Mauvaise fable du sage aveugle et l’éléphant
(prétention sage cassée)
par A.Plui, 25/07/2019

dernier ajout

  On m’a adressé comme grande leçon le conte suivant : les six aveugles et l’éléphant ( http://www.institut-repere.com/Metaphores/les-aveugles-et-l-elephant.html , des aveugles décrivant un éléphant chacun en touchant une zone locale différente, aspect partiel, avant que le sage leur dise qu’ils ont tous raison, la vérité étant la combinaison des divers aspects). Avec la conclusion personnelle d’une amie : « n’oublions pas que nous avons TOUJOURS une vue partielle des choses ». Et la conclusion du texte lui-même est « La vérité n’est jamais le résultat d'un seul point de vue ou d'une seule perception. Une vérité nouvelle peut émerger des mises en commun des vérités individuelles. De cette mise en commun peut naître une perception globale qui inclut et transcende l'ensemble des vérités individuelles. C'est le principe de la collaboration générative. »
  Je ne suis pas d’accord, inspiré actuellement par ma lecture destructive d’un livre de philo sur « Autrui » (opposé au livre que j'ai autrefois écrit : "Contre la Réalité"), et je vais l’expliquer dans ce cas ici :

A/ L’erreur oubliée
  Ce qui est dit dans le conte suppose que chaque observateur a partiellement raison. C’est une généralité abusive : parfois des observateurs ont totalement tort. Au lieu de 6 aveugles, s’il y avait eu un homme ivre, un daltonien et un ni-alcoolique-ni-daltonien, il serait inexact de dire que la vérité n’est ni que l’éléphant est rose, ni qu’il est bleu, ni qu’il est gris, mais qu’il est à la fois rose, bleu et gris. En mathématiques élémentaires, si divers élèves disent que 2+2 = 4 (selon un enfant), ou 5 (selon un autre enfant) ou 3 (selon l’autre enfant encore), il est faux de dire que 2+2 donne ces 3 résultats tout autant, tous justes mais incomplets ; non, il y a le résultat 4 qui est juste d’après les définitions de 2, 3, 4, 5, +, =, et les autres résultats sont faux compte tenu de ces définitions axiomatiques (il faudrait changer les axiomes pour prétendre avoir raison). Sans tomber dans cette fable caricaturale, j’ai démontré qu’était fausse une loi mathématique apprise à l’université (formule de l’écart-type estimé sur échantillon), et si on me dit que les professeurs avaient autant raison que moi, je peux prouver le contraire : non seulement ils ont tort de rejeter ma démonstration (ce qu’ils font avec colère au titre d’insulte aux « grands hommes » et au corps enseignant) mais ma formule est juste, prouvée dans 6 familles de cas, sur 6 que j'ai examinées (prouvée compte tenu de leurs axiomes).
  Toujours tout accepter est du bla-bla de littéraire prétendu psychologue ne comprenant rien aux mathématiques et à la logique, hélas.
  Certes, les mots du conte sont trompeurs, le terme "peut" pouvant éventuellement sous-entendre un "ou pas" envisageant l'erreur, mais ça semble stratégique menteur. Comme en publicité "jusqu'à 100% d'amélioration" n'exclut pas "0% d'amélioration pour moi" mais en lecture intuitive c'est entendu "presque 100% à 100% pour tous", trompeur, stratégie de bla-bla marketing et pas grande leçon de lucidité.

B/ Fausse perception
  Je ne suis pas d’accord que la perception est "toujours juste, au moins partiellement". Certes, il faut contester que chacun prétende détenir la seule perception vraie, mais ce sont toutes les perceptions qui sont douteuses, plutôt que toutes justes à leur façon. Philosophiquement, j’ai montré que l’hypothèse du rêve n’est pas écartable (jusqu'à preuve du contraire, pas trouvée les 3000 dernières années), donc la prétendue perception peut être délire imaginatif (sans que je le sache présentement, mais ce serait la conclusion « après réveil »). Et il n’est même pas sûr qu’il y ait un Réel au-delà du passage éternel du moi de rêve en rêve, peut-être, la notion de vérité disparaissant, ou n’étant plu' que relative. Si je rêve, croire la prétendue perception d’autrui (en fait personnage marionnette imaginaire) n’est pas l’accès à une vérité partielle mais une modalité quelconque de l’illusion générale. Le « sage » de l’histoire n’est donc pas un sage mais un croyant lui-même « aveugle », au sens de : dénué d’intelligence critique. Je préfère le sage bouddhiste ayant dit « tout est illusion », même si j’ajouterais « peut-être », et même si la loi française (et la jurisprudence de la prétendue "Justice") condamne(nt) ces 2 avis intelligents (ne respectant pas le dogme Gayssot/histoire officielle) à 2 ans de prison.

