Vieux écrits ± économiques retrouvés sur papier
par Tristof Menyé, 12/05/2020

Ajout 2020 rétrospectif
dernier ajout

  Les manques de compatibilité informatiques m’ont fait perdre la trace d’écrits anciens de ma part, mais j’ai retrouvé par hasard un classeur oublié rassemblant quelques textes imprimés que j’avais tapés sur mon ordinateur à l’époque. Je ne réexamine pas ici ce qui concernait mon boulot (argumentaires technico-scientifiques) mais les propos politico-philosophiques peuvent être intéressants, ne serait-ce qu’en préambule à ma pensée mieux développée actuellement (humbilisme démocronde). Enfin, c’était là comme une « vie antérieure », avant mon second décès en 1998 et mon premier mariage en 2002, mais c’est déjà instructif, au sens d’étonnamment lucide (selon le moi actuel). Il s’agit de deux ébauches d’articles éventuels pour le magazine BioTop des anciens élèves de l’IUT-Bio Montpellier, qui appelait aux bonnes volontés pour contribuer en proposant des pages. Je ne sais plu' ce qui est advenu ensuite : je crois que j’ai proposé le premier mais je ne me souviens plu’ s’il a été publié ou non (plutôt : non, mais sans être sûr), je crois que je n’ai pas envoyé le second, projet annulé donc.
Partie 1 : Premier texte, sur la crise économique, date non marquée, entre 1985 et 1993
Partie 2 : Discussion actuelle du premier texte (ajouts du 08/05/2020)
Partie 3 : Second texte, sur le suicide collectif apparent (texte du 31 Mars 1994)
Partie 4 : Discussion actuelle du second texte (ajouts du 11/05/2020)

Partie 1
Dans la série : "Tout va bien, la vie est belle"...
Cigales, fourmis, et crise économique

  Un article de presse relatait récemment la croissance vertigineuse du développement de logiciels informatiques en Inde. lndirectement, cela suscite un certain nombre de questions sur la crise économique qui touche nos pays industrialisés. Suffit-il d`attendre patiemment la "reprise", qui nous est annoncée comme imminente depuis des années, ou bien la situation annonce-t-elle un déclin inexorable et qui ne fait que commencer ? Suffit-il de se dire que demain tout ira bien, ou bien faut-il accepter que les japonais et autres, plus travailleurs et moins gourmands que nous, finissent par obtenir à nos dépens la juste récompense de leurs efforts ?
  Si on note que les économistes affichant hautainement leur "savoir" et leurs certitudes se révèlent, quand ils se trouvent au pouvoir, systématiquement incompétents pour ramener la prospérité, on peut estimer que d'humbles réflexions naïves ne sont pas a priori ridicules. Aussi désordonnées et pessimistes soient-elles.

A propos de la consommation
  Avant tout, il est peut-être utile de prendre conscience que la "croissance" salvatrice tant attendue n'est pas seulement une croissance de la production, celle-ci étant déjà acquise, mais une accélération de cette croissance (c'est à dire une croissance du taux de croissance). "Toujours plus" ne suffit pas, il faut "toujours plus, et de plus en plus vite". On peut se demander où mènerait cette ascension vertigineuse et illimitée qui est appelée comme une nécessité. Doit-on se dépêcher de dilapider ce qu'il reste sur la planète de pétrole et de métaux rares ? Faut-il restaurer le culte du gaspillage, parce que celui-ci sert de moteur à la production ?
  Quoi qu'il en soit, et même si les gens pourraient être aussi heureux en consommant moins, tout ralentissement de la consommation est accueilli comme une calamité par les dirigeants. C'est dans cet esprit que la natalité est encouragée (allocations familiales, primes au 3e enfant, etc.) : on nous affirme doctement qu'un nombre croissant de consommateurs garantit la croissance économique donc la prospérité. Là, il semble qu'on nous prenne franchement pour des idiots. S'il fallait coûte que coûte accroître la consommation, il suffirait de nous payer plus ! Ou bien de faire consommer les pays d'Afrique, qui ne demandent pas mieux... Le problème n*est donc absolument pas de trouver quelqu'un qui accepte de consommer, mais de trouver quelqu'un qui ait de quoi payer. Or dans une situation où la main d'œuvre est déjà trop nombreuse, l'arrivée de jeunes en nombre accru ne fait que gonfler les rangs des chômeurs. Sans revenus eux-mêmes, et diminuant pour leur prise en charge les revenus des actifs, il est difficile de considérer ce surplus de demandeurs d'emploi comme un facteur d'enrichissement.

