pays pauvres, avec Jean-Luc Mélenchon chantant la Marseillaise pour faire couler le sang prétendu impur des étrangers), et je n’aime pas ça (et j’ajoute que c’est incohérent : si on refusait les migrations, équitablement il faudrait rendre les USA aux Amérindiens comme Israël a été rendu aux Juifs, donc la planète exploserait sous les ogives atomiques étasuniennes). Moi qui suis partisan d’une abolition des frontières (impossiblement puisque refusé par les USA avec leur arsenal prêt à l’emploi), je n’ai pas ce problème moral de xénophobie, mais mon système théorique serait dur et exigeant car le « salaire de vie » est un privilège (« de pays riche ») non généralisable à 7 milliards d’humains, donc serait annulé avec l'abolition des privilèges. (Indirectement, les parents du comateux allaient aussi dans le sens xénophobe, voulant profiter de la fortune réquisitionnable en pays riche pour leur fils, sans du tout étendre impossiblement cette générosité immensément chère aux millions de comateux dans le monde, c’est de l’égoïsme sans l’avouer – en appelant « égoïsme groupiste » le principe « tout pour nous » là où l’égoïsme individuel est « tout pour moi »).
  Par ailleurs, qu’est-ce qui fait la richesse de la France, très supérieure au Tiers-Monde ? D’après les cours d’Histoire que j’ai reçus au lycée, la France de 1939 était riche pour avoir conquis (attaqué militairement et volé) un quart du monde méprisé comme Indigènes, et la France ruinée en 1945 est redevenue riche grâce au plan Marshall, c’est-à-dire par alliance avec le pire Crime contre l’humanité qu’a constitué la conquête massacreuse de l’Amérique. Non, ce n’est pas un mérite actuel mais un recel coupable, moralement atroce.

Note personnelle
- Mon épouse venant des Philippines m’a amené à découvrir des pans de la société française que j’ignorais :
. Aux cours de Français gratuits où elle allait, il y avait beaucoup d’Africains disant aimer la légalité française, et je ne savais pas expliquer de quoi il était question. Après avoir demandé aux intéressés, il s’est avéré qu’il s’agissait du RMI, ancêtre du RSA, qui est un prélude du « salaire de vie », pour les gens sans travail, ou refusant le travail, ou gagnant hors allocation par travail au noir ou vente secrète de produits illégaux. Même sans communisme, la perversion du système « salaire de vie » est déjà à l’œuvre.
. L’ANPE a imposé à ma femme des séances de formation, et je suis allé avec elle à la première séance car elle ne maitrisait pas encore la langue française. Il s’agissait là d’expliquer aux demandeurs d’emploi qu’il ne faut pas faire semblant de chercher du travail mais qu’il faut en chercher vraiment, activement, en acceptant l’inconfort. Comme mon épouse cherchait « pour de vrai » du travail (femme de ménage ou autre, au salaire minimum), elle était vue comme une extra-terrestre, et les formateurs lui ont dit de ne plu’ revenir à ces séances, faites pour les « chômeurs normaux ». Donc, même sans RSA, l’allocation chômage semble un similaire « salaire de vie » problématique, dissuadant de l’effort. (C’est du vécu de travailleur, pas de l’idéologie à tort dite « de droite »).
. Avant que ma femme trouve du travail, elle était couverte par ma mutuelle (payée par mon employeur), généreuse. Mais, du jour où elle a commencé à travailler, elle n’était plu’ couverte, et devait se payer très cher une mutuelle à elle. Et comme elle avait un micro-salaire (SMIC horaire fois bien moins qu’un temps complet, au début), cela débouchait sur quelque chose comme travailler 30% de son temps pour payer la mutuelle, qui lui était acquise si elle refusait de travailler ! Ça rejoint le système communiste de dissuader l’effort, punir relativement les gens qui travaillent, les vrais gagnants étant les refuseurs de travail et les inaptes au travail.
- J’ai été hospitalisé 2 ans, entre les âges de 34 ans et 36 ans, et mon salaire continuait à m’être versé comme indemnités maladie, je me considère donc comme un profiteur injuste moi-même, moins méritant que les vrais travailleurs ayant payé pour moi (et c’est pareil maintenant que je suis mis en invalidité à 55 ans, au lieu de travailler jusqu’à 62 ou 64 ans comme tout le monde – sauf privilégiés genre cheminots, militaires, députés). Pour me réconforter, on m’a dit que j’ai cotisé 32 ans pour cela, mais je ne suis pas pleinement convaincu (ma conscience n’est pas bien déculpabilisée). Personnellement je me classe parmi les semi-handicapés profiteurs injustes profitant abusivement des travailleurs injustement exploités.

Bilan
- Réfléchir dément que la famille (portion pro-vie acharnée) du « comateux à ne pas débrancher » soit moralement belle, elle semble plutôt égoïste et xénophobe, injuste.
- Divers donneurs de leçon prétendent avoir la solution mais ne semblent pas crédibles.
- Quoi qu’il soit décidé, débrancher ou non ce cas célèbre, cela pourra être qualifié d’absurde immoral. Je renonce à prendre parti à ce sujet. Mais je vais tâcher de rédiger mes « exigences anticipées » pour demander qu’on me débranche si je suis mort-vivant (j’ai déjà trop abusé des travailleurs, selon moi).