C/ L’inconnu total
  Si je rêve présentement, j’ignore totalement le monde du rêveur (« moi-qui-rêve »). Mes souvenirs de rêve semblent indiquer que je suis humain, par exemple, mais ce souvenir pourrait être erroné, n’étant alors qu’une libre modalité mise en moi par le rêveur, sans crédibilité particulière. Impossible alors de donner des leçons sur le TOUJOURS ou le JAMAIS. L’ignorance semble sage, du moins ici – le « moi qui rêve » (s’il existe) pouvant éventuellement lui être sûr, posséder la Vérité, s’il est Dieu ou quoi. Hélas cette sagesse « Je suis peut-être Dieu » est ici combattue comme aberration psychiatrique ou blasphème inadmissible, par les vrais aveugles (en pensée).

D/ Le relativisme : oui, mais...
  J'entends souvent à la télévision (pour condamner le climato-scepticisme par exemple) qu'est stupide ou criminel le relativisme s'opposant à La Vérité Vraie indéniable, et ce que j'ai dit des mathématiques pourrait à tort être lu en ce sens (en oubliant que je signale les axiomes : récusables). Mais c'est presque le contraire : je suis relativiste, ce ne sont pas les aveugles du conte auxquels je donne tort, mais au prétendu sage détenant (dit-il) La Vérité. Je voudrais seulement que l'aveugle disant "l'éléphant est un serpent" ajoute "selon moi" à la place de "en vérité indéniable", mais surtout que le sage se taise ou conclut "je ne sais pas (si un éléphant existe, si vous existez)" et non : "je vais vous dire quelle est La Vérité incontestable".

E/ Contexte
  On m’a envoyé cette histoire en réponse à un de mes écrits Internet où je disais que je suis contre le remboursement de la PMA (tant pour couples homosexuels qu’hétérosexuels), et je doute de la pertinence de cette histoire employée comme objection. Le remboursement par la Sécurité Sociale se fait avec mes cotisations (prélevées autoritairement sous la menace), et en démocratie prétendue libérale il est totalement légitime que j’exprime mon avis (qui n'est pas une avarice refusant de cotiser mais au contraire un souhait que disparaissent les privilèges occidentaux d'enfants gâtés hétitiers de fortune imméritée, voie non proposée aux élections). D'autant que je n’affirme en rien que ma préférence constitue la vérité indéniable devant écraser toute autre opinion. En politique, il semble possible de bâtir une construction personnelle, me paraissant satisfaisante (ou mieux que la concurrence) sans que s’applique le concept de Vérité, de Supériorité Objective.

Conclusion
  Bref : je dénie totalement la sagesse prétendue du héros dans le conte de l’éléphant.

----- Ajout 04/08/2019 Notion de voyant
  Un ami commente mes mots dans une direction étonnante. Comme moi, il est en désaccord avec cette fable, mais différemment : « il suffit d’un seul homme voyant pour voir que l’éléphant est un éléphant. C’est à dire reconnaitre la véracité des choses. Cette fable n’est qu’une ode pour dissuader de chercher la vérité. Lamentable. » Effectivement, c’est un angle que je n’avais pas abordé : le principe d’aveugle ne s’oppose pas tant à sage qu’à voyant, d’où l’objection ici formulée. Toutefois, à mon avis, le voyant prétendant à la Véracité/Vérité n’est pas un sage, car il oublie de douter, il oublie l’hypothèse du rêve (selon laquelle il serait en train de rêver et les autres voyants seraient des marionnettes créées par son moi-qui-rêve). En ce sens, la fable éclairante ne serait ni « 6 aveugles et 1 sage » ni « 6 aveugles et 1 voyant », mais « 6 aveugles, 3 voyants, 1 sage » : les 6 aveugles généralisent à tort sur un petit morceau perçu, les 3 voyants leur donnent tort partiellement en décrivant l’éléphant complexe en le prétendant vrai, le sage demande à chacun des voyants comment il peut savoir ne pas être en train de rêver, seul le sage accédant à la lucidité : la Vérité Certaine semble inaccessible (à tout être pensant capable de rêve et de compréhension honnête sans crédulité abusive).