A propos des "avantages sociaux"
  Mais la main d'œuvre est-elle vraiment trop nombreuse ? Un curieux rapport de l’INSEE a récemment annoncé que l'on allait avoir en France, dans les prochaines années, tout à la fois un accroissement du chômage et un besoin accru de travailleurs immigrés. En clair, cela signifie qu'il ne suffit plus, comme au temps de Roosevelt, de créer des chantiers pour employer les chômeurs, il faut séduire ceux-ci par des emplois plaisants, bien payés, et suffisamment proches pour leur éviter tout désagrément. Sans quoi ils préféreront (puisqu'ils en ont le choix) leur situation d'assistés, nourris et logés, souvent même payés sans contrepartie. Tandis que l'on dit implicitement à l'immigré potentiel : "viens faire le sale boulot chez nous ou reste chez toi et crève". Cela au nom d'une morale généreuse (la compassion envers nos chômeurs), et en dénonçant la xénophobie, la main sur le cœur, avec de grandes envolées lyriques. N'importe quoi !
  Le problème semble relativement simple : nous avons oublié que la survie et a fortiori la prospérité ne sont pas des dus, mais nécessitent un lourd effort, un sacrifice. Tout confort se paye d`un inconfort, être né en France n'y change rien. La situation est bien illustrée par nos jeunes banlieusards excités, qui exigent des loisirs gratuits sous peine de tout casser, alors que les maraîchers doivent recruter du personnel à l'étranger pour assurer leurs récoltes, faute de candidats nationaux. Et ces orgies de loisirs, laissant toute la peine a une catégorie de semi-esclaves, rappelle la décadence romaine, évoque la fin d'une civilisation.

A propos de la compétitivité
  La grande claque qui peut nous conduire à l'effondrement semble déjà amorcée, et elle nous vient d'Asie.
  Pour survivre, il faut dans certains pays accepter une charge de travail énorme pour un salaire de misère. Et notre main d`œuvre est infiniment trop chère pour supporter la comparaison. Notre seule supériorité résidait dans la maîtrise des techniques, mais les asiatiques ne sont pas plus bêtes que nous, et ils nous ont rapidement rattrapés dans ce domaine, acquérant la capacité de se passer de nos produits, et d'inonder même nos marchés, privant de commandes nos usines. Or si nos entreprises finissent par devoir fermer, nous n'aurons plus de quoi acheter ces produits étrangers, et pas de quoi rétablir notre coûteuse production. La prospérité s'en ira dans une Asie qui l'a bien méritée, et nous redécouvrirons la misère. Il faudra alors recommencer la lente progression qu'ont connu nos arrière-grands-parents et grands-parents, pour mériter la prospérité, la conquérir par le travail – le travail dur et payé misérablement.
  Ce scénario catastrophe n'est pas une pure fabulation sans fondement. La course à la compétitivité que mènent nos entreprises s'explique difficilement si l'on se refuse à regarder en face les ravages de la concurrence mondiale. Certes, la robotisation de nos usines pourrait viser généreusement à nous décharger des tâches fastidieuses, mais quand elle pousse au chômage la population active, on doit se poser des questions.
  Quand tout en Occident sera fait par des ordinateurs et automates – produisant, se contrôlant et se réparant eux-mêmes sans plus avoir à verser un centime de main d'œuvre, on aura certes une chance d'avoir des produits concurrentiels mais qui donc sera en mesure, ici, d'acheter quoi que ce soit puisque plus personne ne sera payé ? Et si l'on continue à indemniser les chômeurs (par une forme d'impôt sur les entreprises), leur nombre vertigineux créera une charge si lourde que les produits cesseront d'être concurrentiels, donc d'être achetés, et donc de dégager l'argent nécessaire pour donner un pouvoir d`achat aux chômeurs... La logique consistant à réduire la main d'œuvre semble, dans nos pays à chômage indemnisé, incompréhensible (du moins à l'échelle globale, si l'on dépasse la logique interne à chaque entreprise). D'une manière ou d'une autre, et même si la compression de personnel ne sera jamais complète, la concurrence nous amènera à une décroissance de niveau de vie, au moins jusqu'à un nivellement avec les pays asiatiques. Et si nos syndicats s'accrochent bec et ongles au fonctionnariat, au SMIC, à la semaine de 39 heures, aux 5 semaines de congés payés, nous continuerons même à plonger.
  Quant au recours au protectionnisme, il conduit aussi a la pauvreté : s'il faut se priver d'acheter les produits étrangers bon marché, on consommera moins, et notre niveau de vie chutera également. Et quand notre domination économique sera remise en question, quand le niveau de vie a l'étranger aura augmenté, il ne sera plus possible d'importer les matières premières pour une bouchée de pain : une seconde phase de chute nous ramènera alors au monde préindustriel, autarcique, au moyen-âge.

A propos de la morale
  Pour résumer, il se pourrait donc que la crise économique actuelle, qui menace notre confort matériel, soit beaucoup plus sérieuse qu`un aléa économique temporaire. Ce pourrait être l'amorce d'une redistribution mondiale des richesses, clôturant le phénomène de décolonisation et faisant triompher les universels "droits de l'homme" en enterrant la "supériorité de l'homme blanc". Et dans le déchirement, il nous faudra redécouvrir que le fait d'être né ici ne nous dispense pas du douloureux lien entre effort fourni et rétribution – ce lien qui est si honteusement contrasté géographiquement, le niveau de vie d'un inactif RMIste français dépassant celui de très nombreux ouvriers agricoles ou mineurs, peinant 70 heures par semaine en plein soleil dans tel ou tel pays pauvre pour nous alimenter en café ou en uranium.
  Moralement, la situation est de toute façon intenable. Il ne faut pas perdre de vue que nous achetons des matières premières au Tiers-Monde en pratiquant le jeu des enchères décroissantes. Or cela force les fournisseurs à maintenir leurs ouvriers dans la misère. Et nous n'aurions jamais atteint le degré présent de prospérité si nous avions décrété pour nos achats une sorte de SMIC universel (étalon de niveau de vie auquel aurait droit tout être humain pour tant d'heures travaillées, à l'étranger comme chez nous). Et ce qui va nous punir sévèrement, c'est que les enchères décroissantes vont maintenant s'étendre aux produits industrialisés, dont l'Occident avait le monopole.
  Si la morale ne nous a jusqu'ici poussé, en pratique, qu'à donner l'aumône à un tiers-monde dont nous entretenions la misère, la logique économique risque bien de secouer tout autrement nos privilèges égoïstes. Et si les fourmis asiatiques ne nous mangent pas tout cru à notre propre jeu, la redistribution pourrait se faire vers l'Afrique et l'Amérique Latine, où des populations à la fois misérables et aussi indolentes que nous pourrons trouver comme seul espoir une guerre Nord-Sud de réquisition. Notre avenir est sombre, et faute d'avoir partagé nos richesses, faute d'avoir partagé la souffrance des autres, nous n'aurons même pas la conscience assez tranquille pour nous offusquer des méchantes beignes que nous allons prendre.
  Comme disait Charles Trenet, "Y'a d'la joie"...
    C.Meunier (ABB 84)