----- Ajout 23/09/2022 Mise à jour 2022
   De la même manière, peut-être de la même personne, j’ai reçu un conte amérindien (que je retrouve à https://solen-lombard.fr/conte-loup-blanc-loup-noir/ en site de psychothérapie) :
   « C’est l’histoire d’un enfant qui, comme tous les enfants, joue, rêve et se pose beaucoup de bonnes questions. Un jour, il va voir son grand-père considéré́ comme le vieux sage du village. Il lui demande “Dis-moi, Grand Père, qu’est-ce qu’un Homme ?” Alors son grand-père, avec ses mots, l’emmène en voyage. Il lui parle de territoires immenses, connus et inconnus, des loups qu’on y trouve. Il lui raconte le loup noir, sombre, manipulateur, envieux, colérique, hargneux et menaçant, qui hurle la nuit, se cache, se bat avec les uns et dévore les autres, terrifie, domine par la peur et tue. Il lui raconte aussi le loup blanc, accueillant, équitable, joyeux, solidaire et fraternel. Pacifique, lucide, il protège les siens et soutient les autres, attentif, généreux et confiant. Puis il lui dit : “Tu vois, l’Homme a ces deux loups en lui. Chacun de nous abrite en lui un loup noir et un loup blanc qui ne cessent de s’affronter.” L’enfant réfléchit et lui demande : ” ... et c’est lequel qui gagne ?” Alors, le vieux lui répond doucement : “Celui qui gagne, ...... c’est celui que tu nourris.” ».
   Qu’est-ce que j’en pense ?
   Je n’aime pas ce conte dit amérindien : il accuse chacun de monstruosité injustement, et il affirme magnifique des trucs contradictoires non perçus, c’est mal pensé. Et c’est inadapté à une personne en position de victime, puisque ça conseille qu’elle approuve et bénisse ses bourreaux, incités à continuer (sur soi ou autres victimes).
   Contradiction expliquée :
1/ Que fait le loup blanc quand viennent chez lui douze moutons et un dragon ? Accueillant, il les reçoit, et le dragon brûle puis torture puis tue puis mange les moutons, ce n’est pas équitable ni joyeux, ni pacifique ni lucide, rien, contradiction totale. Au pays des bisounours, c’est magnifique mais face à la méchanceté ordinaire, ça ne tient pas debout. C’est comme Jésus tendant l’autre joue quand on l’a giflé : qu’est-ce qui se passe si l’autre lui colle une seconde gifle dix fois plus fort, le faisant chuter, puis cinq coups de pied dans la tête et trois dans le ventre, en le laissant comme mort, lucidité ? Il espère que quand il tend l’autre joue, l’autre va être ému aux larmes en tombant à genoux demandant pardon, oui possible chez les bisounours mais ce n’est pas la vraie vie, humaine (ou dite « inhumaine », ordinaire). Par ailleurs Jésus s’est contredit totalement, c’est comme il dit d’aimer ses ennemis, avant d’affirmer que les parents éloignant leurs enfants de Dieu, il faut les tuer, et il donne le protocole de mise à mort, lent et public, soigneusement terroriste… aimant ses ennemis ? tendant l’autre joue ? Mensonges, et on n’a pas le droit de donner des leçons, alors.
2/ Autre contradiction : protéger les siens et soutenir les autres, avec générosité. Quand on ne dispose que d’une masse de sous finie et modérée, on est bien obligé de faire des choix, entre ceux qui demandent (les siens ou les autres, les deux groupes étant scandalisés par un 50-50 là où les premiers voulaient 90-10 et les seconds : 10-90, tous beuglant à l’injustice si insatisfaits). Là encore, chez les bisounours, ça ne se produit pas, mais c’est la vraie vie, le bla-bla affirmant tout et son contraire magiquement ça ne marche pas. Macron fait certes tout et son contraire, mais à crédit à payer par nos enfants et petits-enfants, qui le jugeront monstre d’égoïsme coupable, à juste titre. Egoïsme groupiste pour les receveurs de chèques mais égoïsme personnel pour celui voulant réélection puis ayant soif de popularité.