Partie 2
Ajouts au texte 1 environ 30 ans plus tard
– Depuis 1990 la « conscience écologiste » s’est universalisée, et tout le monde appelle à moins foncer dans la surconsommation inutile, même si les promoteurs de la décroissance continuent à être jugés irresponsables (ou idiots), hélas.
– En Allemagne, la démographie décroissante fait qu’il y a plein emploi (sans notre misère dramatique du chômage de masse) et ouverture des frontières aux pays en surpopulation (geste généreux, humaniste, au contraire du nationalisme français, avoué ou caché en vilipendant l’hypernationalisme seulement, mais sans aucunement abroger la sévère police des frontières).
– On m’a informé que plus de 50% des chômeurs ne sont pas indemnisés, mais il peut s’agir majoritairement de conjoints d’employés (en France où la plupart des conjointes travaillent, contrairement à la tradition allemande de femme mariée à la maison). Ces conjoints exigent travail facile et bien payé pour daigner accepter. En effet il y a sinon le coût des gardes d’enfants, des transports pour aller au travail, la perte des gratuités pour nécessiteux, etc. le différentiel entre emploi et non-emploi peine à être significatif, à s’avérer effectivement motivant.
– J’ai entendu parler de la voie keynésienne qui prétend que pour rétablir la prospérité il faut fermer l’économie, fermer les frontières, mais nous n’avons ni pétrole ni fer et je ne vois pas comment notre économie pourrait tourner en autarcie. Certes, on pourrait interdire 95% des produits (en rétablissant des douanes, en espérant contrôler la contrebande) et faire exception pour ce dont l’on a besoin, mais il y aurait des sanctions en face bloquant nos exportations et nous n’aurions plus de devises pour acheter sur les marchés internationaux ce que nous n’avons pas. Par ailleurs, sans la concurrence étrangère, les produits d’ici seraient immensément plus chers, d’où effondrement du pouvoir d’achat populaire si on rétablissait maintenant les frontières. (Ce n’est pas impossible mais ce ne serait pas indolore, je crois).
– Les 39 heures de l’époque sont devenues 35 heures (en 1998-2000-2002 me dit Internet), ce qui est encore pire en compétitivité, et cela n’a pas été abrogé par les gouvernements qui se prétendaient pro-entreprises.
– On me dit qu’il ne faut pas mélanger économie et morale, or je le conteste. L’économie n’est à mon avis pas du tout une science puisqu’échouant à prévoir le futur. Donc elle n’est qu’une façon de parler, et en cela la morale est un guide utile, sans la froideur automatique de modèles mathématiques douteux (douteux en corrélation à ce qui se passe).
– Les Droits de l’Homme prétendus Universels ne sont en rien la morale universelle incontestable mais un texte très mal écrit, clamant le droit à la xénophobie (nationalité, anti-humanistement), avec alliance aux religions esclavagistes massacreuses.
– Les produits industrialisés sont maintenant produits très majoritairement en Asie, en 2020, la tendance qui s’annonçait vers 1990 s’est énormément confirmée, nos politiciens voulant abandonner l’industrie (pénible et polluante) pour faire de nous une nation de service, un peuple de marchands. Et ça ne marche pas, la crise perdure et empire, avec envol de la dette publique pour éviter l’écroulement, chargeant aveuglement les générations futures, qui nous détesteront quand elles seront ruinées pour rembourser « nos » dépenses.
– ABB84 signifie l’option Analyses Biologiques et Biochimiques du Diplôme Universitaire de Technologie 1984, promotion précisée pour situer les anciens de l’Institut Universitaire de Technologie Biologie de Montpellier.

Partie 3
Vers un suicide collectif ?

  L'indigence de la télévision est peut-être en train de créer des générations d'idiots, ayant oublié ce que réfléchir veut dire. Entre des spécialistes – philosophes compris – qui assènent leurs opinions comme des vérités, et une masse de moutons ne sachant plus que rire ou crier, tout annonce une décadence. La chute pourrait bien être sévère. Avec du sang, avec des pleurs.

ABERRATlON ?
  Quand on entend dire partout que la priorité absolue est la lutte contre le chômage, et que tout le problème vient de la mondialisation de l’économie, comment comprendre l'absence de débat sur la nécessité d’avoir un franc fort, au sein de ce "jeu" planétaire ? C'est peut-être un peu compliqué, mais comment voter sans chercher à comprendre, sans chercher à être convaincu ?
  Le fait d'avoir une monnaie plus chère que celle des autres pays rend nos produits peu compétitifs à l’étranger, favorise chez nous l'attrait des produits importés, encourage les Français à dépenser leur argent à l'étranger, décourage les touristes étrangers de venir en France... Tout cela va dans le sens d'un chômage accru : moins de produits nationaux vendus, et course des entreprises à la productivité pour maintenir des prix à peu près concurrentiels, avec licenciements à la clé.
  Plus indirectement, le fait que les produits étrangers ne soient pas en hausse constante limite l'inflation ; conséquence : l’épargne ne se dévalue pas, et rien n'incite à la consommation pressée ; de même, les crédits à la construction sont moins tentants dans la mesure où ils n'apparaissent plus dégressifs – puisque la hausse des salaires en francs courants ne sera pas violente.
  Donc, en résumé : le franc fort semble faire qu'à consommation nationale égale, il y a plus de chômage, et en plus, il y a une pression pour faire diminuer la consommation (et le phénomène fait boule de neige : la crainte du chômage incite à une épargne de réserve en cas de coup dur, ce qui fait diminuer la consommation, et accroît le chômage, etc...). En échange : le niveau de vie serait potentiellernent accru, pour les personnes qui ne sont pas au chômage (produits importés et vacances à l’étranger deviennent bon marché) – ou le niveau de vie serait inchangé en dépensant moins, donc en se constituant des économies. Le franc fort ne serait donc pas qu'une magouille au profit de la haute finance, il répondrait aussi à l'exigence syndicale (et socialiste) d'un pouvoir d'achat maximum pour les humbles travailleurs. Le résultat n'aboutit pourtant pas à gommer les inégalités, apparemment : les travailleurs vivent mieux (et l’épargne devient un luxe populaire), mais le chômage crée de la grande pauvreté.
  Quel point technique, économique, s'oppose à la convergence d'arguments contre ce franc fort, qui fait bizarrement l'objet d'un consensus général, dans un contexte de lutte tous azimuts contre le chômage ? Sommes-nous trop stupides pour que les débats politiques majeurs portent sur ce genre de thèmes ? Est-ce parce que les chômeurs ne représentent que 10% des électeurs, qu'il est impensable de préconiser un mécanisme diminuant (indirectement) le niveau de vie des travailleurs et retraités ? Sachant que la crainte du chômage, pour soi et ses proches, touche plus de 50% de la population, ce calcul politique ne serait-il pas erroné ? Ou bien est-ce que la partie électorale serait automatiquement perdue, face à des démagogues promettant de diminuer le chômage sans toucher au pouvoir d'achat ? Faute de réponse à cette question, les gestes politiques contre le chômage ne peuvent plus être pris au premier degré – et cela conforte l'absurde opposition des chômeurs face aux mesures destinées à faciliter leur insertion. Considérant comme une victoire le retrait des lois qui pouvaient changer la situation dont ils se plaignent...

ŒILLÈRES ?
  Une des revendications essentielles des jeunes est le droit au travail, assorti d'une double condition : un travail décemment payé (pas moins que le SMIC), et un travail acceptable (les maraîchers doivent continuer a recruter a l’étranger une main d'œuvre acceptant de vivre à la dure loin de leur famille et de toute distraction). Innocemment, on en déduit les 3 principes suivants : tout Français a droit au confort, c'est à la société de faire en sorte que chacun ait un travail, et c'est aux privilégiés de faire des sacrifices. Mais un Jeune thaïlandais, obligé de se prostituer pour se payer un bol de riz par jour, ne serait-il pas consterné devant ces caprices d’enfants gâtes ? Peut-on clamer que nos jeunes sont victimes d'une intolérable injustice sans faire en cela preuve d'un nationalisme forcené ? Les principes moraux que nous invoquons ne sont-ils pas un moyen commode d'appuyer des revendications égoïstes ?
  Une vision déchirante, cauchemardesque, de la situation mondiale est possible : nous avons généreusement apporté aux pays pauvres la médecine et il en est résulté la disette. Dans le même temps, nous avons assis notre développement sur l'achat de matières premières au jeu des enchères décroissantes (“acheter au moins cher") – et cela condamnait le Tiers-Monde à la misère. Ensuite nous avons aidé les pays pauvres a se développer, par un mélange de pure générosité et d’égoïsme économique (prendre les marchés avant nos voisins). Mais maintenant, le domaine des objets manufacturés n'est plus une chasse gardée, le marché est envahi par la production à bas prix de ces pays pauvres. Si nous acceptons dans ce domaine “philosophiquement“ le principe des enchères décroissantes qui a fait notre prospérité, l’économie occidentale va s'effondrer, les usines fermeront les unes après les autres, et quand nous serons tous chômeurs on redémarrera sans SMIC, au niveau de salaire thaïlandais : un bol de riz pour une semaine de 80 heures. Et si nous fermons les frontières pour éviter cette horreur (que nous avions entretenu, indirectement, tant qu'elle ne concernait que l’étranger), notre niveau de vie va baisser très durement, de toute façon : l’essence pourra coûter mille francs le litre, le plastique et le métal deviendront hors de prix, etc... Le pire est que ce scénario catastrophe correspond à une très morale redistribution des richesses, la fin d’une criante injustice au niveau mondial. Au lieu d'un milliard d'opulents et 6 milliards de très pauvres on aura .7 milliards de gens moyennement pauvres. Être né en France n'y changera plus rien, et ceux qui crachent sur les nationalistes ou les égoïstes devraient être contents. Non ?
  Quelle est l’erreur qui fait de ce scenario-catastrophe un cauchemar absurde ? Pourquoi personne n’en parle-t-il ? Qu'est-ce qui fonde la certitude d'une reprise imminente, et l’impossibilité d'un déclin irréversible ?' Pourquoi cette perspective n'étouffe-t-elle pas les révoltes corporatistes, cramponnées aux avantages acquis comme s'ils étaient éternels ?
  Certains ont imaginé que les pays industrialisés parviennent à maintenir le fossé à leur profit – par exemple en faisant payer leur protection sociale par leur TVA et non plus leurs entreprises. Mais la TVA est dite « impôt surtout sur les pauvres »… Et ça ne s’est jamais fait.

NAÏVETÉ
  Tachons d’imaginer une société juste, au moins à l’intérieur de nos frontières. En se révoltant contre le chômage, nos jeunes demandent une chose : qu'on leur donne du travail. Au passage, cela sous-tend une profonde aversion pour la logique libérale : ce n'est pas à chacun de se battre pour survivre, c*est a la société de ménager une place pour tous. Mais est-ce que cette expérience n'a pas déjà été tentée quelque part ? Est-ce que le principe communiste ne se définissait pas sur cette base ? Et, sans la perversion d'une nomenclatura corrompue, pourrait-on envisager une société égalitaire et bienheureuse ?
  Quand on veut refaire le monde, étant jeune, on ignore la force d'une tentation quasi-universelle : "je ne fais pas d'effort, si je n'ai rien à y gagner". On peut supputer que la satisfaction de faire le bien de tous est une récompense suffisante, pour susciter un engagement "désintéressé“ (en termes matériels). Mais l'utopie ne tient pas la route. Jésus-Christ, Mère Thérèsa et l'abbé Pierre sont des exceptions, et une éducation morale ne change rien au penchant naturel, général. Bref, si chacun a un emploi et un confort garantis, sans gratification inégalitaire, le “je m'en foutisme" s'installera. Les récoltes pourront pourrir sur pied, ou dans une gare de triage (l’exemple soviétique était éloquent). Et â terme, ce sera la misère pour tous. Il y aura l'égalité mais sans plus de confort. A moins d'encourager le zèle au travail par la peur du gendarme, le goulag, etc... Mais ce n'est plus tout à fait le paradis qui était visé.
  Au fond, l'idéal n'est-il pas le statut de fonctionnaire dans un pays qui est riche grâce à un secteur concurrentiel puissant ? Les heureux élus ont alors la sécurité d'emploi et la douce productivité de type communiste, tout en ayant un niveau de vie dans la norme des pays libéraux. Le problème est que ce système repose sur l’acceptation d’une inégalité (les fonctionnaires tranquilles et les non-fonctionnaires stressés). Pire : en ponctionnant le pays par l’impôt, pour payer la fonction publique, on augmente les couts de revient, et dans le contexte concurrentiel, cela pousse le secteur privé a la baisse des salaires ou aux licenciements (faillites ou améliorations de productivité)…
  Que veulent donc les gens qui hurlent leur indignation ? Quel idéal ou moindre mal préconisent ils ? Ceux qui les soutiennent en déclarant qu'il y a des solutions sont-ils crédibles ou bien visent-ils simplement le pouvoir, quitte à se contenter ensuite de gérer un système inchangé ?

  Ces réflexions, aussi naïves soient-elles, paraissent graves. Les gens crient, les gens bougent, les gens votent. Mais personne ne semble vraiment réfléchir. Peut-être est-ce une bonne chose, au fond : mieux vaut foncer tête baissée vers un précipice que de vivre déchiré d’angoisse, en étant de toute façon poussé vers l’issue fatale. Heureux les simples d’esprit, heureux les incohérents sûrs d'eux-mêmes, les égoïstes se croyant vertueux. Heureux les gens en colère, croyant qu'on leur refuse une solution existante.


Partie 4
Ajouts au texte de partie 3 après 16 ans d’expérience entretemps :
– Il m’est maintenant dit que la force d’une monnaie est un point totalement artificiel sans importance aucune et que ce qui compte est la richesse d’une nation (ou zone monétaire), mais je n’en suis pas convaincu :
- Dans les années 1990, j’étais abonné à la revue Air et Cosmos, où les vendeurs et dirigeants d’Airbus Industrie tempêtaient régulièrement contre le Franc fort qui pénalisait lourdement les Airbus à l’exportation, par rapport aux produits étasuniens bénéficiant commercialement du dollar sous-évalué, donc vendant moins cher et empochant presque toutes les commandes. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé.
- La France étant un pays archi-surendetté, et de plus en plus, sans aucune réduction de la dette entrevue à court et moyen terme (voire : long terme), peut-on appeler ça un « pays riche » ? Une personne surendettée me parait au bord de la ruine, imminente, et si elle possède plein de choses, il faudrait qu’elle les vende immédiatement pour éponger ses dettes, sans commettre l’aberration totale d’emprunter systématiquement pour payer ses créditeurs. Qui plus est, l’estimation de valeur possédée me parait peu crédible : dans un système de prix libres, la valeur des choses n’est pas intrinsèque mais s’avèrera par surprise ce que des acheteurs accepteront de payer pour acquérir les prétendus biens (et c’est ainsi que les banques étasuniennes faisaient faillite en 2008 quand les maisons en cours d’achat étaient saisies, donnant pléthore sur le marché avec écroulement du prix unitaire d’achat/récupération bancaire).
– Depuis 1994 où la dévaluation du Franc était envisageable, il y eu le passage à la monnaie unique Euro, interdisant la dévaluation nationale, et avec politique dite « européenne » (en fait : allemande) de monnaie forte, ce qui est dit non négociable par les politiciens français des partis dits de gouvernement, hors extrêmes osant davantage mais en étant déclarés (à tort ou à raison ?) démagogues et dangereux. Toutefois, avec la panique politicienne européenne de 2020, dans l’affaire dite « coronavirus », la France est passé dans l’hyper-rouge quand l’Allemagne passait franchement dans le rouge, et une dévaluation de l’Euro devient soudain envisageable pour rembourser moins cet argent que nous n’avons absolument pas. On verra.

(Ajout 2020 rétrospectif), Epoque intermédiaire : 1€ = 6,55957 F pourquoi ? (05/06/2020)

  De Juillet 1998 à Mai 2000 j’étais hospitalisé, refusant la télévision et la radio, les journaux, mais je lis maintenant que le passage de la monnaie Francs à la monnaie Euros s’est effectué le 1er Janvier 1999 pour les banques, en 2002 pour les particuliers. Bref, je n’étais pas « présent » quand a pu être discuté la convention de change « 1€ = 6,55 Fr. » Je m’interroge à retardement aujourd’hui, en reprenant mes vieux écrits qui dénonçaient « le Franc fort », car tel me semble pleinement le sujet.

Analyse
  Un ami (fonctionnaire français, ex-camarade de lycée) me dit que j’ai tort de trop m’intéresser aux forces des monnaies car, quels que soient les taux de change, ce qui compte est la richesse intrinsèque d’un pays, quelle que soit l’unité. Mais je ne « comprends pas » (je n’arrive pas à le gober en faisant taire mes objections, qui demeurent).
  Au passage à l’Euro a été balancée la convention 1€ = 6,5 Fr mais si ç’avait été 1€ = 13 Fr (pour formules de conversion inchangées concernant le Deutschemark, la Peseta etc.), nous Français aurions deux fois moins d’Euros donc :
– Les Français auraient deux fois moins de pouvoir d’achat en importations, et exporteraient plus facilement. C’est un super bonus pour l’emploi en France, pour la compétitivité internationale des entreprises françaises.
– Les fonctionnaires français (sans aucune crainte du chômage, par statut privilégié) auraient un pouvoir d’achat deux fois moindre en achats étrangers, vacances à l’étranger etc. ce qui n’est que négatif pour eux, non soumis à concurrence loyale.
– Avec deux fois moins d’Euros ici, le SMIC aurait été à 400€/mois au lieu de 800, les maisons françaises en vente auraient été achetées par des riches espagnols par exemple, au lieu que les maisons en vente en Espagne soient achetés par de riches français, ainsi avoir voulu faire de nous des riches (à court terme) nous rend pauvres (à moyen terme), puisque faisant fuir les emplois. Ce n’est pas rien mais très grave.

Bilan
  Bref, la politique du Franc fort, qui a guidé sa conversion en Euro, me semble couler les entreprises françaises pour assurer la fortune égoïste-groupiste des fonctionnaires français décideurs, c’est une erreur et c’est une honte.
  Je n’étais « pas là » mais apparemment cela a été fixé sans nous informer des enjeux et conséquences, donc menteusement.

Contexte
  Ma génération, Bac vers 1981, n’avait pas « économie » parmi les matières en enseignement secondaire général, pas même de « sciences économiques » en filière dite scientifique (C Maths-Physique ou D avec Biologie ou E avec Technologie). Cela peut être regretté comme ne permettant pas de « comprendre » les nouvelles, ou bien… cela nous a formé à la logique pure résistante aux affirmations infondées, sans être « contaminés » par les fausses sciences dites « sciences humaines ».
  Je me souviens que « la politique du Franc Fort » était le cheval de bataille du Premier Ministre Raymond Barre (ministre 1976-81), et il avait été embauché à ce poste comme non-politicien meilleur professeur supérieur de France en Economie, par le président Giscard d’Estaing, lui-même spécialiste du sujet économique puisqu’ancien (jeune brillant) ministre de l’Economie et des Finances. C’était tout sauf n’importe quoi (à l’opposé de la dévaluation mitterrandienne vers 1983 en situation de ratage généralisé et quasi-faillite), et pourtant ce franc fort (maintenant : Euro fort) me semble une immense erreur.
  J’ai entendu l’autre jour à la télévision qu’un auteur parlait de l’économie 2.0, révolutionnée par la preuve comme fausse de la loi économique (prétendue) liant injection d’argent étatique et inflation (avec la crise de 2008-2010). Je conclurais le contraire : l’économie n’est pas une science, ne découvrant en rien des lois incontestables mais généralisant n’importe comment (par induction, faute logique) en prétendant au savoir incontestable, à tort complet.
  Bien sûr, la politique de la monnaie faible (que j’imagine) n’est pas idéale non plu’ et on pourrait me reprocher de vouloir une course aux enchères décroissantes aboutissant à la misère de tous. Mais ce n’est pas vrai : je ne suis pas favorable à ces enchères aux dépens d’autrui : je préférerais un monde uni (à nos dépens de riches Occidentaux) avec monnaie mondiale unique, SMIC mondial unique, aucun paradis fiscal, etc. Les nationalistes rejetant l’autre avec xénophobie ne sont pas d’accord, mais ils me semblent immoraux, générateurs de violence révolutionnaire (justicière) en face. br>

Ajout 26/07/2020, Discussion

  Un ami contradicteur me donne totalement tort, c’est intéressant : « Si on suit ton raisonnement, il suffirait de multiplier la valeur de l’euro par 10 pour être 10 fois plus riche. C’est évidemment intenable. »
   Je réponds : Oui (1) et Non,(2) à la fois.
1/ Pour un fonctionnaire français non soumis à la concurrence internationale, que la valeur de l’Euro soit 10 fois plus forte lui donne un pouvoir d’achat en produits chinois et étasuniens 10 fois plus fort (ou 9 fois plus fort peut-être, si le prix de transport ou/et la marge commerciale subissent une inflation en contrecoup).
2/ Pour une industrie privée (et ses employés), que la valeur de l’Euro soit 10 soit plus forte rend non-concurrentielle la production locale, remplacée par les fournisseurs étrangers (hors de zone Euro). D’où banqueroute et chômage, ou délocalisation et chômage des employés ici perdant leur poste. Le patron et les cadres supérieurs (qui seront payés en Euros et continueront à piloter l’entreprise délocalisée) seront bien 10 fois plus riches, mais les petits employés d’ici connaîtront la misère, tempérée par indemnité chômage avant écroulement du système.
   Ce tableau me semble le monde autour de nous : de plus en plus d’ex-employés du privé au chômage, sans fin de la crise envisagée à court ou moyen terme, accroissement des inégalités avec les hyper-riches délocalisateurs, goinfrage des fonctionnaires protégés de la concurrence internationale et rackettant inlassablement le secteur privé pour « toujours plus de moyens » (sans satisfaire les clients, le mot « clients » étant même proscrit, pour dire « usagers », emmerdeurs devant remercier pour être servis, un peu, de mauvaise grâce). Cela me semble conduire à une prochaine guerre civile, entre miséreux (ex-employés du privé) et privilégiés (grands patrons et petits fonctionnaires), Certes, ce n’est pas riche, comme tableau final, vraisemblablement dévasté, mais 2 des 3 classes de personnes auraient profité de la monnaie forte pour être temporairement riches. Globalement, ça ne tient pas (pour une richesse de tous durablement), d’accord, mais cette guerre est plausible, l’envisager avec pessimisme n’est pas du tout intenable, au contraire mes vieilles intuitions à ce sujet me paraissent de plus en plus confirmées à titre de tendance.
   Ceci dit, est-ce que la valeur de l’Euro peut être multipliée par 10 par décret chez nous ? je n’en sais rien. Les taux de change dépendent peut-être en partie des autres monnaies ou leurs instances responsables (acceptant ou refusant de recevoir bien moins d’Euros en échange de leurs produits), ou d’instances internationales gendarmant un peu cela. Mais ce n’était pas ici le sujet, clairement hypothétique imaginatif, pour voir en théorie.